Opaline LYSIAK

  • L'architecture de la technique des corridors solaires (source : H.L. Britt)
  • Estimation du rendement par l'observation des épis chez Valery Groleau, en Vendée
24
avril
2019

Un écosystème s’est créé autour de Sébastien Angers

" L’agriculteur doit-être un chef d’orchestre des relations".
Quelle définition serait mieux placée pour imaginer l’agroécologie demain ?
C’est avec ces mots que le québécois Sébastien Angers a démarré les 4 conférences qu’il a données en février 2019, le tout organisé par Les Agron’Hommes et dans l’écosystème de BASE.

Parce qu’on sait tous que l’agriculture de demain doit fonctionner en écosystème, et que sans relations il n’y a pas de système, j’ai construit cet article sous la forme d’une succession de relations, celles qui se sont construites autour de Sébastien.

J’ai choisi de le faire intervenir dans le cadre du projet Les Agron’Hommes, que j’ai démarré par un tour du monde, au cours duquel j’ai atterri - sans vraiment l’avoir prévu - dans sa ferme située à Sainte Monique de Nicolet près de Trois Rivières (relation 1). Et j’ai tout de suite compris qu’au delà de sa passion pour le végétal, Sébastien a beaucoup travaillé sur l’Humain, en commençant par lui-même, et que son expérience pouvait inspirer beaucoup de (futurs) paysans en France. J’ai même fait un petit article pour l’occasion.

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« Vivre et créer l’agroécologie par l’expérience »

C’est la mission du projet Les Agron’Hommes. La tournée de Sébastien en France s’est inscrite dans ce projet. Ce n’était pas juste un cycle de conférences, mais une création de fertilité pour construire une plateforme d’apprentissage de l’agroécologie et catalyser le partage d’expériences entre la France et le Québec.

Les jeunes (qui sont des graines) sont au coeur de cette plateforme et tous les autres acteurs doivent créer la fertilité pour les aider à créer le monde de demain : agriculteurs, enseignants, conseillers, chercheurs, mangeurs (oui, parce qu’au final le but c’est de manger quand même), décideurs.

D’ailleurs, Sébastien a senti qu’il pouvait contribuer au projet Les Agron’Hommes :

Tous ces acteurs ont gravité autour de Sébastien pendant sa tournée, et moi j’étais là pour récolter les fruits de ces connexions.

A Paris : amortir le jet lag et rencontrer Landfiles

Prendre soin des agriculteurs, la base de l’agroécologie non ? Alors en arrivant à Paris Sébastien a pu se reposer chez Agnès Poirier, qui réalise un film documentaire sur l’installation agricole. L’occasion d’échanger sur la vision de l’agriculture outre atlantique (relation 2).

Puis j’ai connecté Sébastien et Nicolas Minary, créateur d’une application pour partager l’agroécologie : Landfiles. "Les agriculteurs doivent partager leur algorithme agroécologique. On est dans une guerre où le premier qui siphonne les données des agriculteurs gagne. Nous, on veut valoriser a créativité des agriculteurs pour qu’au final ils soient plus autonomes" explique Sébastien, qui a lancé une start-up au Québec, InfloWrescence, pour partager les expériences des agriculteurs : quels mélanges de plantes sont nécessaires dans quelles situations ? Comment les chercheurs peuvent aider les agriculteurs à apprendre de leurs expériences sur le terrain ? Avec Landfiles, Nicolas propose un outil- portfolio qui répertorie les pratiques agricoles et qui permettra à l’agriculteur d’y trouver des pratiques adaptées à son contexte (relation 3).

Un Québecois chez les Bretons (relation 4)

Superbe deal pour la tournée de Sébastien : les cotisations des agriculteurs de BASE ont permis aux agriculteurs ET aux étudiants des lycées agricoles de rencontrer Sébastien et bénéficier de son expérience. Les agriculteurs d’aujourd’hui investissent dans la boîte à outils agroécologiques de ceux de demain.

La ferme de la famille Le Callonec, en bio depuis 50 ans, nous accueille pour la première étape BASE. Près de 130 personnes sont venues écouter Sébastien, bien serrées dans le petit hangar prévu pour l’accueil du public. J’ai ici recueilli le ressenti à chaud de Patrice Le Callonec, Sébastien et Philippe Pastoureau :

Les BTS APV contribuent au projet agroécologique de Sébastien (relation 5)

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Lorsque j’ai présenté mon voyage en Agroécologie aux BTS APV du lycée agricole de Chambray, les étudiants ont eu un mini coup de coeur pour Sébastien. Ils ont donc étudié la ferme avec quelques vidéos.

Dans cette vidéo, Sébastien présente un schéma, issu d’un livre « Plants of the World ». Encore des relations à orchestrer, celles entre les plantes et avec le sol (relation 6). (Ecoutez Sébastien en podcast, parler de la relation Sol-Plante).

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Alors naturellement, quand Jean Robert Moronval, le super prof d’Agron’Hommie, a su que Sébastien venait, il a proposé d’accueillir Sébastien pour une conférence. Ver de terre production était là pour capturer la conférence et qu’elle soit accessible à tous (relation 7)

L’après-midi, les étudiants ont pu travailler sur le thème de l’Agriculture Biologique de Conservation en croisant les contextes Normandie / Québec. A la demande de Sébastien, et pour compléter le travail réalisé par un groupe d’étudiantes de Bordeaux Sciences Agro (relation 8) sur la présentation de la ferme de Sébastien sur l’application Landfiles, un groupe d’étudiants a construit le schéma décisionnel de Sébastien, concernant la gestion des adventices.

Sébastien démarre un projet de recherche participative sur le maïs implanté à 154 cm ; il a proposé aux étudiants d’explorer la possibilité de faire la même chose avec le tournesol. Voici un extrait de l’article écrit par les étudiants :

La culture du tournesol à 154 cm d’écartement

Article rédigé par : Alexis Loisel, Pierre Sellier, Rémi Piedeleu et Thimoté Delabarre

Pour le tournesol il faut viser une densité de 50 000 à 60 000 plantes levées/ha, semées avec un écartement entre rang ≤ 60 cm, ce qui donne au mètre linéaire une quantité de 4 plantes.

Sébastien Angers souhaite expérimenter le semis du tournesol avec un écartement de 154cm tout en gardant la même densité de plantes levées par hectare (50 000 à 60 000), ce qui donne 10 plantes/m, 6 de plus qu’avec l’écartement standard. Cette implantation à 154 cm permettrait :
- de lutter contre les adventices de la famille des Asteracées et en particulier l’ambroisie, adventice très présente sur son exploitation.
- de diminuer la transmission des maladies
- d’améliorer l’efficience du rayonnement lumineux
- de diminuer les pertes à la récolte
- d’améliorer la structure du sol par un système en SCV
- de créer un refuge pour la biodiversité sur le sol et dans le sol entre les lignes

Attendus :
Améliorer sa gestion de flore adventice en implantant des cultures de la même famille que les adventices qui posent problème (tournesol ambroisie, appartenant tout deux à la famille des astéracées).
Améliorer la structure de sol
Gestion de la fertilité en bio : l’apport d’intrants de synthèse est interdit, il faut donc trouver des leviers à mettre en œuvre pour apporter tous les éléments nécessaire à un bon développement de la culture. La culture du tournesol à 154 cm permet d’introduire un couvert élaboré entre rangs qui apporterait de l’azote, de la potasse et du phosphore. Ce couvert pourrait être utilisé comme support de semis pour la prochaine culture (SCV).

Les points à réfléchir :
Dans la destruction ou dans la régulation du couvert, il faudrait un matériel adapté comme un système de guidage RTK. Quelle largeur de couvert entre les lignes de tournesol ? Quelles espèces ? Quelle date de semis ? Débouché du couvert ?
L’implantation à 154 cm nécessiterai du matériel de précision et pourrai engendrer un baisse de rendement jusqu’à 20% qui serai entre autre compensée par l’absence d’apports d’azote de synthèse. Quelles variétés de tournesol ? Quelle date de semis ?

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Semis en quinconce :
Pour garder la même dose hectare, un semis en quinconce pourrait être utilisé comme en maïs avec un semoir mono-graine. Lemken propose aujourd’hui une semoir monograine Azurit 9 qui permet de semer du maïs en quinconce avec le concept Lemken DeltaRow avec une largeur de 4, 6 et 8 rangs à une largeur de 75 cm, ce qui devrait être modifié pour un semis à 154 cm, il suffirait de retirer un élément semeur sur deux (un semoir 6 rangs en 75 cm serait remplacé par un semoir 3 rangs en 154 cm).

Le DeltaRow se compose de deux rangs décalés distants de 12,5 cm. Grâce à la synchronisation des rangs il est possible de déposer très précisément les semences en formant un triangle (d’où DELTArow). En comparaison des semis à un seul rang le DeltaRow procure 70 % d’espace supplémentaire ce qui signifie davantage d’eau, de nutriments et de lumière. Une seule ligne d’engrais starter est déposée en localisé entre les 2 rangs DeltaRow ce qui permet l’implantation symétrique des unités de semis. Sur les sols menacés par l’érosion la technique se révèle supérieure au rang unique car elle favorise un meilleur enracinement dans le sol. La couverture du sol plus rapide au début de la période de développement ce qui engendre une meilleure lutte contre les adventices au début de la période de développement.
Plus d’informationsici.
Quelle place du tournesol dans le système de culture de Sébastien ?
Le tournesol est une culture d’été à croissance rapide et cycle court qui est en adéquation avec la faible durée de végétation au Québec.
Le tournesol permet de diversifier les cultures présentes. Pour le moment Sébastien a 4 espèces différentes mais 2 familles de plantes présentes (poacées et fabacées). Le tournesol est une Astéracée, ce qui diversifie le système, permettant de lutter contre l’ambroisie présente abondamment dans les parcelles de la ferme. L’ambroisie n’aime pas la concurrence ; on doit implanter le tournesol pour le rendre compétitif et le tournesol doit être compétitif avec le couvert. Il faut interdire le développement de l’ambroisie par couverture du sol, le couvert doit être compétitif avec l’ambroisie.
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Sébastien, accueilli chez Vincent, découvre le contexte charentais (relation 9)

J’ai pris la liberté de résumer l’article écris par Corinne Guerlesquin, enseignante d’agronomie et référante Enseigner à Produire Autrement au LEGTA de l’Oisellerie.

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Corinne écrit : « Quelle chance pour les étudiants d’avoir été invités à participer le 12 Février à une journée BASE à Dignac, organisée par un jeune agriculteur Vincent Dupoux (…) Chacun avec Sébastien a pu s’enrichir des multiples expériences (…) afin de pouvoir guider et mieux accompagner l’agriculteur de demain en cohérence avec ses valeurs et afin de relever les défis qui se présentent.
Rompre l’isolement, décloisonner les échanges, recréer du lien entre les générations et les « types d’agricultures » tel a été le fruit de cette très belle journée sous un soleil discret mais bienfaisant pour nos terres et pour chacun des participants ! Je pense que pour ces jeunes futurs professionnels ce fut une démonstration parfaite que ce qui compte c’est « l’envie de créer » comme l’a répété plusieurs fois Sébastien
 »

Sébastien et Vincent ont pu discuter autour du projet de rotation (ci-dessous) de Vincent : même si on est pas dans le même contexte, les idées dans la tête d’un agriculteur créatif québécois sont toujours utiles !

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Ecoutez Sébastien parler de la relation Homme-Humus.

« L’agriculture est une question d’équilibre » : quand un Québécois rencontre un Basque (relation 10)

Dans la famille des agriculteurs qui ont le cerveau qui fume en permanence et que j’ai du mal à suivre, il y a Félix Noblia, que Sébastien devait absolument rencontrer.

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Comment résumer les aspects techniques rapidement ? Bingo ! J’ai récupéré les notes prises par Félix Noblia lorsqu’on a été chez lui avec Sébastien.

Et si on créait une asso BASE au Québec ? Quand Sébastien écoute Frédéric (relation 11)

Sébastien, moi et Frédéric Thomas sommes intervenus pour les 10 ans de l’Association Occitane de Conservation des Sols, au lycée agricole d’Ondes. Sébastien me dit que son algorithme a "pris un coup, a été ultra-boosté" pendant la présentation de Frédéric, qui a bien duré 3 heures. Un élan d’inspiration pour Sébastien, séduit par la technique et aussi les valeurs de BASE : respect, tolérance, passion, partage. Au Québec, une "gueguerre" existe dans le milieu de l’AC, et Sébastien a envie de créer une antenne de BASE au Québec. Une idée qui séduit pas mal Odette Ménard et Jocelyn Michon.

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Bouquet final de l’inspiration : Franck Baechler sur les terres de Sologne (relation 12)

Eleveur de brebis Solognotes et de vaches Angus sur couverts végétaux et pâturage tournant dynamique, Franck Baechler travaille en partenariat étroit avec Frédéric. Sa passion, sa patience, son envie de partager notamment à travers Icosystème et la structure Holisticom qu’il a créée, ont achevé de séduire Sébastien, qui pour le moment valorise peu ses couverts par l’élevage. Observer l’impact du travail de régénération effectué par Frédéric sur ses terres sableuses de Sologne, a confirmé à Sébastien son chemin de l’AB à l’AC.

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Expérimenter, créer des situations à risque où l’on peut échouer, observer, s’observer, partager. L’agriculture est une question d’équilibre. La clé pour que les jeunes apprennent l’agroécologie demain ?

> Vous souhaitez participer à l’organisation du voyage pédago-agroécologique d’un agriculteur étranger en France ? Contactez opaline : opalinelysiak chez gmail.com.

> Retrouvez tous les documents ici !


Opaline Lysiak, article publié depuis le Brésil le 24 avril 2019


16
février
2019

Agriculture de Conversation et Sourire Direct

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Du sol vivant, un québécois et 2 bretons, 3 générations.
On s’émerveille et ça fait du bien.

Les échanges sont le pilier de l’association BASE et le moteur du développement de l’agroécologie en France. La venue de Sébastien Angers, agriculteur québécois, sur la ferme de Patrice Le Callonec, en bio depuis 50 ans, a fait exploser les records de population de curieux : 120 personnes étaient présentes.

Ce lundi 11 février 2019, on serre les chaises dans le petit hangar de la ferme de Bioyvel, pour écouter Sébastien. Il raconte avec un bel accent, son histoire d’agriculteur "tombé en amour avec le problème de l’agroécologie". Sa conférence est un équilibre entre progression technique et humaine : ce qu’il se passe dans ses champs est le reflet d’une évolution personnelle forte.

Le travail des agriculteurs bretons impressionne Sébastien.
" Je n’ai jamais vu de structure de sol aussi belle, me dit-il après coup. "La créativité des agriculteurs français est impressionnante !".

Lorsque Patrice Le Callonec et son fils sortent la terre du sol, on n’y peut rien, on regarde cette vie en oubliant tout le reste, les sourires ne sont pas retenus.
Et Florence Riaud était là pour immortaliser le SD : Sourire Direct.


5
février
2019

Les étudiants catalysent la diffusion des pratiques agroécologiques multi-contextes

La plateforme Landfiles voit émerger de multiples projets pour accélérer les échanges d’expériences et essais des agriculteurs qui font l’agroécologie. Quid de ceux qui sont sur les bancs - ou les champs - de l’école, et qui souhaitent prendre part au mouvement ?

Bordeaux Sciences Agro : 4 jeunes femmes et les Agron’Hommes

Après avoir assisté à une conférence sur le projet Les Agron’Hommes, Auriane, Marine, Maryon et Mélanie souhaitent s’impliquer. Je leur propose de créer une base de données des 50 fermes du réseau Les Agron’Hommes, « Vivre et créer l’agroécologie à l’étranger », dans 12 pays. L’objectif est de permettre aux étudiants qui vont dans ces fermes d’avoir accès à un premier lot d’informations pour comprendre la ferme dans son contexte, de présenter Landfiles aux agriculteurs, et d’y ajouter des données. Nicolas Minary créateur de Landfiles, me propose de créer un groupe « Les Agron’Hommes » sur Landfiles, qui sera géré par les étudiantes en 1ère année Bordeaux Sciences Agro et leur enseignante Daciana Papura, qui pose un cadre flexible. Une petite équipe est formée, les échanges se font par Whatsapp et par téléphone.
PNG - 488.3 ko« Techniquement, on crée des fermes sur Landfiles dans différents pays, afin que ces agriculteurs puissent ensuite partager leurs connaissances et expériences avec d’autres agriculteurs » explique Maryon. Pour le moment, les jeunes femmes travaillent sur le Québec - en attendant d’apprendre à utiliser la version anglaise de Landfiles - avec la création de la ferme de Sébastien Angers, qui expérimente l’ABC, Agriculture Biologique de Conservation. Quels éléments du contexte Québecois sont essentiels à comprendre quand il s’agit de faire de l’ABC ?
Pour créer la ferme, il leur faut quelques informations de base et aussi une série de photos accompagnées de données qui illustrent les pratiques de Sébastien. « Ce projet est très enrichissant car il nous donne accès à un réseau, des contextes et des systèmes de culture que l’on ne connaît pas du tout, c’est une vraie découverte et un bel entraînement, ajoute Maryon. « Notre rôle au sein de ce projet est aussi d’apporter des nouvelles idées, auxquelles Opaline et et Nicolas n’ont pas pensé ». Ainsi, après plusieurs semaines d’utilisation de l’application les jeunes femmes sont force de proposition pour la faire évoluer. Elles imaginent une utilisation depuis ordinateur, pour pouvoir notamment y ajouter des schémas et des photos.

Un écosystème d’apprentissage se crée autour d’un agriculteur

PNG - 457.1 koPour le moment, Marine, Maryon, Mélanie et Auriane restent en France et vont voyager virtuellement à travers des fermes qui font l’agroécologie dans 12 pays. Elles seront bientôt connectées à Clément, Sophie et Quentin, étudiants de BTS à Arras et qui vont cet été en Roumanie et au Danemark, sur des fermes qu’elles auront ajoutées à l’application. D’autres jeunes de BTS, en Normandie cette fois, vont rencontrer Sébastien et travailler sur le schéma de son système de culture… Schéma qui sera récupéré par les étudiantes de Bordeaux, si besoin adapté, et intégré à Landfiles.
« C’est à nous, futurs ingénieurs agron’Hommes d’encourager l’émergence de ces nouveaux modes de cultures et de les faire connaître au plus grand nombre d’agriculteurs »
Sébastien Angers ne le sait pas encore, mais un écosystème est en train d’émerger autour de sa ferme - qui interroge parce qu’elle innove. Un réseau de jeunes énergies et talents, ceux des Agron’Hommes de demain, Nous sommes là pour les aider à développer créativité, flexibilité, humanité.

Alors les filles, qui veut aller en stage chez Sébastien… pour vivre l’agroécologie en vrai ?

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31
janvier
2019

Un jeune Agron’Homme en Australie

« Je ne réalise pas que je pars à l’autre bout du monde » m’écrit Romain Lebas en cette première semaine de janvier. Le projet les Agron’Hommes « Vivre et créer l’Agroécologie dans une ferme du Monde », estime qu’il faut aider les jeunes à sortir de leur zone de confort pour trouver les clés qui leurs permettront de construire un projet de vie qui correspond encore mieux à leurs valeurs.

Lors de notre première rencontre en septembre, Romain est étudiant en BTS au lycée agricole Edouard de Chambray (Eure). Après avoir présenté le projet Les Agron’Hommes, je lance le débat : « Est-ce que vous pensez faire de l’agroécologie chez vous ? ». Romain témoigne : lui et son père portent une attention particulière à la fertilité des sols sur la ferme familiale en pratiquant l’agriculture de conservation. Romain aide son père à tous les niveaux, de la prise de décision aux interventions sur le terrain, et de l’élevage aux cultures.

Six mois et quelques échanges de mails plus tard, Romain s’apprête à partir pour le pays des kangourous, pour s’impliquer dans le projet de Randal et Juanita Breen. Au départ Romain visait une ferme sans élevage, pour approfondir ses connaissances techniques en agriculture de conservation. Il accepte finalement de partir dans une ferme avec 3000 poules et à 17000 km de chez lui. Pour la zone de confort, on est bon. Lors de mon voyage en Australie, j’avais passé juste une demi-journée chez les Breen, le temps de faire une vidéo, récolter des données essentielles pour le numéro 100 de votre magazine préféré, et comprendre que le couple d’éleveurs a tous les atouts pour partager leur expérience avec un jeune.

Romain, avec ses passions et ses talents, complètera ce que j’ai commencé à récolter, pour ramener à la manière d’un boomerang des idées d’ailleurs et mettre à disposition de tous - et surtout de ses camarades de classe qui eux n’ont pas été en Australie - des supports pédagogiques pour catalyser la transmission de connaissances agroécologiques à travers le monde.

« Ma ferme dans 10 ans, je pense qu’elle aura gardé le même esprit, la même taille, avec peut être du maraîchage sur sol vivant et des poules en agroforesterie » imagine Romain. Nous verrons si le voyage en Australie précise les idées de notre jeune agriculteur. Sans apporter de recettes, plutôt en faisant naître encore plus de questions. Mais ça, Romain le sait déjà.

Article sur la gestion holistique en Australie
Playlist Australie de la chaîne Youtube les Agron’Hommes


5
janvier
2019

La plateforme qui catalyse l’agroécologie est en de train de germer… et sa fertilité dépend de vous

Chronique Landfiles n°1 - janvier 2019

L’année 2019 naît dans un terreau - de challenges - très fertile. Défi de l’Agriculture Biologique de Conservation et du sans glyphosate. Donner à ceux qui mangent le pouvoir d’influencer les choix de ceux qui nourrissent. Et offrir aux étudiants qui manquent de situations concrètes la possibilité d’aider les agriculteurs qui ont du pain - complet - sur la planche.

Tout cela dans un contexte où ceux qui diffusent, forment, enseignent l’agroécologie commencent à être en compétition. Mais il reste un défi : comment favoriser le partage des connaissances et des expériences vécues par les agriculteurs sur le terrain, dans un monde où les informations circulent en masse sans capitalisation ? La jeune application Landfiles est sans aucun doute une réponse.

« J’ai déjà Twitté »

Voilà ce que me répond Dominique Luherne, agriculteur en Bretagne, lorsque je lui donne la possibilité de tester l’application sur son smartphone. Une première réponse que je comprends, après tout. Alors que les agriculteurs utilisent Facebook, Whatsapp, Twitter, Instagram, pour les réseaux sociaux, Mes Parcelles, Géofolia, pour le suivi des cultures, à quoi bon envahir mon écran avec une nouvelle application, dans un smartphone qui est parfois un parasite plutôt qu’une véritable aide au quotidien ? Dominique utilise son compte Twitter comme un vrai fil d’actualités de sa ferme : photos de parcelles suivies sur une campagne, approfondissement de certains sujets qui posent question dans son système. Pourtant, quand je cherche à mieux comprendre les choix agronomiques de Dominique, c’est juste impossible avec Twitter. Ou alors il faut prendre 2 heures pour éplucher les twitt et récupérer quelques informations. Rien n’est capitalisé.
Une étude menée par Terre-net en 2015 indique que 15% des agriculteurs ne sont pas satisfaits des applications agricoles qu’on leur propose. Ces derniers seraient-ils à la recherche d’une application qui connecte les cerveaux d’humains innovants en agroécologie ?

« WhatsApp répond à une partie de mes besoins »

2018 a vu l’explosion des groupes WhatsApp. L’application est accessible à ceux qui n’utilisent pas - ou ne veulent pas se laisser distraire par - Facebook. On y partage messages, photos, vidéos, documents. Félix Noblia, agriculteur dans le Pays-Basque, est très actif sur un groupe privé « Agriculture Biologique de Conservation » (ABC) partagé par une cinquantaine d’agriculteurs et conseillers. Mais ceux qui sont moins actifs ratent beaucoup de messages, ce qui laisse des « vides » dans la compréhension des thématiques et la communication au sein du groupe. Et les nouveaux arrivants dans le groupe n’ont accès à aucun des échanges précédents.
Alors, avec le co-créateur de Landfiles Nicolas Minary, Félix a impulsé la création d’un groupe Landfiles ABC, où sont capitalisés les suivis de parcelles des membres. Et en plus, ces derniers peuvent faire remonter à Landfiles leurs nouveaux besoins, comme par exemple la réalisation d’un tutoriel vidéo pour démarrer sur l’application.
Le réseau social Landfiles
Landfiles peut devenir une base solide de connaissances pour des groupes de producteurs. Elle peut aussi être un rendez-vous inter-générationnel - entre agriculteurs d’aujourd’hui et de demain - et inter-contextes pour renforcer le partage des expériences pour l’agroécologie sur notre planète. A travers l’application, vous avez un accès en direct à ce que font les agriculteurs des groupes que vous suivez sur leur ferme, un accès à des essais agroécologiques de France et du monde, et vous pouvez partager les actions du quotidien avec une communauté globale d’agriculteurs.

Pour Nicolas Minary, informaticien né dans l’agriculture, « l’innovation est faite par les agriculteurs. Je trouve que l’usage actuel de Whatsapp et Facebook est gênant : les informations sont diffusées, mais non capitalisées. Tout est perdu pour les agriculteurs, tout est gagné pour Facebook. Or, la recherche agronomique du futur sera participative ou ne sera pas. Sans capitalisation de la connaissance, on progresse très lentement . »

Landfiles répond à une demande là où d’autres applications sont absentes. Et de nombreuses possibilités d’utilisation de la plateforme ne sont pas encore nées, car elles dépendent de ceux que vous imaginez.

Je n’arrive pas à me défaire de cet « optimisme de survie » : je sais que cette nouvelle année sera plus riche en photosynthèse que la précédente. Landfiles trouve sa place dans la boîte à outils agroécologique de ceux qui veulent catalyser la transition.

Alors, un petit tuto vidéo pour commencer ?
https://youtu.be/PNTubm7QO4E

Plus d’informations sur https://landfiles.fr

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Nicolas, sur la ferme de son frère, éleveur de Montbéliardes dans le Haut Doubs

22
octobre
2018

Le ver de terre n’a pas de frontières

Tiens tiens, l’Humain se rappelle soudainement qu’il vient de l’Humus et y dédie une journée !
Le dimanche 21 octobre nous célébrons la journée mondiale du Ver de Terre, organisée par la Earthworm Society of Britain. Un jour pour le ver de terre, alors qu’on devrait l’honorer 24h/24 et 7j/7. Cela me fait penser à la journée de la femme. Mais c’est quand même une bonne idée, car ça m’a donné l’occasion de faire cette vidéo :

Vous l’avez vu et entendu, vous avez peut être été ému : il y a plus de façons de dire « ver de terre » que de pays sur terre. Et pourtant ils font tous le même travail, quel que soit le contexte. Ils participent - à leur insu - à produire notre nourriture partout sur la planète. Humbles, ils ne demandent aucune éloge, pourtant Christophe Gatineau dans son dernier livre a décidé de le faire.
Pendant 11 mois et dans 12 pays, j’ai rencontré des passionnés du lombric, ou des gens qui n’y connaissent rien mais c’était l’occasion pour leur aérer l’esprit à coup de galeries. Les vers de terre ne connaissent pas les frontières ; on leur en impose parfois entre certains horizons. Oui, l’inter-culture (du latin cultura « habiter », « cultiver », ou « honorer ») entre peuples - aller vers l’autre et aimer la différence autant que les similitudes - est aussi importante que dans les champs, pour maintenir une vie sous la surface des sols, des écosystèmes équilibrés.
«  Le ver de terre c’est l’agriculteur-chercheur , me dit Sebastien Angers, agriculteur Québécois. Il creuse dans l’inconscient du vivant, dans la complexité et le mystère du sol, comme tous les agriculteurs qui prennent des risques sur leur ferme pour expérimenter »
Si on développe une certaine connection à la nature, il nous rappelle que tous les Humains viennent de l’Humus et plus on se rapproche du sol, à la fois si simple et complexe, plus on gagne en Humilité. Cette Humilité nous est aussi vitale que l’Humus. « La nature me fait chaque année apprendre de mes erreurs » explique Félix Noblia, agriculteur qui relève le défi de l’ABC dans le Pays Basque.
Au Brésil, l’agroforestier João Pereira me dit «  la Nature c’est l’énergie, les Humains sont la conscience  ». Nous avons l’incroyable opportunité d’utiliser notre conscience pour restaurer les écosystèmes - qui sont aujourd’hui des égosystèmes - et catalyser les processus naturels pour produire notre nourriture. «  L’être humain est un animal raté » dit l’éthologue Pierre Jouventin. L’évolution nous a donné un cadeau (ou un fardeau) celui de pouvoir et devoir prendre des décisions ; si éloignés des origines de la vie notre instinct ne suffit plus. Allons trouver notre place au sein de la nature pour prendre des décisions et sauver notre espèce ? Le film de l’être humain pourrait se terminer ainsi : « Quelques millénaires après s’être levé sur ses deux pattes arrières et s’être un peu trop éloigné du sol, de sa source, l’Homo s’est auto-détruit » c’est la Nature qui publie l’article, parce qu’elle s’en sortira très bien. C’est de l’Humour, mais c’est bien sérieux. Rapprochons nous du sol et tout ira bien, vous verrez.