Frédéric Thomas

  • Maïs sous plastique en Bretagne
30
septembre
2015

Lors des semis, levez le pied !

JPEG - 159.8 koAlors que les semis d’automne débutent tout juste, il me semble important de revisiter les résultats de ce formidable essai/démonstration organisé l’année dernière par la Chambre d’agriculture et les CUMA du 89.

Cette comparaison de semoirs a été mise en place à l’automne dernier dans les conditions de semis sous couvert généralement rencontrées aujourd’hui en AC. Le couvert semé le 1 août et composé d’un mélange de moutarde, gesse, trèfle, lentille, radis chinois, sarrasin et fenugrec atteignait 1,5 m pour 3,5 kg/m2 de matière verte (environ 6-7 t de MS/ha). Le semis a été réalisé en direct dans le couvert (sauf broyage pour le Aitchison). Ensuite un suivi a été réalisé afin de suivre le positionnement des graines, la qualité et dynamique de la levée mais aussi le niveau et développement des adventices.

Le résultat est sans appel et la tendance conforte les observations de terrain avec des niveaux très différents en fonction des techniques (de 0 à 26,7/m2). L’amplitude déjà très forte prouve que nous ne sommes pas en présence d’une parcelle « propre » et aurait certainement été encore plus amplifiée sans la présence d’un couvert aussi dense.

Sans surprise, ce sont les semoirs à disques avec de faibles vitesses d’exécution qui déclenchent le moins de levées (entre 0 et 3/m2). Les systèmes à dents d’Ecomulch et d’Aitchison sont également bien situés mais leur vitesse de travail a été également lente (6 km/h). Par contre dès qu’on appui sur l’accélérateur, le nombre d’adventices/m2 grimpe en flèche d’autant plus que le mode de semis inclus un travail du sol.

Cet essais nous conforte donc dans nos orientations : il est possible de travailler légèrement le sol l’été pour gérer quelques défaut et l’implantation du couvert mais en matière de salissement, il faut conserver le couvert jusqu’au semis et surtout s’astreindre à ne pas travailler le sol au moment du semis.

Bons semis et surtout repensez à cet essai dans la cabine du tracteur : quelques fois on peut gagner du temps et surtout faire des économies d’herbicides en ne travaillant plus et en ralentissant la vitesse.


21
août
2015

Plantes compagnes en céréales d’hiver

JPEG - 145.6 koAlors qu’il était en train d’épandre de l’azote sur ses céréales en avril (un bon mois de décalage végétatif avec la majorité des régions de France), Jim Bullock, TCSiste du centre de l’Angleterre, remarque des petites taches plus vertes dans sa culture. En descendant du tracteur, il s’aperçoit qu’il s’agit de zones où se sont développées des repousses de féverole d’hiver (culture précédente) qui sont en train de disparaître après le dernier passage d’herbicide. Ce développement et l’état de ce blé au pied de la féverole montre bien tout l’enjeu d’associer. Si l’affaire fonctionne bien aujourd’hui et est même validée sur colza, il faut absolument avancer sur ce dossier avec les céréales d’hiver : il y a trop à gagner au vue de cette photo qui doit servir de repère. Cependant cet exemple soulève une nouvelle fois la question des échanges d’azote entre plantes compagnes. Si ce n’est pas les transferts de N qui expliquent cette différence aussi forte, quels sont les mécanismes en jeu ? C’est certainement un impact rhizosphérique global, une surdynamisation de l’activité biologique mais aussi une collaboration au niveau aérien (maladies, ravageurs et protection). En fait, il serait réducteur de croire que les relations entre légumineuses et graminées et ici entre un pied de blé et un pied de féverole se limitent à de ridicules échanges d’azote. Le vivant est beaucoup plus complexe et même si nous ne sommes pas capables de comprendre toutes les interactions et d’apporter des explications, ce constat, mainte fois répété, doit nous orienter sans hésitation encore plus sur les chemins de l’association et des plantes compagnes en céréale. C’est la même approche que pour le colza qu’il faut développer avec certainement encore plus de bénéfices et d’opportunités :
-  Implanter des légumineuses compagnes avec une céréale c’est développer une meilleure couverture du sol et apporter plus de diversité pendant l’automne et l’hiver. C’est aussi une meilleure structuration et gestion de l’eau pendant cette période souvent stratégique avec à la clé, certainement une augmentation des flux d’azote et de fertilité en fin de cycle notamment pour assurer le remplissage mais aussi l’accession à de bons niveaux de protéines.
-  La stratégie peut être également inversée. C’est une céréale d’hiver qui est alors implantée dans une future culture de légumineuse pour apporter les mêmes fonctions en matière de sol mais aussi pour la gestion du salissement. Cette fois, c’est l’anti-graminée normalement appliqué sur la parcelle qui éliminera la partie « plante compagne ».
-  Enfin cette approche peut permettre de mettre en place, dans certains cas particuliers (terrains humides où les cultures ont souvent du mal à passer l’hiver), une stratégie opportuniste. C’est en fait un mélange des deux cultures qui peut être implanté à l’automne. Au printemps suivant, en fonction de la survie pendant l’hiver, du développement et de l’homogénéité de la végétation comme du salissement en place, il est possible d’arbitrer entre poursuivre vers la récolte de céréale ou celle de la légumineuse (intéressant pour se faire quelques semences de couverts) ou tout simplement convertir la végétation en place en couvert et repartir sur une culture de printemps. Au-delà de l’intérêt de cette approche « plantes compagnes » qu’il faut commencer à tester avec agressivité dès les implantations d’automne, il faut être conscient que la réussite et l’accession à l’ensemble des bénéfices ne sera possible, comme pour le colza, que si le niveau de salissement est « faible » et maîtrisé. Un point qui nous renvoie directement à l’approche rotation et système qu’il est indispensable de mettre en œuvre dans un premier temps. Tout se tient et c’est à la fois une contrainte et une opportunité. Cependant, ce sera toujours notre manière d’aborder le sujet et la diversi-té que nous intégrerons dans nos parcelles qui permettra de faire pencher la balance du bon ou du mauvais côté mais aussi de profiter pleinement de nouvelles idées et stratégies encore plus économiquement et écologiquement intensives.


17
juillet
2015

Engrais vert : on n’a rien inventé !

Si vous avez quelques minutes, je vous propose de lire ce document tiré d’un vieux manuel d’agronomie du début du siècle dernier.
Couverts du siècle dernier page 1 Couverts du siècle dernier page 2
Ce n’est pas un parchemin mais vous constaterez comme moi que toutes les grandes lignes et concepts sur le développement de la fertilité y sont :
-  Les plantes se nourrissent de l’air et de la terre (bien sûr la notion d’azote est présente mais aussi celle de carbone : surprenant !)
-  Hormis pour N et C, les engrais verts n’enrichissent pas vraiment le sol en éléments minéraux. Ils peuvent par contre les déplacer et/ou les rendre plus assimilables.
-  Si la biomasse est exportée, la fertilité suit avec. C’est le cas pour un engrais vert, de la paille mais aussi pour du fourrage et même de la luzerne. C’est par contre celui qui la reçoit qui va en profiter.
-  Les légumineuses sont bien entendu et sans vraiment de grosse surprise, mises en avant.
-  L’objectif de maximiser la production de biomasse est aussi bien évoqué en fin de document et rejoint tout à fait notre approche « Biomax ».
-  Enfin et ce n’est pas le moindre point de similitude, l’auteur de l’époque évoque la fertilisation : « Il est nécessaire que le sol soit encore assez fertile pour suffire à une abondante production de plante-engrais ». Il propose d’ajouter du superphosphate, de la potasse et même une petite dose d’engrais azoté. En replaçant cette approche dans son contexte où les engrais étaient rares et souvent très chers, on évalue encore mieux la pertinence de ce conseil. A la lecture de ce document, on peut seulement regretter d’avoir passé par la case révolution verte pour aboutir à la case CIPANs avant de revenir à l’agriculture de conservation et aux couverts végétaux. Que de temps perdu, d’argent gâché et d’eau polluée alors que les connaissances étaient là. Il suffisait de continuer dans le bon sens et empiler les nouvelles connaissances et savoir-faire. Seule satisfaction, les réseaux TCS et ABC ont renoué avec succès à ce bon sens et ce savoir-faire et les objectifs sont identiques. La voie est donc validée encore une fois et même si c’est bien sec et chaud en ce moment, n’oubliez pas les couverts végétaux.

Pour plus d’informations sur les plantes, les mélanges possibles et les dosages : http://agriculture-de-conservation.com/sites/agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/couverts_vegetaux_2015.pdf


24
juin
2015

« 60 ans que l’agriculture a tout faux » par Loïc Chauveau

Semis direct dans un BiomaxSi vous avez eu la chance de lire cette article intéressant (http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20150616.OBS0886/60-ans-que-l-agriculture-a-tout-faux.html) , au delà du titre un peu trop provocateur à mon sens, l’auteur relate une expérimentation qui en situation prairial fait très nettement ressortir les avantages multiples des associations (plus de production, plus de régularité ou plus de résistance à la sécheresse…) Oui l’agriculture conventionnelle en allant vers la production mono-spécifique voire la mono-culture s’est progressivement écartée de la diversité végétale jusqu’à en subir en retour de lourdes conséquences aujourd’hui (soucis de salissement et de résistance par exemple). Cependant et cela depuis plus de 20 ans, les agriculteurs des réseaux AC appliquent de plus en plus ces principes d’association et vérifient tous les jours les bénéfices d’inscrire de la diversité dans leurs systèmes agricoles :

- La première et la plus importante diversité végétale apportée est au sein des couverts végétaux. Les Biomax de 5 à 15 espèces en association, outre garantir une bien plus forte production de biomasse, établir une concurrence racinaire et améliorer efficacement la structure du sol, apportent beaucoup plus d’adaptabilité en fonction des conditions de sol et climat de l’année et globalement de résilience. A ce titre, Raphaël Charles de l’Institut de Changins en Suisse nous expliquait récemment comment il avait testé différents mélanges de couverts sur plusieurs années pour constater que la formule de la meilleure association n’est jamais la même. Sa conclusion : associer une gamme plus large de plantes pour être sûr de ne pas se tromper plutôt que de chercher le couvert idéal. C’est aussi notre avis et à ce titre, vous pouvez vous reportez aux pages téléchargeables que nous avons mis à disposition sur le site http://agriculture-de-conservation.com/sites/agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/couverts_vegetaux_2014.pdf

- La stratégie développée avec les colzas associés est aussi une ouverture sur plus de diversité dans les systèmes de culture et l’assurance d’une certaine adaptation en fonction des conditions de la fin de campagne et de l’hiver. C’est également pour cette raison qu’il est préférable d’enrichir le couvert avec des profils de plantes différentes que de rester sur des associations trop simplistes.

- Les cultures associées ou mélanges fourragers (méteils), pratique plus répandue en AB et en élevage utilise également la puissance d’adaptation d’une diversité végétale. Là aussi le résultat ou plutôt la part de chacun des composants est moins prévisible (fonction des conditions) mais la production finale moyenne est toujours supérieure avec moins d’intrants et surtout d’azote. C’est une approche que les réseaux AC doivent intégrer de plus en plus dans leurs itinéraires techniques. Cependant et avant, il faut accéder à une gestion maitrisée du salissement : un autre point qui passe par la rotation et aussi une forme de diversité végétale spatiale et temporelle.

- les mélanges variétaux, même si leurs effets sont plus réduits, sont en complément un premier niveau d’entrée vers la diversité intra-parcellaire avec logiquement toujours un bonus à la clé.

- enfin le SD sur couvert permanent (principalement légumineuses pérennes et prairies) est le moyen de tuiler habilement des plantes très performantes dans des conditions spécifiques afin de construire des enchainements très productifs et capables de récolter le maximum de photosynthèse.

A la vue de ces exemples, toute l’agriculture n’a pas tout faux. Déjà de nombreux producteurs, notamment des réseaux AC, mettent déjà à l’épreuve dans leurs parcelles des associations de toutes sortes sans vraiment attendre la confirmation de la recherche qui nous conforte cependant dans cette stratégie.


14
mai
2015

Sol vivant et fertilité ?

Sol vivant et fertilitéVoici une photo récente de 2 containers avec du blé prise dans le laboratoire de l’Unité de Recherche LEVA (Légumineuses, Écophysiologie Végétale, Agroécologie) de l‘Ecole Supérieure d’Agriculture d’Angers. Pour les besoins d’une expérimentation sur les interactions entre le couvert végétal et les organismes du sol, la terre de l’un de ces containers a été stérilisée (traitement thermique) pour obtenir un sol indemne de toute vie (bonne ou mauvaise) tandis que dans l’autre container, le sol a été laissé intact (directement issu du champ). Pour les besoins de l’expérimentation, le sol n’a volontairement pas été fertilisé. Trois mois après le semis de la céréale en mélange avec un trèfle et sans aucun apport d’engrais la différence de croissance et de comportement est édifiante.

A votre avis, lequel des containers a été stérilisé ? A votre avis, dans lequel de ces containers la céréale est la moins atteinte de maladies ?

Eh bien, contrairement à ce que la grande majorité pense, c’est le container de gauche qui a été stérilisé

Cela signifie-t-il qu’il est préférable de stériliser le sol pour obtenir des céréales productives et en bonne santé et que nous avons tort d’essayer de développer des sols vivants, par nos pratiques ? Non bien entendu ! Cependant cette observation met remarquablement bien en avant le dilemme entre les bénéfices à court terme sur lesquels repose la majorité de nos grandes théories et pratiques agronomiques en opposition avec la conservation et même le développement de la fertilité des sols à moyen et long terme. Effectivement le blé pousse mieux dans le container de gauche. C’est ce même constat très banal qu’ont fait les hommes depuis les prémices de l’agriculture. Ainsi et pour garantir leur alimentation, ils ont et sans vraiment l’intégrer, choisi et développer des techniques « agressives » comme le feu, qui détruit non seulement la vie du sol, mais aussi la matière organique comme dans cette expérimention, le travail du sol, les phytos jusqu’à la stérilisation du sol. Le visuel (encore très présent aujourd’hui dans les milieux agricoles) et le court terme ont été toujours mis en avant sans prendre en compte la durabilité de leurs approches. Difficile de leur en vouloir puisqu’il s’agissait souvent plus de survie qu’autre chose, mais en 2015 il est peut-être possible de penser et d’envisager, grâce à nos connaissances, l’agriculture autrement.

En fait cette expérience démontre superbement bien plusieurs points :

- L’effet prairie. C’est l’élimination de toute ou partie de la vie du sol, quel que soit le procédé, qui déclenche, par la minéralisation des corps des constituants de faune et flore, un flush de fertilité minérale. Même si les plantes ne peuvent plus s’appuyer sur la collaboration qu’elles peuvent attendre dans le sol, elles trouvent une masse importante de nutriments de qualité qui leur permet cette croissance. Ce qui est terrible, c’est que plus l’action de destruction est forte, mieux ça pousse, ce qui donne envie de recommencer et même de faire encore plus. Le travail du sol risque donc de séduire encore beaucoup d’agriculteurs pendant longtemps !

- En pratique, on voit aussi qu’une plante bien nourrie et qui se développe correctement est souvent plus saine. Elle est moins la victime de maladies et de ravageurs qui ont en grande partie la responsabilité écologique d’éliminer les individus faibles et chétifs (action de sélection naturelle). Ceci est vrai même si le sol manque d’auxiliaires et d’individus antagonistes sensés protéger la plante de beaucoup d’agression. Faut-il encore vraiment croire aux équilibres biologiques et régulations naturelles ?

- Le moyen et long terme n’ont jamais été beaucoup intégrés dans les raisonnements agronomiques souvent basés sur la productivité immédiate. Si l’on répétait cette même expérience avec le même substrat sur plusieurs saisons il y a fort à parier que les tendances s’inverseraient assez vite. Aujourd’hui et avec nos connaissances nous pouvons prendre en compte cette dimension indispensable en terme de durabilité et continuer de travailler et évoluer dans ce sens tout en garantissant le quotidien.

- Notre principale difficulté en AC. La minimisation voire la suppression du travail mécanique, bien qu’il soit très positif pour la vie du sol, limite de fait et de manière importante la fertilité disponible. Il sera donc difficile d’installer des cultures performantes en TCS et à fortiori en semis direct sans localisation d’une partie de la fertilité que ce soit en conventionnel ou en AB. Ce sera un compromis indispensable pour profiter ensuite de sols plus vivants et plus aptes à gérer et distribuer la fertilité mais aussi l’eau tout en développant une activité biologique collaboratrice comme les mycorhizes.

Enfin cet exemple montre bien qu’il n’existe pas de monde idéal en agriculture et que la fourniture d’un flux plus important de nutriments reposera toujours sur la décomposition de vies que l’on agresse. Tout est donc histoire de compromis et de dosage subtils, comme nous tentons de le faire dans nos approches AC, pour garantir le quotidien tout en préservant l’avenir.


22
septembre
2014

Est-ce que les légumineuses cèdent beaucoup d’azotes aux plantes compagnes pendant leur croissance ?

Avoine et luzerne associéesVoici la communication d’une expérimentation qui date de plus de 30 ans transmise par un technicien de la Chambre d’Agriculture du Tarn. A première vue il semble logique d’affirmer, comme il est communément admis, que la légumineuse fournit de l’azote à la graminée. Avec 50 % voire plus de trèfle blanc, le mélange dactyle-trèfle avec 0N, produit autant de matière sèche que le dactyle pur avec un apport de 240 kg N/ha (azote non limitant). Les bactéries symbiotiques du trèfle contribuent à l’alimentation en azote du trèfle, mais à celle du dactyle en mélange.

Azote et trèfle blanc dans les prairies Cependant nous allons considérer différemment cette équation et affirmation un peu simpliste.

Premièrement, on constate une petite progression de la production notamment dans la modalité avec fertilisation azotée non limitante hors mis l’effet année et météo. Cet élément pourrait être une forme de croissance du volant d’auto-fertilité (+ de fourrage —> + de racines —> + de résidus —> + d’activité bio qui au final finance mieux et de manière autonome la production des années suivantes. Pour la partie dactyle + trèfle sans fertilisation azotée c’est le même constat. Si le trèfle ne cède pas directement de l’azote au dactyle il le fait dans le temps avec la décomposition de ses vieilles racines et de la biomasse laissée au sol. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il existe une grande différence de gestion de la fertilité entre une récolte par pâturage (retour de la fertilité) ou par fauchage (exportation de la fertilité).

Ensuite sortons la calculatrice :

- En 1981 et pour le dactyle seul la production totale est de 9 t de MS. Si nous estimons que la biomasse de cette graminée peut contenir 32 kg de N/t de MS, ce niveau de production représente une mobilisation d’environ 288 kg de N/ha soit presque 300 kg de N/ha. On peut donc admettre que 200 kg de N ont été fourni par l’apport d’engrais (moins la volatilisation, l’immobilisation et le lessivage éventuel) et 100 kg/ha par l’auto-fertilité du sol. Pour simplifier ce calcul on va volontairement ignorer l’azote nécessaire pour le développement du système racinaire qui peut représenter à lui seul50 à 80 Kg de N/ha supplémentaire (Une auto-fertilité atteignant 150 à 180 kg de N/ha n’est pas hors norme en système élevage).

- En 1981 mais pour l’association dactyle-trèflela production en biomasse est presque similaire (9t) mais sans aucun d’apport d’engrais azoté. Pour simplifier le calcul et comme le trèfle représente 53% de cette biomasse prenons une production de 5 t de MS/ha de trèfle et 4 t de MS/ha de dactyle. Cela nous fait donc 5 X 40 (N moyen de la biomasse sèche des légumineuses) + 4 X 32 (N Moyen des graminées) = 328 kg de N/ha. Nous trouvons donc ici dans la biomasse aérienne même 30 kg de N/ha en plus que dans la modalité fertilisée pour couvrir les erreurs d’appréciation et aussi le petit supplément de production. Ils proviennent certainement de multiples facteurs : développement de l’auto-fertilité, (à ce titre la portion de trèfle baisse progressivement au cours des années ce qui est normale car la fourniture du sol en azote progresse), accroissement de la profondeur d’enracinement, stimulation de l’activité biologique, développement de la rhizosphère et aussi quelques échanges racinaires.Par contre, dans cette modalité le dactyle n’a prélevé réellement que 128 kg de N/ha, une quantité d’azote qu’il a pu en grande partie trouver dans les fournitures du sol et sans vraiment faire appel à son voisin le trèfle qui est plutôt son conçurent pour l’eau et la lumière.

- Si l’on fait la même approche avec l’association en 1978 ou le trèfle est beaucoup dominant (73%). Cela représente 6,5 t de MS/ha de trèfle et plus que 2,5 t de MS/ha de dactyle. En faisant le même calcul (6,5 X 40 + 2,5 X 32 = 330 kg de N/ha dans la biomasse) on retrouve nos petits et sans intégrer beaucoup d’échanges entre les plantes.Pour info une luzerne peut fixer entre 250 et 350 Kg de N/ha/an (E. Triboï INRA Clermont). Il est d’ailleurs normal que le dactyle progresse au cours des années dans le mélange comme il bénéficie d’une fertilité croissante et des arrières effet du trèfle.

Ainsi ces calculs rapides montrent que le transfert d’azote entre la légumineuse et une graminée dans une association n’est pas une idée fausse mais largement surfaite. La dynamisation qui est souvent observée est certainement liée à d’autres phénomènes comme le développement du système mycorhizien et la stimulation de l’activité biologique via une forte augmentation des exsudats racinaires (priming effect). Par contre, si l’effet n’est pas immédiat, il y a réellement accumulation d’azote qui profitera aux cultures suivante.

Enfin et au regard des résultats (pas des calculs) de cet essai comme de beaucoup d’autres ou l’on produit autant de biomasse, certainement de meilleure qualité tout en économisant 250 kg de N/ha/an avec en prime tous les autres avantages pour la vie du sol et l’environnement, on se demande pourquoi beaucoup d’agriculteurs s’obstinent encore a faire pousser du ray-grass sans légumineuse et même du blé ou du colza.

POURQUOI plus de trente ans après ont se pose encore la question alors que c’est une évidence !

Sur le même sujet : Légumineuse, fixation d’azote et transfert