Djamel BELAID

  • Semoir de SD Sola - Boudour en Algérie
  • Exemples de semoirs de SD en Syrie
24
avril
2017

ALGERIE, SEMIS DIRECT EN ZONE STEPPIQUE

En Algérie, la steppe correspond à une zone de plus de 20 millions d’hectares. La pluviométrie y est en moyenne de 250 mm et les sols superficiels. C’est le pays du mouton et de l’alfa. Les ressources fourragères des parcours étant insuffisantes, les éleveurs ont tendance à distribuer des rations d’orge en grains. Pour pallier à l’insuffisance des quotas d’orge subventionnés vendus par les antennes de l’Office des Céréales, les éleveurs ont tendance à semer de l’orge. Ils défrichent la steppe à l’aide de charrues ou de cover-crop ce qui accélère l’érosion éolienne et entretient un processus de désertification préoccupant.

SD en Algérie
SD en Algérie
Technicien de l’ITGC expliquant le réglage de la dose de semis

Dans les zones à sols plus profonds, il est possible de pratiquer une céréaliculture d’appoint. Le Haut Commissariat au Développement de la Steppe (HCDS) et l’Institut Technique des Grandes Cultures (ITGC) vulgarisent le semis direct. Ils utilisent notamment le semoir de type Aschbel conçu en Syrie entre 2005 et 2011 avec l’aide australienne. Il s’agit d’engins rustiques à distribution proportionnelle à l’avancement permettant la localisation des engrais. Dans ces sols calcaires, ce mode de fertilisation réduit les risques d’insolubilisation des engrais phosphatés.

« UNE EXPERIENCE REUSSIE »

Les quelques parcelles tests où des essais ont été réalisés ont suscité une large adhésion des éleveurs. C’est le cas de Mohamed ATOUAT, agriculteur à Djelfa. Interrogé en novembre 2015 par les ingénieurs du HCDS sur l’utilisation du semis direct en remplacement du labour, il déclare qu’il s’agit d’une « expérience réussie ». Témoignage (https://youtu.be/5daD0qjWHTk) :

Témoignage de M. Atouat sur le SD en Algérie
Témoignage de M. Atouat sur le SD en Algérie
Mohamed ATOUAT, agriculteur à Djelfa, adepte du semis direct

« Cette façon de faire... Cet engin... Il a réussi à 100 pour 100. On a fait l’expérience l’an passé. Cela a donné une bonne production. Nous avons comparé le labour avec le tracteur et le travail avec cet engin. On a donc labouré, mis de l’engrais et du fumier. Et on a comparé avec l’autre parcelle. On a mis la même dose de semis. La parcelle labourée a donné un rendement de 25 qx/ha alors qu’on avait mis de l’engrais et du fumier. On lui avait tout mis. Et l’autre qu’on avait travaillé avec l’engin, on ne lui a rien donné de tout cela [l’engrais et le fumier. Ndlr.] Elle n’était arrosée qu’avec la pluie. On lui a mis ni engrais ni fumier. Le travail de cet engin a donné 36 qx/ha. ’’Tadjriba nadjeha’’. C’est une expérience réussie. »

UNE STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT RURAL

Le semis direct constitue donc une opportunité afin de développer une production locale d’orge. Comme en Australie, l’orge peut être utilisée selon la technique du double emploi ou « grain and graze ». A un pâturage d’automne de l’orge en vert ou « g’sil », s’ensuit une production de grain. Ce qui implique d’arrêter le pâturage à la fin tallage. Les modèles syriens ou turcs de semoirs low-cost correspondent à l’attente des éleveurs (voir la vidéo : https://youtu.be/vgc9SXhNbtE ).

Il s’agit de semoirs à dents dont les sillons jouent le rôle de collecteurs d’eau de pluie (impluvium). Face aux sécheresses automnales, c’est là un atout non négligeable afin d’assurer la réussite des semis précoces.
Le défi actuel est d’arriver rapidement à une production locale de semoirs dont les réparations pourraient être assurées par des artisans locaux.


30
mai
2016

L’extraordinaire développement du SD en Syrie

Si en Syrie, l’actualité est tragique, le semis direct se porte bien, du moins jusqu’à 2012.

DES RESULTATS SPECTACULAIRES

En 2007, le SD était inconnu en Syrie. Mais dès 2011, il était pratiqué sur 30 000 ha par plus de 500 agriculteurs. Cette avancée spectaculaire est due à la coopération australienne. Dès 2005, dans le cadre d’un projet ICARDA, une équipe d’experts australiens a été basée à Alep.

Progression du SD en Syrie
Une progression croissante du SD. Avec les évènements, des constructeurs se sont adaptés et proposent des kits de conversion pour semoir conventionnel.

Dans un premier temps, des essais comparatifs ont été menés en station. Le SD a permis des semis précoces avec localisation des engrais et donc des rendements nettement supérieurs. Des essais ont été menés en parcelles agriculteurs avec des groupes constitués. L’originalité de la démarche australienne a été d’associer des artisans locaux à la mise au point de semoirs SD. Particulièrement dynamiques, ces artisans ont vite produit des prototypes. Ces semoirs low-cost accessibles à partir de 1 500$ ont vite été adoptés par les agriculteurs. Outre de meilleurs rendements, particulièrement en année de sécheresse, le gain de temps et la moindre consommation en carburant ont été des arguments décisifs.

L’autre particularité de la démarche australienne a été d’adapter l’agriculture de conservation aux conditions locales. La présence d’un élevage ovin associé à la céréaliculture fait que localement, les pailles sont très recherchées. Aussi au lieu d’imposer le SD avec couvert végétal et rotations longues, le projet a d’abord mis en avant le non-labour.

CONSTRUCTION LOCALE LOW-COST

La production locale est essentiellement assurée par 8 artisans locaux installés principalement autour d’Alep. Avant 2012, ce sont 92 semoirs qui ont été produits. Une partie d’entre-eux a même été exportée. Le SD s’est également propagé à l’Irak. Il s’agit de semoirs à dents moins complexes et plus faciles à entretenir que ceux à disques. Ils sont dérivés du modèle australien John Shearer. La configuration des dents permet la formation de sillons collectant l’eau provenant des moindres épisodes pluvieux. L’humidité au niveau des semences assure une germination-levée rapide et régulière particulièrement appréciée dans cet environnement semi-aride.
Le large écartement entre dents permet la gestion des résidus de récolte. La trémie surélevée assure la descente des semences et des engrais par simple gravité.

Exemples de semoirs de SD en Syrie
Al-Bab (modèles Ar-Rachid 2,30 m ou 3,50 m à gauche sur le montage photos), Qabassin (modèles Aschbel 2,30 m ou 3,80 m au centre) et Kamashile (modèles Arrous 2,30 m ou 3,50 m à droite du montage photos).

UNE COOPERATION GAGNANT-GAGNANT

En Syrie, les constants progrès du semis direct avant 2012 ont reposé sur une bonne disponibilité de semoirs SD. La présence de petits constructeurs proches des agriculteurs a permis une inter-activité favorisant l’amélioration constante des semoirs. Par leur dynamisme commercial, les constructeurs locaux ont grandement contribué à la vulgarisation du SD. La production locale de semoirs à prix abordable a été déterminante. Elle a été possible grâce à l’aide des experts australiens et au dynamisme des artisans de la région d’Alep. La coopération australienne a été assurée par des universités australiennes et l’Australian Center for International Agricultural Research (ACIAR) et n’a pas poussé à l’achat de matériel SD australien. En collaborant avec l’ICARDA d’Alep, l’Australie bénéficie d’un accès aux banques de semences, une coopération gagnant-gagnant. Les experts australiens proposent dorénavant aux pays du Maghreb d’adopter la même démarche.


25
mai
2016

Semis direct en Algérie : premiers semoirs produits localement

En Algérie, quelques grosses exploitations ont pu s’équiper en semoirs pour semis direct (SD) européens ou brésiliens. Mais leur coût rend ces engins inaccessibles aux petites et moyennes exploitations. Depuis peu, deux constructeurs locaux proposent des semoirs SD low-cost.

DES MODELES D’INSPIRATION AUSTRALIENNE

Ces semoirs reprennent de nombreux éléments communs aux semoirs australiens John Shearer : éléments semeurs à dents ou roues plombeuses. L’Algérie bénéficie de l’expertise de l’ICARDA. Le prototype « Boudour » de l’entreprise publique CMA-SOLA (Sidi Bel-Abbès) est le fruit d’une coopération entre experts de l’ITGC, de SOLA et des australiens dont Jack Desbiolles.

LE SEMOIR BOUDOUR de CMA-SOLA

Semoir de SD Sola - Boudour en Algérie
Semoir Boudour, un engin élégant révélant la touche du constructeur SOLA

Il s’agit d’un semoir de 2,40 m à attelage trois points avec 14 éléments semeurs à dents. La trémie est en position surélevée ce qui permet un écoulement par simple gravité. Les dents à ressort sont étroites et courbées avec un soc ouvreur de faible largeur afin de limiter la perturbation du sol. Les engrais et semences sont placés de façon séparée. Les dents sont placées sur 3 poutres différentes ce qui permet un large espacement entre éléments semeurs et une bonne gestion des résidus de récolte. La dernière poutre permet la fixation de roues plombeuses. Des essais sont en cours chez des agriculteurs.

LE SEMOIR DES Ets REFOUFI Père et Fils (Sétif)

Il s’agit d’un semoir trainé de 3,40 m à 19 éléments semeurs. Ils sont constitués de larges dents droites fixées à des montant verticaux, d’où un châssis surélevé. Chaque dent est munie de ressorts et y sont accolés deux tubes permettant un placement distinct des semences et engrais provenant de deux trémies de grande capacité accolées l’une à l’autre. Derrière chaque dent sont fixées deux roues plombeuses rappuyant le sol au fond du sillon. Celles-ci sont munies d’un racleur de terre bien utile en cas d’utilisation en conditions humides. Certains éléments du semoir sont inspirés du semoir syrien de marque Aschbel présent dans la région.
Semoir de SD Ets Refoufi en Algérie
L’ensemble du semoir est assez sommaire et témoigne de la jeunesse des Ets Refoufi

REVISITER LE DRY-FARMING

Cette production de semoirs SD permet de compenser la faiblesse et l’irrégularité des pluies. Les sillons formés par les dents se transforment en véritables collecteurs d’eau de pluie. Ils assurent ainsi une meilleure germination-levée. La localisation des engrais phosphatés sous les semences permet une meilleure humidité et une bonne absorption du phosphore d’habitude rapidement insolubilisé dans les sols locaux à pH élevé.
Le SD permet de revisiter le dry-farming et la pratique encore trop répandue de la jachère travaillée ou pâturée. Pour cette dernière, l’idéal serait de disposer d’un semoir de type Aitchison-GrassFarmer adapté aux spécificités locales. En attendant une large production de semoirs CMA-SOLA et REFOUFI, la solution pourrait être de proposer aux agriculteurs possédant des semoirs conventionnels des kits afin de les transformer en semoirs SD comme cela a été le cas en Irak et en Syrie grâce à l’aide de l’ICARDA.