Lundi 5 octobre 2026
Frédéric Thomas

Après des séjours aux États-Unis et en Australie, Frédéric THOMAS débute son activité de conseil de terrain et, en 1999, il crée la revue TCS. Il s’appuie aussi sur sa ferme, en Sologne, des terres sableuses hydromorphes à faible potentiel, où il met en œuvre l’AC avec réussite. Il est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs du développement de l’AC en France.

Le pilotage de l’azote  : la grande incertitude  !

Quantification des économies d'azote minéral apporté sur blé dur innovant au regard de la courbe théorique des besoins en azote
Quantification des économies d’azote minéral apporté sur blé dur innovant au regard de la courbe théorique des besoins en azote
Ce schéma est tiré des enseignements de la plateforme Syppre Lauragais qui illustre la capacité des systèmes agricoles à gagner en autonomie en s’appuyant davantage sur les ressources du sol et les leviers agronomiques disponibles à l’échelle du système de culture. Cette plateforme expérimentale conduite en grandes parcelles depuis 2015 dans le sud-ouest de la France a montré qu’il était possible de réduire durablement les quantités d’azote minéral apporté en couplant évolution du système de culture et technicité agronomique (couverts végétaux selon une stratégie de double couverture du sol, diversification de la rotation et réduction du travail du sol).

Comme nous l’abordons souvent dans la revue TCS, le pilotage de l’azote dans un contexte de forte croissance organique, pose de réelles difficultés.
Si l’on considère une croissance de 0,8 points de matières organiques sur les 20 premiers cm, un véritable exploit plus que salvateur en matière d’érosion et gestion de l’eau lorsqu’elle devient rare, cela peut représenter entre 12 à 15 t de carbone. En considérant un C/N minimum de 10, il est logique d’immobiliser dans ce nouveau stock de fertilité circulante entre 1200 à 1500 kg de N/ha soit 150 à 190 kg de N/ha/an. Il s’agit ici de quantités conséquentes en partie fournies par le recyclage de l’azote présent dans les sols à l’automne mais aussi au printemps, la fixation symbiotique des légumineuses et principalement celles des couverts mais aussi une meilleure évolution des résidus et entre autres des pailles de céréales.

Même s’il ne s’agit que d’un simple calcul de coin de table très imprécis, il permet d’apprécier l’échelle de cette mobilisation de l’azote dans les matières organiques mais aussi la croissance de l’activité biologique. Pour vérifier cette approche, il suffit d’appliquer un coefficient de minéralisation (K2) à ce nouveau compartiment très actif de 2,5 à 3 pour retrouver les 30 à 40 kg d’azote économisé via les couverts, la rotation et les pratiques culturales.

Ainsi, il convient de rester prudent avec les réductions souvent trop fortes et trop anticipées avec les changements de pratiques, malgré des couverts très performants, des plantes compagnes et des légumineuses dans la rotation. Toute croissance organique immobilise, bien que momentanément, des quantités conséquentes d’azote.

Il faut donc admettre que de passer d’un système où l’on acceptait les fuites à une approche agronomique plus cohérente avec une nette amélioration de l’ensemble des grandes propriétés du sol et des gains conséquents en termes de fertilisation azotée, passera toujours par une période où l’immobilisation masquera les premiers retours positifs.

Le niveau des reliquats peut apporter une première indication mais il conviendra d’intégrer l’azote potentiellement minéralisable (APM) pour mieux caler le niveau des apports afin de ne pas limiter les gains de potentiels de rendements que peuvent apporter les autres leviers agronomiques.