Frédéric Thomas

  • Maïs sous plastique en Bretagne
20
avril
2016

La revue TCS et l’agroécologie

Couverture du TCS 87 mars avril mai 2016Cet article reprend et développe l’édito du TCS n°87.

Si pour beaucoup, l’agroécologie est une nouvelle forme de discours plus écologique et un verdissement habile des modes de production agricole, les réseaux AC, qui déjà cherchent à favoriser et à utiliser des processus agroécologiques, perçoivent beaucoup mieux cette notion. L’idée n’est pas de s’interdire une action jugée trop agressive sur le milieu, ni de supprimer un intrant jugé trop perturbateur sur l’environnement, mais de continuer de produire tout en s’appuyant le plus possible sur les fonctionnalités du vivant. C’est ici que ce concept novateur devient très intéressant et apporte une réelle rupture. Il n’oppose pas deux visions de l’agriculture mais s’appuie sur une approche globale centrée sur la recherche de solutions techniques construites sur l’expérience et le savoir-faire des agriculteurs. Il s’agit donc d’une démarche positive qui, de fait, débouche sur beaucoup moins d’intrants et d’impacts négatifs sur l’environnement mais qui, avant tout, cherche à stimuler la diversité biologique, l’autonomie, l’économie et la responsabilisation des acteurs. Ainsi et par essence, l’agroécologie est très diverse et nous éloigne des modèles. Elle ne peut pas se décréter ni même être labellisée mais, déjà aujourd’hui sur le terrain, elle se construit patiemment.

Chaque pilier de l’AC est un processus agroécologique

- Si la suppression du labour n’est pas de l’agroécologie, l’utilisation des vers de terre et de l’ensemble de l’activité biologique pour structurer et organiser le sol, tout en recyclant les résidus de couverts et de récoltes afin de réduire, voire supprimer le travail du sol, est un processus agroécologique.
- Si la suppression du désherbage chimique n’est pas de l’agroécologie, l’utilisation de couverts d’interculture denses et de plantes compagnes, comme avec le colza, pour contenir et concurrencer le salissement, tout en préservant et nourrissant l’activité biologique, voire en perturbant certains insectes ravageurs, est parfaitement une approche agroécologique.
- Si les déchaumages répétitifs et faux semis pour limiter l’enherbement ne sont pas non plus de l’agroécologie, le développement et la protection de populations de carabes mais aussi de quelques limaces et autres individus gros consommateurs de graines à la surface du sol, grâce à la limitation de l’agression mécanique et chimique associée à une bonne couverture végétale, sont encore une manière agroécologique d’aborder la gestion du salissement.
A ce titre, une étude récente réalisée pour l’INRA par Pierre Fellet (élève ingénieur d’AgroParisTech), seulement centrée sur la partie phyto, démontre l’évolution du rubriquage, des articles et des angles rédactionnels de la revue TCS qui, d’une certaine manière, accompagne les réseaux AC dans cette mutation vers l’agroécologie.

Revue TCS Evolution de la titrailleC’est un fait que l’occurrence des titres et sous titres traitant de la réduction des produits phyto est en croissance dans la revue. Cependant ce graphique, qui ne considère que les aspects « chimie », minimise le renforcement de notre communication dans cette direction mais aussi la réalité des pratiques. L’argument d’économiser en coûts de mécanisation et en carburant, bien qu’il persiste, se retrouve aujourd’hui largement relégué en arrière plan par d’autres avantages agronomiques et techniques beaucoup plus intéressants comme la bien meilleure gestion du salissement. A ce titre, les couverts et le SD sont en train de faire une entrée en force en Allemagne et en Grande Bretagne car les agriculteurs y voient un moyen d’endiguer leurs gros soucis de résistance aux herbicides du ray-grass et du vulpin.

Revue TCS Evolution des témoignagesL’évolution est relativement semblable aux titres d’articles. Cependant ce graphique démontre que le passage de la théorie à la pratique s’opère et que la mise en œuvre se met en place dans les champs. En retour celle-ci fourni même de plus en plus de références qui viennent enrichir et sécuriser les orientations toutes en remontant des modifications, des compléments et des adaptations locales. Cette partie reflète parfaitement le fonctionnement de la revue en tant que pivot des réseaux AC. Contrairement à la recherche classique qui met en place une expérimentation parfaitement calibrée avec des répétitions pour analyser un phénomène ou valider une pratique, notre mode de recherche et développement s’appuie au contraire sur une multitude de situations différentes qui permettent par le nombre et la diversité des contextes d’avoir rapidement une idée sur la pertinence de l’approche tout en se permettant simultanément des adaptations et aménagements pour le bénéfices de tous.

Revue TCS Evolution des publicitésCe troisième graphique qui analyse l’évolution des publicités concernant les produits phyto dans la revue TCS est lui aussi très intéressant. Il montre en fait que les annonceurs (phyto) ont dans un premier temps rapidement déserté la revue, considérant certainement que son contenu devenait trop "écologigeant", voire « anti ». Cependant et avec un peu de temps, ils reviennent progressivement, comprenant certainement notre position non radicale et l’émergence de solutions mixtes mais aussi plus techniques. L’autre point mis en avant par ce dernier graphique est le fort développement d’annonces sur des solutions visant à réduire l’utilisation des phyto. Si la présentation de houes désherbeuses, de rouleaux écraseurs de couverts ou de trieurs de graines sont assez classiques, l’arrivée de propositions basée sur le purin d’ortie et autres stimulants biologiques complète cette ouverture. Cependant, le plus significatif est l’arrivée de propositions de mélanges de semences de plantes compagnes spécifiques pour le colza. Il s’agit ici d’un vrai changement de paradigme. L’agriculteur a maintenant deux stratégies opposées pour gérer le salissement : le vide avec soit les phyto ou le binage ou bien le remplissage biologique avec les plantes compagnes. Ce dernier point démontre enfin que l’industrie commence à trouver son intérêt dans cette orientation : il y a donc de grandes chances pour que le soutien au développement de l’agroécologie continue de grandir.

Réduire la dépendance historique à la chimie

Cette analyse résumée sous forme de graphiques fait ressortir une très forte croissance des sujets qui traitent de solutions visant à réduire l’utilisation des produits phyto. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une position « anti », cette évolution traduit notre recherche de réduction de la dépendance historique à la chimie. Après la qualification du déchaumage, ce sont les couverts et leur roulage qui ont d’abord apporté quelques avancées. La rotation, une meilleure connaissance de l’évolution des stocks grainiers à la surface du sol et le semis direct ont ensuite permis de progresser. Plus récemment, le colza associé a vraiment révolutionné les pratiques en montrant qu’il était possible de déboucher sur des parcelles propres et même s’offrir des impasses, alors que cela nous semblait inconcevable quelques années plus tôt. Parmi les produits phyto, l’emblématique glyphosate a également été abordé à plusieurs reprises avec notamment des ouvertures très intéressantes d’implantation en SD sans herbicide total (TCS 84 et 85 en 2015).
C’est aussi pour compléter cette recherche de solutions alternatives que nous avons ouvert une rubrique AB. Décloisonner les pratiques nous semblait important surtout lorsque les objectifs globaux sont proches. Certains TCSistes sont aujourd’hui assez confiants pour faire le choix du bio mais aussi beaucoup d’agriculteurs AB sont intéressés par nos approches de conservation et de développement de la fertilité des sols ainsi que nos nouveaux modes de gestion du salissement qui peuvent donner des résultats remarquables.

Des phyto devenus outils parmi d’autres

Bien entendu, cet engagement a fait fuir quelques annonceurs nous sentant moins promoteurs de leurs solutions simplistes, bien qu’elles puissent rester nécessaires en fonction des systèmes, des risques, des sensibilités et des niveaux de transition de chacun. Les produits phyto sont simplement relégués au titre d’outil dans une panoplie qui continue de s’étoffer. D’autres annonceurs, par contre, nous ont rejoints, accompagnant eux aussi la démarche de transition avec de nouvelles solutions. A ce titre, l’arrivée d’une publicité, il y a 5 ans, pour des plantes compagnes en colza a été un grand moment qui a vraiment entériné notre basculement vers l’agroécologie : les producteurs avaient enfin le choix entre une solution chimique (désherbant), des solutions mécaniques (travail du sol et/ou binage) et une solution agroécologique (un sac de graines de plantes diverses avec une bonne dose de légumineuses à mélanger avec leur semence de colza).

Un reflet des pratiques dans les réseaux AC

Cette mutation n’est pas que le fait de la revue TCS ; elle reflète aussi très largement l’évolution des pratiques sur le terrain dans les réseaux AC : des changements bien réels qui, avec peu ou prou de soutien, et sans faire beaucoup de bruit, ont cependant débouché sur des innovations et des adaptations très performantes. L’agriculture, les phyto (dont le glyphosate) font trop souvent la Une avec beaucoup d’amalgames qui attisent un matraquage et des débats qui ne font que semer le trouble dans l’opinion sans proposer de solutions concrètes ; il serait plus constructif de présenter, de mettre en avant et de soutenir les démarches agroécologiques. Celles-ci permettront de réduire non seulement l’utilisation des phyto mais aussi toutes les pratiques impactant sur l’environnement tout en encourageant la biodiversité végétale et animale ainsi que la diversité des approches et des idées, pour encore plus d’efficacité et d’agroécologie demain.


17
novembre
2015

Avec la COP 21, le carbone est à l’honneur

Maïs sur sol strip-tilléAvec l’approche de la grande messe de ce monde qui se penchera sur l’avenir de la planète en décembre prochain à Paris, on ressent une grande effervescence autour du carbone et de l’agriculture. Chacun publie ses chiffres, ses bilans et tente de démontrer qu’il contribue, à son niveau, à limiter les émissions et donc réduire les risques de changement climatique. Sans être opposé à de telles rencontres qui sont certainement utiles, il faut cependant saluer la débauche de temps et d’énergie pour des avancées qui seront certainement et encore une fois trop modestes par rapport à la gravité et l’urgence de la situation.

Pour ce qui est de l’état des lieux, c’est certainement Bruno Parmentier qui, avec son article « Agriculture, alimentation et réchauffement climatiques » résume assez bien la situation. L’agriculture est bien triplement concernée en tant que :
-  Victime : c’est une des activités humaines qui va le plus souffrir des effets du réchauffement, lequel compromettra gravement son développement en France mais aussi et surtout dans de nombreuses régions fragiles du monde.
-  Cause : elle est un des acteurs majeurs de ce réchauffement car elle émet à elle seule entre 20 et 25 % des gaz à effet de serre d’origine humaine.
-  Solution : elle cultive l’un des seuls outils disponibles pour contribuer à résoudre le problème : la photosynthèse. C’est le moyen le plus efficace, écologique et rapide de fixer du gaz carbonique dans les arbres, la végétation et le sol. C’est aussi une chance qui peut permettre de présenter l’agriculture, si facilement décriée, comme une activité positive au niveau de l’environnement.
Même s’il est hasardeux d’annoncer des chiffres globaux d’émissions et/ou de séquestration de carbone pour l’ensemble de la planète, vu l’immensité des superficies et des systèmes, cet état des lieux apporte cependant une idée assez claire de la situation et ouvre sur les pistes envisageables.
Il est cependant dommage de se retrouver en 2015 pour tenter de trouver des solutions au réchauffement climatique alors que ça fait plus de 20 ans que les premières sonnettes d’alarme ont été tirées. Dommage qu’il faille attendre autant de temps pour que les responsables politiques mais aussi la majorité de nos concitoyens voient clair et commencent à changer pour de vrai et se posent même encore des questions sur des solutions simples et évidentes. A ce titre, je souhaiterai renvoyer tous ceux qui doutent encore de la capacité de l’agriculture à apporter des solutions vers un CD-Rrom que nous avons publié en 2004 avec Matthieu Archambeaud. Nous avions osé l’appeler « Agriculture du Carbone » http://agroboutique.com/fr/agroecologie-catalogue/44-agriculture-du-carbone.htmlIl n’a pas pris une ride en plus de 10 ans avec des information qui ont plus de 20 ans. Toujours pour éviter les excuses du style « oui mais on ne savait pas", je vous propose également de relire mon édito du TCS 23 de 2003 intitulé « L’agriculture du carbone : un projet innovant à porter ensemble ».
A l’époque, comme encore aujourd’hui, nous n’étions pas des visionnaires mais des acteurs bien ancrés sur le terrain, armés de bon sens et essayant de développer une approche cohérente. Bien sûr qu’il y a 15 ans, ces approches agronomiques n’étaient pas aussi évoluées qu’aujourd’hui ; bien sûr il existe encore des doutes et des moyens de faire encore mieux ; bien sûr changer n’est pas simple mais pourquoi encore attendre devant tant d’évidences ???

Enfin, il ne faudrait pas que cette COP 21 tourne à la « carbone partie » permettant à beaucoup de se dissimuler habilement derrière le CO2 et continuer d’impacter lourdement l’environnement et la planète. Il en est de même pour les solutions qui devront être proposées rapidement. La réduction des émissions ou la « séquestration » du carbone ne doit pas être la cible première mais la conséquence positive de mesures et d’orientations plus cohérentes et globales. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis permis le point de vue et parallèle suivant dans le dernier TCS (84) « Nitrates et carbone même dérive ! »
C’est aussi pour cette raison que nous avons publié dans ce même TCS « l’eau, le sol, les plantes : une autre théorie du changement climatique » qui est issu d’une discrète étude de chercheurs slovaques publiée en 2007 (Water for the recovery of the climate). Pragmatique et plein de bon sens, elle renforce et appuie nos approches de couverture du sol et même d’agroforesterie et démontre que des solutions locales simples peuvent avoir des impacts rapides et facilement mesurables. Elle évite également de se laisser enfermer dans des théories trop simplistes et prouve l’ampleur de notre ignorance sur ces sujets.


30
septembre
2015

Lors des semis, levez le pied !

JPEG - 159.8 koAlors que les semis d’automne débutent tout juste, il me semble important de revisiter les résultats de ce formidable essai/démonstration organisé l’année dernière par la Chambre d’agriculture et les CUMA du 89.

Cette comparaison de semoirs a été mise en place à l’automne dernier dans les conditions de semis sous couvert généralement rencontrées aujourd’hui en AC. Le couvert semé le 1 août et composé d’un mélange de moutarde, gesse, trèfle, lentille, radis chinois, sarrasin et fenugrec atteignait 1,5 m pour 3,5 kg/m2 de matière verte (environ 6-7 t de MS/ha). Le semis a été réalisé en direct dans le couvert (sauf broyage pour le Aitchison). Ensuite un suivi a été réalisé afin de suivre le positionnement des graines, la qualité et dynamique de la levée mais aussi le niveau et développement des adventices.

Le résultat est sans appel et la tendance conforte les observations de terrain avec des niveaux très différents en fonction des techniques (de 0 à 26,7/m2). L’amplitude déjà très forte prouve que nous ne sommes pas en présence d’une parcelle « propre » et aurait certainement été encore plus amplifiée sans la présence d’un couvert aussi dense.

Sans surprise, ce sont les semoirs à disques avec de faibles vitesses d’exécution qui déclenchent le moins de levées (entre 0 et 3/m2). Les systèmes à dents d’Ecomulch et d’Aitchison sont également bien situés mais leur vitesse de travail a été également lente (6 km/h). Par contre dès qu’on appui sur l’accélérateur, le nombre d’adventices/m2 grimpe en flèche d’autant plus que le mode de semis inclus un travail du sol.

Cet essais nous conforte donc dans nos orientations : il est possible de travailler légèrement le sol l’été pour gérer quelques défaut et l’implantation du couvert mais en matière de salissement, il faut conserver le couvert jusqu’au semis et surtout s’astreindre à ne pas travailler le sol au moment du semis.

Bons semis et surtout repensez à cet essai dans la cabine du tracteur : quelques fois on peut gagner du temps et surtout faire des économies d’herbicides en ne travaillant plus et en ralentissant la vitesse.


21
août
2015

Plantes compagnes en céréales d’hiver

JPEG - 145.6 koAlors qu’il était en train d’épandre de l’azote sur ses céréales en avril (un bon mois de décalage végétatif avec la majorité des régions de France), Jim Bullock, TCSiste du centre de l’Angleterre, remarque des petites taches plus vertes dans sa culture. En descendant du tracteur, il s’aperçoit qu’il s’agit de zones où se sont développées des repousses de féverole d’hiver (culture précédente) qui sont en train de disparaître après le dernier passage d’herbicide. Ce développement et l’état de ce blé au pied de la féverole montre bien tout l’enjeu d’associer. Si l’affaire fonctionne bien aujourd’hui et est même validée sur colza, il faut absolument avancer sur ce dossier avec les céréales d’hiver : il y a trop à gagner au vue de cette photo qui doit servir de repère. Cependant cet exemple soulève une nouvelle fois la question des échanges d’azote entre plantes compagnes. Si ce n’est pas les transferts de N qui expliquent cette différence aussi forte, quels sont les mécanismes en jeu ? C’est certainement un impact rhizosphérique global, une surdynamisation de l’activité biologique mais aussi une collaboration au niveau aérien (maladies, ravageurs et protection). En fait, il serait réducteur de croire que les relations entre légumineuses et graminées et ici entre un pied de blé et un pied de féverole se limitent à de ridicules échanges d’azote. Le vivant est beaucoup plus complexe et même si nous ne sommes pas capables de comprendre toutes les interactions et d’apporter des explications, ce constat, mainte fois répété, doit nous orienter sans hésitation encore plus sur les chemins de l’association et des plantes compagnes en céréale. C’est la même approche que pour le colza qu’il faut développer avec certainement encore plus de bénéfices et d’opportunités :
-  Implanter des légumineuses compagnes avec une céréale c’est développer une meilleure couverture du sol et apporter plus de diversité pendant l’automne et l’hiver. C’est aussi une meilleure structuration et gestion de l’eau pendant cette période souvent stratégique avec à la clé, certainement une augmentation des flux d’azote et de fertilité en fin de cycle notamment pour assurer le remplissage mais aussi l’accession à de bons niveaux de protéines.
-  La stratégie peut être également inversée. C’est une céréale d’hiver qui est alors implantée dans une future culture de légumineuse pour apporter les mêmes fonctions en matière de sol mais aussi pour la gestion du salissement. Cette fois, c’est l’anti-graminée normalement appliqué sur la parcelle qui éliminera la partie « plante compagne ».
-  Enfin cette approche peut permettre de mettre en place, dans certains cas particuliers (terrains humides où les cultures ont souvent du mal à passer l’hiver), une stratégie opportuniste. C’est en fait un mélange des deux cultures qui peut être implanté à l’automne. Au printemps suivant, en fonction de la survie pendant l’hiver, du développement et de l’homogénéité de la végétation comme du salissement en place, il est possible d’arbitrer entre poursuivre vers la récolte de céréale ou celle de la légumineuse (intéressant pour se faire quelques semences de couverts) ou tout simplement convertir la végétation en place en couvert et repartir sur une culture de printemps. Au-delà de l’intérêt de cette approche « plantes compagnes » qu’il faut commencer à tester avec agressivité dès les implantations d’automne, il faut être conscient que la réussite et l’accession à l’ensemble des bénéfices ne sera possible, comme pour le colza, que si le niveau de salissement est « faible » et maîtrisé. Un point qui nous renvoie directement à l’approche rotation et système qu’il est indispensable de mettre en œuvre dans un premier temps. Tout se tient et c’est à la fois une contrainte et une opportunité. Cependant, ce sera toujours notre manière d’aborder le sujet et la diversi-té que nous intégrerons dans nos parcelles qui permettra de faire pencher la balance du bon ou du mauvais côté mais aussi de profiter pleinement de nouvelles idées et stratégies encore plus économiquement et écologiquement intensives.


17
juillet
2015

Engrais vert : on n’a rien inventé !

Si vous avez quelques minutes, je vous propose de lire ce document tiré d’un vieux manuel d’agronomie du début du siècle dernier.
Couverts du siècle dernier page 1 Couverts du siècle dernier page 2
Ce n’est pas un parchemin mais vous constaterez comme moi que toutes les grandes lignes et concepts sur le développement de la fertilité y sont :
-  Les plantes se nourrissent de l’air et de la terre (bien sûr la notion d’azote est présente mais aussi celle de carbone : surprenant !)
-  Hormis pour N et C, les engrais verts n’enrichissent pas vraiment le sol en éléments minéraux. Ils peuvent par contre les déplacer et/ou les rendre plus assimilables.
-  Si la biomasse est exportée, la fertilité suit avec. C’est le cas pour un engrais vert, de la paille mais aussi pour du fourrage et même de la luzerne. C’est par contre celui qui la reçoit qui va en profiter.
-  Les légumineuses sont bien entendu et sans vraiment de grosse surprise, mises en avant.
-  L’objectif de maximiser la production de biomasse est aussi bien évoqué en fin de document et rejoint tout à fait notre approche « Biomax ».
-  Enfin et ce n’est pas le moindre point de similitude, l’auteur de l’époque évoque la fertilisation : « Il est nécessaire que le sol soit encore assez fertile pour suffire à une abondante production de plante-engrais ». Il propose d’ajouter du superphosphate, de la potasse et même une petite dose d’engrais azoté. En replaçant cette approche dans son contexte où les engrais étaient rares et souvent très chers, on évalue encore mieux la pertinence de ce conseil. A la lecture de ce document, on peut seulement regretter d’avoir passé par la case révolution verte pour aboutir à la case CIPANs avant de revenir à l’agriculture de conservation et aux couverts végétaux. Que de temps perdu, d’argent gâché et d’eau polluée alors que les connaissances étaient là. Il suffisait de continuer dans le bon sens et empiler les nouvelles connaissances et savoir-faire. Seule satisfaction, les réseaux TCS et ABC ont renoué avec succès à ce bon sens et ce savoir-faire et les objectifs sont identiques. La voie est donc validée encore une fois et même si c’est bien sec et chaud en ce moment, n’oubliez pas les couverts végétaux.

Pour plus d’informations sur les plantes, les mélanges possibles et les dosages : http://agriculture-de-conservation.com/sites/agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/couverts_vegetaux_2015.pdf


24
juin
2015

« 60 ans que l’agriculture a tout faux » par Loïc Chauveau

Semis direct dans un BiomaxSi vous avez eu la chance de lire cette article intéressant (http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20150616.OBS0886/60-ans-que-l-agriculture-a-tout-faux.html) , au delà du titre un peu trop provocateur à mon sens, l’auteur relate une expérimentation qui en situation prairial fait très nettement ressortir les avantages multiples des associations (plus de production, plus de régularité ou plus de résistance à la sécheresse…) Oui l’agriculture conventionnelle en allant vers la production mono-spécifique voire la mono-culture s’est progressivement écartée de la diversité végétale jusqu’à en subir en retour de lourdes conséquences aujourd’hui (soucis de salissement et de résistance par exemple). Cependant et cela depuis plus de 20 ans, les agriculteurs des réseaux AC appliquent de plus en plus ces principes d’association et vérifient tous les jours les bénéfices d’inscrire de la diversité dans leurs systèmes agricoles :

- La première et la plus importante diversité végétale apportée est au sein des couverts végétaux. Les Biomax de 5 à 15 espèces en association, outre garantir une bien plus forte production de biomasse, établir une concurrence racinaire et améliorer efficacement la structure du sol, apportent beaucoup plus d’adaptabilité en fonction des conditions de sol et climat de l’année et globalement de résilience. A ce titre, Raphaël Charles de l’Institut de Changins en Suisse nous expliquait récemment comment il avait testé différents mélanges de couverts sur plusieurs années pour constater que la formule de la meilleure association n’est jamais la même. Sa conclusion : associer une gamme plus large de plantes pour être sûr de ne pas se tromper plutôt que de chercher le couvert idéal. C’est aussi notre avis et à ce titre, vous pouvez vous reportez aux pages téléchargeables que nous avons mis à disposition sur le site http://agriculture-de-conservation.com/sites/agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/couverts_vegetaux_2014.pdf

- La stratégie développée avec les colzas associés est aussi une ouverture sur plus de diversité dans les systèmes de culture et l’assurance d’une certaine adaptation en fonction des conditions de la fin de campagne et de l’hiver. C’est également pour cette raison qu’il est préférable d’enrichir le couvert avec des profils de plantes différentes que de rester sur des associations trop simplistes.

- Les cultures associées ou mélanges fourragers (méteils), pratique plus répandue en AB et en élevage utilise également la puissance d’adaptation d’une diversité végétale. Là aussi le résultat ou plutôt la part de chacun des composants est moins prévisible (fonction des conditions) mais la production finale moyenne est toujours supérieure avec moins d’intrants et surtout d’azote. C’est une approche que les réseaux AC doivent intégrer de plus en plus dans leurs itinéraires techniques. Cependant et avant, il faut accéder à une gestion maitrisée du salissement : un autre point qui passe par la rotation et aussi une forme de diversité végétale spatiale et temporelle.

- les mélanges variétaux, même si leurs effets sont plus réduits, sont en complément un premier niveau d’entrée vers la diversité intra-parcellaire avec logiquement toujours un bonus à la clé.

- enfin le SD sur couvert permanent (principalement légumineuses pérennes et prairies) est le moyen de tuiler habilement des plantes très performantes dans des conditions spécifiques afin de construire des enchainements très productifs et capables de récolter le maximum de photosynthèse.

A la vue de ces exemples, toute l’agriculture n’a pas tout faux. Déjà de nombreux producteurs, notamment des réseaux AC, mettent déjà à l’épreuve dans leurs parcelles des associations de toutes sortes sans vraiment attendre la confirmation de la recherche qui nous conforte cependant dans cette stratégie.