Thierry Stokkermans

  • Plantule de radis en SDSC aux Pays-Bas
  • Vue aérienne du site d'Oberacker, Suisse
  • Résultat levée de tournesol sans engrais organique
  • Hairpinning
  • Développement R.solani en boites de Pétri
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30
novembre
2018

Hamburgers au Paradis : pour en finir avec la faim

Livre Hamburger au ParadisRécemment, j’ai lu le livre “Hamburgers au Paradis : pour en finir avec la faim” de la Professeure Louise Fresco. Ce livre traite d’alimentation, de disette et d’abondance, de désir et de réalité, de chasseur-cueilleur et d’agriculteur : il parle du lien qu’a l’Homme avec la nature à travers sa nourriture.
A la lecture du livre, j’ai été heureusement surpris de lire que madame Fresco évoque le semis direct et l’Agriculture de Conservation (AC). Il est clair qu’elle en connait les définitions, les différences respectives et les effets sur l’environnement. Dans le chapitre sur la biodiversité, « Biodiversiteit : van landschap tot gen » en Néerlandais, elle écrit que dans un environnement constitué de « grandes » parcelles, l’AC est le meilleur système pour stimuler et entretenir la biodiversité. J’ai trouvé cela très encourageant car, en plus d’être exacte, cette affirmation a été écrite par une scientifique qui n’est pas et n’a pas été impliquée dans le développement de l’AC. Il est encourageant de voir que les résultats de l’AC arrivent aux oreilles des scientifiques intéressés et visionnaires et ceci depuis plusieurs années déjà (le livre a été publié pour la première fois aux Pays Bas en 2012) et y compris dans des pays où l’AC est absente (madame Fresco est Néerlandaise et aux Pays Bas, il n’existe pas d’association AC, il y a un seul constructeur proposant des machines de semis direct et la ferme de la principale université agricole du pays (WUR) n’a jamais eu de parcelle en AC à ce jour).
Ce livre a pour but d’expliquer au lecteur le lien entre nature, culture et nourriture. En effet, il y a un lien très fort entre nature et nourriture car notre alimentation a pour origine la nature. En effet l’Homme se nourrit de la nature et, au niveau local, la nature et la nourriture s’imprègnent d’une culture en lien direct avec le terroir local, c’est-à-dire avec le climat et le sol. Madame Fresco a utilisé tout le savoir scientifique disponible pour bien expliquer ces différents liens ainsi que des œuvres artistiques et littéraires tels que des tableaux par exemple. Le livre est par conséquent assez épais (540 pages pour la version néerlandaise) et contient beaucoup d’informations. Il y a deux chapitres qui sont particulièrement d’actualité : le chapitre 8 qui traite de l’aspiration des citoyens/consommateurs au « biologique » et au « naturel » et le chapitre 9 qui parle de biodiversité en partant de la biodiversité du paysage pour arriver à la biodiversité génétique. Ce livre est très complet et aborde le lien intime que l’homme a avec la nature à travers son alimentation d’une façon pragmatique, savante et intelligente.


21
novembre
2018

Lutter contre le changement climatique en Europe avec l’Agriculture de Conservation

Mercredi 7 novembre, il y avait la présentation officielle des résultats du projet Climagri au parlement Européen à Bruxelles. L’évènement était organisé par la European Conservation Agriculture Federation (ECAF) ou en français : Fédération Européenne de l’Agriculture de Conservation. L’entrée était gratuite. La demi-journée était chargée avec 21 intervenants. C’était très intéressant. Ci-dessous se trouve une synthèse de mes notes.
La demi-journée commença avec une introduction, suivie par, dans l’ordre chronologique : une section science, une science politique, des témoignages d’agriculteurs et une section sur les réseaux en agriculture. Le tout conclu par un discours du président de l’ECAF.
La première personne à prendre la parole fut l’Eurodéputée Clara E. Aguilera-García. C’était dynamique et visionnaire. J’ai été impressionné de voir à quel point elle comprend le besoin global pour des sols en bonne santé et la nécessité d’une approche pragmatique pour atteindre les résultats désirés. Madame Aguilera-García comprend bien l’Agriculture de Conservation (AC). Le président de l’ECAF, Gottlieb Basch prit la parole à deux reprises durant l’évènement. Une fois au moment de l’introduction. Il a présenté le projet Climagri et le souhait de protéger les sols pour les générations futures. Sa seconde intervention fut la conclusion de la demi-journée. Il a insisté sur le fait que l’AC est le piège à carbone le plus efficace que nous connaissions aujourd’hui et que, si nous décidions de l’adapter à grande échelle, cette agriculture vertueuse aurait un grand impact sur le changement climatique en cours.

182 millions d’ha en AC dans le monde

Amir Kassan, professeur à l’université de Reading en Angleterre, fut le premier scientifique à prendre la parole. Il commença par présenter les effets négatifs du travail mécanique du sol, en partant du local avec la perte de Matières Organiques du Sol (MOS) jusqu’au global avec les zones mortes dans les océans. Il expliqua le coût économique de la perte de fertilité des sols : les rendements stagnent et les coûts de production augmentent. Mais les agriculteurs réagissent face à cette situation. L’AC est pratiquée sur toujours plus de surface avec 180 millions d’hectare de cultures annuelles à la surface du globe. Il y a également des vergers et vignes en AC : 2 millions d’hectares en Europe. L’AC est également reconnue par la FAO des Nations Unies pour être une forme de Climate Smart Agriculture ou, en français : Agriculture Intelligente face au Climat (AIC). En résumé, monsieur Kassan a expliqué pourquoi des agriculteurs arrêtent le travail du sol traditionnel pour se mettre à imiter la nature en appliquant les 3 principes clés de l’AC : 1) couvrir le sol, 2) ne pas bouleverser le sol et 3) stimuler la biodiversité. De plus, dans une diapositive, il y avait un clin d’œil au livre Dirt : The Erosion Of Civilization écrit par David Montgomery. L’intervenant suivant fut Emilio J. González-Sánchez. Il a expliqué le lien entre CO2 et MOS. Si un agriculteur stocke 100 tonnes de carbone dans son sol grâce à des cultures et des couverts, il a soustrait 367 tonnes de CO2 à l’atmosphère. Concernant le projet Climagri, il a souligné le fait que les agriculteurs participant au projet ont, en moyenne, augmenté les MOS de 10% et réduit les émissions de CO2 de 78%.

Moins d’obligation de moyens mais plus d’obligation de résultats

Le secrétaire général de COPA-COGECA, Pekka Pesoneen, a introduit la section politique. Il a expliqué que “You can’t go green if you are in the red” ou, en français : vous ne pouvez pas être vert si vous êtes dans le rouge. Il a ajouté que, sur sa ferme finlandaise, il voit aussi les bénéfices de l’AC et, en particulier, en matière de stockage de carbone. Il est satisfait des résultats. Peter Wehrheim, un des économistes agricoles de la Commission Européenne (CE), a expliqué que la PAC actuelle avait plusieurs aides/subventions qui peuvent être mises à profit par un projet AC et que, par conséquent, le budget Européen soutient déjà l’AC et ses capabilités de lutte contre le réchauffement climatique. Il a également expliqué que, dans la future PAC, la CE va donner plus de liberté aux états membres dans l’utilisation de leur enveloppe budgétaire. En retour, les pays membres devront montrer que les résultats obtenus sont en accord avec les objectifs fixés par la CE. En d’autres mots, il y aura moins d’obligation de moyen et plus d’obligation de résultat. Christian Holzleitner, responsable d’unité travaillant sur le climat à la CE, a expliqué que la filière agricole doit réduire de 40% ses émissions de Gaz à Effet de Serres (GES) à l’horizon 2030. Pour les sols agricoles, il n’y a pas d’objectif mais le souhait que le taux de MOS soit stable dans le temps. Pour un agriculteur céréalier, cela signifie qu’en 2030, son tracteur devra émettre 40% de GES de moins qu’en 2005 et que l’Europe espère que ses taux de MOS restent identiques à ce qu’ils sont aujourd’hui. Comme vous le savez l’Europe ne prend pas part à l’initiative 4pour1000. Les états membres peuvent la mettre en place de façon individuelle mais le plan climat européen n’a pas retenu cette initiative. Christian Holzleitner a expliqué que le point de départ pour une action de lutte contre le réchauffement climatique est la mesure de la situation actuelle en Europe. En ce qui concerne les MOS, L’Union Européenne (UE) n’a pas la connaissance des MOS à l’échelle des parcelles. Ils ont ce savoir à l’échelle régionale mais ne l’ont pas au niveau de la parcelle. Sans ce savoir, l’UE est incapable de rémunérer les agriculteurs pour le stockage du carbone dans les sols. Ils n’ont pas les données pour démarrer un programme de stockage du carbone basé sur les résultats.
Cependant, je souhaite ajouter que, depuis quelques années, des scanner de sol tel que le Veris MSP existent et permettent de cartographier les MOS jusqu’au centiare près (1/10000 ha). Si, dans les années à venir, les autorités demandent de cartographier les MOS, il est possible que ce soit le signe que l’UE soit en train de s’organiser pour stocker le carbone dans le sol pour lutter contre le réchauffement climatique.

La pression adventice est moindre en AC qu’en sol travaillé à l’acier

Les agriculteurs témoignant de leur expérience venaient de 6 pays différents. Certains étaient du sud de l’Europe allant de la Grèce au Portugal et d’autres du nord de l’UE avec l’Allemagne et le Danemark. Ils ont tous montré des photos de couverts végétaux, de semis direct et de sol en bonne santé. Rafael Calleja, venu d’Espagne, a mis en avant les effets positifs de l’AC dans la lutte contre l’érosion. Il insista sur le fait que le sol ne ruisselle pas dans les pentes, même après un gros orage. Pedro d’Orey, chef de culture au Portugal, expliqua qu’en 14 ans d’AC, les MOS sont passées de 0,2 à 2%. Giusseppe Elias, venu d’Italie, montra qu’en combinant AC et Agriculture de Précision, la ferme Casani a augmenté ses rendements en maïs de 20%. Christos Cavalaris présenta un essai Hellénique avec 5 traitements allant de labour jusqu’à l’AC « full package ». C’est cette dernière qui a donné les meilleurs rendements (aussi bien dans la benne que dans le compte en banque). Olivier Martin, venu d’Allemagne, montra qu’il repoussait les limites d’absorption de l’énergie solaire avec des techniques tel que le relay-cropping. Frederik Larsen, un Danois qu’on ne présente plus, a invité la foule à le suivre sur Twitter car il ne pouvait expliquer tout ce qui se passait sur sa ferme dans les 5 minutes de temps qui lui était imparti. Il montra des photos de couverts végétaux expliquant que, même dans un pays froid tel que le Danemark, il est possible de faire pousser des couverts. Il expliqua qu’il avait plusieurs cultures très sensibles sur la ferme telles que des cultures de semences de fourrages sous contrat avec des entreprises semencières, et que l’AC a rendu la gestion de ces cultures beaucoup plus facile car la pression adventice est beaucoup moindre en AC qu’en sol travaillé à l’acier.
Globalement, c’était un évènement très intéressant et c’était agréable de voir toute cette énergie positive autour de l’AC en Europe. C’était ma première participation à un évènement organisé par ECAF et je suis très heureux d’avoir pris le temps d’y aller.

Colloque de l'ECAF à Bruxelles en novembre 2018
Colloque de l’ECAF à Bruxelles en novembre 2018
Thierry Stokkermans à droite, en mode selfie !

26
octobre
2018

Une brique de plus à : "1 semis 2 récoltes dans les pays froids"

Semer une fois pour passer la moissonneuse batteuse deux fois peut se faire en France grâce à l’association Sarrazin-Colza-d’hiver. C’est un principe intéressant car il permet des économies et une meilleure utilisation de l’énergie solaire.

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Dans les pays cerclant le pôle Nord ou dans les régions d’altitude en France, le principe pourrait s’appliquer avec le semis d’une culture d’hiver associée à une culture de printemps. Par exemple, il est possible d’imaginer de semer ensemble un colza de printemps à un blé d’hiver pour récolter d’abord le colza et, l’année suivante, le blé (figure 1).
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Se rapprochant fortement de cette idée, le canadien Chuck Ewert sème du triticale d’hiver avec son blé de printemps. Il fait cela depuis plusieurs années. Il récolte le blé à la batteuse (figure 2) et garde le triticale d’hiver en tant que couvert végétal. Au printemps suivant, Chuck Ewert détruit son triticale et sème une nouvelle culture de printemps (figure 3). Cet agriculteur cherche surtout à couvrir ses sols en hiver et est ouvert au pâturage si un voisin lui demande. Pour se faire et pour limiter la concurrence avec le blé, il sème le triticale très clair : 12,5 kg/ha. Soit un huitième de la dose recommandée pour une culture de vente (100kg/ha). Avec un triticale semé à 12,5kg/ha, la concurrence avec le blé est très faible et l’agriculteur ne voit pas de perte de rendement en blé. Le recul de plusieurs années d’expérience montre que le triticale végète sous le blé et par conséquent consomme peu d’eau, de nutriments et d’énergie solaire.
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L’expérience de Chuck Ewert montre que, sous certaines conditions, le semis associé d’une culture d’hiver à une culture de printemps n’entame pas le potentiel de la culture de printemps. Fort de ce savoir, il est intéressant de déterminer quelles sont ces conditions. En effet, ce savoir permettrait dans certains cas de développer les couverts végétaux dans ces régions froides et, dans les cas les plus favorables, de pratiquer 1-semis-2-récoltes.


3
octobre
2018

Levée de colza ratée : le peaola pour se rattraper ?

Lorsque la levée du colza d’hiver déçoit, peut-on le transformer en peaola d’hiver ? Réussir une bonne levée de colza n’est pas toujours facile. Les ratés sont souvent retournés. Mais pourrait-on aussi utiliser un colza moyen pour faire un peaola ?
Peaola en WallonieLe peaola d’hiver est l’association du colza d’hiver et du pois d’hiver (figure 1). Le but est de récolter à la moissonneuse batteuse un mélange de grosses graines (pois) et de petites graines (colza) dont la valeur commerciale est supérieure au colza seul et/ou au pois seul. La séparation du pois et du colza se fait au trieur à grain. Le peaola d’hiver peut se semer en 2 temps : le colza en été et le pois en automne.
Densités de semis peaolaLe tableau 1 donne quelques indications en termes de densité de semis. Le peaola d’hiver est une culture nouvelle, ces valeurs restent indicatives.

Lorsque la levée du colza déçoit mais que la densité de levée est homogène, il est tentant de compléter la population par du pois et de ce fait, de cultiver du peaola. Cette stratégie est la bonne si le colza n’a pas reçu de désherbant néfaste au pois et si la population de colza est homogène sur la parcelle (figure 2).
Stratégie pour tranformer un colza en peaolaEn effet, la levée de colza peut être raté de 2 façons. La première est un manque de pieds sur toute la parcelle, c’est-à-dire que chaque mètre carré a eu le même taux de perte (par exemple, sur toute la parcelle seulement 1 graine sur 3 a donné un pied). Le manque est homogène. La seconde est un manque réparti de façon aléatoire (par exemple, sur le haut de la parcelle, il manque plus de 50% des pieds et dans le bas de la parcelle, il n’en manque aucun). Le manque est hétérogène. Comme le montre la figure 2, le manque homogène permet de transformer une parcelle de colza en parcelle de peaola. Alors que le manque hétérogène demande à l’agriculteur une stratégie différente.
Transformer un colza raté en peaola est prendre un risque car le peaola d’hiver est une culture nouvelle pour laquelle il y a peu de référence et qui demande l’accès à un trieur de graines. Néanmoins, l’alternative principale est de retourner le colza et de semer une autre culture avec tous les investissements que cela demande (retourner le colza, passer le semoir, semence, …). C’est pourquoi le peaola d’hiver semble ici une alternative économiquement viable car l’investissement est limité (un seul passage de tracteur avec une dose de semence réduite). Comme toujours, avant de retourner une parcelle, la calculette est le premier outil à prendre en main.


26
septembre
2018

1 semis pour 2 récoltes dans les pays froids

Dans certaines régions de France, il est aujourd’hui possible de semer une fois pour battre deux fois. C’est le principe de l’association Colza d’hiver-Sarrasin. Dans les pays connaissant un froid intense tel que l’Islande, cela semble impossible. Néanmoins, il semble y avoir une opportunité avec l’association colza de printemps-céréales d’hiver.
Ed Tollenaar est un agriculteur canadien qui sème son blé d’hiver dans son colza de printemps (figure 1). Il fait du relay-cropping et celà semble fonctionner assez bien (figure 2).

Relay cropping blé d'hiver dans colza de printemps Blé d'hiver à la récolte du colza de printemps

Je ne savais pas que le relay cropping colza de printemps-blé d’hiver existait et cela m’a interpellé et m’a renvoyé à une idée que j’avais eu en lisant un article sur la céréaliculture en Islande. Cet article était paru en 2015 dans le magazine du GRDC (équivalent d’Arvalis en Australie) et présentait l’agriculture islandaise (référence : O’Brien Lindsay ; 2015 ; Farming in Eyjafjallajokull’s shadow : Easier said than done ! ; Australian Grain september-october 2015 : Vol. 25, No. 3 ; page 10, 12 & 14).
Malgré le froid, ces agriculteurs cultivent de l’orge de printemps, du colza de printemps et du blé d’hiver. En Islande, les cultures se sèment au mois d’avril/mai. L’orge et le colza se récoltent en octobre de la même année et le blé se récolte en octobre de l’année suivante (figure 3). Le blé d’hiver Islandais a de bons rendements mais mobilise la terre deux années. Du coup, en se basant sur l’idée du Colza-Sarrasin, je me disais qu’il devrait être possible de faire 1 semis-2 récoltes en Islande avec une association colza de printemps-blé d’hiver (figure 4).

Semis et récolte respectives des cultures en Islande
Idée d'1 semis-2 récoltes en climat tempéré froid

Au Canada, Ed Tollenaar n’a que 4 semaines d’écart entre le semis du colza et le semis du blé (figure 1). Par conséquent, il s’approche assez de l’idée 1 semis-2 récoltes.
De plus, il faut ajouter que Ed Tollenaar n’est pas dans une région particulièrement froide. Ce dernier est agriculteur dans les environs de Matheson (Ontario) et il cultive du maïs grain. Il y a des régions au Canada, en Alaska, en Russie et dans le nord de l’Europe oú l’été est trop froid pour cultiver du maïs grain. En France, dans le Jura, il y a aussi des agriculteurs qui cultivent les pistes de ski. Ils y sèment de l’orge de printemps car la belle saison est trop froide pour faire une culture d’été.
Voir le travail de Ed Tollenaar me fait penser que 1 semis-2 récoltes en climat froid est possible. Au début, je pensais que l’association colza de printemps-blé d’hiver était la plus prometteuse. Avec le temps, je commence à penser que l’association colza de printemps-orge d’hiver peut également bien fonctionner. Ceci n’est qu’une idée. Elle n’a, à ma connaissance, jamais été mise en pratique. C’est une idée complexe qui demande du travail de mise au point mais qui permet, avec peu d’investissement financier, d’augmenter la productivité.


29
août
2018

L’agriculteur préparera toujours son sol

Le cultivateur travaille avec le sol. Mais certains pensent que si le tracteur ne tourne pas, il n’y a rien qui se passe. Est ce vrai ? Est ce faux ? Quelle est la définition de la préparation de sol ? Dans ce billet, je vous propose de regarder ensemble la préparation de sol et le fait qu’un cultivateur désireux de bien faire préparera toujours son sol.
Lorsque l’on parle de préparation de sol, il faut tout de suite se rappeler qu’il existe trois types d’outils de préparation du sol :
- Les outils mécaniques, telle que la herse rotative par exemple,
- Les outils biologiques, telles que les racines par exemple,
- Les outils chimiques, telle que la chaux par exemple.
Les agriculteurs en Agriculture de Conservation (AC) maitrisent souvent très bien les trois catégories d’outils car la bonne gestion du sol est au cœur même du raisonnement AC. Et, dans les réseaux AC, il est bien connu que l’utilisation des outils chimiques et leurs dosages est directement lié aux outils mécaniques et/ou biologiques utilisés dans le système.
En d’autres mots, la préparation chimique est une conséquence des choix mécaniques et biologiques qui ont été faits sur la parcelle. Par exemple, si l’agriculteur fait attention à la structure du sol dans sa préparation mécanique et/ou biologique, il aura moins besoin de chauler. La préparation chimique est donc liée aux conséquences des préparations mécaniques et biologiques. La réflexion autour de ces 2 derniers est donc le point de départ pour maitriser la préparation des sols.
Ce post va donc se concentrer sur la préparation mécanique et biologique des sols. En généralisant, il est possible de classer les systèmes agricoles en fonction de l’intensité de la préparation biologique et de l’intensité de la préparation mécanique. En effet, un sol « couvert et vert » 12 mois par an aura une plus grande intensité de préparation biologique qu’un sol nu 8 mois de l’année.
Ces préparations de sols ont un effet à long terme sur la santé des sols. En effet, un sol qui est déchaumé, décompacté, labouré, émietté et biné chaque année sera sur le long terme plus dégradé qu’un sol en semis direct. En effet, il est connu que le travail mécanique intense mine et détruit les sols. Inversement, un sol qui a une préparation biologique intense avec des amendements organiques et la présence de racines 365 jours par an sera, sur le long terme, en bonne santé.
L’agriculteur a, bien sûr, le choix dans la préparation mécanique et la préparation biologique. Ceci donne un grand nombre de solutions et de combinaisons différentes et variées. Ceci est d’autant plus vrai qu’il y a de la diversité dans le système de culture, tel qu’un système polyculture-élevage par exemple. La figure 1 donne une indication de l’étendue des possibilités et leur effet à long terme sur le sol.
Stratégies de préparation du sol et leurs effets
La figure 1 montre aussi que les racines de la culture de vente ont aussi un effet sur la préparation biologique des sols. En effet, la culture de vente travaille le sol de façon biologique grâce à ses racines et à ses échanges avec la vie du sol. Par exemple, dans le cas d’une monoculture (telle une monoculture de maïs par exemple), année après année, le sol est toujours travaillé par la même racine (celle du maïs). Ce manque de diversité limite l’amélioration du sol. Ceci se voit chez certains agriculteurs des Etats Unis d’Amérique qui font de la monoculture de maïs en semis direct et sans engrais vert ou amendements organiques. L’état de leur sol n’est pas exceptionnel. Il y a des points positifs à leur système car l’érosion y est limitée mais la fertilité est en dessous de ce qu’elle pourrait être. C’est pourquoi ces agriculteurs ont souvent des sols qui sont moyennement dégradés.
Il y a aussi des agriculteurs qui préparent leur sol intensément à la fois de façon biologique et de façon mécanique. Ces derniers obtiennent ainsi une bonne fertilité car les éléments nutritifs circulent rapidement mais malheureusement, leur sol est sensible à l’érosion, peu favorable aux champignons telluriques et exposé aux températures extrêmes qui peuvent tuer la vie du sol, en particulier dans les premiers centimètres. La conséquence de cette gestion des sols intenses à la fois mécaniquement et biologiquement est un sol moyennement dégradé.
Pour avoir un sol en bonne santé, il faut le préparer intensément sur le plan biologique et le travailler mécaniquement aussi peu que possible. Ceci permet de créer un sol vivant où les éléments nutritifs sont présents en quantité et circulent facilement, où la structure du sol permet de stocker l’air, l’eau et les éléments nutritifs nécessaires aux racines des cultures et où la vie du sol est si dynamique qu’il y a peu de place laissée libre aux ravageurs et autres mauvaises herbes.
L’agriculteur qui souhaite avoir un sol en bonne santé apprend à utiliser et utilise les outils biologiques au maximum. Il va placer des racines dans son sol tout au long de l’année et y injecter du carbone et de la matière organique fraîche. Cet agriculteur prépare son sol de façon biologique. C’est moins d’heures de tracteur et de gasoil mais cela demande plus de connaissance et de doigté. L’agriculteur préparera toujours son sol.



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