Matthieu Archambeaud

  • Le pois ayant disparu laisse le champ libre aux adventices
  • Plateforme d'essai de couverts
14
octobre
2016

Vie et mort d’un couvert dans une vigne cévenole (2/2)

Épisode précédent

La vidéo qui va avec

... De retour sur place au mois d’avril, nous avons pu observer le développement des couverts et leur destruction par un rolofaca " maison ". Si le diamètre du rouleau et ses lames décalées ont permis un bon pincement de la végétation sans pianotage, le poids est ici trop faible, la végétation n’ayant pas été partout " pincée à cœur " : si cela est suffisant pour des féverole, des radis ou du pois, il n’en est pas de même pour le ray-grass qui se relève derrière le passage du tracteur.



JPEG - 217.9 koLe roulage est suffisant pour contrôler les espèces à tige creuse comme la féverole, le pois ou le radis...


JPEG - 173.3 ko... Mais le poids du rouleau est insuffisant pour détruire du ray-grass ou du trèfle (et sans doute de la moutarde, du lin, etc.)


JPEG - 173.2 koUne observation intéressante : le semoir utilisé est trop étroit pour l’interrang, si bien que le bord du rang de vigne n’a pas été semé. Au final, ce sont les graminées spontanées qui colonisent le sol et demanderont un travail mécanique (on est ici en bio) pour désherber. La zone couverte est quant à elle restée propre puisque c’est le couvert qui a dominé. Le paillage obtenu va permettre de poursuivre ce contrôle même si le C/N très bas du couvert va entraîner sa décomposition rapide et une possible recolonisation par du salissement ; quand le sol aura retrouvé de la fertilité au bout de quelques années, on pourra réintroduire de la " fibre " dans le couvert (avoine, seigle, triticale...)


JPEG - 196.5 koPour terminer, je vous présente l’astuce de Loïc Trendon, chef de culture au domaine Terres D’Hachènes. Pour éviter d’avoir un rouleau trop lourd dans des sols qui peuvent être assez pentus, Loïc a construit un double rouleau : les billes sont formées avec des bouteilles de gaz [1]. Une des billes fait un léger angle avec le sens d’avancement, ce qui permet de compenser le faible poids par un effet ciseau et accentue la pression et le déchirement du couvert. Ce rouleau pourrait être rendu plus agressif en soudant des cornières sur le rouleau arrière.

[1vides bien entendu sinon ça ne détruira pas que le couvert :-))


2
septembre
2016

Vie et mort d’un couvert dans une vigne cévenole (1/2)

La vidéo qui va avec

Pâturage de mouton chez Christian Vigne dans l'HéraultLors de formations que j’ai données pour l’association Grappe3 en 2015-2016, j’ai suivi l’implantation et la destruction d’un couvert chez Christian Vigne, viticulteur bio de l’Hérault.

Différents mélanges ont été semés à l’automne : des mélanges à base de ray-grass et de trèfles (destinés au pâturage d’une troupe de mouton itinérante basée dans le secteur) et un mélange typé " TCS / AC " (à base de radis, féverole, pois et vesce). Même si pour des raisons logistiques le semis a été relativement tardif (fin octobre), la douceur de l’hiver a permis au couvert de se développer correctement et de sortir en pleine forme au printemps.

Le semoir est un Naudet des années 20 ou 30, destiné à la traction animale : caisse en bois, grandes roues de charrette... mais en parfait état de fonctionnement après un bon dérouillage. Les éléments de semis à disques ont fait correctement le travail dans un sol ré-humecté par les pluies de l’automne. Le résultat n’aurait sans doute pas été le même dans un sol sec (manque de pression sur les éléments semeurs) et une dent aurait été plus adaptée.

Le semoir

  • Semoir Naudet " traction animale " utilisé en (...)
  • Semoir vintage
  • La caisse et la distribution, très simples, fonctionnent (...)
  • Derrière les roues de charrette, des éléments de semis un (...)
  • Le rouleau a été modifié pour assurer un meilleur rappui (...)

40 jours après le semis, la levée a été très correcte avec un bon placement des graines et une parfaite régularité. On voit que ce sol sablo-limoneux de plaine souffre du manque de matières organiques et d’activité biologique : battance et effondrement de la surface, présence de pâturin. C’est le cas de beaucoup de sols dans ce secteur soumis qui plus est aux phénomènes cévenols.

La levée

à suivre...


16
juin
2016

Le bison, la vache et l’homme...

Je vous livre une courte réflexion qui m’est venue suite à ma revue de presse agroécologique hebdomadaire...

Wild Idea où comment combiner élevage et écosystème (poétique mais très extensif il est vrai). La première vidéo est destinée au consommateur, dans la deuxième on voit la partie technique (il devait faire froid, le cameraman tremble un peu ;-) ) :


Pour rebondir sur le sujet, une vidéo de nos amis de Pâturesens (moins poétique mais pour le coup très intensif) :


Et pour finir, la Suisse vient d’autoriser l’abattage au pâturage, une pratique qui permet non seulement d’éviter le stress animal et de garantir une viande de haute qualité, mais qui permet aussi à l’homme de garder un contact avec les bêtes jusqu’au bout (ce qu’on voit très bien dans la vidéo suivante, très technique mais où l’émotion de l’éleveur est parfaitement visible).

http://www.bioactualites.ch/fr/production-animale/bovins/engraissement-au-paturage/abattage-au-paturage.html


16
décembre
2015

Intercultures courtes, intercultures longues

Pour faire suite à mon dernier post sur les couverts d’hiver / couverts d’été, voici quelques photos et observations tirées de la plateforme de couverts de la ferme de la Conillais (Sky Agriculture) en Loire-Atlantique.

Moutarde vs Radis fourrager :

Couvert de moutarde à gauche et de radis à droiteSur cette photo on peut comparer une moutarde à gauche et un radis fourrager à droite. Contrairement au radis, la moutarde a complètement terminé son cycle et par conséquent :
- Elle est devenue ligneuse et donc inutile pour aider à la digestion des pailles,
- Elle est montée à graines,
- Elle se fane et n’exploite plus les ressources du sol, permettant au salissement de regagner du terrain

Le radis, toujours en pousse, est resté très propre et fournira des nutriments rapidement lors de sa destruction

Salissement au pied du couvert de moutarde


Pois fourrager vs Vesce :

Comparaison d'un couvert de vesce à gauche et de pois à droiteMême constat pour le binôme vesce / pois fourrager avec un pois qui a complètement disparu (à droite) suite à un fort développement à l’automne : le salissement a le champ libre pour coloniser le sol, d’autant plus que les ressources en éléments dont l’azote sont abondantes derrière une légumineuse (le gaillet de la photo ci-dessous ne nous dirait pas le contraire). La vesce, plus lente à démarrer et en pleine activité, pompe et fixe l’azote, protège le sol du salissement et du climat, et nous donnera de l’azote à la sortie.

Le pois ayant disparu laisse le champ libre aux adventices

La vesce est active et protège toujours le sol contre l'hiver et le salissement


En guise de conclusion :

- En interculture courte, il aurait fallu privilégier le duo moutarde / pois qui nous a fourni une biomasse précoce et termine rapidement son travail (pour éviter l’agressivité de la moutarde, il aurait fallu diluer la moutarde avec d’autres espèces comme le lin, le tournesol ou la phacélie) .
- En interculture longue c’est plutôt le couple radis / vesce qui aurait été adéquat.
- Pour optimiser la pérennité de la couverture on aurait pu mixer les 4 espèces ensemble pour avoir une couverture précoce et une prise de relais par les espèces tardives (en remplaçant la moutarde et ses montées à graines intempestives par des espèces moins versatiles).


24
novembre
2015

Êtes-vous prêt pour l’uberagriculture ? (High tech/Low tech, 3ème partie)

JPEG - 433.5 koAprès avoir vu quelques aspects du low tech et du high tech dans les posts précédents (ici et ), je vous propose un article sur ce que la révolution des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) a de bien plus fondamental à mon avis.

Qui entend NTIC pense communication, données en temps réel, robotisation, précision, big data, RTK et tutti quanti. La grande majorité des opérateurs économiques et techniques du monde agricole ont d’ailleurs pris le virage, communiquent abondamment dessus et confondent d’ailleurs parfois agroécologie et agrotechnologies...

Mais la vraie grande révolution, silencieuse de surcroît n’est pas là. En effet, le principal intérêt des NTIC n’est pas que l’information soit rendue accessible en totalité, pour tout le monde, instantanément et de manière continue... Non, le principal changement est que chacun peut les utiliser pour prendre l’avantage dans un domaine (pour le meilleur et pour le pire).

Le site sur lequel vous êtes en train de naviguer en est un parfait exemple : jusqu’à la fin des années 2000, l’agronomie était la chasse gardée des instituts de recherches, des services publics et des entreprises privées, pour la bonne et simple raison que communiquer coûtait cher et que les canaux de l’information étaient étroits (journaux, fax, télévision, radio, livres et publications, manifestations, etc.). Il a suffit qu’une bande de pieds nickelés novateurs issus du monde paysan s’empare du sujet en utilisant internet pour modifier totalement la donne. Ça nous donne : www.agriculture-de-conservation.com (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), www.asso-base.fr, www.agricool.net, etc... Il serait pourtant faux d’affirmer que c’est le développement de sites internet liés à l’AC qui a permis son essor mais plutôt que ceux qui ont pressenti l’intérêt de ces systèmes innovants avant les autres ont pu s’emparer du sujet, se former, échanger, valider, communiquer, etc.... En bref, sur ce sujet, l’Internet a été un formidable outil démocratique qui a ensuite conduit à un infléchissement de la politique agricole française sous l’impulsion d’abord du " Grenelle de l’environnement " de 2007, puis de la volonté de Stéphane Le Foll de réorienter l’agriculture française vers l’agroécologie...

Dans le monde de l’agribusiness la même révolution est en train de se produire en sourdine...

Pour en revenir à nos moutons, la révolution Internet est également en train de modifier à grande vitesse le paysage agricole, ses composantes agrofourniture et marchés notamment. Qu’on en juge : la création de la plate forme Agriconomie est un prélude au débarquement des B2B, B2C et C2C en agriculture. Regardez l’interview de son fondateur ci-dessous (24 ans). Ce jeune homme sait où il va (même s’il se prend les pieds dans le tapis à la fin sur la question des pesticides). Les majors de l’agrodistribution vont-ils se faire autant surprendre que les médias par Twitter et Facebook ? les taxis par UBER ? les loueurs de voiture par blablacar ? ou les hôteliers par Airbnb ?



Voici un lien vers sa " place de marché " : https://www.agriconomie.com/semences/cipan-culture-intermediaire (Je vous ai bien entendu mis la page sur les semences de couverts végétaux)

Le même phénomène pointe le bout de son nez dans tous les domaines :

- certains sont en train d’inventer la CUMA 2.0 : https://www.wefarmup.com/fr/
- d’autres la grande distribution de demain : https://laruchequiditoui.fr/fr
- nos amis belges la banque de la m...de : http://www.nitrawal.be/agriculteurs/contrats-epandages/beef
- les basques, une chambre d’agriculture alternative : http://www.ehlgbai.org/


Pour finir je ne peux pas m’empêcher de vous mettre un concept high-tech cauchemardesque à mon sens, puisqu’elle fait de cette vidéo virale une réalité :

http://www.biobestgroup.com/fr/biobest/produits/la-pollinisation-par-les-bourdons-4458/ruches-de-bourdons-7130/flying-doctors-hive-terrestris-4836/


6
novembre
2015

Couverts végétaux et maladies (2)

Le risque de transmettre des pathogènes et des maladies via les couverts végétaux est une question qui n’est pas négligeable. S’il est lié aux espèces et aux variétés utilisées dans les couverts comme nous l’avons vu dans l’épisode précédent, l’observation nous montre également que le choix des dates d’implantation et de destruction des couverts est primordial.

Couverts d’été : l’objectif d’un couvert estival est de produire de la biomasse en septembre/octobre (et parfois plus tard comme nous le montre les 3 années passées) ; pour ce faire l’interculture est semée en juillet/août. À cette période, généralement sèche et chaude, les couverts poussent rapidement et ne présentent aucun signe de maladies. Les choses se gâtent une fois que la plante a terminé sa croissance et arrive à floraison : les sols et l’atmosphère sont humides, la température fraîchit ; c’est à ce moment que les plantes sensibles comme le tournesol de la photo peuvent exprimer des sclérotes et toutes sortes de désagréments...

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Moralité : quand un couvert d’été est arrivé à fleur et a terminé son travail, rien ne sert de le laisser mourir à petit feu en développant et multipliant tous les pathogènes présents dans le sol  :
1. On stoppe la végétation par roulage, broyage ou pâturage, éventuellement par un léger travail aux disques (en tenant compte du fait que si on retouche au sol avant l’hiver, on risque de déclencher une minéralisation, dangereuse à cette période) ;
2. On sème une végétation qui prend le relais : soit une culture d’hiver, soit un couvert d’hiver avant culture d’été (maïs, tournesol, soja...), soit on laisse une plante semée dans le couvert d’été prendre le relais (trèfle blanc ou violet par exemple, ray-grass ou trèfle, colza ou navette, etc.).


Couvert d’hiver : Le couvert d’hiver est un couvert semé à l’automne et a pour objectif de couvrir et de structurer le sol en hiver et de produire de la fertilité (biomasse) au printemps. S’il est simple à installer (conditions de semis favorables contrairement aux couverts d’été), il ne produit de biomasse qu’au printemps et c’est donc la sortie du couvert qui est plus risquée : alors qu’un couvert d’été a fini de pousser en octobre/novembre et qu’il reste 4 à 5 mois pour qu’il se décompose et laisse le champ libre à la culture de printemps, le couvert d’hiver est encore vivant en mars et peut poser toutes sortes de difficultés (assèchement du sol en cas de destruction tardive ou au contraire difficulté de ressuyage et de réchauffement en sortie précoce, résidus, résidus...). C’est d’ailleurs pour cette raison que la féverole est aujourd’hui plébiscitée comme couverture hivernale dans les réseaux de l’AC : facile à détruire, précédent favorable, peu de résidus gênants malgré la forte biomasse...

En année " normale ", le refroidissement intervient fin octobre et la date de semis du couvert d’hiver est peu importante : même semées début septembre, les plantes se mettent au repos hivernal et attendent le printemps pour redémarrer. Cependant, avec la série d’hiver doux que nous venons de passer, la pause végétative n’intervient pas avant fin décembre et les plantes de couverture ne s’arrêtent plus : elles continuent leur développement dans des conditions favorables aux maladies (voir photo ci-contre d’une féverole avec du botrytis), voire disparaissent pour cause de développement végétatif trop important.

Moralité : Il faut apprendre à semer ses couverts à la bonne date en faisant la distinction entre couvert d’été et couvert d’hiver, en semant les premiers assez tôt et les derniers pas trop tôt. Il ne faut pas non plus oublier le bon sens paysan et le principe de la diversité.
1. La féverole n’est pas loin d’être la plante de couverture hivernale idéale, ce qui conduit à son utilisation continue voire exclusive, augmentant ainsi le risque maladie. Pensez à maintenir de la diversité : le pois et la vesce, les trèfles font aussi de bons couverts ;
2. Si on veut éviter les maladies fongiques sur les couverts d’hiver il vaut mieux ne pas les semer trop tôt pour éviter un développement végétatif trop important à l’automne ;
3. Je sais ce n’est pas simple...

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