Victor Leforestier

  • Prétraçage avant semis de maïs au Québec
  • Roue Guttler et poid additionnel sur élément de semis John Deere
6
janvier
2013

En 2013 : Libérons notre créativité

2012 a vu les ventes de matériel atteindre des records mais pour des itinéraires innovants et plus respectueux du sol, le matériel à notre disposition est-il adapté ? Autrement dit : notre créativité n’est-elle pas limitée par le matériel que l’on nous propose ?

Voici quelques exemples de machines adaptées à des conditions précises pour plus de respect du sol :
- Un porte outil large pour le trafic contrôlé en légumes de plein champ JPEG - 135.8 ko Ce porte outil sera utilisé sur la ferme de Kjeldhal qui pratique déjà le trafic contrôlé. Voici un exemple de ce type de machine au semis de betteraves : JPEG - 163.6 ko Cela permet de rouler sur moins de 10% de la surface du sol, donc d’éviter la compaction et de rouler sur la tête des vers de terre sur le reste.

Un maraîcher de l’Eure a lui inventé le même type de portique propulsé par l’énergie éolienne, l’Eole Tract :

- Voici deux exemples de réalisations "maisons" sur la ferme des Vaalburg qui pratique le trafic contrôlé en légumes de plein champs. Cette planteuse automotrice sur chenilles à été dessinée spécialement pour repiquer les céleris. Elle est guidée par GPS RTK. JPEG - 205.8 ko Ce plateau automoteur à été fait sur une base d’automotrice à betterave modifiée. Elle permet de charger les céleris dans le champ, en suivant les traces de l’arracheuse. JPEG - 183.4 ko Grâce au trafic contrôlé sur des productions de haute qualité, les Vallburg ont constaté de 30 à 60% de bénéfice en plus. Grâce à :
- 5 à 10% de rendement en plus
- 5 à 10% de coûts en moins grâce à moins de travail du sol
- 5 à 10% de rendement supplémentaire grâce à l’utilisation de compost. La qualité du sol sert la qualité du produit.

- Plus spécifiquement pour le semis direct, les suisses sont passés maître dans les automoteurs de semis dont voici quelques exemples : JPEG - 127.2 ko JPEG - 141.4 ko


7
mai
2012

Trafic et compaction

Pour tous les TCSistes la compaction est un sujet de préoccupation permanent.

Voici la première partie d’une présentation de Nicolas Dubuc, ancien élève ingénieur de l’université MacGill au Canada . Elle rappelle les dégâts de la compaction des sols et comporte des données assez alarmantes !

De retour dans le Pays de Caux, voici quelques photos qui m’interpellent. Elles ont été prises sur la ferme de mes parents. La rotation est basée sur les cultures industrielles : pommes de terre, lin fibre, betteraves sucrières et betteraves rouges. Nous semons des couverts et réduisons la profondeur de travail du sol lorsque c’est possible, la bêche et le pénétromètre sont toujours à portée de main. Le lin fibre, les pommes de terre et les betteraves aiment à avoir une bonne structure de sol et dans le même temps leurs récoltes présentent des risques élevés de compaction ...

JPEG - 71.1 koComme vous le voyez sur les photos, 100% de la surface du sol est roulée, la récolte du lin totalise à elle seule 5 passages de machines différentes ! (arracheuse, retourneuse, écapsuleuse, enrouleuse, chariot et chargeur)

En lin comme dans les autres cultures, on gagne de la portance à la récolte lorsque l’on réduit la profondeur de travail du sol, c’est déjà un plus. Il s’accommode très bien des sols fermes (mais bien organisés) et peut donner d’aussi bons résultats et/ou meilleurs qu’en traditionnel. En pomme de terre par contre, cela reste un casse-tête et le mieux que nous avons pu faire pour le moment est d’équiper les bennes en basse-pression, ce qui a été un premier progrès.

Traffic à la récolte des pommes de terre En pommes de terre et betteraves les automotrices ou les ensembles de transport peuvent frôler les 50T, un poids interdit sur route, et pourtant ils roulent dans nos champs !

Pour progresser dans le respect du sol avec ces cultures il faudra à la fois bousculer tout le système actuel et explorer de nouvelles pistes ...

Alors voici la deuxième partie de la présentation de Nicolas, la solution étudiée me semble assez prometteuse ...

Merci à Nicolas Dubuc (alias « Canadian farmer » sur les forums) pour le partage de son travail.


11
octobre
2011

Chez Tony Gent, tout pour le SD. Partie 2 : la gestion de la paille

Le challenge du semis direct en climat humide. Tony gent, C.S GENT & SONS Ltd, Spalding, Lincolnshire, UK

Dans ce premier article, je vous présentais quelques unes des modifications qu’avait fait Tony Gent pour passer en semis direct. Dans cette deuxième partie voici ces "trucs" pour mieux gérer la paille.

GESTION DE LA PAILLE

Depuis qu’il produit du lin graine en grandes quantités (200ha l’année dernière), T.Gent s’est équipé d’un « stripper-header » de 9m de Shelbourne Reynolds. Cette barre de coupe particulière ne récolte que les capsules du lin, et seulement les épis dans les céréales. En ne récoltant que les épis, il augmenter la capacité de sa machine et consomme moins de carburant. Ainsi en blé, et avec des rendements autour de 10T/ha, la capacité de la machine (une 6 secoueurs John Deere T670) avoisine les 800q/h en récoltant à 8km/h. Un atout indéniable dans cette région où les fenêtres météo sont trés courtes. Le stripper laisse donc les chaumes intactes, toute la paille reste debout dans le champs. Il est beaucoup plus facile pour le semoir de placer la graine correctement, contrairement à une coupe proche du sol où la paille broyée forme un matelas difficilement pénétrable. La paille restée dressée est un très bon couvert pour le petit gibier, et les champs sont devenus le repère des faisans et perdrix de ses voisins. Peut être que cela aide à la lutte contre les limaces ?

Derrière colza, récolté avec une coupe conventionnelle, deux passages de herse légère étalent uniformément les résidus et bousculent l’habitat des limaces. Avec une herse de 20m de large, il n’hésite pas à faire un passage supplémentaire si il le juge nécessaire. Cet outil semble d’ailleurs être utilisé par de nombreux SDistes anglais.

Depuis cet hiver, un autre outil est sorti des atelier de la ferme.

C’est une rangée de disques turbos disposés sur un châssis de rouleaux. L’outil sera utilisé en deux passages croisés pour ouvrir verticalement le sol pour insuffler l’air qui lui manque pendant la période de transition. Utilisé ce printemps, Tony a constaté un réchauffement du sol plus rapide.

ECARTEMENT DES RANGS

Une autre solution pour gérer les pailles qu’il a également tenté avec le JD 740A par le passé, est de semer le colza 1rang sur 2. Il semait alors avec la deuxième rangée de disques, et remplaçait la roue de fermeture du premier rang par un chasse débris fait maison. Celui-ci dégageait la ligne de semis pour la deuxième rangée. Écarter les rangs permet d’avoir de la place pour chasser les pailles, mais T.Gent n’a pas constaté d’avantage à écarter les rangs de colza, supposé brancher plus, et préfère continuer à semer tous les rangs. A cause des gros volumes de paille, les pieds de colza montrent des symptômes d’élongation, rendant la culture plus sensible au froid a tel point que plusieurs champs n’ont pas été conservés ce printemps car les pieds étaient gelés.

La prochaine modification du semoir sera donc peut être de monter des chasses débris. Les pivots sont cependant impressionants !

Si il n’est pas convaincu par les rangs plus écartés en colza, il a semé tous ses blés à 24cm d’écartement, pour encore moins travaillé le sol et surtout « pour voir ». D’aprés Arvalis, un écartement supérieur à 17cm impact les hauts potentiels mais d’’aprés ses comptages, Tony est plutôt confiant : JD 740 A à 14cm : 650 épis/m2 JD 740 A à 24cm : 750 épis/m2

Dans un autre champ : Weaving a 24cm : 528 épis/m2 JD 740 A a 17cm : 754 épis/m2 Dans ce champ, l’avantage est au plus petit écartement cependant les épis sont plus beaux et la culture plus régulière à 24cm d’écartement...verdict à la récolte ! La paille de lin est encore visible dans l’entre-rang.

CONCLUSION

Avec beaucoup d’ingéniosité et d’observation Tony Gent a peu à peu adapté ses équipements et son système pour appliquer les principes de l’agriculture de conservation à sa propre situation. Sans perte de rendement et avec une prise de risque maîtrisée, il a aboutit aujourd’hui à un système déjà performant, et trés prometteur.

Merci à Tony Gent pour le temps qu’il nous a consacré lors de cette aprés midi,ensoleillée.


13
juin
2011

Chez Tony Gent, tout pour le SD.

Le challenge du semis direct en climat humide. Tony gent, C.S GENT & SONS Ltd, Spalding, Lincolnshire, UK

Limaces, gros volumes de pailles, difficultés à refermer le sillon, c’est le lot de Tony Gent, agriculteur dans le centre Est de l’Angleterre. Sur ses terres argileuses de polder il a cessé tout travail profond et réintroduit des cultures de printemps : deux choses encore impensables il y a quelques années.

GENERAL

Les 900ha que cultivent T. Gent sont des argiles vaseuses de polder. Elles se compactent facilement et le climat habituellement humide de l’Angleterre ne permet pas leur fissuration. Avec le travail profond du sol, Tony confie qu’en automne il passait son temps soit à casser des blocs durs comme la pierre soit à semer dans la boue. Le travail profond de ces sols est également trés coûteux, et les tracteurs à chenille et articulés peuplent la région. Le manque de portance, le coût, et le sentiment d’être déconnecté du fonctionnement de la Nature sont ce qui a poussé T.Gent à passer en semis direct. Après 4 années il a regagné la portance qui lui faisait défaut les années humides et il conserve l’humidité nécessaire pour une bonne levée du colza lors des années sèches. Preuve de la bonne structure, aujourd’hui aucune trace de roues n’est visible dans ses champs malgré les remorques de grains qui traversent le champ à la récolte. « Il ne faut pas caler son système pour qu’il marche seulement les années extrèmes, sèches ou humides, on doit trouver une méthode qui marche bien tous les ans ».

SEMOIR

De manière générale, les semoirs de semis-direct sont adaptés aux conditions sèches et semer en sol humide relève parfois du cauchemard avec des sillons compactés ou mal refermés. Après plusieurs années avec un John Deere 740A de 6m, T.Gent utilise maintenant un Weaving 9m qu’il a modifié pour ses conditions particulières.

Sur le John Deere, il a changé la roue de fermeture par une roue en fonte Guttler. Lourde et crantée, elle referme le sillon avec force et des poids peuvent être rajoutés si besoin. Tony reproche au John Deere d’ouvrir un sillon trop large qui est dur à refermer.

Roue Guttler et poid additionnel sur élément de semis John Deere

Il utilise maintenant de préférence le Weaving, surtout pour son débit de chantier.

Sur le Weaving, les roues de jauge ont été reculées pour se placer un peu plus en arrière du disque et avec un angle. Cela permet de contrôler la profondeur, tout en commençant à fermer le sillon avec un léger « ripage ». Une deuxième roue de fermeture de l’autre côté finit la fermeture. Le semoir est actuellement en cours de modification pour placer un disque turbo devant chaque rang et installer des sécurités non-stop hydrauliques.

Le problème des semoirs à disques reste le « hair-pinning », le pincement des pailles dans le sillon. Avec ses gros volumes de pailles (10T/ha de blé en moyenne) Tony a constaté cette année que les pailles pincées dans le sillon avaient pu pénaliser les levées du lin. Pour sécuriser l’implantation et rester avec un semoir à disque, il a poussé plus loin la démarche...

ROTATION

Il y a quelques années, la rotation anglaise de base était encore appliquée : blé - colza car ce sont les cultures les plus profitables et dont la conduite est bien connue. Avec le développement des populations de vulpin résistants, la rotation s’est enrichie avec la féverole de printemps et le lin graine de printemps. Depuis 2 ans du soja est aussi à l’essai, pour alimenter l’atelier de poulets. Le lin graine ne rapportera pas autant que le blé cette année mais c’est une opportunité de plus pour contrôler le vulpin.

La rotation s’étale donc désormais sur 6 ans : Blé - Colza - Blé - Féveroles de printemps - Blé - Lin graine de printemps. Maintenant tous les blés ont un précédent favorables et ils représentent 1/3 de la surface. T.Gent espère également retrouver des hauts niveaux de rendements en colza, trop difficile à réussir en rotations courtes. Depuis son passage en semis direct, il n’a pas remarqué de baisse de rendement, et grâce à la rotation ce serait même plutôt l’inverse en blé et colza. Les couverts végétaux ne sont pas encore à l’ordre du jour mais cela interpelle Tony, peut être qu’une couverture vivante permettrait de pomper l’eau en excès au printemps ? En plus du contrôle du salissement, l’autre avantage de la rotation est une meilleure gestion de la paille. Au fil du temps Tony a su s’en faire un allié plutôt qu’un surplus dont il fallait se débarrasser.

Lin graine de printemps semé aprés un blé récolté au stripper

A suivre...


27
mai
2011

Changement d’herbage

Aprés un peu plus d’une année à la Chambre d’Agriculture de Seine-Maritime, j’ai quitté la Normandie pour le Lot et Garonne. Je suis maintenant technicien pour SLY France, importateur du Stripcat, strip-till de Twindiamonds. C’est pour moi l’occasion de m’investir un peu plus dans le développement de l’AC à travers une technique promis à un bel avenir, l’édito de Frédéric le confirme.

Maïs, colza, tournesol, betteraves, sont autant de cultures auxquelles la technique du strip-till peut apporter beaucoup. Ces derniers temps j’ai beaucoup appris sur le tournesol qui est une culture trés fragile et pas si facile à réussir en travail simplifié. Face aux difficultés du semis-direct pur, le travail localisé permettra surement de sécuriser l’implantation en nettoyant la ligne et en créant un profil favorable à l’exploration racinaire. La betterave sucrière est elle aussi promise à un bel avenir en AC grâce au strip-till qui permet d’assurer un développement racinaire rapide et efficace qui permettra d’assurer de hauts rendements. Les implantations sont trés prometteuses avec à l’avenir une baisse de la dose d’azote grâce à la localisation :

Strip-till avant betteraves sucrières dans la Marne, chez Romain Joly.

Strip-till de printemps dans la Marne, chez Romain Joly. A gauche 140u d’azote localisé au strip-till, à droite 180u d’N sur une préparation au vibroculteur.

Pour toutes les cultures il reste du chemin à faire pour caler les itinéraires, et en particulier la fertilisation, "l’autre moité du strip-till". L’expérience américaine est une bonne base et nous permet de bénéficier de machines abouties, d’expériences et de grandes lignes à suivre, mais nous devons affiner à nos conditions. C’est pourquoi chez SLY nous voulons être proche de nos utilisateurs pour leur apporter en plus de la machine, la technique pour progresser et aller vers plus de réussite en strip-till.


14
mars
2011

Le bon Cauchois

Le Bon Cauchois, Amidonnier Noir, Rouge de Bordeaux, Shireff à épis carré, Capelle-Desprez, Blanc des Flandres... voici quelques un des blés que j’ai semés cette année dans mon potager.

Plutôt qu’un frigo sous la glace, je préfère une collection locale vivante et palpable. J’ai donc écrit cet automne à l’association Kokopelli et à l’INRA de Clermont Ferrand afin qu’ils m’envoient quelques graines.

De par son réseau l’association Kokopelli propose de nombreuses variétés, plutôt du centre de la France. Vous pouvez obtenir des graines gratuitement, à condition de renvoyer une partie de votre récolte pour participer à la conservation des espèces.

Le Centre de Ressource Biologique m’a également gratuitement envoyé des graines. Leur collection est immense : prés de 10 000 variétés différentes ! Une partie seulement est disponible à la disposition du "public". L’équipe pourra vous conseiller pour ne retenir que les variétés les plus adaptées à votre terroir. Le réseau Semences Paysannes réunis quant à lui des paysans bio fabriquant leur pain à partir de farine de blé anciens. En effet ces variétés sont plus adaptées aux conduite bio que les variétés conventionnelles tout en apportant une farine de meilleure qualité technologiques et nutritionnelle.

Blé amidonnier noir
© Photo Kokopelli

Ces variétés ou ces populations anciennes avaient été sélectionnées par des agriculteurs et les premières maisons de semences. Bien que leurs rendements étaient faibles elles étaient toutefois fort adaptées au climat local, aux sols, et aux maladies présentes. Les "populations" étaient des blés dont l’évolution n’était pas figée et qui années aprés années évoluaient suivant les conditions dans lesquels ils étaient cultivés. Ainsi, dans "Les Meilleurs blés" de Vilmorin paru en 1880, on retrouve un classement des variétés par sol et par climat. Il est même proposé des mélanges.

Voici quelque chose que l’on aimerait retrouver dans nos catalogues actuels. Des variétés adaptées au terroir, avec assez de diversité génétique pour s’adapter aux différentes années et aux maladies en présence. Et si cela n’existe pas, serait-il possible de re-créer des populations locales à base de super mélanges ?