Thierry Stokkermans

  • Plantule de radis en SDSC aux Pays-Bas
  • Vue aérienne du site d'Oberacker, Suisse
  • Résultat levée de tournesol sans engrais organique
  • Hairpinning
  • Développement R.solani en boites de Pétri
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9
juillet
2018

Devinette issue du cahier de vacances de l’AC

JPEG - 218.3 koDevinette numéro 42 : Qu’est ce qui, à l’usage, a des effets positifs au commencement mais des effets négatifs sur le long terme et, au sevrage, a des effets négatifs au début et des effets positifs sur le long terme ?
a) La boisson alcoolisée
b) Le labour
Attention, il y a plusieurs bonnes réponses possibles.


26
juin
2018

Peaola d’hiver : des idées pour semer cette nouvelle culture

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Le Peaola (figure 1) est le mélange du pois (pea en anglais) et du colza (canola en Amérique du nord). Les Canadiens sont les précurseurs de la technique. Au printemps, ils sèment du pois de printemps et du colza de printemps ensemble dans le même rang et le récoltent ensemble en fin d’été ou/en automne. C’est au moment du triage de la récolte, qu’ils séparent la grosse graine (pois) de la petite (colza).
En Europe de l’Ouest, on préfère le colza d’hiver au colza de printemps car il produit plus. Et on préfère le pois d’hiver pour la même raison. Le peaola d’hiver a, en Europe de l’Ouest, plus de potentiel que le peaola de printemps et les 3 principales questions sont alors : peut-on faire du peaola d’hiver en Europe ? Y-a-t-il une plus-value économique ? Comment gérer cette nouvelle culture ?
Pour récolter une culture, il faut d’abord la semer. On sait semer du pois d’hiver. On sait semer du colza d’hiver. Mais comment semer du Peaola d’hiver ? Et quand le semer ?
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Habituellement, le colza d’hiver se sème en aout et le pois d’hiver en octobre/novembre. Il y a un grand écart entre les dates de semis. Faut-il alors semer deux fois ? Ou faut-il s’arranger pour tout semer en une fois ?
Il y a ici plusieurs pistes à explorer. La figure 1 montre un peaola semé en une fois (semis du mois d’aoûtt a priori) et les figures 2, 3 et 4 montrent un semis en deux fois (premier septembre pour le colza et mi-novembre pour le pois). En 2016/2017, Frédéric Thomas a aussi semé du peaola d’hiver avec un semis décalé dans le temps
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Pour ce qui est de la culture présentée dans les figures 2, 3 et 4, la culture a été ratée (le colza a été semé pour un apiculteur-amateur et il n’y a eu aucun traitement/soin) mais le semis s’est bien passé et il y a des enseignements et observations à en tirer.
Le principal enseignement est le tremplin psychologique : il n’est pas facile de semer du pois dans un colza de 10 semaines même si ce dernier est rachitique. En effet, passer le semoir dans une culture en place depuis 10 semaines n’est pas simple car on a peur d’abimer la première culture et ça l’est encore plus dans les conditions humides de novembre car on risque de tasser le sol et d’asphyxier les racines de la culture en place (lien vidéo YouTube). Néanmoins, ayant semé les deux plantes avec un semoir à interrang de 60 cm (figure 5), il y avait assez de place pour semer le pois entre les colzas sans abimer ces derniers et ceci sans utiliser le RTK. Pour ce qui est du tassement, j’ai utilisé un petit tracteur avec un semoir monograine Monosem NG+ qui est relativement léger.
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Au niveau des observations (et sans entrer dans le détail des explications) :
- Le peaola devrait bien se combiner avec la technique du colza associé.
- Si le pois est semé en décalé dans le temps et que le colza (ou colza associé) a une biomasse importante, je conseille d’utiliser un semoir qui crée un contact sol-graine propre pour assurer une bonne germination et une bonne levée.
- Si c’était à refaire, je sèmerai le pois plus tôt. Disons mi-octobre.
- Si c’était à refaire, je prendrai un semoir avec un interrang plus serré. Disons entre 40 et 50 cm pour avoir le pois à 20/25 cm du colza.
Entre le peaola Belge semé en une fois et probablement avec le combiné sur la herse rotative et mon peaola semé à 10 semaines d’intervalle et en direct avec le monograine, il semblerait qu’il y ait mille et une façon de semer le peaola. Maintenant, pour les intéressés, il faudra trouver la meilleure technique pour chez vous. C’est-à-dire la technique qui est à la fois efficace et sûre dans votre système de production et dans votre terroir.


17
mai
2018

Désherbage abrasif

Désherbage par sablageAvez-vous déjà pensé à désherber par sablage ? Cette technique industrielle qui consiste à décaper en utilisant de l’air comprimé et du sable fin est utilisée par des chercheurs canadiens pour désherber sur le rang. Voici une vidéo de son travail :
https://www.youtube.com/watch?v=bas6yrL1xZw

La revue TCS parle aussi, dans son récent dossier, de désherbage par sablage.


27
février
2018

Semis de maïs et dose d’engrais starter

Les maïsiculteurs le savent bien : l’engrais starter permet d’avoir des plantules vigoureuses et fortes, d’augmenter le rendement et/ou de diminuer les doses d’engrais. Néanmoins, si l’engrais starter est mal dosé et/ou mal placé, ce dernier risque de brûler les germes et d’impacter négativement le nombre de pieds de maïs. Les bonnes doses d’engrais starter sont connues pour les semis sur sol travaillé. Mais pour le semis direct sur couvert avec qui plus est, un sillon en T inversé, il y a beaucoup moins d’information disponible. Voici un petit mémo composé d’un très bon article publié et de travaux personnels.

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Pour ce qui est des sols travaillés avec un semis à l’écartement de 76,2cm, Hergert et Wortmann (2006) ont mis en avant dans un tableau simple le lien entre type de sol, la distance engrais/graine et la dose maximale de l’engrais 10-34-0. Le tableau 1 montre ces informations avec en plus, la traduction en unité européenne. De façon générale, plus l’engrais est éloigné de la semence, plus il est possible d’augmenter les doses. En effet, lorsque l’engrais est placé avec la semence, il faut se limiter à la dose de 5 unités d’azote et 16 unités de phosphore par hectare. Et dès lors que la distance passe à 25 mm, la dose peut augmenter à 190 litres par hectare en sols sableux et près de 380 litres en sols argileux. 25 mm est une distance relativement petite mais déjà suffisante pour multiplier les doses d’engrais par un facteur 4 en sol sableux et un facteur 8 dans des sols plus lourds. Les informations du tableau de Hergert et Wortmann (2006) sont donnése pour un inter-rang de 76,2cm. Par conséquent, elles sont aussi valables pour l’inter-rang de 75cm. Pour tout autre écartement, il vous faudra prendre votre calculette et faire un produit en croix.

En semis direct, les solutions techniques pour localiser l’engrais starter dans le sol peuvent être limitées. En effet, certaines solutions techniques utilisées en sol travaillé occasionnent des problèmes en semis direct. Ces derniers peuvent être mécaniques, telle que la remontée en surface de sol gras en terrefort, ou biologiques, telle que la perturbation excessive du sol qui favorise la levée d’adventices. Il faut ici utiliser des solutions techniques intelligentes qui permettent d’avoir les bénéfices des engrais starter sans en avoir les inconvénients. Une des solutions est de placer l’engrais dans le sillon de la graine tout en évitant tout contact avec la graine.

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Une des solutions techniques possibles est l’utilisation d’un sillon en T inversé. Il est question ici de semer un maïs avec un semoir monograine qui crée un sillon en forme de T inversé en lieu et place du traditionnel sillon en V. Ce sillon est plus large en bas qu’en haut et permet d’accommoder plusieurs produits au fond du sillon. Les figures 1 et 2 montrent deux façons différentes de placer l’engrais dans un tel sillon. En effet, vu que le système monograine dépose la graine au centre du sillon, il est possible d’utiliser une seule des extrémités pour localiser l’engrais (figure 1) ou les 2 extrémités (figure 2).
Au printemps 2017, des essais ont eu lieu pour observer les effets de l’engrais starter sur la levée. Entre autres, 3 semaines après le semis (figure 3), le peuplement du maïs a été compté pour vérifier qu’il n’y a pas eu de pertes dues à d’éventuelles brûlures. Les essais ont consisté à tester 3 doses différentes 0, 45 et 90l/ha d’engrais Growsol CS 14-28 respectivement appelés P0, P1 et P2. Le tableau 2 montre les apports en azote et en phosphore des différentes doses.
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Les comptages ont montré qu’il n’y a pas plus de perte avec les doses de 45 ou 90l/ha qu’il y en a dans le témoin zéro. Par conséquent, il est possible, en semis direct sous couvert, de placer une dose importante d’engrais starter dans le sillon à condition de le faire de manière intelligente. Ce gain déplafonne les quantités maximales d’engrais starter dans le sillon avec le semoir monograine. De plus, il est à noter que l’engrais est près de la plantule et sera absorbé facilement par les radicelles ce qui est un point positif.
Le phosphore permet de stimuler la croissance des plantules de maïs en particulier pour les semis précoces d’où le nom d’engrais starter. En sol travaillé, il y a un grand nombre de solutions techniques pour bien placer l’engrais. En semis direct, les solutions techniques sont limitées pour des raisons mécaniques et/ou biologiques. Il faut ici utiliser des solutions techniques intelligentes qui permettent d’avoir les bénéfices des engrais starter sans en avoir les inconvénients.
Références :
Hergert, G.W. and C.S. Wortmann. 2006. Using starter fertilizers for corn, grain sorghum and soybeans. NebGuide G361. Univ. of Nebraska Coop. Ext. Service, Lincoln. http://extensionpublications.unl.edu/assets/pdf/g361.pdf. (Rev. Oct. 2012)


26
janvier
2018

La sursaturation de l’air est-elle possible dans le sol ?

Je regarde régulièrement et avec grand plaisir les vidéos de vulgarisation scientifique de David Louapre. Sa dernière vidéo est sur la formation des nuages. C’est un thème intéressant et surtout très important pour l’agriculture. Il y explique les processus qui se passent dans l’atmosphère et, sachant que le sol possède sa propre atmosphère », je me demande si ces phénomènes se produisent aussi dans le sol et leur effet sur la vie du sol.
En effet, l’immense majorité des êtres vivants du sol dépendent de l’eau du sol pour vivre. C’est pourquoi il est possible de dire que la vie du sol dépend en grande partie des cycles de l’eau à l’intérieur de ce dernier. J’avais déjà écrit un billet sur le brouillard du sol et son importance pour la germination en période sèche.
Atmosphere du solSuite au visionnage de la dernière vidéo de David Louapre, je me demande si, dans la fraction gazeuse du sol, il est possible de trouver de l’air en sursaturation hydrique ? Si l’effet Kelvin a un effet sur la distribution de l’eau dans le sol ? Et est-ce que ces phénomènes aident à maintenir le niveau d’hydratation des microorganismes du sol qui s’aventurent dans les macropores du sol où l’eau liquide est plus rare ? Autant de questions qui méritent réponses et autant de savoir qu’il nous faut encore construire pour bien comprendre le sol.


20
novembre
2017

Mon soutien au renouvellement de l’autorisation du glyphosate dans l’Union Européenne

Au sein de l’Union Européenne, le renouvellement de l’autorisation du glyphosate est à l’ordre du jour. Ce qui aurait dû être un simple processus scientifique est devenu un enjeu politique. La situation est compliquée car le produit est sur le point de se faire interdire. Il est fort probable que la Commission Européenne ait à décider du sort du produit le 14 décembre au soir. Pour ma part, je soutiens le renouvellement du glyphosate.

L’Union Européenne (EU) est en train de décider du renouvellement de l’autorisation du glyphosate. La Commission Européenne (CE) peut décider du renouvellement d’un produit. Mais dans le cas du glyphosate, les commissaires ont senti une certaine pression politique et ont décidé de laisser le choix aux pays membres en transférant le dossier au PAFF (the standing committee on Plants, Animals, Food and Feed). La CE a clairement exprimé sa confiance dans les conclusions des autorités d’évaluation européennes et son soutien au renouvellement de l’autorisation.

Mais le processus de renouvellement s’est transformé en chasse aux sorcières. Certains militants écologistes proclament que l’herbicide engendre toutes sortes de pollutions et de maladies. Ils accusent sans véritables preuves scientifiques. Néanmoins, les accusations sont un superbe carburant pour la presse et les médias. Ces derniers (et particulièrement en France) diffusent les accusations et mettent en scène une version moderne de David contre Goliath et proclament un nouveau scandale de l’amiante. Le grand public se nourrit des médias et, grâce à une couverture intense du sujet et les répétitions incessantes, a finit par croire que ses accusations sont des faits établis et prouvés. Ceci a transformé la question du renouvellement en une situation de conflit : d’un côté, la science qui déclare le produit sûr et, de l’autre côté, le grand public qui croit qu’il ne l’est pas.
Certains disent que le glyphosate est protégé par Monsanto qui aurait une armée de lobbyistes à ses ordres. Dans les faits, Monsanto n’a que 2 lobbyistes à la CE (figure 1) alors que les ONGs militantes en ont des dizaines.

JPEG - 117.1 koDeux sessions consécutives du PAFF ont échoué à renouveler l’autorisation du glyphosate. Le dossier a maintenant été transmis au comité d’appel qui, je pense, va échouer à son tour. Je crois que la proposition de renouvellement ne va pas atteindre la majorité qualifiée. Cela nous projette dans la situation où la CE récupèrera le dossier et aura à prendre une décision dans la première moitié de décembre.
Je pense que la position de la CE n’est pas facile. Ce n’est pas une décision facile à prendre. Elle a exprimé être en faveur du renouvellement. Cependant, les états membres n’ont pas validé la proposition initiale et les militants anti-glyphosate ont réalisé une campagne de lobbying très efficace. C’est pourquoi, il va être difficile pour la CE de maintenir sa position initiale et de renouveler l’autorisation du glyphosate. Je crois qu’ils ont besoin de soutien afin de rassembler suffisamment de courage politique pour mettre la science et le rationalisme en avant.

J’ai écrit une lettre à monsieur Vytenis Andriukaitis que j’ai envoyée par la poste. Je l’ai déjà posté pour être sûr qu’elle soit arrivée début décembre. Je pense que tout va s’accélérer très vite dans les 4 prochaines semaines. C’est pourquoi, j’ai décidé d’être en avance pour être à l’heure.
Ceux qui lise régulièrement mes billets savent que je me concentre sur les problèmes de sol et d’Agriculture de Conservation. Alors … quel est le lien entre Agriculture de Conservation et glyphosate ? Il y a 3 liens :

  • Le glyphosate est un outil clé pour terminer un couvert végétal et commencer une nouvelle culture. En effet, lorsqu’une nouvelle culture est semée dans un couvert, il est important de bien gérer le couvert. Ici, le glyphosate est un outil efficace et, dans de nombreux cas, n’a pas d’alternative mécanique.
  • Le glyphosate est un outil important pour gérer les adventices. L’Agriculture de Conservation s’appuie sur la rotation des cultures, les couverts végétaux, la biodiversité, le semis direct et la vie du sol pour gérer les mauvaises herbes. Cependant, ces 5 outils principaux ne sont pas toujours suffisants pour contrôler les adventices. Cela signifie qu’il faut prévoir un désherbage. Ce dernier est souvent une intervention au pulvérisateur. Je pense qu’il est important de maintenir toutes les substances sûres sur la liste des produits autorisés. Cela permet à l’agriculteur de choisir le meilleur outil pour une stratégie de désherbage au cas par cas.
  • L’Agriculture de Conservation est l’agriculture « avec ». Cela veut dire que c’est une agriculture avec vie du sol, avec résidus, avec biodiversité, une agriculture avec du savoir, avec de la science, avec du pragmatisme et du rationalisme, une agriculture avec des réseaux, une agriculture avec des essais et des erreurs, une agriculture avec une vision du futur, une agriculture avec des objectifs, une agriculture avec la vie … l’Agriculture de Conservation est « l’agriculture avec » et non « l’agriculture sans ».


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