Nous sommes en Béarn, le 29 décembre 2016.
Dans la campagne, de nombreux signes de froid apparaissent. Je vais voir un agriculteur, mais sur la route, tout d’un coup, une parcelle m’interpelle : je vois 2 couleurs, de l’herbe verte et de l’herbe blanche.

Je m’arrête et je fais demi tour, pour voir ce qu’il se passe d’un peu plus près. Sous les roues, dans la zone compactée, l’herbe était encore gelée. A côté, l’herbe était verte.
J’attrape mon thermomètre. Et je mesure à plusieurs reprises « chaque modalité ».
Il y a environ 0.8 °C à 1 °C de différence entre une zone tassée et la zone non tassée.
Vive les indicateurs de l’hiver !
La féverole oui, mais pas seule pour améliorer la structure du sol
Nous sommes en Bigorre, sur les terres d’alluvions limoneuses, plus ou moins caillouteuses de l’Adour. Vous savez, ces terres irriguées, où les agriculteurs font 130-140 Qx/ha en maïs, et 40-45 Qx/ha de soja.
Observation simple et pragmatique de l’effet de 2 couverts sur la structure du sol
Marc J., jeune TCSiste (1 an de recul), veut observer l’impact de différents couverts sur son sol entre deux maïs. Quelque chose de simple et de pragmatique :
– semis le 20 octobre 2015 (ça passe bien, dans le secteur)
– Féverole à 140 kg/ha en pure, semis à la volée + déchaumeur
– Féverole 140 kg/ha + Triticale 150 kg/ha : semis à la volée + déchaumeur + roulage (désherbage au glyphosate le 14 février)
Son objectif est de commencer à faire des couverts, sans que ça gêne la préparation du semis (en non labour depuis 2014-2015). Les observations datent de fin mars 2016.
Le triticale, même désherbé, laisse une structure grumeleuse
Marc est extrêmement surpris par la bonne structure de son sol sous le triticale désherbé.

- Structure grumeleuse grâce aux racines fasciculées du triticale.
Etonnant, même 1 mois après le désherbage, la structure reste grumeleuse.
Je me régale, car cela faisait longtemps que je voulais voir, sous un couvert désherbé tôt, si l’effet de la structure durait dans le temps. Sur ce sol-là, la réponse est positive.
Une structure plus tassée entre les pieds de féverole

- Combien d’images avons-nous pu voir de ces racines de féveroles avec de nombreuses nodosités ?.
Mais voilà, lorsque le sol nécessite d’être travaillé par des racines, celles de la féverole seule ne suffisent pas. Dans certains cas, elles pourraient être plus jolies avec d’autres.
Marc, malgré le courant qui peut exister dans le Sud-Ouest sur la féverole en pure, décide désormais de mélanger de la féverole et du triticale.
Je comprends que sur certains sols très argileux, on simplifie en ne mettant que de la féverole pour faciliter la destruction. Nos nombreuses observations révèlent l’importance de l’impact des céréales sur la structure du sol. Sur de nombreux sols, la céréale a sa place dans le couvert. La proportion dépendra de la culture suivante et de l’objectif du couvert.
Sur un sol tassé, accentuer le mélange sur des céréales et détruire tôt pour ne pas être embêté dans la préparation du semis, n’est pas une aberration pour nous.
Merci à Marc pour ces belles observations !
Elevage : oser décapitaliser pour un nouvel équilibre
En Béarn, Jean Jacques se retrouve comme de nombreux éleveurs de Blondes en difficulté financière. Il réalise de gros changements depuis 2 ans. Son système est constitué de 90 Blondes mères et 78ha. D’un système de non labour depuis 10 ans à base d’ensilage maïs obligeant l’achat d’aliment complémentaire, il construit un nouveau système. La recherche de l’autonomie alimentaire s’appuie sur du pâturage tournant et une ration alimentaire à base de fourrages produits sur l’exploitation. Il s’oriente progressivement vers le semis direct.
Résultats en hausse, mais insuffisants pour le banquier
Il remonte peu à peu la pente. Mais ce n’est pas suffisant, ni assez rapide aux yeux du banquier…
Ce dernier lui propose un prêt de « restructuration » de 108 000 €, à 2.8% d’intérêt sur 7 ans. Cela fait au total 128 000 € à rembourser, assurances et garantie compris.
Cette proposition ne satisfait pas l’éleveur.
Malgré l’insistance du banquier, il décide de décapitaliser.
« L’homme, pardon, l’humain essaye de reprendre la main sur un système dans l’objectif d’être autonome en termes décisionnel et financier. C’est redonner du sens à mon existence et revaloriser mon métier ».
La beauté des prairies en pâturage tournant

On est début juillet 2016, l’éleveur finit de nous raconter l’histoire en faisant changer les bêtes de paddock. Il est si fier de nous présenter son pâturage tournant, avec ses vaches qui ont un si beau poil et ses veaux en pleine forme, sans problème de diarrhée.
Jean Jacques est tout heureux de voir ses vaches sur de l’herbe bien verte. L’équilibre et la beauté qui transpirent dans cette prairie me surprennent.
Trouver son nouvel équilibre
Trouver un nouvel équilibre entre « le troupeau, la surface fourragère et l’homme » nécessite d’être réellement décidé à changer de chemin. Les banquiers et l’entourage des éleveurs qui proposent leurs solutions, ont-ils compris le malaise dans la campagne ?
La capacité de travail de l’éleveur et la surface fourragère sont parfois en inadéquation avec le nombre de bêtes. Mais comment oser vendre des bêtes non finies ? Peut-être en s’écoutant plus…. Et en s’asseyant délicatement sur son égo….
Merci à Jean-Jacques qui a bien voulu nous faire partager son histoire. Il est sûr de ne pas être le seul dans cette situation. Il souhaite redonner envie aux agriculteurs de chercher une autre voie.










