Thierry Stokkermans

  • Plantule de radis en SDSC aux Pays-Bas
  • Vue aérienne du site d'Oberacker, Suisse
  • Résultat levée de tournesol sans engrais organique
  • Hairpinning
  • Développement R.solani en boites de Pétri
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29
novembre
2019

Peaola d’hiver et légumineuse pérenne associée font-elles bon ménage ?

Un colza associé peut inclure une légumineuse pérenne (souvent du trèfle) qui prendra le relais dès que le colza est récolté.
Peaola en Wallonie
Le peaola d’hiver (figure 1) est le mélange du colza d’hiver et du pois d’hiver et il est possible d’imaginer une culture de peaola d’hiver associée contenant une légumineuse d’hiver. Dans ce concept, il y a deux questions qui se posent d’emblée : quand semer la légumineuse associée et comment s’assurer que cette dernière ne pose pas de problème dans le développement et la récolte du peaola d’hiver.
Semis et développement d'un colza associé semé tout en été
Dans le colza d’hiver, la légumineuse pérenne se sème, le plus souvent, en été avec le colza (figure 2) et, parfois, en hiver à la volée (pratique observée dans la région Grand Est). Le risque avec le trèfle semé en même temps que le colza est qu’il soit bien installé en sortie d’hiver et qu’il profite du moindre trou laissé dans le colza pour monter vers la lumière, concurrencer le colza et passer dans la moissonneuse batteuse au moment de la récolte de ce dernier. Pour éviter ce risque, il est possible de semer le trèfle à la volée au courant de l’hiver (figure 3). Le trèfle sera plus faible en sortie d’hiver et il montera beaucoup moins vite dans les trous de colza. Par contre, cette technique contient un risque : la mauvaise levée. En effet, semer à la volée n’est pas un gage de bonne levée et des agriculteurs ont déjà perdu leurs investissements en semant du trèfle à la volée.
Semis et développement d'un colza associé semé en été et en hiver
Avec le peaola d’hiver, une nouvelle fenêtre de semis pour la légumineuse pérenne se présente : semer la plante pérenne en même temps que le pois d’hiver en automne (voir billet Peaola d’hiver : des idées pour semer cette nouvelle culture). L’idée est donc de semer le colza en été puis le pois et la plante pérenne en automne (figure 4). Il est possible que cette fenêtre de semis permette de limiter la vigueur de la légumineuse pérenne en sortie d’hiver tout en assurant une levée régulière et homogène.
Semis et développement d'un peaola d'hiver associé semé en été et en hiver
L’expérience nous a montré que dans un colza associé, le trèfle pouvait en sortie d’hiver profiter des trous dans le colza pour monter vers le soleil. Le peaola d’hiver est une culture nouvelle dont on ne maîtrise pas encore tous les tenants et les aboutissants. C’est une culture sur laquelle on manque de recul et d’expérience. Néanmoins, pour laisser de la place au pois, il est envisageable de réduire la densité de semis du colza. Par conséquent, il est possible de se poser la question suivante : si la densité de colza est réduite par rapport à la pleine dose, il y a un risque qu’il y ait des trous en sortie d’hiver et qui du pois d’hiver ou de la légumineuse pérenne va s’installer dans ces trous ? Idéalement c’est le pois d’hiver car c’est celui que l’on souhaite récolter en premier et en même temps que le colza. Mais ce n’est pas sûr. Et ceci pour 2 raisons : la première est que l’on manque d’expérience et la seconde est que le peaola d’hiver n’a pas une formulation unique et que cette dernière risque d’influencer le résultat. En effet, il y a un grand nombre de formulations où les doses de semis de colza et de pois varient pour arriver au résultat recherché. Par exemple, il y a la formulation 50/50 où l’on sème 50% de la pleine dose de colza et 50% de la pleine dose de pois. Il est aussi possible de citer la dose 80/20 avec 80% de la pleine dose de colza et 20% de la pleine dose de pois. Mais attention, la formulation n’a pas besoin d’être égale à 100%. Elle peut être supérieure à 100 ou inférieur à 100. Par exemple du peaola 80/40 pour essayer d’augmenter le rendement final ou du peaola 40/40 pour essayer de tirer parti du pouvoir compensateur du colza qui essayera de s’étaler plus. Par conséquent, les éléments de réponses à la question « qui du pois ou de la plante pérenne profitera des trous dans le colza ? » sont (1) l’expérience nous le dira et (2) le peaola a de multiples formulations et des formulations différentes risquent d’avoir des réponses différentes.
Il est clair que l’ajout d’une légumineuse pérenne à un peaola d’hiver est une question ouverte. Il y a des opportunités et des défis. Il y a des opportunités du fait que le semis du pois en automne rajoute une fenêtre de semis pour la légumineuse pérenne et du fait que le peaola n’a pas une formulation unique mais multiple. Le défi majeur est la méconnaissance du peaola d’hiver du fait de sa nouveauté. Cette question ouverte vaut son poids de protéines et contient une question intermédiaire qui est : comment apprendre sans y laisser des plumes ? La réponse est ici connue : essayer avec des petites surfaces, souvent un simple aller-retour de semoir dans une parcelle suffit. Pour ceux qui font du colza associé avec du trèfle, cela peut être l’emblavement d’une bande avec du pois d’hiver et pour ceux qui sont plus familiarisés avec le peaola au point d’en faire une parcelle entière, cela peut être de rajouter de la semence de trèfle dans le semoir au moment de semer le pois d’hiver. Maintenant, il ne tient qu’à vous d’essayer de la manière qui vous semble la plus appropriée.


3
octobre
2019

Terroir et productivité du maïs

J’ai grandi dans le Lot-et-Garonne, pas dans la plaine mais sur les coteaux. Il y a sur ces collines une grande diversité de cultures dont une plante qui se retrouve presque dans toutes les fermes : le maïs.
Certaines parcelles sont irriguées mais pas toutes. Un grand nombre d’agriculteurs ont une ou plusieurs parcelles de maïs en sec. Lorsque je suis sorti du lycée agricole, la moyenne décennale de rendement en sec était de 7,5 tonnes par hectare de maïs grain aux normes. Aujourd’hui elle est plutôt autour des 8,2 tonnes. A l’époque, je trouvais ce rendement normal mais avec le temps, j’en suis venu à me poser des questions.
Dans le Nord de la France, il y a des régions « froides » et « sèches » qui font de très beaux maïs. Il est possible de citer le sud des Ardennes où les maïs grain en sec font en moyenne 10t/ha alors que les indices de précocité de ces mêmes maïs sont aux alentours de 300 FAO (figure 1). Un peu plus à l’Est, les maïs des collines du Sundgau sont rarement irrigués et sont connus pour avoir des rendements supérieurs à ceux des coteaux du Lot-et-Garonne.
Terroir et productivité du maïs
En dehors de la France, les maïs grain Néerlandais et Belges produisent des rendements flatteurs malgré l’utilisation de cultivars précoces. Par exemple, dans la région Achterhoek aux Pays Bas, un maïs grain sec produit en moyenne 11t/ha (15% d’humidité) alors que les variétés ont une précocité aux alentours de 220 FAO.
Le constat n’est pas très flatteur pour le maïs en sec des coteaux du Lot-et-Garonne : il y a des régions plus froides, avec de la génétique limitante et parfois avec moins d’eau qui font de plus gros maïs. La question que j’en suis venu à me poser : Pourquoi ? Qu’est ce qu’il fait qu’ailleurs, avec moins, le maïs donne plus ? Cette question en déclenche beaucoup d’autres telles que : Est-ce que cela vient en partie de l’itinéraire technique ? Est-ce que le sol et sa gestion rentrent dans l’équation ? Est-ce que les maïs précoces et très précoces ont une meilleure génétique que ce que l’on pensait et qu’il faut apprendre à mieux les utiliser ?


26
septembre
2019

Désherber en A2C ? Il faut rester attentif aux dires des ministres

Cela n’aura échappé à personne : les produits phytosanitaires sont sous les feux « brûlants » des projecteurs. En effet, des associations, des journalistes et des célébrités mettent la pression pour faire interdire les produits phytosanitaires. A court terme, ils ne vont pas arriver à les interdire mais ils peuvent arriver à réduire le nombre de produits et leurs utilisations dans le temps et l’espace.

L’Agriculture de Conservation (AC) a un lien spécial avec les herbicides modernes. En effet, de par la meilleure gestion du sol, l’AC permet de réduire la pression adventice et de réduire le besoin en herbicides mais, de par l’absence de travail mécanique du sol, l’AC a besoin des herbicides modernes pour gérer les adventices et les couverts végétaux. En 2019, l’AC en Europe : c’est avoir moins de problèmes d’adventices mais avoir besoin des herbicides. C’est pourquoi l’AC est menacée lorsqu’une partie de la population souhaite interdire les phytos.

Comme vous le savez, les phytosanitaires sont strictement encadrés en Europe et le système des agences sanitaires fonctionne bien. C’est pourquoi j’ai confiance dans le système. Attention, je ne dis pas que le système est parfait car, comme le savent les hommes de technique, « Aucun système n’est parfait ». Mais ce système fonctionne bien. Et c’est pour ça que j’ai confiance en lui et que je sais qu’interdire les phytos n’est pas une solution pragmatique.

J’ai remarqué que le gouvernement français actuel a eu une période où il ignorait l’avis des agences sanitaires. Le « sortir du glyphosate dans 3 ans » de 2017 en est un exemple. Mais, avec le temps, le gouvernement semble avoir compris que l’avis des agences sanitaires avait son importance. Par exemple, le gouvernement défend les fongicides SDHI qui sont sous les feux de la rampe depuis peu seulement en s’appuyant sur l’avis de l’ANSES. Du coup, je me demande si le gouvernement ne va pas mettre en avant l’avis des agences sanitaires pour redorer le blason de certains produits tel que le Glyphosate par exemple. Ce n’est pas le cas pour l’instant car comme vous pouvez le voir dans cette intervention du ministre à l’assemblée , le gouvernement défend les fongicides SDHI et plante le Glyphosate dans le même discours. Ce n’est donc pas pour demain matin que le gouvernement défendra le glyphosate en se basant sur l’avis de l’ANSES mais qui sait, si la filière agricole lui prépare le terrain, peut-être on y viendra un jour ?

Opinion glyphosate


12
août
2019

Le WWF Brésilien soutient le semis direct

Parfois, en naviguant sur Internet, on peut être surpris. Et je l’ai été lorsque j’ai découvert, il y a deux ans environ, que le WWF brésilien soutient le semis direct (figure 1) alors que le WWF Français est anti-glyphosate (figure 2).
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Soit, être pro-semis-direct ne signifie pas que le WWF Brésilien est pro-Glyphosate et que le fait que WWF France soit anti-glyphosate ne signifie pas qu’il soit anti-semis-direct. Néanmoins, la pratique du semis direct est tellement liée à l’utilisation du glyphosate qu’il est difficile d’être pro-semis-direct et anti-glyphosate en même temps. C’est pourquoi au début, je me suis dis que c’était une erreur et qu’une mise à jour ne devrait pas tarder. Mais non. Deux ans plus tard, la divergence est toujours là. Si le soutien au semis direct persiste, c’est que le WWF Brésilien a dû réfléchir à la question et cherche à promouvoir une pratique respectant leurs valeurs. Ils ont une page de présentation générale et une page avec des conseils pratiques intitulés « comment faire ».
En regardant plus loin sur Internet, il est apparu que le WWF a aussi publié un document en anglais au sujet du semis direct et que ce document est une référence bibliographique dans plusieurs pages Wikipédia (figure 3).
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Malheureusement, ce document n’est plus en ligne et donc il n’est pas possible de lire. Mais il semble que le WWF y présente le semis direct comme un moyen de lutter contre l’érosion, d’augmenter la réserve utile et les rendements et de stocker du carbone dans le sol.
Néanmoins, je me réjouis de la nouvelle : une antenne nationale d’une ONG internationale, le WWF Brésil, soutient le semis direct. Et j’espère qu’ils sauront convaincre leurs camarades des autres antennes nationales de l’importance de la technique.


30
novembre
2018

Hamburgers au Paradis : pour en finir avec la faim

Livre Hamburger au ParadisRécemment, j’ai lu le livre “Hamburgers au Paradis : pour en finir avec la faim” de la Professeure Louise Fresco. Ce livre traite d’alimentation, de disette et d’abondance, de désir et de réalité, de chasseur-cueilleur et d’agriculteur : il parle du lien qu’a l’Homme avec la nature à travers sa nourriture.
A la lecture du livre, j’ai été heureusement surpris de lire que madame Fresco évoque le semis direct et l’Agriculture de Conservation (AC). Il est clair qu’elle en connait les définitions, les différences respectives et les effets sur l’environnement. Dans le chapitre sur la biodiversité, « Biodiversiteit : van landschap tot gen » en Néerlandais, elle écrit que dans un environnement constitué de « grandes » parcelles, l’AC est le meilleur système pour stimuler et entretenir la biodiversité. J’ai trouvé cela très encourageant car, en plus d’être exacte, cette affirmation a été écrite par une scientifique qui n’est pas et n’a pas été impliquée dans le développement de l’AC. Il est encourageant de voir que les résultats de l’AC arrivent aux oreilles des scientifiques intéressés et visionnaires et ceci depuis plusieurs années déjà (le livre a été publié pour la première fois aux Pays Bas en 2012) et y compris dans des pays où l’AC est absente (madame Fresco est Néerlandaise et aux Pays Bas, il n’existe pas d’association AC, il y a un seul constructeur proposant des machines de semis direct et la ferme de la principale université agricole du pays (WUR) n’a jamais eu de parcelle en AC à ce jour).
Ce livre a pour but d’expliquer au lecteur le lien entre nature, culture et nourriture. En effet, il y a un lien très fort entre nature et nourriture car notre alimentation a pour origine la nature. En effet l’Homme se nourrit de la nature et, au niveau local, la nature et la nourriture s’imprègnent d’une culture en lien direct avec le terroir local, c’est-à-dire avec le climat et le sol. Madame Fresco a utilisé tout le savoir scientifique disponible pour bien expliquer ces différents liens ainsi que des œuvres artistiques et littéraires tels que des tableaux par exemple. Le livre est par conséquent assez épais (540 pages pour la version néerlandaise) et contient beaucoup d’informations. Il y a deux chapitres qui sont particulièrement d’actualité : le chapitre 8 qui traite de l’aspiration des citoyens/consommateurs au « biologique » et au « naturel » et le chapitre 9 qui parle de biodiversité en partant de la biodiversité du paysage pour arriver à la biodiversité génétique. Ce livre est très complet et aborde le lien intime que l’homme a avec la nature à travers son alimentation d’une façon pragmatique, savante et intelligente.


21
novembre
2018

Lutter contre le changement climatique en Europe avec l’Agriculture de Conservation

Mercredi 7 novembre, il y avait la présentation officielle des résultats du projet Climagri au parlement Européen à Bruxelles. L’évènement était organisé par la European Conservation Agriculture Federation (ECAF) ou en français : Fédération Européenne de l’Agriculture de Conservation. L’entrée était gratuite. La demi-journée était chargée avec 21 intervenants. C’était très intéressant. Ci-dessous se trouve une synthèse de mes notes.
La demi-journée commença avec une introduction, suivie par, dans l’ordre chronologique : une section science, une science politique, des témoignages d’agriculteurs et une section sur les réseaux en agriculture. Le tout conclu par un discours du président de l’ECAF.
La première personne à prendre la parole fut l’Eurodéputée Clara E. Aguilera-García. C’était dynamique et visionnaire. J’ai été impressionné de voir à quel point elle comprend le besoin global pour des sols en bonne santé et la nécessité d’une approche pragmatique pour atteindre les résultats désirés. Madame Aguilera-García comprend bien l’Agriculture de Conservation (AC). Le président de l’ECAF, Gottlieb Basch prit la parole à deux reprises durant l’évènement. Une fois au moment de l’introduction. Il a présenté le projet Climagri et le souhait de protéger les sols pour les générations futures. Sa seconde intervention fut la conclusion de la demi-journée. Il a insisté sur le fait que l’AC est le piège à carbone le plus efficace que nous connaissions aujourd’hui et que, si nous décidions de l’adapter à grande échelle, cette agriculture vertueuse aurait un grand impact sur le changement climatique en cours.

182 millions d’ha en AC dans le monde

Amir Kassan, professeur à l’université de Reading en Angleterre, fut le premier scientifique à prendre la parole. Il commença par présenter les effets négatifs du travail mécanique du sol, en partant du local avec la perte de Matières Organiques du Sol (MOS) jusqu’au global avec les zones mortes dans les océans. Il expliqua le coût économique de la perte de fertilité des sols : les rendements stagnent et les coûts de production augmentent. Mais les agriculteurs réagissent face à cette situation. L’AC est pratiquée sur toujours plus de surface avec 180 millions d’hectare de cultures annuelles à la surface du globe. Il y a également des vergers et vignes en AC : 2 millions d’hectares en Europe. L’AC est également reconnue par la FAO des Nations Unies pour être une forme de Climate Smart Agriculture ou, en français : Agriculture Intelligente face au Climat (AIC). En résumé, monsieur Kassan a expliqué pourquoi des agriculteurs arrêtent le travail du sol traditionnel pour se mettre à imiter la nature en appliquant les 3 principes clés de l’AC : 1) couvrir le sol, 2) ne pas bouleverser le sol et 3) stimuler la biodiversité. De plus, dans une diapositive, il y avait un clin d’œil au livre Dirt : The Erosion Of Civilization écrit par David Montgomery. L’intervenant suivant fut Emilio J. González-Sánchez. Il a expliqué le lien entre CO2 et MOS. Si un agriculteur stocke 100 tonnes de carbone dans son sol grâce à des cultures et des couverts, il a soustrait 367 tonnes de CO2 à l’atmosphère. Concernant le projet Climagri, il a souligné le fait que les agriculteurs participant au projet ont, en moyenne, augmenté les MOS de 10% et réduit les émissions de CO2 de 78%.

Moins d’obligation de moyens mais plus d’obligation de résultats

Le secrétaire général de COPA-COGECA, Pekka Pesoneen, a introduit la section politique. Il a expliqué que “You can’t go green if you are in the red” ou, en français : vous ne pouvez pas être vert si vous êtes dans le rouge. Il a ajouté que, sur sa ferme finlandaise, il voit aussi les bénéfices de l’AC et, en particulier, en matière de stockage de carbone. Il est satisfait des résultats. Peter Wehrheim, un des économistes agricoles de la Commission Européenne (CE), a expliqué que la PAC actuelle avait plusieurs aides/subventions qui peuvent être mises à profit par un projet AC et que, par conséquent, le budget Européen soutient déjà l’AC et ses capabilités de lutte contre le réchauffement climatique. Il a également expliqué que, dans la future PAC, la CE va donner plus de liberté aux états membres dans l’utilisation de leur enveloppe budgétaire. En retour, les pays membres devront montrer que les résultats obtenus sont en accord avec les objectifs fixés par la CE. En d’autres mots, il y aura moins d’obligation de moyen et plus d’obligation de résultat. Christian Holzleitner, responsable d’unité travaillant sur le climat à la CE, a expliqué que la filière agricole doit réduire de 40% ses émissions de Gaz à Effet de Serres (GES) à l’horizon 2030. Pour les sols agricoles, il n’y a pas d’objectif mais le souhait que le taux de MOS soit stable dans le temps. Pour un agriculteur céréalier, cela signifie qu’en 2030, son tracteur devra émettre 40% de GES de moins qu’en 2005 et que l’Europe espère que ses taux de MOS restent identiques à ce qu’ils sont aujourd’hui. Comme vous le savez l’Europe ne prend pas part à l’initiative 4pour1000. Les états membres peuvent la mettre en place de façon individuelle mais le plan climat européen n’a pas retenu cette initiative. Christian Holzleitner a expliqué que le point de départ pour une action de lutte contre le réchauffement climatique est la mesure de la situation actuelle en Europe. En ce qui concerne les MOS, L’Union Européenne (UE) n’a pas la connaissance des MOS à l’échelle des parcelles. Ils ont ce savoir à l’échelle régionale mais ne l’ont pas au niveau de la parcelle. Sans ce savoir, l’UE est incapable de rémunérer les agriculteurs pour le stockage du carbone dans les sols. Ils n’ont pas les données pour démarrer un programme de stockage du carbone basé sur les résultats.
Cependant, je souhaite ajouter que, depuis quelques années, des scanner de sol tel que le Veris MSP existent et permettent de cartographier les MOS jusqu’au centiare près (1/10000 ha). Si, dans les années à venir, les autorités demandent de cartographier les MOS, il est possible que ce soit le signe que l’UE soit en train de s’organiser pour stocker le carbone dans le sol pour lutter contre le réchauffement climatique.

La pression adventice est moindre en AC qu’en sol travaillé à l’acier

Les agriculteurs témoignant de leur expérience venaient de 6 pays différents. Certains étaient du sud de l’Europe allant de la Grèce au Portugal et d’autres du nord de l’UE avec l’Allemagne et le Danemark. Ils ont tous montré des photos de couverts végétaux, de semis direct et de sol en bonne santé. Rafael Calleja, venu d’Espagne, a mis en avant les effets positifs de l’AC dans la lutte contre l’érosion. Il insista sur le fait que le sol ne ruisselle pas dans les pentes, même après un gros orage. Pedro d’Orey, chef de culture au Portugal, expliqua qu’en 14 ans d’AC, les MOS sont passées de 0,2 à 2%. Giusseppe Elias, venu d’Italie, montra qu’en combinant AC et Agriculture de Précision, la ferme Casani a augmenté ses rendements en maïs de 20%. Christos Cavalaris présenta un essai Hellénique avec 5 traitements allant de labour jusqu’à l’AC « full package ». C’est cette dernière qui a donné les meilleurs rendements (aussi bien dans la benne que dans le compte en banque). Olivier Martin, venu d’Allemagne, montra qu’il repoussait les limites d’absorption de l’énergie solaire avec des techniques tel que le relay-cropping. Frederik Larsen, un Danois qu’on ne présente plus, a invité la foule à le suivre sur Twitter car il ne pouvait expliquer tout ce qui se passait sur sa ferme dans les 5 minutes de temps qui lui était imparti. Il montra des photos de couverts végétaux expliquant que, même dans un pays froid tel que le Danemark, il est possible de faire pousser des couverts. Il expliqua qu’il avait plusieurs cultures très sensibles sur la ferme telles que des cultures de semences de fourrages sous contrat avec des entreprises semencières, et que l’AC a rendu la gestion de ces cultures beaucoup plus facile car la pression adventice est beaucoup moindre en AC qu’en sol travaillé à l’acier.
Globalement, c’était un évènement très intéressant et c’était agréable de voir toute cette énergie positive autour de l’AC en Europe. C’était ma première participation à un évènement organisé par ECAF et je suis très heureux d’avoir pris le temps d’y aller.

Colloque de l'ECAF à Bruxelles en novembre 2018
Colloque de l’ECAF à Bruxelles en novembre 2018
Thierry Stokkermans à droite, en mode selfie !


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