Quand l’ABC fait des vagues

Cet article a été écrit par Océane ESPIN, Natacha RACINAIS et Quentin SENGERS
Pour les suivre : decompactes-abc.org

Les 30 janvier et 1er février 2024 se sont tenues les 6èmes Rencontres Nationales de l’Agriculture Biologique de Conservation des sols (ABC) dans le Lot-et-Garonne près d’Agen. Organisées cette année sur le thème de l’eau par l’association Les Décompacté·e·s de l’ABC, ces rencontres constituent un cadre idéal pour démultiplier les connaissances et expériences d’une agriculture vertueuse, pleine de bon sens paysan.
L’intelligence collective, c’est le maître mot de cette édition qui rassemble des agriculteurs venus des quatre coins de la France et même de toute la francophonie ! L’ABC, c’est l’histoire du partage de pratiques agricoles innovantes et durables, nées des multiples processus d’essais-erreurs menés au champ par des paysans pionniers dans leur domaine.

Jour 1 : un torrent de partages et de réflexions collectives

Journées de l'ABC 2024Au menu de cette première journée dédiée aux agriculteurs : des ateliers d’échanges et co-développement entre les participants, facilités par des animateurs passionnés des différents réseaux agricoles, essentiellement Chambres, CIVAM et FNAB. L’objectif premier : susciter l’intelligence collective pour rendre visible la richesse du réseau de l’ABC en France et faire remonter les sujets à questionner et les pistes à creuser. De nombreux ateliers ont permis d’accélérer cette diffusion d’informations précieuses. Nous pouvons citer le MCV (pour Marché des Compétences et des Vécus), la cartographie par région de l’ABC et les fresques de réflexions collectives sur les axes techniques ABC.
A retenir de cette première matinée riche en partages transparents et honnêtes : nous avançons en terrain inconnu. « Les références, on ne les a pas, c’est à nous de les construire », nous rappelle en préambule un des grands témoins, Francis Bucaille, positionné observateur et contributeur de tout ce remue-méninge. « On est en train de construire l’agriculture du futur alors à nous de tester, d’être des « pionniers » et surtout d’exister. Il faut compiler les expériences et les références, tout en gardant à l’esprit que rien n’est gravé dans le marbre », nous avertit ce spécialiste de la revitalisation des sols. Chaque territoire a ses spécificités, ses conditions pédoclimatiques particulières : la grille de lecture doit toujours être nuancée et faire état d’un contexte.
L’après-midi s’est déroulée autour du traditionnel atelier de co-développement qui permet de répondre aux questionnements individuels de chacun. Le collectif permet ainsi de réfléchir autrement et de formuler ensemble des propositions concrètes à des problématiques de terrain : l’idée est de repartir reboostés, riches de nouvelles perspectives et d’optimisme pour la suite ! Chaque question en amène de nouvelles : pas si facile d’innover en permanence. Mais comme le dit l’adage, seul on va plus vite mais à plusieurs on va beaucoup plus loin !

Des témoignages autour de ces journées, c’est par ici.

Jour 2 : l’inspiration à la source, pratiques ABC et enjeux EAU

La deuxième journée a été consacrée à un grand partage d’expériences avec des conférences et de nombreux témoignages qui se sont succédés. Réunis au bord du Lot, ce fut le cadre idéal pour écouter Charlène Descollonges, hydrologue et autrice du livre « L’EAU - Fake or not », parler d’hydrologie régénérative. Face au constat que sur les quatre dernières années, trois ont marqué le podium des sécheresses les plus aiguës et que l’agriculture représente 57% de la consommation d’eau en France, elle recommande la régénération massive du cycle de l’eau. Le Keyline Design, développé par l’Australien Yeomans en 1965, permet, en retravaillant la topographie des parcelles et en densifiant la végétation multifonctionnelle, de ralentir, répartir et infiltrer les eaux de pluie et de ruissellement.
Amin Ben Abdallah l’expérimente dans sa ferme en Tunisie en s’appuyant sur l’agroforesterie syntropique pour restaurer les cycles de l’eau. En 2023, lors des 5 mois sans pluie avec des pics à 50 degrés, il a observé et collecté les semences des plantes spontanées résistantes à ces conditions. Ainsi, il va désormais tenter d’intégrer l’inule visqueuse, l’héliotrope d’Europe ou le tournesol des teinturiers dans son système.
Mathieu Marguerie, ingénieur Arvalis en PACA, s’intéresse quant à lui à l’ACS en conditions méditerranéennes et en particulier à la grande question de la couverture des sols en situation hydrique contrainte. En effet, avec le changement climatique, l’implantation des couverts végétaux est loin d’être une évidence. Différents leviers ont pu être mentionnés comme la méthode de semis, l’élargissement des créneaux de semis ou l’optimisation des couverts semi-permanents, notamment en interculture estivale.
Outre les témoignages terrain des binômes praticiens-techniciens, de nombreux invités de marque étaient présents et ont accepté de partager leurs riches expériences comme Marina Wendling, chercheuse au FiBL en Suisse, Alain Peeters agronome et agro-écologiste fondateur de l’association Terres Vivantes en Belgique, Christian Tarpin, fermier bio-régénératif en Dordogne et Murielle Bournival, agronome au CETAB+ au Québec.
Encore un très bon millésime cette édition 2024, très convivial et ouvert, on a déjà hâte d’être en 2025 en Hauts-de-France !
Pour conclure, rien de mieux que le témoignage d’une jeune ingénieure agronome Sarah, participante à l’évènement : « Ce qui m’a marqué et ce que j’ai adoré, c’est le principe d’animation. Les différentes formes de résumés, que ce soit via la restitution, la facilitation graphique ou la facilitation orale avec ce résumé poétique à la fin, ça donne du rythme, du peps et ça casse un peu les codes, j’ai beaucoup aimé. »

Les Rencontres en image... par là

Et, en plus, une journée bonus terrain chez Roll N Sem... par là-bas