L’agriculture de conservation et les intérêts : un autre paradigme

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Dans un article consacré à la question de savoir si une transition écologique peut se faire avec le capitalisme, j’ai relevé ceci : "Le modèle actuel est arrivé au bout de ce que nous pouvons imposer à la planète mais mes clients n’investissent qu’avec des promesses de profit, et cela ne va pas changer." M.Pavan Sukhdev économiste et banquier à la Deutsche Bank. https://www.calliege.be/salut-fraternite/103/une-transition-ecologique-peut-elle-se-faire-avec-le-capitalisme%e2%80%89/
Ce qui signifie que des économistes et des banquiers sont bien conscients de ce problème.
Sans jeter l’opprobre sur quiconque, nous sommes là face à un problème de système et non de personne.
Jusqu’à présent, c’est l’intérêt, le dividende et la rente qui ont été les moteurs de notre système avec les impératifs du marché comme contrainte ; c’est ce qu’on appelle le système capitaliste.
En lisant attentivement l’éditorial de Frédéric Thomas dans sa revue TCS
http://agriculture-de-conservation.com/Avec-la-meteo-erratique-de-2018-l-AC-prouve-sa-robustesse-climatique.html , on peut se demander si l’AC n’est pas en train d’inventer une nouvelle notion de l’intérêt.

Semis direct dans un couvert de sorgho - Sud Ouest de la France
Semis direct dans un couvert de sorgho - Sud Ouest de la France
L’agriculture de conservation serait-elle en train d’inventer une nouvelle notion de l’intérêt ?

L’intérêt financier n’existe pas au départ, il doit être créé par la production de nouvelles richesses à partir de la consommation des ressources planétaires aux conséquences désastreuses pour l’écologie. Par contre l’AC en produisant avec moins d’intrants, économise des richesses qui pourront être utilisées à autre chose et c’est intéressant. Et bien la voilà cette nouvelle notion de l’intérêt : faire mieux avec moins et ce qui est économisé constitue l’intérêt.
Dans l’agriculture de conservation, ne venant pas de nulle part, n’étant pas créé de rien, cette nouvelle notion de l’intérêt vient de la photosynthèse que l’agriculteur ACiste a su développer grâce à son expertise et son matériel pour remplacer petit à petit l’acier par du biologique. Comme la photosynthèse se créé avec l’énergie solaire, on peut penser que cette nouvelle notion de l’intérêt revêt un caractère énergétique. Dès lors on pourrait parler d’intérêt énergétique ou de rente
énergétique.

Faire payer des intérêts financiers sur des investissements consacrés à l’AC me paraît illogique et contre-productif

C’est ce que dit l’auteur de l’article précité : « Une transition écologique digne de ce nom nécessite des investissements massifs sans rentabilité financière immédiate. Les entreprises privées capitalistes, ne s’intéressant qu’au profit donc à la demande solvable, sont incapables de réaliser ces investissements. »
Pour ma part, comme je l’ai dit plus haut, il ne s’agit plus d’une rente financière, immédiate ou non mais d’un autre type de rente.
Dès lors il faut permettre à l’agriculteur ACiste d’exercer son métier qui n’est pas seulement de producteur mais également de chercheur, d’expérimentateur, de pouvoir s’exprimer à travers ses résultats qui sont de faire mieux avec moins en générant une économie d’intrants et la production de connaissances qui constituent la nouvelle source d’intérêt. Si la marche de cet agriculteur est entravée par des remboursement d’intérêts financiers, il devra consacré beaucoup plus de temps, d’énergie à la culture de rente en postposant l’augmentation de la fertilité de son sol. Certes, la culture de rente est nécessaire à la société, je ne l’oublie pas ; mais il
faut aussi savoir que la société gaspille entre 30 et 50 % de la nourriture. Ce gaspillage serait beaucoup mieux utilisé pour augmenter la fertilité des sols ; c’est un choix de société, cela doit devenir notre choix.

Une autre idée du capitalisme, de la capitalisation

Depuis la nuit des temps, les humains ont essayé de « mettre de côté » pour des jours moins faciles et l’ère agricole qui a commencé voici 10 000 ans a facilité cette approche.
Dès lors l’humanité s’est regroupée autour de la croyance qu’une accumulation de biens était possible et pouvait améliorer les conditions de vie en développant les possibilités du progrès matériel.
Depuis 10 000 ans, nous baignons dans cette croyance qu’une croissance continue de l’accumulation est possible ; nous arrivons à la fin de ce paradigme. Nous avons atteint les limites du fonctionnement de la biosphère, nous ne pouvons continuer à accumuler de cette manière sans altérer dangereusement ce dernier.
Faut-il pour autant abandonner l’idée de capitalisation ? Je ne le pense pas mais il sera nécessaire d’en changer le sens pour le faire adhérer aux exigences de la biosphère.
Encore une fois l’AC nous montre la route par la capitalisation du volant d’autofertilité qui une fois arrivé à sa valeur optimale, sera entretenu par des cycles de la matière organique qu’il nous faut comprendre et organiser à tous les niveaux.
Il y a d’autres volants d’inertie comme la biomasse, le CO2 , l’humidité de l’air par
l’évapotranspiration des plantes sans oublier les volants d’inertie thermique et biologique de l’océan. Tous interagissent les uns avec les autres pour constituer un système qu’on appelle la biosphère.
La question qui reste en suspens est de savoir comment organiser une approche socio-économique autour de cette nouvelle forme de capitalisation, de ce nouveau paradigme.

Sortir de la soumission au système monétaire

Cet article n’est qu’un essai, une perception différente de la chose économique. Il n’a pas la prétention d’apporter une vérité irréfutable qui d’un coup de baguette magique pourrait résoudre tous les problèmes.
C’est une hypothèse qui doit être vérifiée, confirmée, infirmée ou amandée en acceptant le verdict en même temps qu’une possibilité d’évolution.
Dans des discussions au sein de blog ou de groupe FB sur des sujets sensibles comme ceux-là, on constate souvent cette fatalité que nos activités sont soumises au système monétaire.
Il est clair que cette soumission au système monétaire constitue le problème principal à résoudre si nous voulons un tant soit peu améliorer les conditions de vie sans dégradation planétaire. On ne pourra le résoudre que par une prise de conscience qu’un nouveau système auquel chacun devra participer, est possible, l’AC y participe.

Alors que faire ?

Il faut saisir toutes les opportunités qui peuvent se présenter.
Il apparaît que depuis quelques temps, des ACistes sont approchés par des sociétés privées qui leur proposent de subvenir financièrement à leur démarche d’AC.
Dès lors, il semble qu’il serait bon que tous les acteurs se mettent autour d’une table et encore mieux, chaussés de bottes si c’est nécessaire, autour d’un profil.
http://www.greenotec.be/pages/vulgarisation/pages-activites-passees/activites-passees/conference-f-thomas-itineraire-vers-le-semis-direct-et-plus-loin.html . C’est la visite du champ qui est la plus démonstrative, je le constate souvent au jardin.
Je termine par une citation de Frédéric Thomas s’adressant aux responsables :
"Alors, au lieu de penser pour nous agriculteurs, de participer à de coûteux meetings internationaux ou de déballer des expertises sur les plateaux télé, venez nous rencontrer, venez voir nos champs, venez constater comment en développant une approche cohérente, nous avons déjà commencé à inverser réellement les tendances. Ce changement de paradigme et ses impacts facilement visibles
et mesurables vous surprendront et vous donneront certainement des idées pour aborder différemment d’autres enjeux majeurs auxquels notre société doit faire face.
"
Puisse ce modeste article aider Frédéric à rencontrer ses souhaits.



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