Michel Lambotte

Électromécanicien à la retraite, Michel LAMBOTTE se voue à comprendre les rouages de la thermodynamique. Il écrit régulièrement sur le climat et son évolution. Fils d’agriculteur, il reste lié à l’agriculture et participe notamment à un jardin collectif où il tente de faire adopter les principes de l’AC.

Au-delà de l’extraction

Les 9 limites planétaires (CGDD, 2023)A l’heure où les extrêmes climatiques sont de plus en plus graves et de moins en moins gérables, à l’heure où le franchissement des limites planétaires semble de plus en plus évident, à l’heure où certains hommes politiques prennent le pouvoir le menton en avant et un rictus du visage digne des
industrieux du XIXème siècle, à l’heure où les gens ne savent plus vers quoi se tourner, cet ensemble de publications, dans une certaine mesure, se veut rassurant en apportant des réflexions et des possibilités d’actions constructives.

Finitude des ressources

Nous n’avons qu’une terre et le moment est venu de se rendre compte qu’un système industriel capitalisant les intérêts en croissance basée sur l’économie de marché, seul, n’est plus tenable face à la finitude des ressources. Il nous faut aller au delà de l’extraction des ressources que ce système a besoin.
L’ensemble des écosystèmes de notre biosphère, qu’on appelle biote, est tout simplement génial.
Il transforme l’énergie solaire pour maintenir l’atmosphère à une température entre les limites hautes et basses, compatibles avec la vie. C’est d’une infinie complexité. Le biote transforme l’énergie solaire en énergie latente sous forme d’évaporation-condensation, ainsi que sous la forme de structures végétales et d’exsudats racinaires pour nourrir la vie microbienne du sol.
Sans ce processus, l’énergie solaire se transforme en chaleur sensible en élevant la température à la surface des continents.

Le végétal, maître du jeu

C’est le végétal qui est maître du jeu ainsi que le phytoplancton de l’océan ; ce sont eux les régulateurs du climat. Détruire le végétal et c’est la catastrophe relatée à travers tous les extrêmes climatiques, aujourd’hui encore heureusement très localisés, mais qui s’amplifient...
Ma formation scientifique n’est pas très poussée, ce qui ne m’empêche pas d’étudier toutes ces données en réalisant des ponts avec l’expérience de mon ex-vie professionnelle et celle de tous les jours. A mes yeux, il n’y a pas la science et les scientifiques d’un côté et de l’autre les citoyens.

Paresse intellectuelle

Beaucoup de choses peuvent être comprises avec des notions de base pour autant qu’il y ai une direction et une motivation. De toutes manières, on apprend tout au long de sa vie et notre capacité à réaliser des choses évolue sans cesse au grès des circonstances. Le problème est que la hiérarchie et
la spécialisation des tâches adoptées depuis des millénaires abouti à une paresse intellectuelle, dans le sens où on se réfère à un spécialiste qui donnera la solution à nos interrogations alors qu’il serait nécessaire de garder un esprit critique sur tout ce qui est dit et écrit. Bien sûr on a besoin de spécialistes, on ne peut pas tout savoir, mais il faut apprendre dès le plus jeune âge à remettre en question ce qui nous est appris et proposer d’autres interrogations ou solutions si le besoin s’en fait sentir.
Le biologiste étudie l’arbre et s’arrête à la transpiration de ce dernier en n’étudiant pas ce que devient cette transpiration ; le climatologue étudie les mouvements de la vapeur d’eau atmosphérique sans aucun rapport avec la transpiration de l’arbre. Mais qui relie les deux ?
Peu de scientifiques étudient cette relation mais heureusement ils existent. Il est temps de développer une approche globale.

Changer son point de vue

Le saut inédit actuel qui est à faire dans l’histoire de l’humanité où la photosynthèse a le rôle le plus important n’est pas encore très bien compris par la communauté scientifique et citoyenne. C’est pourquoi je pense qu’il faut soutenir toutes les initiatives comme la régénération des sols,
l’agriculture de conservation, la reforestation qui aboutissent à de nouveaux concepts susceptibles d’insuffler de nouvelles valeurs
qui pourront motiver le reste de la société. Il faut changer son point de vue.
Il est clair que tout ce qui est écrit dans cette publication est simplement le résultat de recherches à propos de choses étudiées et imaginées par des scientifiques, des techniciens, des agriculteurs. Cette série de publications n’étant qu’un essai de vulgarisation de ces recherches dans le but d’informer
les citoyens et de motiver un élan de changement et finalement d’un espoir d’un retour de critiques constructives qui pourraient aider à l’avancement de ces recherches.

Changement de paradigme

Le saut qui est à réaliser est un changement de paradigme, encore faut-il se comprendre sur le sens de ce terme. On peut le définir comme suit : « Par l’expression "paradigme", nous entendons un ensemble de suppositions, de concepts et d’attitudes d’un groupe de scientifiques ou non par rapport
à un problème particulier, scientifique ou non. »
Par exemple l’eau considérée aujourd’hui principalement comme l’océan, la pluie, les nappes phréatiques et utilisée à des fins pratiques de réponses à nos besoins à travers des réseaux de distribution, constitue le paradigme dans lequel nous vivons. Nous pouvons aussi voir l’eau comme le véhicule de la vie qui, au travers de nos tissus et ceux de la nature, alimente un système qui
dissipe l’énergie solaire dans un mouvement circulaire. S’il y a cycle, il y a nécessairement une pompe et dissipation d’énergie pour son fonctionnement. Cela fait aussi partie de ce nouveau paradigme que je vais essayer de vous décrire ultérieurement.

Dépasser l’extraction en restaurant la biosphère

Dans l’ancien paradigme, l’idée d’extraction est bien implantée dans les esprits, dans le nouveau paradigme, c’est l’idée de régénération de la biosphère qui est mise en avant.
L’intention de cette publication et de celles qui vont suivre n’est pas d’opposer les deux mais de dépasser l’extraction en restaurant la biosphère. Il ne s’agit plus de croissance ou de décroissance mais savoir à quoi vont servir l’économie et la création monétaire pour améliorer le bien-être sans
saccager la planète mais au contraire en la régénérant.

La prochaine publication : La biosphère, notre maison.