Frédéric Thomas

  • Maïs sous plastique en Bretagne
27
août
2014

Voilà que les Australiens se remettent à labourer !

JPEG - 84.6 koVoici le lien vers un article de FarmWeekly (hebdomadaire agricole anglais) et la vidéo qui présente le labour et les explications de l’agriculteur, Mr Smart. Anciennement en SD sur les 14 000 ha de cultures de son exploitation de 22 000 ha, il présente ses motivations pour le retour au travail intensif ainsi que les premiers résultats obtenus.

Il prétend gagner 0,4 t/ha grâce au labour lors d’expérimentations menées sur sa ferme l’année dernière. Il faut comprendre que ce gain de productivité est énorme dans le contexte de l’Australie Occidentale (WA) ou les rendements moyens sont en dessous des 2t/ha. Il affirme également qu’il est passé d’une dépense de 120 $/ha (85€/ha) en herbicide pour une gestion du salissement très moyenne à 70-90 $/ha (50-65 €/ha) en labour avec 95 % de contrôle dès la première année. Enfin, dans une région ou la pluviométrie annuelle ne dépasse pas 300 à 350 mm, beaucoup de sols sont réputés comme étant non humidifiables ou hydrophobes (non-wetting soil) : le labour semble également avoir amélioré la capacité d’infiltration du sol. Rassurez-vous, je ne suis pas en train de vous dire qu’il faille râteler les charrues mais il me semble intéressant de décortiquer cet exemple avec notre niveau actuel de connaissances en matière d’AC.

1) l’amélioration de rendement :

C’est presque logique qu’un sol, après de nombreuses années de TCS light et quelques années de SD, soit capable de porter une meilleure production. Nous sommes ici typiquement dans « l’effet prairie » : la forte minéralisation de la matière organiques et la destruction d’une partie de l’activité biologique booste la fertilité minérale qui favorise la première culture. L’observation est juste mais j’ai bien peur qu’elle ne dure pas longtemps surtout dans ces conditions pédoclimatiques particulières. En complément, cette augmentation de rendement de tout de même 20 % démontre que ce n’est pas vraiment l’eau qui est le facteur limitant, comme trop souvent évoqué dans cette région, mais avant tout la fertilité du sol. Il y a d’autres moyens plus habiles pour la doper sans aller piocher dans le capital !

2) La bien meilleure gestion du salissement :

Aucun doute qu’un labour qui retourne complètement le sol, comme Mr Smart le précise, est extrêmement efficace sur la réduction de l’enherbement après toutes ces années de TCS et SD. Il enseveli un stock semencier important accumulé en surface et ressort un sol « vierge » ou pas encore pollué par des graines d’adventices. Par contre et comme pour la fertilité, l’affaire ne durera pas. Très rapidement l’ensemble du profil va se retrouver avec des graines et l’efficacité du premier passage va s’estomper avec cependant un gradient différent en fonction des adventices. Certaines comme les graminées seront plus impactées par le labour alors que beaucoup de dicots ne le seront que très légèrement voire pas du tout.

Cette situation ou le coût de désherbage atteint 85 €/ha pour un rendement de 2t/ha et la réaction radicale de cet agriculteur fait ressortir le niveau de pression du salissement qu’ont atteint les australiens en s’accrochant à la quasi monoculture de blé. Aujourd’hui le tout chimique est très onéreux avec des résultats moyens et l’apparition de beaucoup de résistances comme avec le ray-grass. Cette pression les pousse pourtant à réfléchir, mais pour l’instant c’est plus d’énormes broyeurs de graines d’adventices que l’on tire à l’arrière des moissonneuses batteuses qui semble être LA SOLUTION (cf TCS 74 page 12) ou encore plus radicale : le retour au labour comme ici. Malheureusement cela les éloigne du mode de gestion du salissement le plus efficace, le plus économique mais aussi le plus durable : la rotation. A ce titre, nous pourrions conseiller fortement Mr Smart de lire l’article « Contrôle du ray-grass : impact majeur du travail du sol et de la rotation ». En l’espace de 2 années et sans travail du sol, le nombre d’épis est passé de 1200/m2 en SD et après désherbage à seulement 1,1 en intercalant un pois de printemps et ensuite un colza d’hiver. Le 2/2 ça fonctionne très bien et les résultats tiendront dans le temps.

3) le labour pour lutter contre l’hydrophobie des sols :

Là encore, j’accepte qu’augmenter ponctuellement la macroporosité peut améliorer la pénétration de l’eau mais l’impact ne sera pas durable surtout dans ce type de sol. Travailler le sol c’est aussi accentuer l’évaporation : un peu un non sens dans un pays au l’eau est rare. Enfin, il y a fort à parier que le retour de la battance et de l’échauffement du sol qui n’est plus protéger par des résidus vont rapidement inverser cette tendance positive. Enfin et selon D. Beck, les sols de cette région deviennent « hydrophobe » à cause de « cires » qui proviennent de l’écosystème « bush : broussailles » en place avant le défrichage et qui sont associées aux résidus des cultures. Ce phénomène bien réel pourrait par contre s’estomper en introduisant des plantes en C4 comme du sorgho : une approche plus écologique et certainement plus durable que de revenir à du travail du sol.

Ainsi et à la vue de ces informations et analyse, il nous reste à souhaiter bonne chance à Mr Smart qu’il sera intéressant de revoir dans quelques années. Même si ce n’est qu’un Australien dans des conditions très particulières, il représente cependant une majorité d’agriculteurs qui, de bonne fois, sont prêts a utiliser, pour résoudre des soucis avérer sur leur exploitation, des solutions qui fonctionnent mais dont l’impact ne sera pas durable voire contreproductif à moyen terme. Ici, on est tout à fait dans le traitement des symptômes et non des causes profondes du problème !


16
juillet
2014

Couverts végétaux : pensez au carré de légumes

JPEG - 112.6 koEn cette saison de semis de couverts végétaux pensez à vous réserver un petit carré de production de légumes de plein champ ou tout simplement à en associer dans le mélange du couvert. La liste des plantes candidates potentielles peut être assez longue. Il y a déjà le radis « chinois » qui est sympa à déguster à l’automne. On peut également tenter du radis noir dans les mêmes conditions. Il est d’ailleurs sensé être meilleur et plus rustique.

Coté légumineuses il y a les petits pois de conserve qui trouvent assez bien leur place dans une association et qui peuvent faire leur cycle de production si les gelées sont tardives ou encore des fèves en contre saison. Coté salades, les mâches (que nos grands-parents glanaient dans les chaumes) peuvent retrouver une place de choix tout comme la roquette (crucifère). Pour compléter ce biomax « potager » pourquoi ne pas rajouter au mélange quelques poireaux, radis et navets mais aussi des fleurs comme des tournesols et de la phacélie.

Cette liste n’est bien sur pas exhaustive et vous aurez certainement d’autres idées pour diversifier et agrémenter ce mélange qui nous l’espérons vous apportera une source facile de légume frais. Cette forme de jardinage est aussi le moyen de faire plaisir à des amis mais aussi une opportunité de communication habile sur nos pratiques.

Bon semis de votre carré de jardin et merci de nous tenir informés de vos récoltes et observations.


13
juin
2014

Localisation d’azote à l’automne : c’est maintenant autorisé par la loi !

JPEG - 262.3 koLa simplification du travail du sol et à fortiori le semis direct dans des repousses ou des couverts limite fortement les disponibilités en azote voire en phosphore à la levée et au démarrage des cultures. Si cela peut être considéré comme très positif d’un point de vue environnemental voire agronomique, puisque cet azote est ensuite, et en partie, redistribué plus tard en culture, il s’agit tout de même d’un risque de pénalité qui est aujourd’hui bien inventorié dans les réseaux TCS. En ce qui concerne le phosphore, sa disponibilité est fortement liée à l’activité biologique des sols (température) et leur pH (pouvoir fixateur). C’est entre autre pour cette raison que les trémies se sont multipliées sur les semoirs avec le développement de nombreuses solutions pour positionner une fertilisation « starter » proche ou dans la ligne de semis. Cependant, et si cette localisation était jugée utile et possible pour les cultures de printemps (orge, betterave, maïs, tournesol, ….), il était plus délicat de communiquer sur cette pratique lors des semis d’automne qui pourtant peut être souvent nécessaire ou tout du moins une bonne assurance dans nos conditions d’AC. A la demande de plusieurs de ses adhérents, l’UNIFA (l’Union nationale des industries des fertilisants et des amendements), sous l’égide de Philippe Eveillard, a défendu l’approche en zone vulnérable, en présentant un dossier technique auprès du ministère de l’environnement, pour autoriser cette possibilité de fertilisation novatrice sans restrictions de dates d’apport d’azote, pour une quantité limitée et un positionnement particulier.

Les société AGROQUALITA, EUROCHEM AGRO, TIMAC et COMPO se sont impliquées avec l’UNIFA dans la construction du dossier, pour obtenir cette ouverture fort intéressante.

En effet l’arrêté paru au JO du 31 octobre 2013 et portant sur le programme d’actions nationales en application avec la directive nitrate exempte la localisation en ligne d’engrais minéraux du calendrier d’interdiction d’épandage d’automne. Au semis des cultures d’automne, la localisation d’azote à hauteur de 10kg de N/ha maximum, à condition qu’il soit d’origine NP ou NPK, est donc autorisée par la règlementation en zone vulnérable. L’interdiction d’apport d’azote minéral à partir du premier septembre ne s’applique donc pas à la localisation d’engrais au semis à l’automne, technique, jugée par les ministères, comme innovante et associée à « un risque minime de fuite de nitrate ». La quantité d’azote apportée devra tout simplement être intégrée dans le bilan global et être enregistrée, en zone vulnérable, avec l’indication « localisation sur la ligne ».

Cette possibilité de localisation sur la ligne de semis dès l’automne est une ouverture intéressante qui va permettre à beaucoup de TCSiste et surtout SDistes de mieux sécuriser leurs implantations d’automne. C’est aussi une forme de reconnaissance par les ministères des pratiques « innovantes » et surtout agronomiquement fondées dont nous faisons la promotion. Par ailleurs, cette ouverture démontre que l’administration n’est certainement pas aussi obtuse et fermée dès lors que l’on quitte une posture de refus systématique pour se positionner plus en force de proposition cohérente et sensée. Enfin, il faut saluer ici le travail de l’industrie des engrais qui a habilement défendu le dossier dans l’intérêt de certains de leurs adhérents, bien sur, mais aussi pour l’intérêt de tous. A ce niveau aussi des collaborations constructives sont plus profitables que des oppositions stériles.


29
avril
2014

Réflexion sur le BRF (Bois Raméal Fragmenté)

Bois raméal fragmentéAprès un certain engouement pour le BRF, le soufflé est un peu retombé. Les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous avec même quelques déceptions. Avant de croire aux solutions toutes faites et faciles, il faut se pencher sur les fondamentaux et comprendre comment le BRF impacte le fonctionnement du sol, sa fertilité, son activité biologique et aussi la manière dont l’eau et la température sont gérées.

Le BRF c’est d’abord un apport massif de composés végétaux plutôt ligneux à la surface du sol. Difficilement décomposables, ces résidus issus de tailles vont tout d’abord créer un « paillage  » qui va isoler le sol et le protéger des agressions du climat. Il va réduire l’impact de l’eau et du vent en automne et en hiver mais surtout beaucoup mieux accueillir l’eau et limiter l’évaporation et garder le sol au frais en été.

Au delà de conserver une ressource précieuse à cette période, il contribue aussi, en gardant le sol frais, au maintien et au déploiement de l’activité biologique qui va pouvoir continuer à fournir de la fertilité pour les plantes en minéralisant de la matière organique. A ce niveau l’activité biologique est davantage « boostée » par une amélioration des conditions de milieu apportée par la protection, que par le BRF en tant que tel. C’est certainement cet impact qui est le plus rapide et important, ce qui explique les résultats souvent extrêmement positifs voire bluffants en jardinage, dans des secteurs rocailleux, chauds et secs, où la protection du sol et la préservation de l’humidité est immédiatement très positive en été quels que soient les procédés. Cette protection, comme c’est le cas en AC des mulchs de couverts d’interculture, retarde par contre le réchauffement du sol et la minéralisation au printemps ralentissant ainsi le démarrage des cultures.

L’activité biologique va ensuite s’attaquer aux composés ligneux à C/N élevé du BRF et consommer de l’azote dans le sol sous-jacent pour se développer. Ainsi et dans un premier temps, le BRF risque de limiter de manière assez importante la disponibilité en azote pour les cultures, azote qui se trouve mobilisé par une activité biologique de décomposition. Ceci est d’autant plus vrai que le produit est très ligneux (c’est pour cette raison que les rameaux jeunes de moins de 7 cm de diamètre sont recommandés), broyé fin (la sciure sera pire qu’un déchiquetage) et légèrement incorporé au sol (le moins pire est sans doute de ne pas travailler du tout le sol).

Enfin, le BRF améliore la structure et la fertilité mais à plus long terme. Une fois la décomposition et l’humification amorcées par l’activité biologique, celle-ci va continuer de se développer grâce à la protection du mulch mais aussi à la présence d’une ressource alimentaire importante et un nouveau flux de minéralisation va se mettre en route apportant de l’azote mais aussi une fertilité plus globale. C’est seulement à partir de ce moment là, lorsque la période de transition ou dépressive en matière d’azote est dépassée, que l’impact global sur la fertilité minérale commence à être positif et durable.

Dans la réalité (au champ) c’est en fait souvent un équilibre entre ces deux effets immédiats et souvent antagonistes qui se cumulent. Ainsi l’impact d’un apport de BRF, bien que très lié au matières premières utilisées, à leur préparation mais aussi à la manière et aux doses apportées, sera surtout influencé par les conditions de sols et de climat. En situations plutôt sèches et chaudes et cultures d’été comme en jardinage c’est plutôt l’effet « paillage » qui sera dominant avec une influence très positive, alors qu’en condition fraîche et humide c’est plus le refroidissement du sol et la préhension d’azote qui seront limitants avec un impact immédiat plutôt négatif.

Le BRF reste donc une solution intéressante. Il exige cependant un savoir-faire spécifique et surtout doit être mise en œuvre dans des conditions de sol, de climats et de cultures ou les avantages immédiats du " paillage " dépasseront assez facilement les risques de préhension d’azote. C’est seulement en respectant cette approche et ces conditions, qu’iil sera possible sans déboire, de profiter à terme du réel impact régénérateur des sols qu’apporte de BRF. Enfin, et au vu des quantités de produits demandées pour couvrir le sol, cette technique est cependant à réserver au jardinage ou au maraîchage et éventuellement dans la reconquête de fertilité de zones très érodées en cultures ; mais elle est difficile à appliquer à grande échelle en agriculture.

L’Agriculture de Conservation avec la préservation des résidus en surface mais aussi la production de biomasse par les couverts fonctionne un peu comme le BRF au niveau de la protection du sol, avec en plus les exsudats racinaires des plantes vivantes, de la fixation symbiotique d’azote atmosphérique par des légumineuses avec des produits moins ligneux et moins restrictifs sur la fertilité lors de leurs premiers stades de décomposition.

Plus autonome, plus simple et moins couteuse à mettre en œuvre ; il ne faut pas surtout pas s’en priver plutôt que d’aller chercher encore en fois des solutions externes même si elles sont « organiques  » !!!


8
avril
2014

Limace Léopard : les choses ne sont pas si simples au pays des limaces

JPEG - 115 koVoici la photo d’une belle limace croisée au milieu des salades. Automatiquement le réflexe veut que l’on cherche à l’écarter voir à la tuer mais après quelques recherches il semblerait qu’il s’agisse d’une limace très spéciale : la limace léopard ou limax maximus.

En faite cette limace de taille assez grande (de 10 à 20 cm) est aussi assez facile à repérer grâce à ses taches qui rappellent un peu celles d’un léopard. Comme les autres mollusques elle apprécie les forêts et les endroits humides et couverts comme dans les jardins. Il y a donc fort à parier que nous les retrouvions dans les parcelles des TCSistes.

Sa particularité est qu’elle consomme des plantes vertes, des résidus mais aussi semble-t-il d’autres limaces et leur œufs. Il s’agirait donc d’une forme d’auxiliaire qui participerait à la régulation des espèces plus petites mais très nuisibles. Certains chercheurs suspectent même que son instinct carnivore la pousserait même jusqu’à consommer des pucerons.

Il s’agit là d’une drôle de découverte qui prouve qu’au pays des limaces les choses ne sont pas si simples comme c’est souvent le cas dans la nature. Alors, cette limax maximus est-elle plus dangereuses pour les cultures que ses cousines ? Faut-il chercher à les détruire ou les encourager dans les champs ? Ou comment peut-on faire pression sur les autres limaces tout en protégeant celle-ci ? Autant de nouvelles questions qui risquent de perturber notre vision des limaces et qui nécessitent une recherche approfondie avec des spécialistes.

Avant toute chose et comme à l’accoutumée, observez vos parcelles mais aussi différemment vos limaces. Vos retours d’information nous intéressent afin d’avancer sur ce sujet.


20
août
2013

Réflexion sur la fertilité au travers de l’exemple du maïs sous plastique

Maïs sous plastique en Bretagne

Au vue de cette photo, prise dans une parcelle en Bretagne au printemps dernier, la technique du recouvrement du sol par un film plastique semble intéressante bien qu’onéreuse et peu défendable au niveau écologique. Cependant, cet exemple ou quelques rangs n’ont pas eu la chance d’être protégés est intéressant à plusieurs points de vue. Il permet entre autres de réfléchir à ce qu’apporte vraiment cette technique et comment nous pouvons contourner voire améliorer beaucoup de ces paramètres par l’AC.

En couvrant et établissant un « effet de serre » localisé, le sol va se réchauffer plus rapidement sous le plastique, ce qui va faciliter une germination plus précoce et plus rapide. C’est l’impact indéniable mis en avant de ce système et c’est certainement le seul point positif (qui reste cependant à moduler avec la météo de l’année). S’il est compliqué de « réchauffer » le sol autrement, un travail localisé comme le strip-till contourne en partie ce manque de température précoce en AC et surtout en semis direct.

Le réchauffement du sol va aussi induire une accélération de la minéralisation de la matière organique et des relations biochimiques, et donc une forte augmentation de la fertilité disponible pour les jeunes plantules. Au stade où la photo a été prise (mi- juin), ce n’est plus seulement le retard de végétation qui explique le décalage entre les rangs ou la couleur des plantules, ce n’est pas non plus la température atmosphérique (même si elle était encore particulièrement fraîche à cette époque), puisque la partie aérienne des deux maïs sont soumis aux mêmes aléas : c’est seulement la température du sol et donc la disponibilité et les flux d’éléments minéraux. S’il est compliqué de réchauffer le sol, il est, par contre, possible de doper la fertilité au démarrage de la culture dans la zone de prospection racinaire. Un engrais starter, la localisation d’une partie de la fertilisation et l’anticipation des apports d’azote (sur des sols qui fonctionnent bien) seront autant de moyens pour couvrir les besoins précoces du maïs en attendant le réchauffement et la mise en place des processus biologiques qui prendront le relais en cours de végétation.

Le film plastique limite ensuite l’évaporation et c’est ce qui procure souvent, notamment lors d’un printemps et début d’été plutôt sec, un bénéfice de rendement. A ce titre l’écran d’un couvert végétal et d’un mulch de résidus peut être tout aussi efficace pour conserver l’eau dans le profil tout en favorisant l’accueil et l’infiltration des pluies à l’inverse de la couverture plastique. En concentrant cette eau dans les entre-rangs elle peut même accentuer les phénomènes de ruissellement et d’érosion.

Enfin, et si le mulch organique réduit la montée en température du printemps, il permet de garder un sol beaucoup plus frais en été avec des températures qui sont plus favorables au développement racinaire du maïs et à l’activité biologique : l’exploration racinaire d’un maïs et l’absorption des nutriments diminuent lorsque le sol atteint 22°C et se trouve fortement ralenties lorsque la température du sol dépasse les 35 °C. Ainsi et après les bénéfices du démarrage, le mulch plastique ne joue plus à son avantage. Cette remarque permet aussi de signaler que l’irrigation impacte positivement le système non seulement en apportant de l’eau pour facilité les transferts sol-plante, mais dope aussi la minéralisation et donc la fertilité disponible tout en refroidissant des sols qui peuvent avoir trop monté en température.

Alors faut-il, comme avec le travail intensif du sol, doper le démarrage des cultures et se rassurer quitte à traîner quelque défauts (hors mis les coûts de mise en œuvre) qui peuvent ruiner en partie ces avantages ; ou plutôt comprendre les mécanismes en jeu et adapter nos pratiques pour contourner des démarrages moins fulgurants tout en capitalisant sur une bien meilleure valorisation des ressources et des potentiels pédoclimatiques.