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AC, AB, ABC en 15 curseurs
Frédérique Hupin

Ingénieur agronome avec une expérience de 20 ans dans le management associatif, la communication et le conseil environnemental en agriculture. Frédérique HUPIN est consultante et journaliste freelance, spécialisée en agroécologie.

L’agroécologie est dans toutes les bouches, au sens figuré mais pas encore au sens propre. A l’heure où de nombreux acteurs positionnent leur message autour du sacro-saint graal, un collectif d’agriculteurs veut tenter une approche de caractérisation objective de l’agriculture.

Ils sont agriculteurs en Condroz, ils ont sorti la tête du guidon le temps de quelques réunions, brainstormings et sessions de partage d’idées. Motivés par un idéal élevé : construire le système alimentaire de demain (rien que ça). Ils se sont fait accompagner, aider, encourager par quelques experts afin de faire ressortir l’essence même de leur métier et de leur vision : régénérer la terre, nourrir les hommes. Farm … for good !
D’expertise il est clairement question. Car comment définir de manière simple mais complète l’ensemble des curseurs sur lesquels on peut agir au sein d’une ferme pour atteindre la durabilité sur le long terme, tant économique, qu’environnementale et humaine. Ce travail est d’abord une compilation d’indicateurs mis au point principalement en France par divers organismes, dont « La Vache Heureuse » créé par l’ingénieur agronome Konrad Schreiber, en Wallonie par Natagriwal et en Europe également. Certains indicateurs sont récents et créés pour l’objectif qui nous occupe, d’autres existent depuis une vingtaine d’années (voire davantage dans le cas du bilan humique). Un filtre et une adaptation au contexte wallon au travers de cas concrets en ont fait un outil prêt à l’emploi.
La caractérisation des pratiques agricoles et le diagnostic qui en découle sont établis selon quatre thèmes : sols vivants, biodiversité et eau, autonomie et résilience, rentabilité et efficience.
Chacun de ces thèmes contient plusieurs curseurs schématisés par des axes. L’idée est que chacun puisse positionner ses pratiques sur ces axes et ainsi caractériser sa ferme. L’objectif, le rêve, la quête, le nirvana, appelez-le comme bon vous semble, serait atteint lorsque chacun des curseurs atteindrait un certain pourcentage minimum (70% par exemple pour fixer les choses). Un nouveau label pourrait alors pourquoi pas, d’une part, rassurer le consommateur, d’autre part, apporter une plus-value financière à l’agriculteur.

Indicateur agroécologique Farm for Good

Sols vivants

Dans le thème « sols vivants », on retrouve quatre axes : le bilan humique, la couverture du sol, la simplification du travail du sol et la diversité des cultures.
L’évaluation du statut organique des sols est difficile à appréhender du fait de l’évolution lente de la matière organique. Le bilan humique répond à cette problématique en estimant à long terme le stock de carbone des sols en fonction des pratiques culturales et du contexte pédoclimatique. Cet indicateur est loin d’être neuf et pourtant il mérite d’être remis au cœur de toute pratique agricole. Un peu comme le sol, c’est la base !
La couverture du sol dont l’antithèse est le sol nu est comptabilisée en nombre de jours sur une année pendant lesquels le sol est occupé par une culture ou par ses résidus. Elle est exprimée en % et s’échelonne d’environ 65% (cas d’une ferme sans couvert végétal à proprement parlé mais avec deux tiers de cutures d’hiver) à 100% dans le cas d’une ferme pratiquant le semis direct sous couvert.
La simplification du travail du sol est comptabilisée en terme de volume de sol mélangé sur une année, ramené à l’hectare. Ce score est obtenu en prenant en compte le nombre de fois que les surfaces sont travaillées, pondéré par un coefficient d’intensité du travail du sol et multiplié par la profondeur.
Le nombre de cultures représentant plus de 5% de la superficie totale de la ferme chiffre la diversité des cultures.

Biodiversité et eau

Le thème « biodiversité et eau » est composé de quatre axes : la résistance au lessivage de l’azote, la progression vers l’agriculture biologique, le maillage écologique et la fragmentation spatiale.
La résistance au lessivage de l’azote est quantifiée par l’analyse de la quantité d’azote minéral et organique du sol après la récolte. Elle est exprimée en « kg d’N / ha ».
NDLR : "Personnellement, je l’aurais plutôt mesuré en novembre à l’instar de l’indicateur APL Azote Potentiellement Lessivable" (voir ce que fait Protect’eau dans le cadre du programme de gestion durable de l’azote en agriculture).
L’axe « progression vers l’agriculture biologique (AB) » vise à caractériser la progression de la ferme dans sa conversion vers l’AB, en indiquant le pourcentage de la superficie en AB ou en conversion.
Le maillage écologique est un ensemble d’habitats naturels ainsi que les éléments les reliant, tels que les haies, arbres isolés, bosquets, mares, bandes végétales (enherbées, aménagées, refuges), prairies naturelles ou céréales laissées sur pied. Cet indicateur est chiffré en convertissant ces éléments naturels en « hectares environnementaux » selon des coefficients tenant compte de leur densité et de leur qualité. On conclut en calculant le pourcentage de la superficie de la ferme consacré au maillage.
L’indicateur « fragmentation spatiale » permet d’accorder une meilleure note aux fermes composées de nombreuses parcelles de petite taille. En effet, en terres arables, la biodiversité se développe plus facilement en bordure de champ qu’au centre. Les effets positifs se manifestant en dessous de six hectares en moyenne.

Autonomie et résilience

Le thème « autonomie et résilience » reprend cinq axes : le cadre de vie, l’autonomie alimentaire de l’élevage, l’autonomie en azote, la balance carbone et l’indépendance énergétique.
Le cadre de vie est un indicateur qualitatif décrivant la perception qu’a l’agriculteur de ses conditions de travail et de son intégration dans son environnement socio-professionnel. Les points sont accordés sur la base d’un questionnaire tenant compte de la quantité de jours de congés que l’agriculteur s’accorde, du temps consacré à sa formation, aux réunions professionnelles, aux loisirs et à l’engagement associatif ou politique.
L’autonomie alimentaire de l’élevage comptabilise la part des fourrages et des concentrés auto-produits sur la ferme, exprimés en « kg MS/UGB ».
L’autonomie en azote calcule la quantité d’azote organique produite ou captée par les légumineuses. Le critère « local » est pris en compte via un barème décroissant en fonction de la distance d’approvisionnement des engrais organiques.
La balance carbone décrit la capacité de la ferme à supprimer une certaine quantité de CO2 de l’atmosphère. L’indicateur prend en compte le carbone consommé pour produire la totalité des intrants de la ferme, le carbone capté par la photosynthèse, le méthane produit par la rumination des animaux d’élevage, le stockage et les épandages d’engrais de ferme et de synthèse, le bilan humique du sol, les émissions de gaz à effet de serre (GES) et le carbone contenu dans les productions vendues. Exprimé en tonnes de carbone par hectare, la balance peut être soit positive, soit négative si, globalement, la ferme émet du carbone dans l’atmosphère.
L’indépendance énergétique est exprimée en pourcentage et compare la quantité d’énergie utilisée par la ferme (électricité, fioul, carburants, gaz, …) et la quantité d’énergie produite par la ferme quelle qu’en soit sa forme (électrique, gaz, biocarburants, chaleur).

Rentabilité et efficience

Le dernier thème « rentabilité et efficience » est composé d’éléments dont on parle trop peu souvent quand il s’agit d’environnement et pourtant c’est la base ! Si l’on veut plus d’environnement, il est nécessaire que le fermier puisse dégager un revenu de sa ferme sous peine de se transformer en « jardinier de l’Europe » ce qui n’est à la base pas le choix de l’agriculteur quand il choisit d’exercer ce métier.
L’efficience des intrants mesure la quantité d’énergie produite sous forme de nourriture ou de combustible (viande et végétaux) par rapport à la quantité d’énergie utilisée pour produire celle-ci. On considère qu’un bon objectif est d’être capable de produire dix fois plus que l’énergie qui a été consommée.
L’indicateur « rendement moyen par hectare » pour toutes les cultures de la ferme, y compris les prairies, permet de vérifier que la ferme répond à un enjeu de productivité minimale des surfaces en culture. Il est exprimé en gigacalories (Gcal) par hectare.
L’indépendance aux primes correspond au taux de primes dans le chiffre d’affaires de la ferme. Il représente sa capacité à pouvoir utiliser les primes perçues dans la transition agroécologique ou à faire face à une réduction voir à une suppression des aides publiques de soutien à l’agriculture.
Et enfin, le dernier indicateur et non des moindres : la marge brute moyenne des cultures, exprimée en euros par hectare. Elle est calculée en soustrayant au chiffre d’affaire moyen des cultures, les charges (semences, produits de protection des plantes et de désherbage, mécanisation, fertilisation, récolte et frais divers).

Une caractérisation en un clin d’oeil

Les indicateurs sont représentés sur des axes dont l’ensemble forme une toile d’araignée. Au plus la surface de la toile est grande, au plus la ferme peut se targuer de pratiquer l’agroécologie.

Indicateur agroécologique Farm for Good

Une quatrième voie en gestation ?

Entre l’agriculture bio et l’agriculture conventionnelle, on parle parfois de troisième voie pour introduire celle de l’agriculture de conservation des sols. Et si on créait directement la quatrième voie ? Non pas celle d’un dogme absolu, mais celle d’un équilibre et d’une harmonie vers lesquels tout agriculteur aspire à tendre en secret. Le collectif d’agriculteurs Farm for good a tenté de décrire et d’objectiver cette voie. Cet outil ne demande qu’à être utilisé. Que les mondes agricole et politique s’en emparent, et que le rêve se transforme en réalité.

La presse en parle

A l’occasion de la Foire agricole de Libramont dont le thème de l’année est "Ici commence un monde durable", Le Sillon Belge met en avant la nouvelle boussole agroécologique créée par l’ASBL Farm For Good (p. 26)