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Si les animaux dépendent des végétaux, l’inverse est également vrai
Cécile Waligora

Biologiste, écologue et agronome de formation, Cécile WALIGORA anime et rédige aussi pour la revue TCS. Elle s’intéresse tout particulièrement à la biodiversité des agroécosystèmes.

A la base des chaînes alimentaires, on a les organismes autotrophes, c’est-à-dire capables, de manière autonome, de fabriquer leur matière organique à partir de l’énergie du soleil via la photosynthèse. Les végétaux sont ces organismes. Les animaux, organismes hétérotrophes, ne savent pas fabriquer seuls, leur matière ; ils ont besoin de matière organique déjà fabriquée (végétaux, autres animaux...)
Beaucoup de végétaux dépendent cependant aussi des animaux. Pour leur reproduction et leur dispersion (environ la moitié des végétaux). C’est ainsi qu’en consommant par exemple leurs graines, nues ou enveloppées en fruits, les animaux, mobiles, déposent le patrimoine génétique des plantes ailleurs. Ils participent activement à la dispersion des végétaux. Parfois, ce n’est pas par le processus d’alimentation qu’il y a cette dispersion ; c’est parce que les graines ou les fruits s’accrochent au plumage ou au pelage des animaux. Ce processus permet, par exemple, de recoloniser des espaces qui ont subit une destruction. Mais cette interdépendance a aujourd’hui, dans un contexte planétaire très perturbé (dérèglement climatique, érosion générale de la biodiversité…) des conséquences importantes. On sait que certains végétaux peuvent s’adapter au réchauffement climatique en « allant voir ailleurs », là où les conditions leurs sont davantage propices. Êtres immobiles, ils le peuvent, comme nous l’avons dit plus haut, en dispersant leur patrimoine génétique, notamment via des animaux. Mais s’il y a moins d’animaux, comme c’est le cas de plus en plus, cette dispersion est affectée. C’est ce que vient d’indiquer, début janvier 2022, une nouvelle étude parue dans la revue Science (https://www.science.org/doi/10.1126/science.abk3510)
Selon le résumé relaté à l’AFP (Agence France Presse) : « Cette étude est la première à quantifier le problème au niveau mondial, et estime que la capacité à s’adapter au changement climatique des plantes réclamant la collaboration d’animaux a déjà été réduite de 60 %. »
A Evan Fricke, auteur principal de l’étude de conclure : « Les déclins chez les animaux peuvent perturber les réseaux écologiques d’une façon qui menace la résilience d’écosystèmes entiers ». Rien que ça !

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Fauvette à tête noire mâle, passereau commun de nos régions qui, lors de ses longs périples migratoires, participe activement à la dispersion des graines des végétaux consommés.
Photo reprise du site Vigienature.

A nous d’en déduire que s’il y a urgence à revégétaliser nos écosystèmes, notamment agricoles, il y a également urgence, de la même manière, à stopper cette érosion dramatique du nombre d’espèces animales.