Opaline Lysiak

  • Le réseau social Landfiles
  • « Les sols à nu, c'est pas sexy, soyez couverts d'esprit » !
  • Pauline, Antoine et Quentin, des Agron'Hommes ambassadeurs de l'agroécologie
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16
février
2019

Agriculture de Conversation et Sourire Direct

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Du sol vivant, un québécois et 2 bretons, 3 générations.
On s’émerveille et ça fait du bien.

Les échanges sont le pilier de l’association BASE et le moteur du développement de l’agroécologie en France. La venue de Sébastien Angers, agriculteur québécois, sur la ferme de Patrice Le Callonec, en bio depuis 50 ans, a fait exploser les records de population de curieux : 120 personnes étaient présentes.

Ce lundi 11 février 2019, on serre les chaises dans le petit hangar de la ferme de Bioyvel, pour écouter Sébastien. Il raconte avec un bel accent, son histoire d’agriculteur "tombé en amour avec le problème de l’agroécologie". Sa conférence est un équilibre entre progression technique et humaine : ce qu’il se passe dans ses champs est le reflet d’une évolution personnelle forte.

Le travail des agriculteurs bretons impressionne Sébastien.
" Je n’ai jamais vu de structure de sol aussi belle, me dit-il après coup. "La créativité des agriculteurs français est impressionnante !".

Lorsque Patrice Le Callonec et son fils sortent la terre du sol, on n’y peut rien, on regarde cette vie en oubliant tout le reste, les sourires ne sont pas retenus.
Et Florence Riaud était là pour immortaliser le SD : Sourire Direct.


5
février
2019

Les étudiants catalysent la diffusion des pratiques agroécologiques multi-contextes

La plateforme Landfiles voit émerger de multiples projets pour accélérer les échanges d’expériences et essais des agriculteurs qui font l’agroécologie. Quid de ceux qui sont sur les bancs - ou les champs - de l’école, et qui souhaitent prendre part au mouvement ?

Bordeaux Sciences Agro : 4 jeunes femmes et les Agron’Hommes

Après avoir assisté à une conférence sur le projet Les Agron’Hommes, Auriane, Marine, Maryon et Mélanie souhaitent s’impliquer. Je leur propose de créer une base de données des 50 fermes du réseau Les Agron’Hommes, « Vivre et créer l’agroécologie à l’étranger », dans 12 pays. L’objectif est de permettre aux étudiants qui vont dans ces fermes d’avoir accès à un premier lot d’informations pour comprendre la ferme dans son contexte, de présenter Landfiles aux agriculteurs, et d’y ajouter des données. Nicolas Minary créateur de Landfiles, me propose de créer un groupe « Les Agron’Hommes » sur Landfiles, qui sera géré par les étudiantes en 1ère année Bordeaux Sciences Agro et leur enseignante Daciana Papura, qui pose un cadre flexible. Une petite équipe est formée, les échanges se font par Whatsapp et par téléphone.
PNG - 488.3 ko« Techniquement, on crée des fermes sur Landfiles dans différents pays, afin que ces agriculteurs puissent ensuite partager leurs connaissances et expériences avec d’autres agriculteurs » explique Maryon. Pour le moment, les jeunes femmes travaillent sur le Québec - en attendant d’apprendre à utiliser la version anglaise de Landfiles - avec la création de la ferme de Sébastien Angers, qui expérimente l’ABC, Agriculture Biologique de Conservation. Quels éléments du contexte Québecois sont essentiels à comprendre quand il s’agit de faire de l’ABC ?
Pour créer la ferme, il leur faut quelques informations de base et aussi une série de photos accompagnées de données qui illustrent les pratiques de Sébastien. « Ce projet est très enrichissant car il nous donne accès à un réseau, des contextes et des systèmes de culture que l’on ne connaît pas du tout, c’est une vraie découverte et un bel entraînement, ajoute Maryon. « Notre rôle au sein de ce projet est aussi d’apporter des nouvelles idées, auxquelles Opaline et et Nicolas n’ont pas pensé ». Ainsi, après plusieurs semaines d’utilisation de l’application les jeunes femmes sont force de proposition pour la faire évoluer. Elles imaginent une utilisation depuis ordinateur, pour pouvoir notamment y ajouter des schémas et des photos.

Un écosystème d’apprentissage se crée autour d’un agriculteur

PNG - 457.1 koPour le moment, Marine, Maryon, Mélanie et Auriane restent en France et vont voyager virtuellement à travers des fermes qui font l’agroécologie dans 12 pays. Elles seront bientôt connectées à Clément, Sophie et Quentin, étudiants de BTS à Arras et qui vont cet été en Roumanie et au Danemark, sur des fermes qu’elles auront ajoutées à l’application. D’autres jeunes de BTS, en Normandie cette fois, vont rencontrer Sébastien et travailler sur le schéma de son système de culture… Schéma qui sera récupéré par les étudiantes de Bordeaux, si besoin adapté, et intégré à Landfiles.
« C’est à nous, futurs ingénieurs agron’Hommes d’encourager l’émergence de ces nouveaux modes de cultures et de les faire connaître au plus grand nombre d’agriculteurs »
Sébastien Angers ne le sait pas encore, mais un écosystème est en train d’émerger autour de sa ferme - qui interroge parce qu’elle innove. Un réseau de jeunes énergies et talents, ceux des Agron’Hommes de demain, Nous sommes là pour les aider à développer créativité, flexibilité, humanité.

Alors les filles, qui veut aller en stage chez Sébastien… pour vivre l’agroécologie en vrai ?

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31
janvier
2019

Un jeune Agron’Homme en Australie

« Je ne réalise pas que je pars à l’autre bout du monde » m’écrit Romain Lebas en cette première semaine de janvier. Le projet les Agron’Hommes « Vivre et créer l’Agroécologie dans une ferme du Monde », estime qu’il faut aider les jeunes à sortir de leur zone de confort pour trouver les clés qui leurs permettront de construire un projet de vie qui correspond encore mieux à leurs valeurs.

Lors de notre première rencontre en septembre, Romain est étudiant en BTS au lycée agricole Edouard de Chambray (Eure). Après avoir présenté le projet Les Agron’Hommes, je lance le débat : « Est-ce que vous pensez faire de l’agroécologie chez vous ? ». Romain témoigne : lui et son père portent une attention particulière à la fertilité des sols sur la ferme familiale en pratiquant l’agriculture de conservation. Romain aide son père à tous les niveaux, de la prise de décision aux interventions sur le terrain, et de l’élevage aux cultures.

Six mois et quelques échanges de mails plus tard, Romain s’apprête à partir pour le pays des kangourous, pour s’impliquer dans le projet de Randal et Juanita Breen. Au départ Romain visait une ferme sans élevage, pour approfondir ses connaissances techniques en agriculture de conservation. Il accepte finalement de partir dans une ferme avec 3000 poules et à 17000 km de chez lui. Pour la zone de confort, on est bon. Lors de mon voyage en Australie, j’avais passé juste une demi-journée chez les Breen, le temps de faire une vidéo, récolter des données essentielles pour le numéro 100 de votre magazine préféré, et comprendre que le couple d’éleveurs a tous les atouts pour partager leur expérience avec un jeune.

Romain, avec ses passions et ses talents, complètera ce que j’ai commencé à récolter, pour ramener à la manière d’un boomerang des idées d’ailleurs et mettre à disposition de tous - et surtout de ses camarades de classe qui eux n’ont pas été en Australie - des supports pédagogiques pour catalyser la transmission de connaissances agroécologiques à travers le monde.

« Ma ferme dans 10 ans, je pense qu’elle aura gardé le même esprit, la même taille, avec peut être du maraîchage sur sol vivant et des poules en agroforesterie » imagine Romain. Nous verrons si le voyage en Australie précise les idées de notre jeune agriculteur. Sans apporter de recettes, plutôt en faisant naître encore plus de questions. Mais ça, Romain le sait déjà.

Article sur la gestion holistique en Australie
Playlist Australie de la chaîne Youtube les Agron’Hommes


5
janvier
2019

La plateforme qui catalyse l’agroécologie est en de train de germer… et sa fertilité dépend de vous

Chronique Landfiles n°1 - janvier 2019

L’année 2019 naît dans un terreau - de challenges - très fertile. Défi de l’Agriculture Biologique de Conservation et du sans glyphosate. Donner à ceux qui mangent le pouvoir d’influencer les choix de ceux qui nourrissent. Et offrir aux étudiants qui manquent de situations concrètes la possibilité d’aider les agriculteurs qui ont du pain - complet - sur la planche.

Tout cela dans un contexte où ceux qui diffusent, forment, enseignent l’agroécologie commencent à être en compétition. Mais il reste un défi : comment favoriser le partage des connaissances et des expériences vécues par les agriculteurs sur le terrain, dans un monde où les informations circulent en masse sans capitalisation ? La jeune application Landfiles est sans aucun doute une réponse.

« J’ai déjà Twitté »

Voilà ce que me répond Dominique Luherne, agriculteur en Bretagne, lorsque je lui donne la possibilité de tester l’application sur son smartphone. Une première réponse que je comprends, après tout. Alors que les agriculteurs utilisent Facebook, Whatsapp, Twitter, Instagram, pour les réseaux sociaux, Mes Parcelles, Géofolia, pour le suivi des cultures, à quoi bon envahir mon écran avec une nouvelle application, dans un smartphone qui est parfois un parasite plutôt qu’une véritable aide au quotidien ? Dominique utilise son compte Twitter comme un vrai fil d’actualités de sa ferme : photos de parcelles suivies sur une campagne, approfondissement de certains sujets qui posent question dans son système. Pourtant, quand je cherche à mieux comprendre les choix agronomiques de Dominique, c’est juste impossible avec Twitter. Ou alors il faut prendre 2 heures pour éplucher les twitt et récupérer quelques informations. Rien n’est capitalisé.
Une étude menée par Terre-net en 2015 indique que 15% des agriculteurs ne sont pas satisfaits des applications agricoles qu’on leur propose. Ces derniers seraient-ils à la recherche d’une application qui connecte les cerveaux d’humains innovants en agroécologie ?

« WhatsApp répond à une partie de mes besoins »

2018 a vu l’explosion des groupes WhatsApp. L’application est accessible à ceux qui n’utilisent pas - ou ne veulent pas se laisser distraire par - Facebook. On y partage messages, photos, vidéos, documents. Félix Noblia, agriculteur dans le Pays-Basque, est très actif sur un groupe privé « Agriculture Biologique de Conservation » (ABC) partagé par une cinquantaine d’agriculteurs et conseillers. Mais ceux qui sont moins actifs ratent beaucoup de messages, ce qui laisse des « vides » dans la compréhension des thématiques et la communication au sein du groupe. Et les nouveaux arrivants dans le groupe n’ont accès à aucun des échanges précédents.
Alors, avec le co-créateur de Landfiles Nicolas Minary, Félix a impulsé la création d’un groupe Landfiles ABC, où sont capitalisés les suivis de parcelles des membres. Et en plus, ces derniers peuvent faire remonter à Landfiles leurs nouveaux besoins, comme par exemple la réalisation d’un tutoriel vidéo pour démarrer sur l’application.
Le réseau social Landfiles
Landfiles peut devenir une base solide de connaissances pour des groupes de producteurs. Elle peut aussi être un rendez-vous inter-générationnel - entre agriculteurs d’aujourd’hui et de demain - et inter-contextes pour renforcer le partage des expériences pour l’agroécologie sur notre planète. A travers l’application, vous avez un accès en direct à ce que font les agriculteurs des groupes que vous suivez sur leur ferme, un accès à des essais agroécologiques de France et du monde, et vous pouvez partager les actions du quotidien avec une communauté globale d’agriculteurs.

Pour Nicolas Minary, informaticien né dans l’agriculture, « l’innovation est faite par les agriculteurs. Je trouve que l’usage actuel de Whatsapp et Facebook est gênant : les informations sont diffusées, mais non capitalisées. Tout est perdu pour les agriculteurs, tout est gagné pour Facebook. Or, la recherche agronomique du futur sera participative ou ne sera pas. Sans capitalisation de la connaissance, on progresse très lentement . »

Landfiles répond à une demande là où d’autres applications sont absentes. Et de nombreuses possibilités d’utilisation de la plateforme ne sont pas encore nées, car elles dépendent de ceux que vous imaginez.

Je n’arrive pas à me défaire de cet « optimisme de survie » : je sais que cette nouvelle année sera plus riche en photosynthèse que la précédente. Landfiles trouve sa place dans la boîte à outils agroécologique de ceux qui veulent catalyser la transition.

Alors, un petit tuto vidéo pour commencer ?
https://youtu.be/PNTubm7QO4E

Plus d’informations sur https://landfiles.fr

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Nicolas, sur la ferme de son frère, éleveur de Montbéliardes dans le Haut Doubs

22
octobre
2018

Le ver de terre n’a pas de frontières

Tiens tiens, l’Humain se rappelle soudainement qu’il vient de l’Humus et y dédie une journée !
Le dimanche 21 octobre nous célébrons la journée mondiale du Ver de Terre, organisée par la Earthworm Society of Britain. Un jour pour le ver de terre, alors qu’on devrait l’honorer 24h/24 et 7j/7. Cela me fait penser à la journée de la femme. Mais c’est quand même une bonne idée, car ça m’a donné l’occasion de faire cette vidéo :

Vous l’avez vu et entendu, vous avez peut être été ému : il y a plus de façons de dire « ver de terre » que de pays sur terre. Et pourtant ils font tous le même travail, quel que soit le contexte. Ils participent - à leur insu - à produire notre nourriture partout sur la planète. Humbles, ils ne demandent aucune éloge, pourtant Christophe Gatineau dans son dernier livre a décidé de le faire.
Pendant 11 mois et dans 12 pays, j’ai rencontré des passionnés du lombric, ou des gens qui n’y connaissent rien mais c’était l’occasion pour leur aérer l’esprit à coup de galeries. Les vers de terre ne connaissent pas les frontières ; on leur en impose parfois entre certains horizons. Oui, l’inter-culture (du latin cultura « habiter », « cultiver », ou « honorer ») entre peuples - aller vers l’autre et aimer la différence autant que les similitudes - est aussi importante que dans les champs, pour maintenir une vie sous la surface des sols, des écosystèmes équilibrés.
«  Le ver de terre c’est l’agriculteur-chercheur , me dit Sebastien Angers, agriculteur Québécois. Il creuse dans l’inconscient du vivant, dans la complexité et le mystère du sol, comme tous les agriculteurs qui prennent des risques sur leur ferme pour expérimenter »
Si on développe une certaine connection à la nature, il nous rappelle que tous les Humains viennent de l’Humus et plus on se rapproche du sol, à la fois si simple et complexe, plus on gagne en Humilité. Cette Humilité nous est aussi vitale que l’Humus. « La nature me fait chaque année apprendre de mes erreurs » explique Félix Noblia, agriculteur qui relève le défi de l’ABC dans le Pays Basque.
Au Brésil, l’agroforestier João Pereira me dit «  la Nature c’est l’énergie, les Humains sont la conscience  ». Nous avons l’incroyable opportunité d’utiliser notre conscience pour restaurer les écosystèmes - qui sont aujourd’hui des égosystèmes - et catalyser les processus naturels pour produire notre nourriture. «  L’être humain est un animal raté » dit l’éthologue Pierre Jouventin. L’évolution nous a donné un cadeau (ou un fardeau) celui de pouvoir et devoir prendre des décisions ; si éloignés des origines de la vie notre instinct ne suffit plus. Allons trouver notre place au sein de la nature pour prendre des décisions et sauver notre espèce ? Le film de l’être humain pourrait se terminer ainsi : « Quelques millénaires après s’être levé sur ses deux pattes arrières et s’être un peu trop éloigné du sol, de sa source, l’Homo s’est auto-détruit » c’est la Nature qui publie l’article, parce qu’elle s’en sortira très bien. C’est de l’Humour, mais c’est bien sérieux. Rapprochons nous du sol et tout ira bien, vous verrez.


24
septembre
2018

« Depuis que j’ai vu un peu d’humanité dans le regard d’un ver de terre...

... je vous avoue avoir repris espoir ». Quelques lignes après cette phrase, Christophe Gatineau laisse au lombric la première partie de son livre « L’éloge du ver de terre ». On connaît l’auteur officiel, mais en fait les droits reviennent au lombric et à l’Humus, sans qui l’Humanité (écrivains inclus) n’existerait pas.

J’ai eu la chance inouïe de pouvoir commencer à lire « L’éloge du ver de terre » avant sa sortie officielle et la rupture de stock chez Amazon (vous avez bien lu, c’est Amazon, sans « e »). Lors du salon Innovagri le 6 septembre, je rencontre le créateur du blog Le Jardin Vivant à l’arrière de son Kangoo sans savoir que c’est lui. Il m’offre une poire de son jardin et nous nous mettons à parler lombrics et labour au beau milieu de la Beauce. Quelques heures plus tard, en échange d’une belle conversation filmée, il me dédicace son bouquin en avant-première.
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Des articles, des émissions, il y en a déjà une belle collection. Mais je devais en faire la critique, de cet éloge, moi, Opaline, prof d’agroécologie globe trotteuse, amoureuse des vers de terre de la planète. Je sais dire ver de terre en 14 langues, c’est vous dire ! Mais je veux juste vous mettre l’eau (ou plutôt l’humus) à la bouche, ne pas tout vous dévoiler de ce livre qui fut un vrai délice pour moi. Au passage, c’est amusant : Christophe Gatineau est passé sur Europe 1 en même temps queles Agron’Hommes sur RFI.

Christophe Gatineau
Christophe Gatineau

Ce livre est un éloge, mais n’est pas une longue liste de bénéfices et d’atouts que le lombric terrestre apporte à l’agriculture. Ça, beaucoup l’ont déjà fait, avec un impact limité au cercle des passionnés d’agroécologie (comme moi). Non, c’est plutôt une discussion pleine d’émotions entre un homme et un ver de terre, qui assument pleinement être en train de faire l’éloge de ce dernier, en s’écartant (mai pas trop, hein) du cœur du sujet pour parler philosophie : comment les hommes ont divisé alors que dans la nature tout est lié (et nous avec), comment les hommes sont gouvernés par leurs croyances alors que le ver de terre lui, a la tête sur les épaules. Quand il plane un peu trop, l’auteur se fait vite rappeler à l’ordre par son pote lombric « Tu te souviens du titre du livre ? [...] j’ai l’impression que tu fais l’éloge de ton cerveau ».

On a parfois l’impression d’être dans un bouquin pour enfants. Je dis parfois, car pendant que le ver de terre se repose dans son terrier, l’auteur en profite pour mettre à nu la sexualité débridée de l’annélide. En choisissant le format d’un roman, Christophe Gatineau rend accessible à tous ceux qui savent lire les bases de géodrilologie (la science du lombric) découverts par Charles Darwin et Marcel Bouché, et justement peu diffusés et oubliés à travers les siècles et les décennies parce que seuls les scientifiques et agronomes pouvaient (et voulaient) les comprendre.

Notre petit ver de terre n’est jamais à cours de phrases choc : « …Cette idée lumineuse qui consistait à abandonner la fertilisation organique pour nourrir la plante uniquement avec NPK n’est pas née du bon sens paysan mais dans le cerveau de vos meilleurs cerveaux agricoles, les ingénieurs agronomes ». Après ces efforts de réflexion et au bout de quelques pages/heures, le lombric n’hésite pas à respecter sa nature et à aller dormir dans son terrier. L’auteur, bien humain, continue son discours, au diable la fatigue, il faut le finir cet éloge !

« A force de croire, vous avez fini par prendre vos croyances par des savoirs ». Voila ce qu’a dit un ver de terre à Christophe Gatineau, à l’occasion d’un coup de fourche dans son jardin. Alors que l’être humain s’amuse à être vegan, végétarien, crudivore ou paléothiquien, le lombric est logique : il est locavorien, il mange « ce qui est dans son environnement direct [...] des plantes fermentées ou crues, parfois faisandées ». La suite est croustillante (et crue), rendez vous page 69.

En fait, ce dialogue Homme-Humus est une stratégie, une opportunité, pour reprendre une par une des idées qui, à force d’être éloignées de la terre ferme sont amenées aux extrêmes. La terre végétale ? La forêt comme modèle ? La charrue, mal absolu ? Ce sont nos idées qui nous font prendre des décisions et qui conditionnent notre survie. Cette survie dépend de l’état de nos sols, dont le ver de terre n’est pas seulement la star et le symbole, mais le garant. On devrait s’inspirer de la sagesse lombricienne, celle qui ne se laisse pas emporter par sa pensée et son ego, celle qui garde toujours les pieds dans la terre. Et je suis 100% d’accord avec Christophe : pour respecter la vie, pour respecter le lombric, il faut qu’il soit reconnu par la loi.

Alors oui, je crois que ce livre est un outil pédagogique pouvant être utilisé de manière interdisciplinaire - « parce qu’il faut penser système, parce que tout est lié » comme l’explique Christophe dans cette interview :

https://www.youtube.com/watch?v=XyBJm8KUw4A&frags=pl%2Cwn

Les profs d’agro, de français, de bio-eco, de philo et d’éducation socio-culturelle devraient l’avoir toujours dans leur sac et on devrait en offrir un exemplaire à tous les jeunes des lycées agricoles. J’y réfléchis sérieusement.

Pour terminer, j’ai pondu une citation, inspirée du Dalaï Lama : « Si on expliquait à tous les jeunes de 8 ans l’importance du ver de terre, en une génération l’érosion disparaîtrait de la planète »*. Citation à reprendre et à diffuser, SVP lors de la journée mondiale du Ver de Terre, le 21 octobre 2018.

(*) « Si on apprenait à tous les jeunes de 8 ans la méditation, en une génération la violence disparaîtrait de la planète »



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