Guillaume BODOVILLÉ

  • Cédric Francinet, à Mailly-Champagne
  • Le couvert le 8 mai 2020
  • Semis tournesol dans féverole d'hiver
  • Niger détruit par les premières gelées - P. Meuret
8
mars
2021

Des couverts dans les Galipes (2020/2021)

L’itinéraire de couverture des inter-rangs des vignes de Champagne, décrit en détail dans l’article « Des couverts dans les galipes » paru dans le TCS n°111 de janvier/février 2021, essaime petit à petit dans toute l’appellation.
Voici, en complément de cet article de la tribune consacrée à la campagne 2019/2020, quelques photos illustrant l’implantation du couvert à l’automne 2020.

Chez Jérôme Courgey, à Prouilly

Jérôme Courgey, Prouilly
Jérôme Courgey, Prouilly
Semis direct du couvert le 9 septembre 2020
Jérôme Courgey, Prouilly
Jérôme Courgey, Prouilly
Le couvert le 30 octobre 2020

Chez Arnaud Duval, à Sillery

Arnaud Duval, à Sillery
Arnaud Duval, à Sillery
Le semoir à disques auto-construit à partir d’éléments Sky Maxi Drill (4 rangs sur 44 cm)
Arnaud Duval, à Sillery
Arnaud Duval, à Sillery
Le couvert le 2 novembre 2020. Le couvert avait été semé en direct le 24 septembre 2020.

À l’EARL Leclère-Cochet, à Berru

EARL Leclère-Cochet, à Berru
EARL Leclère-Cochet, à Berru
Le couvert le 3 novembre 2020. Il avait été semé le 12 octobre après deux passages de cover-crop.

Chez Cédric Francinet, à Mailly-Champagne

Cédric Francinet, à Mailly-Champagne
Cédric Francinet, à Mailly-Champagne
Le couvert le 4 novembre 2020. Il avait été semé le 23 septembre après travail superficiel du sol. Ici, la féverole est de la variété Avalon et le seigle de la variété Protector.

Chez Baptiste Debargue, à Épernay

Baptiste Debargue, à Épernay
Baptiste Debargue, à Épernay
Le couvert le 7 novembre 2020. Le couvert avait été implanté le 26 septembre 2020 avec un semoir Nodet modifié, après un passage de rotavator.

Chez Alain Legret, à Talus-Saint-Prix

Alain Legret, à Talus-Saint-Prix
Alain Legret, à Talus-Saint-Prix
Le couvert le 14 novembre 2020. Il avait été implanté le 18 septembre avec le même semoir que chez Jérôme Courgey. Une pluie une semaine près le semis a permis une belle levée.

Chez Clément Rigaut, à Sacy

Clément Rigaut, à Sacy
Clément Rigaut, à Sacy
Semoir auto-construit à dents vibrantes.
Clément Rigaut, à Sacy
Clément Rigaut, à Sacy
Le couvert le 21 novembre. Il avait été implanté le 23 septembre avec un semoir auto-construit à dents vibrantes. Il n’y a que sur 2 lignes de semis, espacées de 34 cm. Il n’y a eu aucun problème d’implantation après les 4 passages de vibroculteur dans l’année, nécessaires pour maintenir la parcelle propre sans herbicide. La levée est réussie dans les 7 parcelles semées (surface totale 1 ha). L’an prochain, le semis devrait être réalisé avec un semoir à disque.

Remerciements à Jérôme Courgey (Arbre & Paysage en Champagne), Vincent Cuillier (viticulteur à Pouillon), Hervé Dantan (chef de caves du champagne Lanson), Baptiste Debargue (viticulteur à Épernay), Arnaud Duval (viticulteur et entrepreneur à Sillery), Cédric Francinet (viticulteur à Mailly-Champagne), Pierre Gachignat (chambre d’agriculture de la Marne), Florent Grados (viticulteur aux Riceys), Dominique Laluc (viticulteur à Mailly-Champagne), Jéméry Lebeau (chef de culture du vignoble Mumm - Perrier-Jouët de Mailly-Champagne), Alain Legret (viticulteur à Talus-Saint-Prix), Fabrice Pouillon (viticulteur à Mareuil-sur-Ay), Clément Rigaut (viticulteur à Sacy) et Brigitte Soriat (viticultrice à Berru).


1er
mars
2021

Des couverts dans les Galipes (2019/2020)

L’itinéraire de couverture des inter-rangs des vignes de Champagne, décrit en détail dans l’article « Des couverts dans les galipes » paru dans le TCS n°111 de janvier/février 2021, essaime petit à petit dans toute l’appellation.
Cet article vous est présenté dans le document pdf proposé à la fin de cet article.
Voici, en complément de cet article, quelques photos illustrant des réussites de la campagne 2019/2020.
Des photos de l’implantation du couvert à l’automne 2020 vous seront également proposées dans une deuxième tribune.

Chez Florent Grados, aux Riceys :

Le couvert le 10 avril 2020
Le couvert le 10 avril 2020
Le couvert le 8 mai 2020
Le couvert le 8 mai 2020

Bien que son implantation, sous la pluie, avait été assez mauvaise, le couvert s’est bien installé. Il a été conservé au-delà des saints de glace et n’a été roulé que le 22 mai 2020. L’expérience est reproduite pour la campagne 2020/2021 sur la moitié de la SAU de l’exploitation.

Chez Vincent Cuillier, à Pouillon :

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Le 22 avril, la féverole à floraison fait le bonheur des pollinisateurs. La pesée de biomasse donne 3,2 t MS/ha (56% de féverole, 31% de trèfles et 13% de seigle), correspondant à 49,5 kg N restituable/ha et 138,4 kg K restituable/ha d’après la méthode MERCI
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Le 5 mai 2020, juste avant destruction par roulage, la pesée donne 6,0 t MS/ha (68% de féverole, 18% de seigle et 14% de trèfles), correspondant à 101,8 kg N restituable/ha et 214,5 kg K restituable/ha.

Chez Dominique Laluc, à Mailly-Champagne :

Le couvert le 29 avril 2020
Le couvert le 29 avril 2020

Remerciements à Jérôme Courgey (Arbre & Paysage en Champagne), Vincent Cuillier (viticulteur à Pouillon), Hervé Dantan (chef de caves du champagne Lanson), Baptiste Debargue (viticulteur à Épernay), Arnaud Duval (viticulteur et entrepreneur à Sillery), Cédric Francinet (viticulteur à Mailly-Champagne), Pierre Gachignat (chambre d’agriculture de la Marne), Florent Grados (viticulteur aux Riceys), Dominique Laluc (viticulteur à Mailly-Champagne), Jéméry Lebeau (chef de culture du vignoble Mumm - Perrier-Jouët de Mailly-Champagne), Alain Legret (viticulteur à Talus-Saint-Prix), Fabrice Pouillon (viticulteur à Mareuil-sur-Ay), Clément Rigaut (viticulteur à Sacy) et Brigitte Soriat (viticultrice à Berru).


3
novembre
2020

1000 ha de doubles cultures depuis 2003 !

L’exploitation et le système de culture de Frédéric Pagès ont été présentés dans le TCS n°91 de janvier/février 2017 et dans le TCS n°109 de septembre/octobre 2020 (voir pdf ci-joint).
Voici l’historique complet (pdf ci-joint, également), avec un résultat éloquent : depuis 2003, Frédéric a semé et récolté près de 1000 ha de doubles cultures !

Frédéric Pagès - 2020
Frédéric Pagès - 2020

21
octobre
2016

Un petit tour de plaine…

Malgré une sécheresse persistante, quelques agriculteurs ont réussi à obtenir de beaux couverts, notamment grâce aux températures clémentes du mois de septembre. Du Nord au Sud, petit tour de plaine en images, tirées du forum http://www.agricool.net.

Dominique Dumont de Chassart (Belgique)

Dans le Brabant Wallon, Dominique Dumont de Chassart couvre le sol entre des pois de conserve et du blé avec un biomax.
Sitôt la récolte des pois, déchaumage au Horsch Terrano à 10 cm, puis semis du couvert au 15 juillet au Horsch Express 3TD (ce semoir est équipé de disques indépendants et non d’une herse rotative).
Le couvert est composé de nyger, phacélie, avoine brésilienne, trèfle d’Alexandrie, pois fourrager et vesce.

Couvert biomax entre pois et blé chez D. Dumont de Chassart - Belgique
Couvert biomax entre pois et blé chez D. Dumont de Chassart - Belgique

Le couvert a depuis été mulché par un passage de disques indépendants, 2 semaines avant le semis du blé.

Bernard Duroselle (Belgique)

Non loin de Liège, Bernard Duroselle a implanté un biomax pour couvrir le sol avant des betteraves.
Le couvert a été semé le 20 juillet : les semences sont épandues quasiment à la volée par un Nodet modifié (les sabots ont été ôtés), monté sur le relevage avant du tracteur, et enfouies par le cultivateur attelé à l’arrière du tracteur.

Semis d'un couvert biomax chez B. Duroselle - Belgique avant betteraves
Semis d’un couvert biomax chez B. Duroselle - Belgique avant betteraves

Cette année, le couvert est composé d’avoine, moutarde, phacélie, sorgho, moha, trèfle d’Alexandrie et vesce.

Couvert avant betteraves chez B. Duroselle - Belgique
Couvert avant betteraves chez B. Duroselle - Belgique

Le couvert mesure quasiment 2 mètres !
Pour la destruction, Bernard envisage 3 options :
• En cas de gel marqué avant le 15 novembre : destruction par le gel.
• En cas de gel annoncé quelques jours après le 15 novembre : destruction par roulage.
• Si pas de gel : destruction par broyage.

Jérôme Gallois (Aube)

Dans l’Aube, Jérôme Gallois a réussi à obtenir une bonne couverture du sol après un blé récolté fin juillet, sur des terres destinées à des vesces de multiplication l’an prochain.

Sur une parcelle, le couvert a été semé en direct dans les chaumes du blé 3 jours après la moisson ; un désherbage au glyphosate a été réalisé pour détruire les renouées liseron avant la levée du couvert. Sur l’autre parcelle, un déchaumage a été réalisé au Lemken Rubin suite à un épandage de 4,7 t/ha de compost de déchets verts ; le couvert n’a été semé que 10 jours après la moisson.
Le couvert est composé principalement de féverole avec du trèfle d’Alexandrie, du lin, de la phacélie, du radis et du tournesol.

Couvert biomax entre blé et vesce chez J. Gallois - Aube
Couvert biomax entre blé et vesce chez J. Gallois - Aube

Les premières gelées ont eu raison des tournesols.
Le reste du couvert sera détruit par roulage pendant un épisode de gel plus intense.

Couvert biomax gelé chez J. Gallois - Aube
Couvert biomax gelé chez J. Gallois - Aube

Pierrick Meuret (Haute-Marne)

Pierrick Meuret, en Haute-Marne, a implanté un biomax derrière un blé paille broyée. Un scalpage a été réalisé à la mi-août avec un déchaumeur Treffler, afin de détruire les adventices tout en évitant une application de glyphosate. Le couvert, composé de seigle (seule plante du couvert qui passera l’hiver), féverole, pois, sarrasin, tournesol, phacélie, radis et lin, a été semé à la volée au cours de ce même déchaumage (trémie frontale).

Couvert biomax après blé chez P. Meuret - Haute-Marne
Couvert biomax après blé chez P. Meuret - Haute-Marne

Les plantes à grosses tiges ont été détruites par roulage. Au jour du roulage, le couvert avait produit 3,5 t MS/ha. Le seigle va continuer à se développer et couvrira le sol tout l’hiver.
La culture suivante sera soit une orge de printemps, soit un pois de printemps.

Roulage du biomax chez P. Meuret
Roulage du biomax chez P. Meuret

Dans une parcelle hydromorphe, un colza associé a été implanté de manière opportuniste, en direct dans les chaumes du précédent seigle qui avait lui-même été très affecté par l’hydromorphie : dose élevée de semences fermières de colza, lentilles et féveroles pour produire de l’azote à l’automne, niger et tournesol pour détourner les limaces et un soupçon de lin pour les altises.
Une forte levée de ray-grass après le semis a nécessité l’application d’un anti-graminée. Malgré le niger et le tournesol, malgré une application d’hélicide Sluxx, les limaces ont fait de gros dégâts par places. En fonction du développement du colza en sortie d’hiver, Pierrick décidera soit de le conserver comme culture, soit de le détruire et d’implanter une culture de printemps.

Colza associé en terre hydromorphe chez P. Meuret
Colza associé en terre hydromorphe chez P. Meuret

Le niger a été détruit par les premières gelées.

Niger détruit par les premières gelées - P. Meuret
Niger détruit par les premières gelées - P. Meuret

Quant à l’orge d’hiver semée en direct dans les repousses de colza et le trèfle blanc (voir http://agriculture-de-conservation.com/Couverts-vegetaux-532.html?id_document=5544), elle lève bien :

Orge en direct dans repousses de colza et trèfle blanc - P. Meuret
Orge en direct dans repousses de colza et trèfle blanc - P. Meuret

Nicolas Varney (Haute-Marne)

Au Sud de la Haute-Marne, Nicolas Varney n’a pas pu récolter ses pois d’hiver, trop impactés par les maladies qui se sont développées avec le printemps terriblement humide. Le faible développement des pois ayant favorisé le salissement du champ (matricaire, gaillet, etc.), un désherbage total au glyphosate a été nécessaire. Ensuite, 20 t/ha de fumier de vaches laitières, provenant d’un échange paille/fumier avec un voisin éleveur, ont été épandues. Le couvert, composé d’avoine diploïde, vesce, féverole, lin, colza et tournesol, a été semé dans la foulée, début juin, en direct avec un John Deere 750A.
La photo ci-dessous montre le couvert le jour du semis direct du blé. La trémie frontale permet de localiser un engrais starter, mais cela n’a pas été nécessaire ici du fait de l’apport de fumier avant le semis du couvert. Une application de glyphosate a fini de détruire le couvert.

SD de blé dans biomax derrière un pois raté - N. Varney Haute-Marne
SD de blé dans biomax derrière un pois raté - N. Varney Haute-Marne

Yann Bonjour (Suisse)

Chez Yann Bonjour, à 800 m d’altitude en Suisse, les récoltes sont tardives, l’hiver précoce, et les couverts n’ont que peu de jours pour se développer. Pour info, Yann fait l’objet d’un reportage à paraître dans le TCS n°89.
Pour couvrir une interculture blé/maïs ensilage, Yann a semé le 14 août (une semaine après la récolte du blé), un gros couvert constitué de seigle (seule plante du couvert qui passera l’hiver), féverole de printemps, avoine brésilienne, pois, lentille, trèfle incarnat, sarrasin, tournesol, radis chinois. Le couvert a reçu des effluents d’élevage, à hauteur d’environ 60 kg N/ha.

Biomax entre blé et maïs chez Y. Bonjour - Suisse
Biomax entre blé et maïs chez Y. Bonjour - Suisse

Le colza, semé également à la mi-août à la suite d’un blé ou d’un triticale, est, quant à lui, associé à des féveroles, du fenugrec, des lentilles, de la gesse, du trèfle blanc, du sarrasin, et un fond de sac de niger. Le mois de septembre, particulièrement clément cette année, a permis un fort développement du sarrasin (la photo date du 29 septembre), heureusement vite détruit par les premières gelées début octobre.

Colza associé premières gelées chez Y. Bonjour
Colza associé premières gelées chez Y. Bonjour

Maxime Carnel (Cher)

Chez Maxime Carnel, dans le Cher, c’est un colza qui a été implanté au 14 juillet, en direct dans des chaumes d’orge d’hiver, avec un semoir Primera. Le colza est accompagné par de la féverole, de la gesse, du tournesol et un soupçon de sarrasin. De l’antilimace Sluxx a été apporté au semis et les repousses d’orge ont été détruites par un anti-graminée fin juillet.
La canicule et la sécheresse (pas de pluie significative du 25 juin au 17 septembre, et seulement 19 mm le 17 septembre) ont eu raison des féveroles, qui n’ont survécu que dans les zones ombragées.

Colza associé chez M. Carnel - Cher
Colza associé chez M. Carnel - Cher

Jérémie Baret (Lot-et-Garonne)

Chez Jérémie Baret, dans les coteaux du Lot-et-Garonne, ce sont 2 couverts qui se succèdent lors d’une interculture blé de force / sorgho grain.
• Tout d’abord, un couvert d’été (en photos ci-dessous), semé en direct dans les chaumes du blé de force avec un semoir Gaspardo Directa : il est composé de sorgho à balai, tournesol, féveroles, pois fourragers et gesse.
• Ensuite, un couvert d’hiver, composé de féveroles, pois fourragers, vesce et phacélie, semé en direct dans le couvert d’été.

Couvert d'été chez J. Baret - Lot et Garonne
Couvert d’été chez J. Baret - Lot et Garonne
Racines du couvert d'été chez J. Baret
Racines du couvert d’été chez J. Baret

22
juin
2016

En semis direct, la rotation est une arme pour lutter contre les graminées résistantes

Infestation de ray-grass
Les évolutions des populations de ray-grass sont extrêmement rapides et peuvent coloniser la parcelle entière. Dans ces conditions, pour sauver la parcelle et éviter la dissémination par la moissonneuse-batteuse, une destruction au glyphosate, puis une
alternance des cultures, des dates de semis et des modes d’action anti-graminées sont la seule solution.

Agriculteur de la belle région de Vertus, en plein cœur de la Champagne crayeuse, Bertrand Ravillion a remisé sa charrue voilà déjà 20 ans ! Après des années de TCS et quelques essais de strip-till, il pratique de plus en plus le semis direct sous couvert pour l’ensemble de ses cultures. Confronté comme tous ses voisins à des graminées résistantes aux fops, dimes (groupe A de l’HRAC [1]) et aux sulfonylurées (groupe B de l’HRAC), Bertrand a mis en place une rotation des cultures et des modes d’action antigraminées qui semblent particulièrement efficaces.

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Une rotation sur 11 ans, alternant cultures d’hiver et cultures de printemps

Rotation chez Bertrand Ravillion

La rotation commence par des betteraves sucrières. Une fois les betteraves récoltées, des pois protéagineux d’hiver sont implantés. Ils sont semés avec du blé tendre d’hiver afin de couvrir davantage le sol pour concurrencer les adventices, créer un microclimat plus favorable et lutter contre le gel mécanique qui est souvent néfaste aux pois d’hiver en terre de craie. En sortie d’hiver, le blé est détruit par le désherbage du pois.
En troisième année de rotation, du colza succède aux pois. Le colza profite d’un bon précédent (reliquats azotés, peu de résidus) et il est associé à des légumineuses gélives (féveroles de printemps, pois fourrager, fenugrec).

Colza associé à des féveroles et pois fourragers chez B. Ravillion
Colza associé à des féveroles et pois fourragers

Les repousses de colza forment un couvert d’été, dans lequel Bertrand sursème des féveroles.
En quatrième année de rotation, le blé tendre d’hiver profite d’un bon précédent et d’un champ quasiment indemne de graminées adventices. Il peut cependant être pénalisé par la présence de campagnols, que la longueur de la culture de colza favorise, et qui constitue finalement la plus grande problématique en semis direct, l’autre problème étant sans doute la rémanence de certains herbicides, typiquement, le metsulfuron-méthyl appliqué sur céréales qui peut affecter les couvert suivant, ainsi que les dérives de désherbage à l’Atlantis qui peuvent encore causer des dégâts sur les betteraves de l’année suivante.

Après le blé, un gros couvert, style Biomax, est implanté, avec une base de légumineuses (féverole, pois fourrager ou vesce, mélilot…) et de crucifères (radis fourrager, radis chinois, moutarde...) complété par de la phacélie. Bertrand n’est satisfait que si le couvert produit au-moins 5 t MS/ha. L’objectif est de redonner de la vie au sol en l’enrichissant en matière organique, de recycler les éléments nutritifs (le phosphore est bloqué par la craie), et d’augmenter la fertilité du sol.

Couvert Biomax chez B. Ravillion
Couvert au 15 septembre
En 2015, année très sèche, les couverts n’étaient bien développés que dans les bonnes parcelles. Dans les rendzines sur graveluches, les couverts n’ont quasiment pas levé.

En cinquième année suit une orge brassicole de printemps, qui sera elle-même suivie d’un gros couvert avant un retour des betteraves sucrières en sixième année.
En septième année, nous retrouvons un blé, qui sera à nouveau suivi d’un gros couvert.
Ensuite, la rotation se poursuit de manière similaire aux années 2 à 5, avec des pois protéagineux de printemps cette fois, cultivés en huitième année de rotation, qui constituent un bon précédent pour le colza associé qui suivra, puis un blé, un gros couvert, une orge de printemps et un dernier gros couvert avant le retour aux betteraves de la première année de rotation.

L’utilisation de crucifères dans les couverts alors qu’il y a du colza dans la rotation, ne semble pour le moment pas se révéler problématique. De même, la présence de légumineuses dans le couvert précédant les pois de printemps pourrait se révéler défavorable (transfert de pathogènes par exemple). Notons cependant que les sols de craie ne semblent pas favorables à l’Aphanomyces.

Toutes les cultures et tous les couverts sont implantés en semis direct. Le semis des betteraves est seulement précédé d’un « pré-traçage » (je n’ose pas dire du strip-till) à 4/5 cm de profondeur.
SD chez Bertrand Ravillion

Le contrôle des graminées

Le désherbage anti-graminée habituel est réalisé uniquement en post-levée :

  • Sur betteraves sucrières et pois de printemps : Clethodime (groupe A) + huile,
  • Sur pois d’hiver et colza : Propyzamide (groupe K1),
  • Sur blé : Chlortoluron (groupe C2) et diflufénicanil (groupe F1),
  • Sur orge de printemps : Pinoxaden (groupe A) + huile,
  • Pour détruire certains couverts et repousses (ainsi que les zones par trop infestées en graminées adventices dans les cultures) : Glyphosate (groupe G) + adjuvant + sulfate d’ammonium.
    Bertrand veille également à broyer les bordures des parcelles.

Pour diversifier encore davantage les modes d’action anti-graminées, des herbicides du groupe N sont parfois employés, par exemple du prosulfocarbe en post-semis pré-levée des céréales, de l’éthofumesate en post-levée sur betteraves, ou encore du triallate incorporé avant le semis de l’orge de printemps en situation extrême. De même, du flufénacet (groupe K3) a déjà été employé sur les céréales.

L’alternance des dates de semis des cultures, le semis tardif des blés (les premiers semis ne commencent que fin octobre), l’enchaînement betteraves/pois/colza ainsi que la diversification des modes d’action anti-graminées ainsi permise, est un moyen très efficace pour lutter contre les ray-grass et vulpins résistants aux inhibiteurs de l’ACCase (fops et dimes, groupe A) ainsi qu’aux inhibiteurs de l’ALS (sulfonylurées, groupe B) qui étaient devenus très problématiques dans les cultures d’hiver, avec des rotations auparavant très chargées en blé et escourgeon.

Les systèmes de culture en semis direct sont très dépendants du glyphosate. Si cette matière venait à ne plus être homologuée, de nouveaux systèmes de culture seraient à reconcevoir, alors qu’il n’y a pas aujourd’hui d’autre anti-graminée homologué en destruction de couvert et que le 2,4-D pose le problème du délai avant semis d’une culture suivante (7 jours avant céréales à paille, 1 mois avant betterave). Serait-il encore possible de se passer de travail du sol ?
Le glyphosate est aussi une solution 100% efficace contre les graminées résistantes. À l’échelle de la rotation de Bertrand, le glyphosate représente aujourd’hui un IFT [2] de 0,12. Si le glyphosate n’était pas ré-homologué, faudrait-il appliquer du clethodime sur le couvert (non homologué à ce jour pour cet usage) et attendre un mois avant de semer la céréale ? Quid de l’IFT de la rotation dans ces conditions ?

Le poster des modes d’action herbicides de l’HRAC : http://www.hracglobal.com/images/moaposter.pdf


18
juin
2015

Double couvert : été puis hiver

Stéphane Gatti, paysan en agriculture de conservation de la commune de Laplume, dans le Lot-et-Garonne, met en place dans ses parcelles des pratiques de régénération des sols, et notamment une rotation originale, qui méritent d’être décrites.

La rotation de 6 ans commence par un colza associé à des légumineuses gélives (lentille et fenugrec) et pérenne (luzerne ou trèfle blanc ou violet). L’objectif est d’avoir une légumineuse pérenne bien implantée afin de la conserver comme couvert permanent pendant 3 ans. Le colza est suivi par un blé tendre puis un triticale ou une orge d’hiver. Sitôt la récolte de la deuxième paille, si le couvert pérenne n’a pas survécu, un couvert d’été est semé, composé de sorgho à balai, de tournesol, de vesce, de phacélie, de pois fourrager voire de colza. Ce couvert d’été est détruit par roulage au moment du semis, en octobre, d’un deuxième couvert, cette fois d’hiver, composé essentiellement de féverole ; le gel de l’hiver finira de détruire le couvert d’été. Au printemps, les féveroles sont détruites au rouleau hacheur au semis du maïs ou du sorgho. Après la récolte, des féveroles occupent à nouveau l’interculture avant un tournesol ou un soja. Enfin, en dernière année de la rotation, les féveroles sont conservées pour la récolte en graines et sont un très bon précédent au colza.

La rotation n’est pas figée et si un couvert de féverole se révèle être prometteur, il peut être conservé comme culture et récolté.

Tous les semis de cultures et couverts sont réalisés en direct depuis 2009 (après une dizaine d’années de TCS), il n’y a plus aucun travail du sol.
Rotation Stéphane Gatti Si le colza est une culture récente sur l’exploitation, il n’en va pas de même pour la féverole qui est cultivée depuis 1995 (de la Castel), et qui s’est toujours montrée être un bon précédent pour des productions de porte-graines telles que des carottes, du persil ou du colza semence. Stéphane a choisi d’implanter le couvert permanent sous colza et non sous tournesol pour les raisons suivantes : le tournesol est la culture la plus difficile à réussir en semis direct et elle serait sans doute encore plus difficile à réussir avec un couvert en-dessous, l’interculture entre un tournesol et un blé est très courte, ce qui laisserait peu de temps au couvert pour se développer, alors que ce dernier dispose d’au-moins 3 mois entre la récolte d’un colza et le semis d’un blé. Si Stéphane implante des couverts depuis 2001, il pratique le double couvert d’été puis d’hiver depuis 2009 (à ce sujet, lire notamment en page 11 du TCS n°47), constatant qu’il était impossible de couvrir le sol en été et en hiver avec une seule plante. Les biomasses produites sont conséquentes : 7,5 t MS/ha avec le couvert d’été et 6 t MS/ha avec le couvert d’hiver ! La rotation ne comprend que 2 seuls semis au printemps, les sols à 45 voire 50% d’argile ne laissant que peu de créneaux pour intervenir en bonnes conditions. Comme le dit Stéphane, "si les argiles ne se fendent pas l’été, on n’arrivera jamais à les fendre", il faut donc que les plantes assèchent au maximum le profil et que le sol soit sec à la récolte. Aussi, sauf nécessité pour les autres cultures, seul le maïs est irrigué (le plus tôt possible, et seulement un ou deux tours d’eau). Et encore, seules des variétés de maïs ayant une bonne tolérance au stress hydrique sont retenues (cette année, du DKC5830). Le tournesol sera peut-être abandonné au profit du soja, une culture plus facile à réussir en semis direct et dont la date de semis plus tardive permet de trouver de meilleurs créneaux de semis.

Semis tournesol dans féverole d'hiver
Semis de tournesol dans un couvert de féveroles d’hiver. Crédit photo : Pierre Dumais.
Une particularité de la démarche de Stéphane est également de chercher à utiliser le moins possible de produits phytosanitaires : "Je veux donner plus de vie au sol, notamment en utilisant le moins possible de chimie." Stéphane n’utilise plus aucun insecticide depuis 7 ans, les variétés de blé et triticale sont choisies parmi les plus rustiques possibles, voire parmi celles recommandées pour l’agriculture biologique (cette année, blé tendre Nogal et triticale Vuka par exemple) de façon à limiter le recours aux fongicides, la levée du maïs ne nécessite pas l’application d’anti-limace, le désherbage des féveroles se limite à un anti-graminée, voire pas de désherbage du tout... Dans ces conditions que l’on pourrait qualifier d’extensives, la fertilisation est également réduite en relation avec l’objectif de rendement.

Stéphane cherche à produire et à stocker le maximum de carbone sur ses parcelles, c’est la raison pour laquelle 28 ha de son exploitation sont déjà conduites en agroforesterie et que son objectif est d’avoir, d’ici 2040, 2000 arbres sur 40 ha. Les parcelles, généralement bien orientées Nord/Sud s’y prêtent bien et des essences locales, observées dans les bosquets aux alentours, ont été choisies : érable, cormier, chêne, frêne, merisier, noyer, alisier, noisetier, saule, tilleul, poirier, pommier, peuplier... Les arbres sont plantés tous les 6 m, et les rangées d’arbres écartées de 25,5 m, soit une densité d’une cinquantaine d’arbres à l’hectare. Les peupliers se révèlent être aussi de bons perchoirs pour les rapaces, en plus d’être très productifs en termes de biomasse.

Stéphane est également président de l’association "Cultivons une terre vivante", qui compte 70 adhérents, essentiellement des jardiniers amateurs et quelques agriculteurs, et qui favorise l’emploi de BRF ou bio-fibre : 600 t de déchets verts sont traités chaque année et épandus sur une épaisseur de 15 cm sur les potagers (et 20 à 25 t/ha dans les champs avant le semis des féveroles). Le bio-fibre, souvent accompagné d’un couvert de féverole, occupe le sol l’hiver. Les légumes (salades, tomates, poireaux...) sont repiqués au retour des beaux jours, sans recourir ni à la bêche ni au motoculteur.

Stéphane est accompagné dans sa démarche par des spécialistes de l’AFAF, d’Agro d’Oc, de Gaïa32, de l’IAD… qui viennent régulièrement sur sa ferme.

Pour en savoir plus sur l’association "Cultivons une terre vivante" et sur la démarche de Stéphane : http://cultivonsuneterrevivante.e-monsite.com/(avec des photos actualisées régulièrement montrant les parcelles de Stéphane) http://www.agroforesterie.fr/AGREAU/documents/Fiche-Ferme-Agreau-Gatti-13-03-2014.pdf