Cécile Waligora

  • Plantation d'une haie avec une planteuse forestière
  • Bousiers dans un crottin de cheval Tarpan
  • Tas de pierres en bord de parcelle dans l'Yonne
  • Détails du couvert d'été : sorgho, tournesol, radis chinois et colza
16
juillet
2021

Repensons l’aménagement de nos agroécosystèmes

Plantation d'une haie avec une planteuse forestière
Plantation d’une haie avec une planteuse forestière
Installation d’une haie sur la ferme de Philippe Jacquemin, à Sompuis dans la Marne. Le prestataire a, pour cela, utilisé une planteuse forestière qui ouvre un sillon grâce à 2 disques, permettant à l’opérateur, assis à l’arrière de l’outil, de planter, en direct, chaque plant, racines nues. Deux roues plombeuses finissent l’implantation.
Un reportage est consacré à la ferme de P. Jacquemin dans le TCS de l’automne 2021

La vie, c’est le mouvement. Bouger pour se nourrir, bouger pour trouver à se reposer, bouger pour échapper à un danger, bouger pour se reproduire ou encore bouger pour trouver un nouveau territoire. Il y a des tas de raisons au déplacement. Même le monde végétal bouge et a trouvé des solutions pour le faire. Mais pour cela, il ne doit pas y avoir d’entraves au déplacement. Sinon, cela peut compromettre la survie et l’existence même de l’individu, d’une population ou pire, de l’espèce !
Or, chaque espèce a sa propre façon de bouger avec ses propres exigences d’alimentation, de reproduction, de dispersion etc. Un environnement accueillant pour la biodiversité l’est pour toutes les espèces qui le composent et pas seulement pour les espèces qui vous seraient utiles….

Notions de réservoirs et de corridors

En écologie (au sens premier du terme, scientifique), un réservoir de biodiversité est un espace où la biodiversité est la plus riche d’un territoire ou, tout du moins, la mieux représentée. Dans un réservoir de biodiversité, les espèces y assurent tout ou partie de leur cycle de vie, permis par un habitat naturel suffisant. Une forêt est un réservoir de biodiversité. Une prairie à la flore diversifiée l’est aussi, tout comme un couvert végétal d’interculture multi-espèces (seul bémol : il est temporaire). Un cours d’eau est aussi un réservoir de biodiversité mais aussi un vieil arbre isolé !
Afin d’assurer tout leur cycle de vie mais aussi le nécessaire brassage génétique entre populations d’une même espèce, les réservoirs de biodiversité doivent être connectés les uns aux autres, via des corridors écologiques (ou biologiques), permettant la libre circulation des individus. On imagine toujours un corridor écologique comme un élément linéaire, une haie, une rangée de végétation, un cours d’eau, une bande enherbée. Les corridors, vus à une échelle plus grande, ne sont pas toujours contigus. Ce peut être, par exemple, des bosquets disséminés dans un paysage agricole, proches les uns des autres mais participant, néanmoins, à l’interconnexion des espèces. N’oublions pas que si certaines espèces se complaisent dans un biotope plutôt fermé, d’autres ont besoin de milieux ouverts pour vivre. Un exemple : la chauve-souris. Certaines espèces comme les rhinolophes suivent des linéaires pour se déplacer et rejoindre, pour chasser, des espaces ouverts tels que des parcelles agricoles.

Nécessaire connectivité

En termes de protection de la biodiversité, on a trop longtemps abordé le problème uniquement sur le plan du réservoir. Or, il ne suffit pas de permettre l’implantation d’une haie ou d’une mare si celles-ci se retrouvent isolées dans leur environnement. Il est urgent de repenser la problématique sous l’angle de la connectivité entre réservoirs de biodiversité. Il faut des réservoirs mais il faut AUSSI des corridors. C’est ainsi que, de plus en plus, par exemple, des passages à faune sont aménagés pour palier à l’entrave énorme que représentent les infrastructures routières pour le déplacement des espèces.
Dans certains agroécosystèmes (je pense, notamment, aux grandes plaines céréalières très ouvertes), il faut repenser l’organisation du paysage en imaginant de nécessaires corridors, sous la forme parfois de haies mais pas seulement : ce peuvent être ici, des bandes enherbées, ici des fossés avec bandes enherbées, là des lignes agroforestières etc. Il faut des corridors diversifiés, de l’herbe à l’arbre. Attention, on ne dit pas qu’il faut revenir, partout, à du paysage de bocage ! Non, il faut juste repenser intelligemment l’espace, en ayant bien en tête ces notions de réservoirs de biodiversité et de corridors biologiques et, en prenant également en compte, tout ce qui fait la vie d’un agroécosystème comme vos propres activités de production et leurs impératifs.


18
septembre
2020

Tas de branches et de pierres pour la biodiversité

Cet automne, faites un geste de plus pour la biodiversité : installez, sur votre parcellaire, des tas de branches ou de pierres. Ils seront des abris très utiles pour nombres d’espèces, vertébrés comme invertébrés ; abris pour se reposer, passer la mauvaise saison ou, si l’endroit convient vraiment bien, élever leur progéniture.

Tas de pierres en bord de parcelle dans l'Yonne
Tas de pierres en bord de parcelle dans l’Yonne
Tas de pierres issues de la parcelle voisine, photographié dans l’Yonne. Il peut être un refuge pour insectes, reptiles ou même abriter la nichée d’un oiseau cavernicole. Toutefois, si on veut qu’il abrite plus et notamment une hermine, une belette ou des hérissons, il faut mieux l’aménager avec une chambre à l’intérieur, garnie de paille ou de foin. Ceci est très bien expliqué dans la video jointe à cet article.

C’est ainsi que ces abris pourront profiter aussi bien aux petits mustélidés de type hermines et belettes, grandes amatrices de campagnols qu’aux hérissons, consommateurs d’insectes et de gastéropodes ou abriter les nids de certains oiseaux ou insectes. On y trouvera également des batraciens ou des reptiles.
Ces tas de pierres ou de branches doit être relativement gros (ce n’est pas parce qu’ils doivent abriter de petites espèces qu’ils doivent être de petite taille). Ils feront dans les 1 mètre de hauteur pour 2-3 mètres de largeur ou diamètre. L’espace entre les branches ou les pierres ne doit pas être inférieur à 4 cm pour laisser passer les petits mustélidés mais pas plus pour éviter que leurs prédateurs puissent y pénétrer (renards ou chats). Ils seront positionnés près des zones de chasse : parcelles à campagnols, par exemple, en bordure de bois ou dans une bande enherbée ou tout espace "non productif". La présence de ronces à proximité est un plus. Attention cependant à ne pas les installer près d’une voie passante, route ou chemin (risques de mortalité avec les véhicules ou les chiens de promeneurs...)
Tout cela est très bien expliqué dans cet article relatant l’expérience suisse en la matière. Attention, une petite erreur de traduction persiste : dans la video, ce sont bien des hermines qui sont filmées et non des belettes !
Bon visionnage et bonnes installations !


8
septembre
2020

Les guêpes, ennuyeuses certes mais particulièrement utiles

Guêpe sur fleur
Voici un article qui a attiré mon attention et que j’avais envie de partager : « pourquoi les guêpes sont-elles si ennuyeuses en cette fin d’été ? »
Déjà, vous l’aurez remarqué : elles sont plus nombreuses cette année. La faute au climat de ces derniers mois : un hiver doux puis des mois cumulant un déficit de pluviométrie flagrant. Ensuite : pourquoi, dès lors qu’on sort quelques victuailles, arrivent-elles promptement ces derniers temps alors qu’en début d’été, on les voyait encore peu ? Tout simplement et c’est ce qui est très bien expliqué dans cet article rédigé par un spécialiste de l’insecte, parce qu’en fin d’été, la guêpe ouvrière est au chômage ! Elle a beaucoup moins de ses petits frères et sœurs à nourrir qu’en début d’été et elle recherche ailleurs la ration sucrée que les jeunes larves lui fournissaient en échange des protéines qu’elle leur apportait ; protéines issues de ses chasses. Car oui, la guêpe est une prédatrice. Elle capture d’autres insectes, comme des pucerons, des mouches etc ; des espèces qui peuvent être elles-mêmes, ennuyeuses pour nos productions.
Voilà d’ailleurs pourquoi je souhaitais partager cet article avec vous, sur un site dédié à l’agriculture de conservation mais aussi à la biodiversité ! La guêpe fait partie du cortège de prédateurs présent dans notre environnement proche. Mais elle est aussi pollinisatrice à ses heures ! Car, certes, la facilité pour elle, est de se fournir en matières sucrées sur nos tables – l’espèce s’adapte – mais, naturellement, c’est dans les fleurs qu’elle s’approvisionne en fin d’été. Dans cet article, il est même dit que la guêpe serait aussi bonne pollinisatrice que l’abeille.
Alors, la prochaine fois que vous mangez en plein air, pensez-y !


31
octobre
2019

Concours Sors tes couverts - la date limite approche

Dans une semaine, soit le vendredi 8 novembre, l’inscription à la 3ème édition du concours originel "Sors tes couverts" sera close.
Profitez du we pluvieux qui s’annonce pour vous inscrire !
Voici tous les documents nécessaires dans ce lien : https://wetransfer.com/downloads/bbf7bff010cef397f075e7fdf6f2dfcf20191031160103/27f8e6

et le lien vers la page Facebook : https://www.facebook.com/SorsTesCouverts51/

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26
août
2019

Des plantes, des insectes et... des chauves-souris

Avez-vous déjà remarqué, au sol, des ailes de papillons ? Juste les ailes, pas de corps… Il s’agit là, du résultat de la chasse d’un chiroptère, autrement dit, d’une chauve-souris. Celle-ci s’est repue du corps bien protéiné d’un papillon de nuit.

Insectivores stricts

JPEG - 126.6 koIl existe, dans l’Hexagone, 34 espèces de chauves-souris. Les unes ont une tête de… souris ; les autres arborent un museau un peu ragoutant, d’autres ont des oreilles surdimensionnées. Toutes, absolument toutes, sont insectivores. Ce qui signifie qu’en saison froide, quand l’automne laisse place à l’hiver, ces petits prédateurs prennent congés, faute de nourriture et s’endorment, bien à l’abri au fond d’une grotte, d’une cave, voire d’un tronc d’arbre. Là, leur température corporelle s’abaisse considérablement jusqu’à être proche de zéro. Toutes les fonctions vitales sont maintenues à un niveau minimal. Je pourrais vous en dire plus mais cela fera l’objet d’un nouveau carnet…
Revenons à aujourd’hui, à l’approche de septembre. Malgré des températures toujours très élevées dans la journée, nous nous dirigeons peu à peu vers l’automne. Les températures matinales nous le rappellent parfois ! Les jeunes de l’année (un par femelle) sont désormais élevés et l’heure va être à la période d’accouplement qui peut commencer à partir de la mi-août. Les chauves-souris sont dotées d’une fécondation différée, c’est-à-dire que même si l’accouplement a lieu à partir de la fin de l’été et en automne, la fécondation n’a lieu qu’au printemps suivant. Les femelles conservent la semence des mâles, maintenue viable grâce aux substances nutritives délivrées par la paroi utérine. Chez certaines espèces, l’accouplement a lieu au plein cœur de l’hiver et donc en pleine période d’hibernation, ce qui sous-entend que les individus sortent alors momentanément de leur léthargie.
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Faire des provisions

Les besoins actuels en nourriture sont élevés. Les chauves-souris ont besoin de se gaver afin de commencer à faire leurs réserves de graisse qui leur permettront de passer la mauvaise saison. Elle vont en effet devoir vivre sur leurs tissus graisseux pendant plusieurs mois ! Le territoire de chasse doit donc être particulièrement fourni en insectes de tous genres. En une nuit, un individu peut consommer l’équivalent du quart ou tiers de son poids. Grosso modo, les petites espèces de chauves-souris se nourrissent, un peu comme les hirondelles le jour, de « plancton aérien » fait de petits insectes ailés type moucherons et les plus grosse chauves-souris, de proies plus corpulentes comme de gros lépidoptères ou des coléoptères (certaines espèces chassent même à terre). Qui dit proies variées, dit végétation variée. Pour avoir des chauves-souris, capables de faire pression sur des populations de ravageurs potentiels de cultures (exemple des pyrales en maïs, des Eudémis et Cochylis en vigne et bien d’autres), il faut un territoire de chasse composés d’essences végétales variées et cela jusqu’en entrée de période d’hibernation. En cela, les double cultures, les couverts végétaux d’interculture sont une ressource grandement appréciée.

Paysage diversifié

Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi que les bords de champs comprennent suffisamment d’essences végétales variées, hébergeant beaucoup d’insectes et donc entretenus qu’en saison de moindre activité (automne, hiver). L’agroécosystème doit en outre, présenter des essences arbustives et arborées, notamment en lignes et en corridor, que les chauves-souris vont prendre comme références géographiques, mémoriser et longer. Elles vont notamment les utiliser pour passer d’un de leurs gîtes à leur territoire de chasse. Les haies sont donc particulièrement importantes, tout comme les bosquets et les lisières de bois.
L’eau aussi est nécessaire car elle attire bon nombre d’insectes qu’elle soit sous forme de rivière, de mare ou d’étang. En bref, pour bénéficier des services écosystémiques des chauves-souris, il faut un paysage diversifié. Cela va donc au-delà de la seule échelle parcellaire.


24
juin
2019

Moisson et biodiversité : quelques règles de bon sens

JPEG - 111 koLa moisson des céréales approche. Celle des fourrages est parfois encore en cours.
La récolte des cultures, quelles qu’elles soient, n’est pas de tout repos pour la biodiversité des agroécosystèmes, surtout la toute jeune génération qui subit de lourdes pertes à cette période : chevreuils, busards, perdrix ou faisans, petits passereaux... principalement tous ceux qui nichent ou gîtent au sol.
Le sens de la récolte est particulièrement délétère pour la faune. On récolte de l’extérieur vers l’intérieur des parcelles et c’est "comme çà" ! Ce n’est pas parce que c’est "comme çà" qu’on ne peut rien y changer.
Pas plus tard qu’hier, un ami agriculteur me disait qu’il avait changé son sens de récolte, justement pour laisser plus de chance à la faune, de s’échapper. C’est donc possible ! Cela prend il plus de temps, cela est-il plus contraignant ? "Pas du tout", m’a-t-il répondu ; "il faut juste s’organiser autrement avec celui qui conduit la benne".
Mais pourquoi le sens de la moisson a-t-il autant d’importance ? Quand vous récoltez de l’extérieur vers l’intérieur d’une parcelle, vous faites fuir les animaux présents (enfin ceux qui ont la capacité de se déplacer) vers le devant de la machine, vers la partie non encore fauchée, signifiant la sécurité pour les animaux. Vous les poussez donc vers l’intérieur ; bref, dans un piège. Si vous faites le contraire : vous commencez par détourer votre champ mais ensuite, vous allez directement vers le centre et vous progressez vers l’extérieur. La faune fuit alors vers l’extérieur et a plus de chances de pouvoir s’échapper.
Autre élément important : la présence de végétation sur les bords de champs, non fauchée qui va attirer les animaux fuyant les machines.
La vitesse de récolte a bien sûr aussi son importance. Plus vous récoltez vite, plus vous impactez sur la faune qui n’a pas le temps de s’échapper et finit broyée par la barre de coupe ou les lames de la faucheuse.
La vue est enfin d’une grande aide dans ces instants. Profitez du fait que votre moissonneuse fasse presque tout à votre place ou votre tracteur et observez ! La biodiversité vous en saura gré.
La récolte n’est pas le seul moment à risques pour la faune des agroécosystèmes, invertébrés ou vertébrés. Le passage du rouleau pour détruire les couverts ou encore le broyage sont particulièrement impactant. Là aussi, ouvrez l’œil et roulez moins vite !
Des systèmes d’effarouchement existent, comme ce qu’on appelle les barres d’envol : une simple barre métallique où sont fixées des chaînes, gaînées ou non et dont l’extrémité effleure le sol. Cette barre est fixée à l’avant de la machine ou sur le côté de la faucheuse, par exemple.
Je n’ai pas, enfin, mentionné la hauteur de coupe. Elle a bien sûr son importance. Pour préserver un maximum de biodiversité, moissonnez à 15 cm ou fauchez votre fourrage à 8 cm, pas moins.