Après avoir expliqué sa stratégie de réduction des charges, Mathieu nous emmène dans ses parcelles pour observer les premières levées et faire un débrief de sa première campagne en "pur SD".
La patience, premier levier du désherbage
L’une des plus grandes craintes lors de l’arrêt du labour est le salissement des parcelles. Pour Mathieu, la réponse ne se trouve pas uniquement dans le pulvérisateur, mais dans le calendrier. « Le bio m’a appris la patience », explique-t-il.
En décalant ses semis de blé au début du mois de novembre, il laisse passer la première levée des graminées automnales, qu’il peut ensuite gérer plus facilement. Ce décalage réduit également la pression des pucerons, limitant ainsi le besoin d’insecticides. Le résultat ? Un blé tendre sur précédent tournesol qui présente une levée homogène et propre, malgré un semis réalisé directement dans les résidus broyés.
L’agriculture connectée au service de l’agronomie
Le semis-direct est souvent critiqué pour sa vulnérabilité face aux limaces. Mathieu a choisi de sécuriser ce point grâce à la technologie : un compteur de limaces connecté.
Placé au champ, cet appareil compte les populations chaque nuit et transmet les données sur son smartphone. « Les échecs en SD sont souvent dus à des interventions trop tardives », note-t-il. Grâce à ce suivi, Mathieu a pu se passer complètement d’anti-limaces sur une parcelle de 36 hectares où la pression était nulle. C’est l’illustration parfaite d’une technologie qui sert à la fois au portefeuille et à la protection de l’environnement.
Gérer la transition : du métal au végétal
Mathieu en est conscient : son sol est en phase de réadaptation. Lors du semis au disque, on observe encore une légère ouverture du sillon. Pour lui, c’est le signe que la structure biologique n’est pas encore totalement stabilisée.
Pour accompagner cette transition, il utilise deux leviers :
1. La fissuration mécanique : durant les premières années, il a décidé de louer un outil à dents pour fissurer l’ancienne semelle de labour durant l’été. Cela permettra aux racines de descendre plus facilement.
2. Le pouvoir des racines : À terme, ce sont les couverts végétaux qui feront ce travail. Mathieu expérimente des mélanges à base de phacélie pour son pouvoir restructurant ou encore de lentilles fourragères. Son objectif est de privilégier des espèces qui meurent naturellement avec le gel ou en fin de cycle pour réduire au maximum l’usage du glyphosate.
Un système cohérent jusqu’au bâtiment
Pour son élevage de brebis, Mathieu a fait le choix de concevoir un système de bergerie modulable en bois. Utilisé seulement 3 à 4 mois par an pour l’agnelage, le bâtiment est ensuite nettoyé et démonté pour servir de stockage tampon pour les céréales. Avec ce système modulaire, Mathieu reste fidèle à sa philosophie de réduction des charges de structure.
Conclusion : La confiance dans le système
Si les premières années de transition sont souvent délicates, les résultats visuels chez Mathieu sont prometteurs. Son message aux agriculteurs qui tenteraient l’aventure du SD : il ne faut pas avoir peur de se lancer franchement. « On a déjà un gain de marge même avec une baisse potentielle de rendement, car le parc machine est réduit », conclut-il.
L’agriculture de conservation n’est pas une recette magique, mais un cheminement qui demande de l’observation, de la technologie bien placée et surtout, une grande confiance dans la capacité du sol à se régénérer.