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Enfin mes premiers certificats carbone !
Frédéric Thomas

Après des séjours aux États-Unis et en Australie, Frédéric THOMAS débute son activité de conseil de terrain et, en 1999, il crée la revue TCS. Il s’appuie aussi sur sa ferme, en Sologne, des terres sableuses hydromorphes à faible potentiel, où il met en œuvre l’AC avec réussite. Il est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs du développement de l’AC en France.

Après plus de 25 années de mise en avant de l’Agriculture de Conservation pour ses nombreux bénéfices mais aussi pour sa capacité à réinjecter du carbone dans les sols, je vais enfin pouvoir goûter au plaisir de toucher mes premiers certificats carbone.

Bilan GES à l'hectare - Ferme de F. Thomas Bilan GES et résultats économiques - Ferme de F. Thomas

Je suis très satisfait du bilan réalisé avec Soil Capital https://agriculture-de-conservation.com/-SoilCapital-.html et le diagnostic fourni puisqu’il traduit assez bien comment je perçois mon exploitation dans son ensemble.
176 t de CO2 (1,27 t/ha), c’est un bon point de départ qui me semble facilement améliorable à la vue des résultats techniques très moyens de 2020. Le maïs, qui était très présent la campagne passée, sort logiquement bien avec presque 3 t/ha. L’orge d’hiver me surprend avec le meilleur score qui passe les 3 t /ha : dommage que la surface était réduite. Ce sera mieux cette année avec 22 ha ! Enfin je suis un peu déçu par le niveau des légumineuses graines ; il faut avouer que le rendement avec 2,2 t n’était pas folichon, même si c’est économiquement une bonne base pour les couverts ! Au regard de ces données, je pense aujourd’hui que l’exploitation peut atteindre assez facilement les 250 t et pourquoi pas les 300 t de CO2/an !
Au-delà de ce chiffrage très intéressant et éventuellement les quelques euros supplémentaires de bonus que ce carbone séquestré peut apporter, ces premiers certificats ont un impact beaucoup plus fort :
• ils vont enfin prouver la puissance de l’agriculture de conservation en matière de séquestration du carbone. Cependant les pratiques agricoles ne doivent pas être orientées pour cet objectif de manière isolée ; c’est seulement la cohérence agronomique des approches mises en œuvre, la recherche de l’efficience énergétique et économique et de la productivité qui doivent conduire à ce résultat. Comme pour les nitrates, la séquestration du carbone ne doit être que l’une des bonnes conséquences des pratiques culturales déployées au sein d’un territoire.
Pour plus d’info sur l’agriculture du carbone :
https://agriculture-de-conservation.com/L-agriculture-du-carbone-un-projet-innovant-a-porter-ensemble.html
• Cette « rémunération » va bien évidemment soulever beaucoup de controverses et ouvrir des débats passionnels. Cependant elle risque inévitablement de nous éloigner des politiques de moyens, qui n’ont pas vraiment prouvé leurs efficacités, vers des politiques de résultats beaucoup plus pragmatiques.
• Le carbone nous conduit inévitablement aux matières organiques des sols mais aussi à l’activité biologique. Ce nouveau focus va inévitablement orienter plus de recherches et de mesures qui nous apporteront des informations pertinentes pour encore mieux gérer cette « boite noire » et optimiser la séquestration en accélérant la régénération de nos sols.
• Enfin, le dossier carbone, assez bien compris du grand public va aussi permettre de vraiment mettre en avant l’agriculture, seule activité capable de capter avec la photosynthèse de grandes quantités de CO2 de l’atmosphère, et entre autres, l’ACS comme une troisième voie « vertueuse ». 176 t de CO2 représentent tout de même environ l’équivalent de 1,2 millions de km avec une voiture moyenne (150 g de CO2/km soit environ 5l de GO/100km de consommation). Vu sous cet angle, la contribution de l’agriculture en matière de limitation des émissions de GES montre toute sa puissance d’autant plus que l’effort engendre d’autres bénéfices écologiques et environnementaux !