Emmanuelle Richard

  • Féveroles jaune et verte
  • Maïs comparaison inter-rangs
  • Après labour, le sol est très battant
  •  2 prairie à gauche et à droite de la route. 30 mars 2018
  • Terre soufflée chez Marc J, en Bigorre
  • Jean Hinault
13
avril
2020

Couverts d’hiver, secouer des préjugés et s’autoriser à….

Face à l’incohérence entre certains discours et nos observations sur le terrain, nous avons voulu creuser les choses au niveau des couverts végétaux.
Jean HinaultCe travail a été réalisé avec Jean Hinault, pédologue et chimiste à la retraite active. Il est spécialisé dans les matières organiques, la structure du sol et la nutrition des plantes.
Ce travail doit être réalisé sur plusieurs campagnes pour valider les tendances trouvées.
En 2018, la sortie de l’hiver a été très pluvieuse. La destruction des couverts s’est réalisée de manière très tardive : fin avril. Les autres années, normalement, ça commence à partir de mi-mars jusqu’à mi-avril chez nous (Pyrénées Atlantiques, Hautes Pyrénées). Certains, comme Marc Jusforgues, expert agricole dans le 65, s’autorise à les détruire tôt pour une question de commodité. Régulièrement, on regarde par des mini-profils avec la fourche du tracteur l’effet sur le sol. La question sur la restitution azotée s’est posée.

1) Quelle restitution d’azote pour des féveroles à différents stades ?

Malgré ce que l’on pourrait croire, à l’hectare, c’est la féverole de gauche qui restitue plus d’azote, alors qu’elle ne fait que 40 cm, et l’autre 70 cm.

Féverole 40 cm
Féverole 40 cm
Féverole détruite à 40 cm (2.4 T MS/ha) = 41 U azote/ha
Féverole 70 cm
Féverole 70 cm
Féverole détruite à 70 cm, en fleur (3.3 TMS/ha) = 13 U azote/ha

On a envoyé des échantillons de couverts à un laboratoire pour obtenir : %Matière Sèche (MS), Rapport C/N, dosage de l’azote, la lignine. Ensuite, on calcule l’azote disponible par Tonne de Matière sèche. Puisque l’on a fait des pesées de biomasse. On calcule l’azote disponible par hectare.
Tableau 1 : Restitution azotée de 2 féveroles (2018)
Restitution azotée de 2 féveroles (2018)
En effet, la féverole détruite tôt a fait moins de biomasse, mais possède une valeur de MAT (Matière Azotée totale) plus élevée. On a été surpris par la valeur en lignine non négligeable (6.5% /MS). Cette lignine utilisera de l’azote pour s’humifier. Rappelons que même la matière organique fraîche facilement dégradable (cellulose, hémicellulose, fraction soluble) utilise de l’azote pour se dégrader.
Les exemples donnés sont des cas concrets. Nous sommes d’accord qu’une féverole doit être implantée en pure entre 150 kg/ha et 200 kg/ha. Si la seconde féverole était semée plus dense, on pourrait estimer une biomasse de 5 TMS/ha. Le résultat final resterait plus faible que la 1ère féverole : 5 TMS/ha x 4 U N /TMS = 20 U/ha.

2) Quelle restitution d’azote pour des mélanges ?

Le tableau ci-dessous montre bien que le C/N n’impacte pas toujours dans le même sens. 3 couverts :
- Un couvert de Féverole 85 kg/ha, avoine 10 kg/ha, Pois Fourrager 12 kg/ha.
- Un couvert de féverole, Pois, Vesce et céréale semé à 180 kg/ha, avec beaucoup de céréale.
- Un couvert d’avoine vesce trèfle à 25 kg/ha. Je ne comprends pas comment on peut vendre un mélange avec du trèfle, qui, semé souvent après mi-octobre, on ne voit quasiment jamais de trèfle.
Restitutions azotées de 3 couverts
Dès que les légumineuses passent en fleur, la valeur azotée chute. On le sait tous. Même si le mélange possède beaucoup de légumineuse, si elles sont à un stade avancé, la valeur azotée chute.
Dès qu’il y a des gousses, on peut dire au revoir à l’azote.
Alors, je veux juste que chacun s’autorise à détruire son couvert d’hiver quand bon lui semble. D’observer l’impact sur son sol en faisant des mini-profils, sans mettre la barre haute au niveau de la biomasse.

3) Conclusion : s’autoriser à détruire quand bon vous semble

Depuis toujours, nous pensons que les couverts d’hiver sont là pour :
❶ Couvrir le sol l’hiver, le protéger des intempéries. Améliorer la pénétration des pluies hivernales ;
❷ Améliorer la structure du sol ;
❸ Nourrir la vie microbienne par les exsudats et faire un habitat pour la faune de surface.
C’est déjà beaucoup ! Pour ceux qui veulent, on peut s’arrêter là, sans rougir ! Sans faire péter des biomasses de fou, car à mon avis, au printemps, la priorité est ensuite de :
❶ S’occuper de sa culture : que ce soit en grande culture ou en vigne ;
❷ Ne pas se mettre en retard pour le reste (le climat se chargera bien assez de donner des imprévus).
C’est une approche globale, alliant agronomie, agroécologie et équilibre humain et économique. Je vois sur le terrain que la réussite dépend beaucoup d’une bonne organisation du travail.
Ensuite au niveau matière organique, rendez-vous dans un prochain article ! On verra que le couvert n’est peut-être pas le mieux pour faire de l’humus du sol.

Merci à Jean Hinault, aux agriculteurs et vignerons.


3
octobre
2019

Une mini-batteuse pour anticiper et organiser la moisson

Des sojas déjà mûrs, au 27 septembre 2019

Dans la campagne, de nombreuses moissonneuses ronronnent encore, il fait beau, ….. mais…
On est à St Jammes (Nord Est de Pau dans le 64), le vendredi 27 septembre, chez Bruno Laborde Loustau. Nous avons acheté à 3 une minibatteuse pour avoir des repères de maturité (Bruno, Jean Marc Nau et Agronomie Terroirs).
Résultat Soja semé le 16 mai. speeda =12,8% et Isidor = 13,3%.
J’ai travaillé 7 ans en viticulture dans la production, en cave particulière et en cave coopérative. Cela m’a permis de réaliser du suivi de maturité pour déclencher, anticiper et organiser les chantiers de récolte.
Je suis étonnée (et j’avoue navrée) de voir le manque de suivi en grandes cultures. Les récoltes de céréales à 11% d humidité.... les maïs qui se couchent en novembre par un coup de vent...
Les années où il fait beau, tout va bien… mais les années compliquées, est-ce la faute du temps ou du manque d’anticipation, s’il y a des pertes ? Les entrepreneurs ne peuvent pas tout ramasser en 1 semaine….

Les risques de sur-maturité

En maïs : Avec une récolte à humidités faibles, il y a un risque d’égrenage et plus de grains cassés (surtout si la batteuse est mal réglée). Le plus gros risque de la récolte à sur maturité est le développement de mycotoxines (surtout à partir de début novembre). Dixit Clémence Aliaga, Arvalis

En céréale à paille : On sait qu’après une pluie, il y a une baisse du PS.

En soja : Le risque est, en sur-maturité, de perdre des graines (égrenage) et de dégrader la qualité des graines en cas de réhumectation (pourriture).
De plus, pour Terre Inovia (JL Lucas), « après la mi-octobre, l’humidité de l’air et la fréquence des pluies permettent difficilement de descendre en dessous de 18-20 % d’humidité. La qualité des graines risque d’être rapidement altérée par le développement des moisissures.  »

Une solution

Mini batteuseIl est vrai qu’égrener, c’est fastidieux. Pourquoi ne pas se réunir pour acheter une mini-batteuse (coût environ 500 euros) ?


17
juillet
2019

Une prairie, ça se soigne

Par l’intermédiaire de Marc Didienne, nutritionniste indépendant de BDM, nous travaillons avec Christian et Nathalie Cornayre depuis 2017. Ils sont des éleveurs laitiers près de Brioude (Haute-Loire). Ils ont 45 mères et 100 ha dont 60% de prairie. La base de l’alimentation est l’herbe, tout en conservant une petite partie de maïs.

2 prairies de couleur bien différente !

En observant deux prairies côte à côte, la différence de couleur me frappe. L’observation de profils dans ce secteur a révélé des sables limoneux argileux, peu profonds (30 cm), reposant sur de la roche granitique altérée.

 2 prairie à gauche et à droite de la route. 30 mars 2018
2 prairie à gauche et à droite de la route. 30 mars 2018
A gauche, la prairie bien verte de Christian
A gauche, la prairie bien verte de Christian
A droite, la prairie voisine, moins verte, avec du chiendent probablement
A droite, la prairie voisine, moins verte, avec du chiendent probablement

Je demande à Christian : Pourquoi cette différence ? « Ben, une prairie, ça se soigne » répond-il.

« Une prairie, ça se soigne », Christian Cornayre

A gauche, la prairie de Christian reçoit du fumier ou du lisier à l’automne, puis sortie d’hiver, un petit coup d’ammonitre. Le sol est travaillé par scarification pour l’aérer. Il insiste bien : "il s’agit d’un scarificateur, et non d’une émousseuse. L’émousseuse ne fait pas le mettre travail. Elle n’est pas assez agressive".

Scarificateur en CUMA
Scarificateur en CUMA

A droite, où les herbes indésirables prennent le dessus (probablement le chiendent), la parcelle ne doit pas être aussi bien soignée.
Il ne s’agit pas de recette, mais donner à manger à une prairie est important quand on enlève des coupes. De plus, selon les prairies, le tissu racinaire en surface peut fermer le sol. Il ne faut pas hésiter à scarifier quand c’est nécessaire.

Application en viticulture : un repos régénérateur par une prairie soignée

En vigne, certains vignerons ont bien compris qu’il fallait faire reposer les terres avant de planter. En effet, améliorer la fertilité des sols après plantation, coûte bien plus cher qu’un repos régénérateur avant plantation. Si le budget le permet, apporter à manger au sol, et restituer au moins 1 coupe permet de soigner la prairie et donc, d’améliorer la fertilité de la parcelle.


12
octobre
2018

Labour, non labour... pour ceux qui hésitent encore

Henri BaigtHenri Baigt, Béarnais, a commencé à faire du non labour sur les terres difficiles de pied de bois. Ces terres sont plus argileuses, mais surtout, leurs configurations en pied de côteaux les conduisent à être toujours plus froides et humides.
Peu à peu, le non labour gagne du terrain sur son exploitation. Il fait généralement des couverts, féverole et féverole-blé (aujourd’hui, il dose à 100 kg/ha de féverole et 30 kg de blé).
Cette année, sur la parcelle qui était en soja, il installe un RG. Il trouve trop difficile de détruire le RG en non labour et décide de labourer la parcelle (c’est son ressenti).
A droite de cette parcelle, il fait du non labour (décompacteur, vibroculteur, herse rotative, semis). Commençant le non labour sur cette parcelle, il choisit de conserver l’usage du décompacteur.

Maïs labour et non labour
Maïs labour et non labour
2 Parcelles côte à côte sur les alluvions du Gave de Pau, vers Artix (64)
Limons argileux sableux caillouteux brun
A gauche, un maïs labouré après RG. A droite du fossé, un maïs en non labour
Après labour, le sol est très battant
Après labour, le sol est très battant
Détails du sol labourré
Détails du sol labourré
Sol grumeleux et motteux en non labour
Sol grumeleux et motteux en non labour
Détails du sol en non labour
Détails du sol en non labour

Le résultat est frappant pour Henri et le réconforte sur le non labour.
D’autres éleveurs font le choix de faire du non labour sur RG. Pour certains qui veulent garder le RG et qui sont ouverts à diversifier, je les oriente sur des mélanges
de RG, avoine, trèfle squarosum. Ce mélange associe 2 intérêts : l’intérêt agronomique de la céréale pour l’enracinement profond et l’intérêt alimentaire (à condition de le ramasser suffisamment jeune).
Merci à Henri pour le partage de cette expérience.


26
septembre
2018

Semis à 40 cm, meilleur équilibre sol-plante

Il y a quelques années, lorsque l’on commençait à parler (ou à reparler) des semis à 40 cm, je me suis dis : « bien sûr, c’est évident ! ». Pourquoi, c’était une évidence pour ma part ?

Espacement de l'inter-rang pour la mécanisation
Espacement de l’inter-rang pour la mécanisation

1) Tout d’abord, parce que j’ai travaillé 7 ans en viticulture (dans la production)
Quand je travaillais en vignoble, j’entendais que le meilleur équilibre au niveau nutrition de la vigne et qualité du raisin était sur les vignes plantées 1 m sur 1 m.
Les besoins de mécanisation ont conduit à devoir espacer l’inter-rang pour les tracteurs, et à resserrer les plants dans le rang. Ce que je conçois tout à fait. Mais jusqu’où faut-il aller ? Des tracteurs et des outils plus gros, plus lourds …..

Maïs comparaison inter-rangs
Maïs comparaison inter-rangs
A gauche rang à 40 cm, puis des rangs à 80 cm (JM Nau, dpt 64, 2018)

2) Puis, parce que mon regard et ma vie se tournent vers les relations sol-plante
Œuvrant pour l’équilibre sol-plante, il me parait naturel que des écartements à 40 cm sont plus appropriés. Les explorations racinaires et de lumière seront meilleures avec des plantes moins serrées dans le rang. Aujourd’hui, grâce à la plateforme SYPPRE du Béarn, l’excès de concurrence en maïs à 80 cm est montré par des images racinaires grâce aux avancées scientifiques.

Soja sur labour, à 80 cm
Soja sur labour, à 80 cm
Quand le labour accentue la battance des sols, avec un semis à 80 cm : ouille ! ouille !
(JM Cup, dpt 64, 2018), dès l’an prochain, il testera le non labour en bio sur cette parcelle.

Sans oublier, mon ressenti pour les semis à 80 cm. Sur certains sols battants, quand je voyais ces sols nus, j’avais mal au cœur. Mais, je n’osais pas trop le dire…. La quarantaine a du bon… on ose.

Même aujourd’hui, quand je vois ces sols nus à 80 cm, aïe, aïe (le soleil, le vent, la pluie « brûlent » le sol). Je n’ai pas le même ressenti à 40 cm. Je respire.

Couvrir le sol, ce n’est pas seulement avec les couverts et les rotations. Personnellement, je pense que les semis à 40 cm sont une clef. En bio, nous pourrions penser au 60 cm ; pour ceux qui n’ont pas déjà tout l’équipement à 80 cm.

Je remercie Bruno Laborde Loustau de m’avoir fait confiance en 2013 lorsqu’il voulait changer son semoir. Il a permis à tout un groupe de voir la pertinence de ce choix.

Dans la fiche PDF ci-jointe, des résultats en rendements de Bertrand Deghilage.

Fiche semis 40 cm Agronomie Terroirs


21
novembre
2017

Féverole jaune, féverole verte… Qué pasa ?

On est l’hiver 2015-2016 et 2016-2017. En Béarn, chez Bruno Laborde Loustau (sol limoneux brun d’alluvions), En Bigorre, chez Thierry Lasserre (sol limono-argileux d’alluvions) et chez René Fréchou (sol limoneux caillouteux). Nous observons une chose étrange, sur une même parcelle, il y a des zones où la féverole est jaune et un autre endroit, la féverole est verte… Qué passa ?
Féveroles jaune et verte
On ne comprend pas… réflexe, on creuse !
photo féverole jaune
photo féverole verte

Bon, ok, mais encore ?...

Le vieil arbre à proximité

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Jean Hinault, pédologue, spécialiste en nutrition végétal,
Chimie et microbiologie des sols et matières organiques

Agronomie Terroirs a une chance inouïe d’avoir un vieil arbre sage à nos côtés. Même s’il ne sait pas tout, et n’arrête pas de le dire… de vous à moi…. Dans les relations sol/plante, j’ai rarement vu quelqu’un aussi calé ! Quand avec un agriculteur ou un vigneron, on sèche sur le terrain, j’appelle Jean Hinault.

« Allo, Jean, on est sur des alluvions, d’un côté j’ai une féverole jaune, qui ne présente pas de nodosités ; de l’autre, la féverole verte, présente des nodosités. Et puis, chez Thierry Lasserre ou Bruno Laborde Loustau, là où la féverole est jaune, le maïs, il est souvent moins joli. Peux-tu nous éclairer ? ».

Les nodosités ont besoin de molybdène

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Féverole jaune : pas de nodosités
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Féverole verte : présence de nodosités

Après quelques minutes de réflexion … « Les nodosités ont besoin de molybdène, et en sol acide, le molybdène n’est pas bien assimilable. Il faudrait voir le pH de chaque côté » dit Jean qui complète : "Le molybdène intervient en catalysant une enzyme, la nitrogénase, responsable de la fixation de l’azote atmosphérique.
Il intervient aussi chez toute les plantes dans le mécanisme de l’assimilation des nitrates au travers de l’activation d’une autre enzyme : la nitrate-réductase.
Dans le sol, le molybdène est absorbé sous forme d’ions molybdates (MoO4=), la solubilité desquels dépend fortement du pH. A l’inverse des autres éléments métalliques (zinc, cuivre et manganèse), la solubilité des molybdates augmente fortement avec l’augmentation du pH -de sorte que le molybdène est moins disponible en sol acide-
Une petite raison de plus pour surveiller le pH de nos sols. (On rappellera que le molybdène est un oligo-élément, à n’utiliser, comme tous les autres oligo-éléments, qu’en cas de besoin reconnu ; par ailleurs la détermination du molybdène dans le sol reste délicate).
"

Verdict, après analyse

Voici un résultat, sachant que pour les 3 cas, nous avons eu les mêmes différences.
Féverole jaune : pH eau = 5,1 et pH Kcl = 4,3
Féverole verte : pH eau = 5,9 et pH Kcl = 5,3

Dans chaque cas, là où la féverole était jaune et le maïs souvent décevant, le pH était plus faible. Bien entendu, dans les 3 cas, le chaulage était de rigueur, pour toute la parcelle.

Dans les analyses de parcelle, la moyenne de la parcelle ne permet pas de soulever les problèmes.
Il est donc important dans les analyses hivernales, d’analyser une zone homogène (soit zone à problème, soit zone représentative de la parcelle), pour savoir ce que l’on analyse, et ne pas faire une moyenne qui ne veut rien dire.

Merci à Bruno, Thierry, René et Jean pour le partage de ces observations et résultats.



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