Samedi 12 mars 2022
Frédérique Hupin

Ingénieur agronome avec une expérience de 20 ans dans le management associatif, la communication et le conseil environnemental en agriculture. Frédérique HUPIN est consultante et journaliste freelance, spécialisée en agroécologie.

L’agriculture régénérative sur le terrain : une académie est née en Belgique

L’académie Regenacterre ambitionne d’apporter les clés d’une agriculture régénérative et rentable... sur le terrain !

Organisée par l’ASBL du même nom, l’académie Regenacterre démarre ce mercredi 30 mars. Durant un an, elle apprendra aux participants les clés d’une agriculture régénérative des sols et rentable. Destinée à un public d’agronomes et d’agriculteurs, ils seront au nombre de 15 maximum afin de favoriser les échanges avec les formateurs et entre les participants. Le cycle sera composé de plusieurs temps forts : un conférence d’ouverture avec Frédéric Thomas, des tours de plaine, des ateliers de fabrication et de conception, des formations en salle, et se terminera par un voyage inspirant.

Historiquement, c’est en Amérique latine que naissent chacune de leur côté l’agroécologie et l’agriculture régénérative (pour les anglophones, ou agriculture de conservation des sols pour les françophones). Citons ici deux précurseurs : Miguel Altieri et Carlos Crovetto. L’un provient du monde des ONG, l’autre provient du monde agricole. Aujourd’hui, leurs discours se rencontrent, et déjà à l’époque ils étaient sur la même longueur d’onde quant au principe de base qu’il fallait appliquer à l’agriculture : préserver le sol !
Nous sommes à la fin des années ’70, la révolution verte du vingtième siècle est à son apogée, les rendements sont au plus haut, la mécanisation et l’utilisation des engrais et des pesticides sont au cœur du système agricole. Mais on commence tout doucement à se rendre compte que ce système a des impacts sur l’environnement, qu’il épuise les ressources et que malgré toutes ses promesses, la faim dans le monde existe encore.
Un agronome chilien du nom de Miguel Altieri, issu du monde des ONG et professeur d’agronomie en Californie, lance alors une critique du système agricole en cours. Il ne se contente pas de critiquer, il émet également des propositions concrètes englobées sous le terme d’agroécologie. « L’agroécologie est l’application de l’écologie à l’agriculture » écrit Altieri. Les grands principes : recycler les matières végétales, prendre soin du sol, éviter les pertes de ressources, amplifier les services rendus par la nature, favoriser la diversité des espèces et last but not least, assurer aux agriculteurs une autonomie financière.
C’est à la même époque qu’un agriculteur chilien, Carlos Crovetto, expérimente le semis direct. Il perfectionne cette technique sur son exploitation de Chequén (Chili). En 1996, il publie le livre de référence « Les fondements d’une agriculture durable ». En visionnaire reconnu, il explique comment il a réussi grâce au semis direct à recréer quelques centimètres de sol fertile essentiel à une agriculture durable. Très documenté, il s’appuie sur ses pratiques et ses résultats techniques, biologiques et environnementaux afin d’ouvrir de nouvelles perspectives en replaçant la matière organique des sols au centre des enjeux majeurs d’aujourd’hui.

Citons également Lucien Segy, agronome français et chercheur/développeur dont la majeure partie de la carrière s’est déroulée au Brésil où il a posé les bases du semis direct sur couvert végétal en précurseur visionnaire.

40 ans sont passés. Les pionniers ont continué de progresser, l’agroécologie a évolué sur le terrain, elle s’est adaptée. La compréhension du fonctionnement du sol et de la plante a entraîné le développement de nouvelles manières de produire avec de nouveaux produits, de nouvelles machines, de nouvelles pratiques. Ce sont principalement les agriculteurs sur le terrain qui ont fait émerger ces innovations.

Former sur des enjeux majeurs

L’impact des pratiques agricoles sur le fonctionnement des sols, la fertilisation régénérative, les fondamentaux de l’immunité des plantes, les produits naturels de protection des plantes, quelle machine pour quel usage, la couverture permanente des sols, les associations culturales sont autant de sujets qui seront abordés tout au long du parcours de l’académie Regenacterre. Faire travailler la nature pour diminuer ses charges, tout en préservant son rendement et son outil de travail : le sol. Un module d’optimisation économique des fermes ainsi que les clés de l’accompagnement au changement et de l’essaimage des connaissances sont également au programme.
Les formateurs sont agriculteurs, ingénieurs agronomes, experts dans leur domaine et pratiquants. Citons, entre autres, Frédéric Thomas, agriculteur pionnier de l’agriculture de conservation des sols et rédacteur en chef de la revue TCS. Mais aussi Francis Bucaille (France), Julien Hérault (expert du machinisme, France), Nicolas Lefebvre (Belgique, Roumanie, Suisse), Sylvain Cournet (France), Nicolas Courtois (Suisse), Victor Leforestier (France), Paul Robert (France), Baptiste Maître (France), Chuck de Liedekerke et Nicolas Verschuere (Belgique), Stefan Muijtjens (Pays-Bas).
L’académie mise énormément sur le côté pratique des formations. Une session d’information a réuni cinquante personnes intéressées dont la moitié était des agronomes.
Frédéric Muratori, directeur de Regenacterre : « nous avons créé l’académie Regenacterre car nous nous sommes rendus compte, en cherchant à engager un ingénieur agronome, que les fondements de l’agriculture régénérative et la pratique de terrain manquaient drastiquement. Nous constatons que la connaissance des techniques se trouve chez les agriculteurs et agronomes praticiens. C’est pourquoi cette académie se veut être une école du terrain  ».

Conférence d’ouverture par Frédéric Thomas

Le mercredi 30 mars à 20h à Perwez en Belgique se tiendra la conférence inaugurale de l’académie Regenacterre. Elle sera ouverte à un large public et traitera du thème « l’agroécologie, qu’est-ce que c’est sur le terrain ». Un conférence d’une heure donnée par Frédéric Thomas sera suivie d’un débat en présence d’acteurs du monde agricole wallon.