Dans le monde agricole, les trajectoires de conversion sont souvent perçues comme linéaires : du conventionnel vers le bio. Pourtant, le témoignage de Mathieu Guilbot, gérant de la SEA la Grande Plaine dans les Deux-Sèvres, vient bousculer ces idées reçues. Après cinq années en agriculture biologique, il a fait le choix de la « déconversion » pour s’orienter vers le semis-direct (SD).
Ce n’est pas un retour en arrière, mais une évolution pragmatique vers ce qu’il appelle « l’agriculture de demain » : un système fondé sur la réduction des charges de mécanisation et la préservation des sols.
Le paradoxe du BIO : quand le labour devient une impasse
Le passage au bio en 2019 partait d’une bonne intention, mais la réalité du terrain a rapidement rattrapé les convictions agronomiques de Mathieu. Sur son exploitation de 220 hectares, principalement située sur des terres argilo-calcaires très superficielles, la gestion des adventices est devenue un défi quotidien.
« En bio, nous ne savions pas faire sans labourer systématiquement », confie-t-il. Pour un agriculteur qui prônait déjà les techniques culturales simplifiées (TCS) avant sa conversion, ce retour à un travail intensif du sol a été vécu comme une régression agronomique. De plus, la multiplication des passages mécaniques a entraîné une hausse du temps de travail et des charges de carburant, impliquant l’embauche d’un salarié.
Conjugué à une baisse des prix du marché bio et à la fin de certaines aides, le modèle économique est devenu fragile. En 2025, Mathieu décide donc de passer au semis-direct en système conventionnel.
Pour Mathieu, la rentabilité ne passe plus par la course au rendement, mais par une gestion fine des charges de structure. Son crédo est simple : un tracteur, un pulvérisateur, un semoir.
- Simplification du parc matériel
Mathieu a fait le choix d’utiliser un seul tracteur de 140 chevaux pour l’ensemble de ses 220 hectares. Ce choix impose une organisation rigoureuse mais permet d’éliminer les coûts d’entretien et d’amortissement de plusieurs engins. Son télescopique et sa moissonneuse sont d’occasions, achetées pour leur fiabilité plutôt que pour leur technologie de pointe. - Le semis-direct comme levier d’avenir
Le passage au semis-direct est, pour lui, l’aboutissement de 20 ans de réflexion. Il utilise aujourd’hui un semoir à disques de 3 mètres (Horsch Avatar) qui permet de semer jusqu’à trois produits différents à deux profondeurs distinctes en un seul passage. - Le choix du rétrofit
Mathieu a également adapté un ancien outil à dents (Allrounder) en le dotant de pointes fines et d’une tête de répartition pour semer ses couverts végétaux à moindre coût. Ce système montre qu’il est possible d’entrer en ACS sans investir dans du matériel neuf. Pour ce projet rétrofit, il s’est tourné vers son distributeur local Agripartner où il a pu trouver des pièces d’usure adaptées à son besoin.
L’élevage, un intérêt en conservation
L’originalité du système de Mathieu réside aussi dans la réintroduction de l’élevage. Avec 80 brebis vendéennes, il valorise les prairies permanentes et utilise le troupeau comme un "outil" agronomique.
Le pâturage des couverts végétaux permet de gérer la biomasse de façon naturelle. C’est aussi un levier intéressant pour la gestion des ravageurs (comme les larves d’altises dans le colza) et pour transformer la matière organique avant la culture suivante.
En abandonnant le labour pour le semis-direct, Mathieu remet l’agronomie au centre de son exploitation.
Sa vision pour l’agriculture de demain est claire : « Elle passera par une très grande réduction des charges ». Un message fort pour tous les agriculteurs qui souhaitent se tourner vers le semis-direct. Le rétrofit, les montages « maison » ou encore l’auto-construction semblent être des atouts pour minimiser ses dépenses.
Retrouvez l’intégralité du témoignage de Mathieu sur la chaîne YouTube Agripartner TV :














