Frédéric Thomas

  • Maïs sous plastique en Bretagne
  • Le maïs en juillet 2026
  • Ombre portée
5
octobre
2026

Le pilotage de l’azote  : la grande incertitude  !

Quantification des économies d'azote minéral apporté sur blé dur innovant au regard de la courbe théorique des besoins en azote
Quantification des économies d’azote minéral apporté sur blé dur innovant au regard de la courbe théorique des besoins en azote
Ce schéma est tiré des enseignements de la plateforme Syppre Lauragais qui illustre la capacité des systèmes agricoles à gagner en autonomie en s’appuyant davantage sur les ressources du sol et les leviers agronomiques disponibles à l’échelle du système de culture. Cette plateforme expérimentale conduite en grandes parcelles depuis 2015 dans le sud-ouest de la France a montré qu’il était possible de réduire durablement les quantités d’azote minéral apporté en couplant évolution du système de culture et technicité agronomique (couverts végétaux selon une stratégie de double couverture du sol, diversification de la rotation et réduction du travail du sol).

Comme nous l’abordons souvent dans la revue TCS, le pilotage de l’azote dans un contexte de forte croissance organique, pose de réelles difficultés.
Si l’on considère une croissance de 0,8 points de matières organiques sur les 20 premiers cm, un véritable exploit plus que salvateur en matière d’érosion et gestion de l’eau lorsqu’elle devient rare, cela peut représenter entre 12 à 15 t de carbone. En considérant un C/N minimum de 10, il est logique d’immobiliser dans ce nouveau stock de fertilité circulante entre 1200 à 1500 kg de N/ha soit 150 à 190 kg de N/ha/an. Il s’agit ici de quantités conséquentes en partie fournies par le recyclage de l’azote présent dans les sols à l’automne mais aussi au printemps, la fixation symbiotique des légumineuses et principalement celles des couverts mais aussi une meilleure évolution des résidus et entre autres des pailles de céréales.

Même s’il ne s’agit que d’un simple calcul de coin de table très imprécis, il permet d’apprécier l’échelle de cette mobilisation de l’azote dans les matières organiques mais aussi la croissance de l’activité biologique. Pour vérifier cette approche, il suffit d’appliquer un coefficient de minéralisation (K2) à ce nouveau compartiment très actif de 2,5 à 3 pour retrouver les 30 à 40 kg d’azote économisé via les couverts, la rotation et les pratiques culturales.

Ainsi, il convient de rester prudent avec les réductions souvent trop fortes et trop anticipées avec les changements de pratiques, malgré des couverts très performants, des plantes compagnes et des légumineuses dans la rotation. Toute croissance organique immobilise, bien que momentanément, des quantités conséquentes d’azote.

Il faut donc admettre que de passer d’un système où l’on acceptait les fuites à une approche agronomique plus cohérente avec une nette amélioration de l’ensemble des grandes propriétés du sol et des gains conséquents en termes de fertilisation azotée, passera toujours par une période où l’immobilisation masquera les premiers retours positifs.

Le niveau des reliquats peut apporter une première indication mais il conviendra d’intégrer l’azote potentiellement minéralisable (APM) pour mieux caler le niveau des apports afin de ne pas limiter les gains de potentiels de rendements que peuvent apporter les autres leviers agronomiques.


28
septembre
2026

Il fallait oser !

Le maïs en juillet 2026
Le maïs en juillet 2026
Le même maïs en septembre 2026
Le même maïs en septembre 2026

En juillet dernier, nous vous montrions une photo d’un maïs en Bretagne (35) juste semé (technique strip-till) après la récolte d’une orge (moisson avec 15 jours d’avance). Voici aujourd’hui (septembre) à quoi ressemble ce maïs en double culture. Vues les conditions de cette année, il fallait oser mais le pari est réussi.


25
mai
2026

Hommage à Dominique Soltner

Début mai, au milieu du printemps, une saison qu’il chérissait particulièrement, Dominique Soltner nous a quitté à 89 ans. Nous tenons à le saluer, rappeler son riche héritage agronomique et l’homme que nous avons eu la chance de côtoyer.

On lui doit d’abord les guides sur le sol, les grandes cultures, l’élevage, le climat et plein d’autres de sa collection Technique Agricole. Denses mais clairs, superbement bien illustrés, très pédagogiques, ils ont bercé, depuis le milieu des années 70, plusieurs générations d’élèves de lycées agricoles et sont toujours en première place sur les étagères de bureaux d’agriculteurs. Ancré sur des approches agronomiques fondamentales, Dominique n’hésitait pas à investiguer toutes les avancées possibles. Bien qu’ils sentent un peu la poussière, ses ouvrages n’ont pas pris une ride.

Dominique Soltner était un véritable artisan de l’édition, gérant les textes, les photos et même la mise en page, n’hésitant jamais à remettre le travail sur le métier, comme il aimait le souligner, dans son bureau du Clos Lorel à l’ouest d’Angers. Avide de terrain, de connaissances et de vérité, Il se déplaçait dans les fermes, les étables, les champs et dans les laboratoires pour constater lui-même, échanger et surtout comprendre pour transmettre. Il assurait lui-même la vente et les envois grâce à l’aide de sa femme Thérèse.

L’engouement naissant pour la simplification du travail du sol dans les années 90 l’a rapidement intrigué et a permis beaucoup d’échanges et de visites. Avec l’ACS, Dominique nous a semblé avoir trouvé une forme de trait d’union entre ses solides ancrages agronomiques, l’agriculture paysanne qu’il chérissait et une certaine forme de «  modernité  » des modes de production qui l’attiraient. Il a retrouvé dans l’ACS une cohérence qui l’a vraiment passionné. Les Techniques Culturales Simplifiées de D. SoltnerLogiquement, ses nombreuses visites et enquêtes sur le terrain lui ont permis de réaliser un nouveau guide totalement dédié à la simplification du travail du sol, vite devenu une référence. Ce nouvel élément majeur lui a permis de mettre à jour le guide sur le sol, celui sur les grandes cultures et même celui sur le climat en intégrant, déjà à l’époque, le changement climatique et les hypothèses de séquestration du carbone dans les sols par les approches ACS.

Soucieux de tester lui-même ces approches innovantes, il va les mettre en œuvre dans son propre jardin en testant différents mulchs (foin, feuilles, compost) avec un grand savoir-faire. Après quelques années et le développement de quelques astuces, il publie un nouveau guide très personnel  : le jardin sans travail du sol qui aura de l’écho auprès de nombreux jardiniers et maraichers. Quel bonheur lors de visites, de se trouver littéralement tiré du bureau pour aller observer et même gouter salades, tomates et fraises. Je garde précieusement le figuier rapporté du Clos Lorel  !

Nous tenons enfin à saluer l’homme libre comme il devait l’être aux commandes de son planeur. Il a osé quitter le métier de professeur pour écrire, transmettre ses connaissances à un plus grand nombre et même tenter l’aventure de l’édition. Il n’a jamais travesti ses convictions profondes et ses approches agronomiques pour quelques relations mercantiles.
Dominique Soltner et Frédéric Thomas

Nous garderons l’image de ton engagement pour l’agriculture, ton dynamisme, ta joie de vivre et ta clairvoyance toujours intacte malgré l’âge qui avançait.

Tu nous as beaucoup apporté Dominique, techniquement, agronomiquement mais aussi humainement. Tu vas nous manquer mais nous allons essayer d’appliquer et de perpétuer tes enseignements.

On te salue l’agronome  !


14
août
2025

Et si on parlait de la lumière !

Le facteur lumière, alors qu’il est naturellement très bien intégré avec les panneaux solaires, est souvent sous-estimé en agriculture. Cependant et pour que les végétaux puissent faire une photosynthèse efficace, il faut qu’ils soient directement exposés au soleil afin de recevoir les fameux photons : minuscules ondes électromagnétiques. D’où, d’ailleurs, la surprise de bons rendements pour cette moisson 2025, au vu des taux d’ensoleillement !
Ombre portéeUne plante qui se trouve à l’ombre, comme avec cet exemple canadien où le colza de printemps (canola) qui se trouve majoritairement à l’ombre des chaumes du blé précédent, affiche un gros décalage à la floraison et certainement une réduction de rendement potentiel. C’est pour cette raison que la hauteur de conduite des vignobles est conditionnée par la largeur des entre rangs : on parle alors d’ombre portée. C’est aussi pour cette raison que les viticulteurs tendent à planter dans une direction nord-sud ; afin de mieux intercepter le soleil. C’est enfin cette même stratégie d’amélioration de la captation de la lumière que l’on retrouve dans l’approche « corridors solaires » en maïs.


20
septembre
2024

Grande consultation sur l’agriculture par The Shift Project

The Shift Project, en partenariat avec l’association The Shifters, lance une grande consultation auprès des agricultrices et des agriculteurs au sujet de l’avenir de l’agriculture française : quelles sont les perceptions, les attentes, les actions aussi mises en place par les agriculteurs pour faire face aux contraintes physiques.

Les réponses à cette consultation permettront d’enrichir notre étude « Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère » qui vise à analyser les enjeux physiques et les risques auxquels est confronté le secteur et à formuler des propositions éclairées pour y faire face.

Le questionnaire dure 10 à 15 minutes maximum depuis un ordinateur ou un smartphone, et les réponses sont strictement anonymes. Il s’adresse à l’ensemble des agriculteurs et agricultrices, sur toute la France métropolitaine, et concerne toutes les productions agricoles. Plus de 4000 agriculteurs ont déjà répondu à cette consultation.
Attention, la consultation prend fin le 5 octobre !

N’hésitez pas à prendre quelques minutes pour répondre ; c’est important pour donner une place à l’agriculture de conservation des sols !

Pour cela, si vous acceptez, vous trouverez :

Le lien de la consultation : http://grandeconsultationagri.fr/
La vidéo de Jean-Marc Jancovici : https://youtu.be/doDnSLhKzWE
Plus d’éléments (posts, affiches, etc.) dans ce kit de diffusion

Et si vous avez encore quelques minutes, voici un lien vers un extrait, en vidéo, d’échange entre Frédéric Thomas, alors sur sa ferme, et Jean-Marc Jancovici.


15
juillet
2022

Les parcelles en agriculture régénérative dégagent pratiquement le double de revenu des parcelles en conventionnel

Alors qu’il n’existe pas ou peu d’évaluation in situ, cette étude a permis de mesurer les impacts relatifs entre des parcelles de maïs « conventionnelles » et d’autres menées en « Agriculture Régénérative » sur la gestion des ravageurs, la préservation des sols, la productivité mais également les aspects économiques entre des couples d’exploitations des grandes plaines du Nord des USA (Minnesota, Dakota du Sud, Dakota du Nord et Nebraska).

Recettes et coûts - comparaison agriculture régénérative et conventionnelle - USA
Recettes et coûts - comparaison agriculture régénérative et conventionnelle - USA
La hauteur des blocs représente la moyenne du produit d’activité globale à l’hectare pour les 40 parcelles (pour chaque « modalité »)
Source : PeerJ- Life & Environment de Claire E. LaCanne (Natural Resource Management Department, South Dakota State University) et Jonathan G. Lundgren (Ecdysis Foundation, Estelline, South Dakota)

Le résultat économique a été évalué en tenant compte des coûts directs mais aussi des revenus de chaque parcelle, excluant les charges de structures et autres dépenses indirectes. Les parcelles en Agriculture Régénérative sont celles qui utilisent a minima 3 des 5 pratiques culturales positives présentées (1 : Non travail du sol, 2 : pas de désherbage chimique, 3 : aucune forme d’insecticide, 4 : des couverts multi-espèces et 5 : pâturage de ces derniers). Les systèmes régénératifs affichent tout de même 70 % de marge nette supplémentaire en comparaison des parcelles classiques. Concernant les coûts de production, si ce n’est pas vraiment le travail du sol qui fait la différence (beaucoup des agriculteurs sont en strip-till ou SD dans ce secteur), ni le niveau du désherbage, beaucoup d’économies apparaissent au niveau du poste engrais bien que les agriculteurs en ACS dépensent plus en semences de couverts végétaux. Une autre différence très logique se trouve au niveau de l’irrigation. En complément, les agriculteurs en systèmes régénératifs réduisent leur budget d’assurance comme leur système de production est plus résilient et économisent également sur les semences de maïs (moins d’OGM : une autre forme d’assurance). Enfin, le séchage des semences, le semis du maïs comme des couverts sont intégrés dans les calculs mais pas visibles sur le graphe car ils sont négligeables. Par contre, les profits complémentaires liés aux productions animales ne sont pas inclus.
Le résumé de cette étude que nous avons publiée dans la revue TCS N°105 de novembre/décembre 2019 montre bien la puissance économique et la résilience de l’ACS à partir du moment où elle est mise en œuvre avec une approche systémique.