Paru à l’origine dans l’Est Agricole et Viticole du 1er juin 2012

Les pratiques de travail du sol sont en mutation, certains travaillent le sol de façon réduite. Rien ne peut remplacer la main et l’œil humain pour évaluer la fertilité physique d’un sol. Le test à la bêche (Spatenprobe) permet de voir des changements dans la structure du sol au fi l du temps et de prendre les mesures correctives à temps. Aborder la fertilité du sol, c’est voir comment le sol respire et fait circuler l’eau et l’air. Pour le savoir, il faut étudier les processus se déroulant en surface et endessous. Le test à la bêche, prélevé sur 40 cm et une épaisseur intacte de 15 cm, permet d’observer la compaction, comment les mottes se défont, l’état des racines et l’évolution des matières organiques.
Un sol compact défavorable
La densité apparente du sol (poids par
volume de sol sec en place) donne des
indications sur la part d’air stocké dans
la terre. Un sol de bonne structure
contient de nombreux pores et trous.
Selon des études québécoise, la densité
optimale pour le développement du
maïs serait de 1 g/cm3, 1,2 g/cm3 pour
les céréales et 1,6 g/cm3 pour la luzerne.
L’augmentation de cette densité n’est
pas forcément signe d’un compactage
préjudiciable. Les risques de tassement
sont de deux ordres : le passage de
machines lourdes sur un sol non ressuyé
marque le sol de façon durable.
Elles créent des lissages (mottes dures,
semelles) conduisant à un manque de
racines, pouvant être négatif pour l’élaboration
du rendement. La texture des
sols joue aussi un rôle : notamment les
limons sont sensibles à la micro-compaction
(sol feuilleté). La granulation uniforme
des loess rend difficile l’idéal des
agrégats grumeleux.

(source : Guide des sols CA 81, Antoine Delaunois)
L’observation des racines, un
bon indicateur de tassement
Un pied de colza ou de betteraves, leur
densité de racines et leurs parcours
montrent la qualité des structures et
éclairent sur la résistance à la croissance
des racines dans le sol. Ce sont de bons
informateurs.
Comment se décomposent
les matières organiques ?
La décomposition des matières organiques
reflète le degré d’aération et
le niveau d’activité biologique du sol.
Si cette dégradation ne se fait pas, la
microflore et microfaune sont faibles
et peu actives. Les résidus de récolte arrivent
à être décomposés dans l’année
suivante. Sur un hectare de sol, plusieurs
tonnes de résidus doivent être minéralisés
ou humifiés, une performance réalisée
par des sols biologiquement actifs.
Les engrais verts et les prés retournés sont plus rapidement dégradés que le fumier, la paille seule ou les résidus de récolte riche en lignine (cannes de maïs). Le déroulement de la décomposition dans le profil dépend de la répartition de la matière organique, de l’abondance d’air et d’eau suite à une bonne structure du sol, du climat durant la période de végétation. Dans les sols tassés, il se produit une stagnation de l’humidité et un manque d’oxygène, provoquant une dégradation anaérobie des matières organiques (odeur de pourrissement). Les toxines présentes empêchent la croissance des racines. L’observation du sol est à suivre à long terme. Une année ne ressemble pas à une autre, les conditions climatiques varient. La porosité d’origine biologique (agrégation des particules) ne se construit pas à courte échéance. Le travail du sol modéré, les déjections animales et les engrais verts peuvent contribuer à une structure stable du sol. Il est utile de sortir la bêche, encore et encore pour observer le sol et les racines des plantes.