Jeudi 8 octobre 2026
Emmanuelle Choné

Emmanuelle CHONÉ est agro-pédologue. De formation scientifique et agricole, elle créé, dans le piémont pyrénéen, l’EURL Agronomie Terroirs. Elle réalise des expertises et de l’accompagnement aux agriculteurs et vignerons sur la santé des sols et des cultures, la qualité des produits et la rentabilité des fermes.

Marges agro-économiques : un calcul indispensable pour piloter sa stratégie agronomique

Parler de chiffres en agriculture reste parfois délicat. Pourtant, dans un contexte marqué par les évolutions climatiques et économiques, connaître précisément ses coûts et ses marges devient indispensable pour prendre les bonnes décisions.

Chez Agronomie Terroirs, nous utilisons les marges agro-économiques comme un véritable outil de pilotage. L’objectif ne consiste pas simplement à déterminer si une culture gagne ou perd de l’argent. Il s’agit surtout de comparer les résultats, comprendre les écarts et adapter la stratégie agronomique au potentiel de chaque parcelle.

Comment calculer une marge agro-économique ?

Depuis sa création, Agronomie Terroirs calcule des marges agro-économiques simplifiées à partir des itinéraires techniques réellement mis en œuvre par les agriculteurs.

Le calcul intègre trois grandes catégories de charges :

1. Les charges opérationnelles
Elles correspondent aux coûts réels des intrants : semences, fumure, désherbage et protection des cultures.

2. Les charges de mécanisation
Agronomie Terroirs utilise un coût forfaitaire qui prend en compte le tracteur, le matériel, le carburant ainsi que la main-d’œuvre.

3. Les charges diverses
Selon les cultures et les exploitations, le calcul intègre également les coûts de séchage, d’assurance et d’irrigation.

Cette méthode volontairement simplifiée permet ainsi d’obtenir des repères technico-économiques facilement comparables.

Marge brute, agro-économique et nette
Marge brute, agro-économique et nette

L’approche se complète ensuite, par une approche POTENTIEL AGRONOMIQUE des parcelles pour cibler la stratégie.

Résultats des marges technico-économiques : comparer les cultures mais aussi les parcelles et les pratiques

L’intérêt du calcul ne réside pas uniquement dans le montant final de la marge. En effet, Agronomie Terroirs utilise ces données pour comparer les résultats obtenus au sein d’une même exploitation :

– entre différentes cultures ;
– entre différentes parcelles ;
– entre plusieurs modes de conduite ;
– ou encore entre plusieurs stratégies agronomiques.
Ces comparaisons permettent ensuite de poser les bonnes questions :

> Une augmentation des charges ou une diminution de charges améliore-t-elle le résultat ?
> Dois-je produire sur telle ou telle parcelle ? Si oui, quelle culture, quelle rotation (raisonner l’approche économique avec l’agronomie) ?
> Certaines parcelles justifient-elles le même niveau d’investissement que les terres au potentiel supérieur ?

Ainsi, la meilleure stratégie n’est pas nécessairement celle qui maximise le rendement mais celle qui recherche la meilleure cohérence entre potentiel agronomique, charges engagées et résultat économique.

Comparaison maïs d'avant la guerre en Ukraine et maïs 2025
Comparaison maïs d’avant la guerre en Ukraine et maïs 2025
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Associer marge économique et potentiel agronomique

Le calcul économique constitue toutefois une première étape.

Il faut compléter cette analyse par une approche du potentiel agronomique des parcelles.

Cette lecture permet d’adapter la stratégie selon le potentiel du terroir, les contraintes humaines de l’exploitation et les conditions climatiques.

Par conséquent, deux parcelles d’une même exploitation ne nécessitent pas forcément la même stratégie même lorsqu’elles accueillent la même culture.

C’est précisément l’intérêt d’une approche agro-économique : ne plus raisonner uniquement à l’échelle de la culture, mais replacer chaque décision dans son contexte agronomique et économique.

Des repères technico-économiques pour construire sa stratégie

Ces résultats présentés par Agronomie Terroirs constituent avant tout des repères. Les chiffres peuvent toujours faire l’objet de discussions et varier fortement selon les exploitations.

L’objectif consiste donc moins à comparer deux agriculteurs qu’à comprendre les différences au sein d’une même exploitation et à mesurer les conséquences économiques des choix agronomiques.

Cette démarche permet finalement de construire une stratégie plus cohérente avec le sol, le potentiel des parcelles, les pratiques culturales, le climat et les objectifs économiques de l’exploitation.