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6
novembre
2017

L’AC, banc d’essais de la thermodynamique ?

Dépasser la crise ?

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Beaucoup s’interrogent sur ce qu’il faudrait faire pour sortir de cette crise qu’on a de plus en plus tendance à appeler de civilisation. On ne sort pas d’une crise de civilisation, on change de civilisation, on remplace les idées qui sous-tendent l’actuelle par de nouvelles plus adaptées aux défis qui nous attendent et ils sont nombreux. Avec humilité nous devons considérer que nous ne sommes pas au-dessus des lois physiques et biologiques qui gèrent l’univers et plus proche de nous la biosphère.
Aujourd’hui nos sociétés sont régies par une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent du monde qu’on appelle paradigme. On peut dire que ce dernier est axé sur une croissance capitaliste industrielle illimitée. Un nouveau paradigme qui tient compte de l’épuisement des ressources en reliant économie et écologie prend naissance sous nos yeux et entre en opposition avec le premier. Tant que les deux paradigmes ne se parlent pas, ne coopèrent pas, on n’avancera pas.
Il semble que la réflexion doit partir d’un élément présent dans toutes les activités des hommes et dans le fonctionnement de la biosphère. Cet élément est l’énergie. La science qui étudie les manifestations de l’énergie à travers les transformations qu’elle opère s’appelle la thermodynamique.
Cet article sans prétention se veut une vulgarisation de cette science à travers l’AC et l’agro-écologie qui semblent être de merveilleux bancs d’essais pour cette compréhension.

Que vient faire un article sur la thermodynamique dans un site dédié à l’agriculture ?

Il faut savoir que les plantes sont de merveilleuses « machines thermodynamiques », mais n’anticipons pas ; voici quelques rappels à propos de cette science.
Sans entrer dans des détails qui sont très bien expliqués ici http://www.francois-roddier.fr/ pour ceux qui voudraient approfondir, on peut dire que la thermodynamique renferme trois principes.

Le premier étant celui dit de la conservation d’énergie, la quantité d’énergie contenue dans l’univers est une constante : rien ne se crée, rien ne se perd tout se transforme.
La question qui vient maintenant à l’esprit est de savoir comment elle se transforme ?

Jusqu’à la moitié du siècle dernier nous n’avions que le principe de Carnot qui dit que nous ne pouvons obtenir durablement de l’énergie utile que par des cycles de transformation qui extraient de l’énergie d’une source chaude pour en renvoyer une partie dans une source froide. C’est sur ce principe que fonctionnent le moteur de nos tracteurs ainsi que toutes les machines thermiques. C’est sur ce principe qu’est bâtie notre civilisation capitaliste industrielle.
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Qu’adviendra-t-il quand l’énergie non renouvelable sera épuisée ?
On parle alors d’un système fermé, il n’y a pas d’échanges avec l’univers. Pour imager ce concept, prenons une bouteille thermo dans laquelle on verse de l’eau bouillante et des glaçons. Chacun comprendra que les glaçons vont fondre et l’eau deviendra tiède ; l’échange calorifique occasionnera des courants de convection qu’on considérera comme l’énergie utile. Quand la température sera uniformisée, on arrivera à l’équilibre thermodynamique et à l’arrêt du système ; on dit aussi qu’il est arrivé à son maximum d’entropie interne. L’entropie étant la mesure de la grandeur statistique du désordre d’un système. Plus l’entropie est élevée, moins on peut obtenir d’énergie utile.
On peut se demander que deviendra l’humanité si nous restons dans le cadre actuel. Et bien c’est la mort, mais on passera d’abord par la case du monde impossible à vivre, de là pourrait venir le sursaut salutaire.
Et si nous y étions ?

Thermodynamique appliquée au vivant : structures dissipatives d’énergie La thermodynamique des systèmes dits hors équilibre

Tout agriculteur sait bien qu’une plante se structure en consommant de l’énergie solaire ; ceux qui pratiquent l’AC cherchent par tous les moyens à produire le plus de structure végétale possible le plus efficacement possible et le plus longtemps possible durant les cycles de l’année.
Une plante construit sa structure en auto-organisation par un flux d’énergie qui la traverse venant de la source chaude qu’est le soleil pour en rendre une partie vers une source froide qu’est la nuit  ; on dit que c’est une structure dissipative d’énergie ouverte sur l’univers https://www.francois-roddier.fr/?p=370
Pour une plante, il n’y a que de 3 à 6% d’énergie incidente qui est transformée en biomasse http://botarela.fr/Poaceae/Famille/Photosynthese-2.html mais contrairement aux sociétés humaines, tout le reste est utilisé pour établir un équilibre dynamique de l’écosystème ne serait-ce que par les exsudats racinaires qui nourrissent les micro-organismes du sol, par la couverture végétale qui permet l’entrée de l’azote dans le sol grâce aux fixateurs libres d’azote ou par l’évapotranspiration qui crée les cycles courts de l’eau dont les plantes ont besoin.
Ces 3 à 6 % d’énergie solaire qui créent la biomasse réalisent un merveilleux travail : ils nourrissent le sol en le couvrant et par les exsudats racinaires, nourrissent la vie du sol qui le travaille avec les racines sans oublier la production de nourriture de l’animal et de l’homme.
Pour réaliser maladroitement ce travail, l’homme est obligé de consommer une grande quantité d’énergie non renouvelable ; c’est pourquoi il devient impératif de s’inspirer du fonctionnement du système vivant pour améliorer l’efficacité et la résilience de nos systèmes techniques et socio-économiques.

Appliquons la thermodynamique à nos systèmes socio-économiques

Pourquoi pas !

À partir de 1h.05 https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=5-qap1cQhGA
Il faut deux monnaies et deux revenus pour des usages différents ! (A écouter absolument, c’est la colonne vertébrale de cet article)
Chacun sait que si nous circulons en voiture ou si nous travaillons en tracteur sans source froide c’est à dire sans radiateur, il y a de forte chance que le moteur se détruise rapidement en quelques minutes.
Pour l’économie c’est pareil en peut-être plusieurs générations. Aujourd’hui il n’y a qu’une économie, celle du marché avec une seule monnaie et une seule espèce de revenu. Comment peut-on imaginer un instant que cela soit durable ?
Comme la chaleur du moteur sans radiateur (source froide) se concentre dans un endroit de celui-ci, sans « monnaie froide » dans notre économie capitaliste industrielle, il y a concentration monétaire dans les mains de quelques uns et les différences de revenu augmentent.
L’homme n’est pas fait que de logique, de concept à imaginer ou de rationnel, il est fait aussi de préjugés, de sentiments ou de ressentiments. Prises seulement sous l’angle des inégalités de revenus, ces considérations peuvent déboucher sur de sanglantes révolutions.
Cet article souligne également la nécessité de la réflexion thermodynamique qui permet d’éclairer l’esprit, de casser les cercles vicieux et peut-être de susciter un engouement chez le lecteur tout en sachant bien que le sujet est ardu et très peu enseigné, ce qui est une sévère lacune. On peut espérer que suite à la lecture de cet article, des lecteurs potentiels se mettent à l’étude de la thermodynamique des systèmes dit « hors équilibre ».

Comme le dit Konrad Schreiber : il faut les deux pieds (https://www.youtube.com/watch?v=WMT8CozX6wY dans les 11 premières minutes).
Au lieu d’évoquer les circuits courts et les circuits longs, nous pourrions parler d’économie de marché industriel avec l’euro (le dollar, le yen) comme « monnaie chaude » et d’économie solaire en autonomie individuelle avec les monnaies locales comme « monnaie froide ». Comme des opportunités se dégageront dans les deux types d’économie, il conviendra d’être actifs dans les deux types d’économie ; dès lors nous aurons besoin de deux revenus, l’un généré par les échanges de l’économie industrielle, l’autre un revenu d’autonomie (revenu de base) octroyé en monnaies locales qui permettra de construire l’autonomie individuelle (culturelle avant d’être matérielle) indispensable à ce nouveau paradigme (il y aura un prochain développement comprenant la composante agronomique).

L’AC, l’agro-écologie source d’inspiration pour ce nouveau paradigme

Et bien oui !

Quand Frédéric Thomas écrit un article comme celui-ci http://agriculture-de-conservation.com/Reprendre-la-main-sur-notre-communication.html il ne fait que l’apologie de notre autonomie culturelle.

Quand Cécile Waligora s’inquiétant de la disparition de la biodiversité nous dit de s’en remettre à notre conscience http://agriculture-de-conservation.com/spip.php?page=tribune-article&id_article=2411 elle nous invite à participer à l’élaboration d’un système socio-économique plus résilient et plus efficace.

Quand Philippe Pastoureau s’inquiète à juste titre de la corrélation entre les performances printanières de ses PV et le cyclone Irma http://agriculture-de-conservation.com/spip.php?page=tribune-article&id_article=2417 il met le doigt sur l’interdépendance de tous les systèmes qui gèrent notre monde . Soulignons aussi la « décompaction des cerveaux » qu’il met en évidence dans les débats,vidéos ou commentaires auxquels il participe.

On pourrait terminer en paraphrasant ce dernier qui disait :
"Rêvons d’un monde où l’agriculteur sera au cœur des équilibres naturels, vitaux à notre survie."
Redevenons tous des agriculteurs, de près ou de loin , en tout ou en partie au coeur de cette transformation socio-économique à venir en équilibre avec les lois de la biodiversité et de la thermodynamique.

Il est vrai que le sujet n’est pas digeste et n’est qu’au début de son développement, un prochain article tentera de mettre en évidence la présence déjà effective de certaines activités ou relations entre activités susceptibles d’entrer dans le canevas thermodynamique.
Je reste persuadé que même si le sujet n’est pas à la portée de monsieur et madame tout le monde, il reste néanmoins nécessaire et inévitable pour chacun d’entre nous de pouvoir l’appréhender si nous voulons que nos enfants et nos petits enfants puissent espérer un monde qui en vaut la peine.


5
septembre
2017

Portes ouvertes au jardin de Jupille

Les 26 et 27 août 2017, nous avons ouvert les portes de notre jardin. Mon rôle était de transmettre des informations concernant l’agroécologie, faire connaître l’agriculture de conservation et l’impérieuse nécessité de couvrir le sol.
Pour appuyer ma présentation j’ai réalisé un slake test : https://www.youtube.com/watch?v=2CQz9lKBdfg avec 4 types de sol :

Slake test
Slake test
Même slake test 1 semaine plus tard
Même slake test 1 semaine plus tard


Sur l’image de gauche, (l’image de droite sera décrite plus bas)
- celui de gauche étant un échantillon de l’agriculture industrielle qui n’a rien à voir avec le jardin.
- Le deuxième venant d’une parcelle bêchée de notre jardin collectif.
- Le troisième venant d’une parcelle non retournée mais non couverte.
- Celui de droite venant de ma parcelle en couverture permanente depuis deux ans.

Beaucoup de visiteurs ont été interpellés par cette petite expérience et très peu sont au courant de l’existence des pratiques en couverture de sol dans l’agriculture actuelle. D’ailleurs certains m’ont affirmé dogmatiquement que les agriculteurs ne voudront jamais pratiquer de la sorte. Quand je leur ai dit que c’était grâce à certains d’entre eux que cette petite expérience existe, leur certitude a quelque peu été ébranlée.

Echange d’idées

La première idée à décrire étant l’agroécologie, j’ai pris la forêt qui marque l’horizon du jardin comme exemple en expliquant qu’au début du siècle dernier les collines entourant la vallée étaient couvertes de cultures.
En abandonnant ces cultures qui n’étaient plus rentables pour l’agro-industrie, la forêt reprend ses droits d’où nous oscillons constamment entre forêts et prairies entretenues par les animaux.
L’agroécologie est le fait de se rapprocher le plus possible du système forestier qui ne travaille pas le sol, qui le couvre constamment et qui organise un maximum de biodiversité sans oublier le fait que les excréments des animaux doivent traverser le couvert avant d’atteindre le sol.
En dialoguant j’ai pu aussi constater que les idées reçues concernant la propreté du sol sont tenaces, « les mauvaises herbes » sont nos ennemies et dès lors, doivent être éliminées ; c’est ce qui est perçu par la plupart des jardiniers.
A ce sujet dans une partie de ma parcelle, j’étais envahi de liserons ; depuis deux ans j’enlève la partie aérienne que je mets en couvert avec d’autres plantes. N’étant plus alimentée en énergie solaire la réserve énergétique des rhizomes du liseron diminue et dès lors, il y a de moins en moins de reprises.
Je suis même persuadé que dans une première phase de construction d’un jardin des « couverts de mauvaises herbes » seraient bénéfiques mais c’est une autre expérience.
J’ai constaté également qu’un couvert de seigle peut avoir un effet bénéfique sur la diminution de la présence des liserons ; on peut penser que le pouvoir structurant des racines du seigle ralenti le développement des rhizomes du liseron, il faut savoir que les liserons poussent sur un sol trop compact. Mais bonne nouvelle : une personne m’a dit qu’il était plus facile d’enlever les mauvaises herbes quand le sol est couvert.

Par l’étude de la présentation de Konrad Schreiber https://www.youtube.com/watch?v=6kR3a6IP0Vg qui révèle que la décomposition de la paille sur le sol enclenche le cycle de l’azote tout en stockant du carbone dans le sol, il a été possible de mettre en évidence que la non couverture du sol interrompt le cycle du carbone par l’absence de la décomposition de la paille des résidus de culture de rapport ou de couverture.
Ceci est également valable pour le BRF (broyat de rameaux) : la décomposition de la lignine amène l’azote, j’en ai pour preuve cette culture de tomates (semences et plants faits maison) en serre derrière ma maison.
Tomates sous serre de M. Lambotte
Pour avoir autant de tomates (celles du dessous ont déjà été récoltées), il faut bien que l’azote vienne de quelque part alors que le sol n’a reçu que du BRF riche en carbone. On remarquera également aux pieds des tomates un couvert vivant à durée indéterminée de … aspérule odorante ; je l’ai légèrement recoupé et ai constaté que la paille est très dure, c’est un essai à poursuivre.
En parlant du cycle du carbone, j’ai aussi fait allusion au réchauffement climatique et au rapport quatre pour mille http://agriculture-de-conservation.com/INITIATIVE-4-POUR-1-000-DU-VERT-PARTOUT-ET-TOUT-LE-TEMPS.html

Pour en revenir au slake test, j’ai surtout insisté sur le fait que c’est le travail du sol qui est le plus préjudiciable à la vie du sol avant les engrais et les phytos en mentionnant l’étude danoise http://agriculture-de-conservation.com/Labourer-globalement-plus-nefaste-sur-la-vie-du-sol-que-les-pesticides.html. Cela ne constitue pas un plaidoyé pour Monsanto, c’est juste un argument supplémentaire pour la couverture du sol qui est la clé de voûte du futur système agricole.
J’ai aussi pu montrer la possibilité du pouvoir d’absorption de l’eau par le sol en cas de couverture. Dix litres d’eau versée en 10 secondes et complètement absorbée sur un demi mètre carré, suffit pour convaincre les plus récalcitrant et certains de me répondre : "Je commence à mieux comprendre le pourquoi des inondations" et de lui répondre : "et pourquoi l’eau est de couleur marron  ?"

Il paraît que ça va bien la vie.

Et bien oui elle revient, c’est l’objet de la photo de droite du slake test.
J’ai laissé traîner ces pots une semaine sur la planche, un plus cartésien que moi les aurait enlevé et rangé et n’aurait pas pu faire cette constatation.
On constate la présence d’algues dans l’eau : plus on se rapproche de la couverture du sol plus il y en a ; il faudrait vraiment faire preuve de mauvaise foi pour ne pas l’admettre.
C’est à étudier plus en détail mais cela prouve encore une fois qu’il faut toucher le sol le moins possible et le couvrir le plus possible.
On pourrait penser que c’est l’image du passage du minéral au biologique.

Prendre la main de notre communication

Cette initiative tend à montrer que la communication des agriculteurs vers le citoyen peut être aidée et appuyée par les citoyens eux-mêmes pour autant qu’elle aille dans le sens de la construction d’un sol vivant. C’est ce que j’essaye modestement de faire et toute initiative est la bienvenue dans ce sens pour autant qu’elle ne se drape pas de dogmatisme.
Nous n’utilisons aucun produit chimique sur notre jardin. Il serait vraiment mal venu de le faire d’autant que nous ne sommes pas soumis aux impératifs du marché dont j’ai fait allusion dans mon quatrième article.
Ce jardinage en couvert et sans aucun intrant révèle vraiment tous les défis de l’après pétrole qu’il nous faudra relever.
Je reste persuadé que l’agriculture peut se passer de la chimie à deux conditions : la première étant que dans tous les domaines agricoles on aille vers la couverture des sols, la deuxième étant de remettre en question les impératifs de notre civilisation mais nous ignorons encore que faire et comment le faire, il faut rester modeste. Je tenterai de développer ce thème dans une prochaine contribution en m’inspirant bien sûr de la sobriété de l’agriculture de conservation.

Plus nous serons nombreux à prendre la main de notre communication, plus de chance il y aura d’influencer le politique pour amener à subsidier le résultat plutôt que l’obligation (venant du pouvoir politique) d’actions qui ne sont pas toujours efficaces et que les agriculteurs chercheront à contourner. C’est très bien expliqué ici : http://agriculture-de-conservation.com/sites/agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/pdfsam_tcs93_recherche_biodivsol.pdf Si cette initiative est relayée par l’ensemble du réseau AC qui de toutes manières va s’étendre, cela devrait également essaimer vers des initiatives allant dans ce sens pour les autres secteurs de nos activités, tout en n’oubliant pas qu’il faudra faire la part entre l’utile et le superflu. Pourquoi ne pas subsidier les potagers collectifs qui vont dans la direction de l’agroécologie ?

Nous avons tous un rôle à jouer, il y va de la pérennité de notre maison la terre ainsi que de l’avenir des générations futures. Pour terminer, je voudrais vous faire écouter cette chanson de Gérard Lenorman qui me touche beaucoup https://www.youtube.com/watch?v=AYWxTqxWLks


27
juillet
2017

A nos consciences - Poursuite de la réflexion...

Dans son article "A nos consciences", Cécile Waligora écrit : "Les chercheurs appellent à réduire la croissance de la population humaine".

Pourquoi la croissance démographique ?

La première question qui me vient à l’esprit est de savoir pourquoi il y a croissance de la population humaine ? C’est très bien expliqué à la page 14 de ce document https://revolution-francaise.net/editions/wood.pdf
C’est l’agriculture qui a été responsable de cette croissance en profitant de l’amélioration des rendements grâce à l’introduction progressive du capitalisme agraire, qui, en « libérant » des paysans sans terres, ceux-ci ont pu rejoindre les rangs des travailleurs citadins.
Ces travailleurs citadins, sous les ordres d’une classe dirigeante, ont construit l’ère industrielle carburant à l’énergie fossile. Au sortir de la guerre 14-18, grâce aux nitrates, l’industrialisation de l’agriculture a été possible et de nouveau, les rendements ont augmenté et de là, créé le boom économique et démographique que nous connaissons ; avec ses conséquences néfastes décrites dans l’article de Cécile Waligora.

Loin de moi l’idée de bannir le capitalisme ; à mes yeux, il faut simplement le dépasser comme l’AC veut dépasser, sans détruire ses bienfaits, l’industrialisation de l’agriculture.
On peut résumer le capitalisme comme étant une triade entre un propriétaire des moyens de production (financier) un entrepreneur et des travailleurs. Tous sont soumis aux impératifs du marché, la rentabilité pour le financier, la compétitivité pour l’entrepreneur et la productivité pour les travailleurs. Dans le cas des indépendants, les rôles peuvent s’additionner pour une même personne.

En réinvestissant constamment les rentes, un tel système ne peut que croître indéfiniment.
Tant que le système de rentes, dividendes et intérêts existera, la croissance sera nécessaire, c’est très bien expliqué ici par Paul Jorion http://www.pauljorion.com/blog/2017/07/15/retranscription-pas-de-decroissance-sans-remise-en-question-de-la-propriete-privee-le-27-juillet-2014/
Il faut le savoir et en tenir compte pour inventer un autre système capable de dépasser ce paradoxe.
En ce domaine, l’AC, l’agroécologie, l’agriculture du carbone peuvent y contribuer.

Voilà enfin l’objet de ma contribution, la sobriété de l’agriculture de conservation pourrait peut-être contribuer à une nouvelle vision de la rentabilité de la compétitivité et de la productivité capable de résoudre les problèmes décrits dans l’article "A nos consciences". Transiter d’un moteur économique basé sur l’intérêt financier à un moteur économique basé sur l’intérêt de la sobriété.

La sobriété a un intérêt

Rencontre bout de champs en ACEt bien oui la sobriété a un intérêt, les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture de conservation l’ont bien compris. Ils parviennent à cultiver avec moins d’intrants, moins de pesticides, moins de fuel.
Tout cela n’est possible qu’à condition de capter le maximum d’énergie venant de la photosynthèse qui va alimenter un système biologique qui pourra avantageusement remplacer ou transformer un ensemble d’outils. En quelque sorte on remplace du métal et du fuel par du biologique.
L’agriculture de conservation a les arguments adéquats pour aider à orienter vers la sobriété les décideurs habilités à changer les cadres juridique et économique de nos modes de vie.
Il nous faut par tous les moyens faire pression sur l’appareil politique pour infléchir les décisions vers la sobriété.
Cela n’est possible que si nous-même nous remettons en question notre propre vision du capitalisme et de ses conséquences. Nous ne pouvons pas éluder ces questions sous prétexte que cela nous éloigne des préoccupations de l’AC, il y va de notre avenir et celui des générations futures.
Beaucoup de jeunes font le choix de l’agriculture ; nous devons inventer un système économique capable de leur permettre de s’inscrire dans une agriculture durable.

Une simple question me vient à l’esprit : comment pouvoir investir l’épargne citoyenne dont l’intérêt financier est nul ou presque vers ce type d’agriculture ? La question sous-jacente étant de déterminer le type d’intérêt qu’il faudra instaurer étant donné qu’un intérêt purement financier nous fera retomber dans les mêmes travers capitalistes.
Comme le dit C. Waligora, si nous ne faisons rien ces désastres se retourneront contre nous, chacun doit contribuer aux solutions.
Sans prétention, cette contribution essaye d’élargir le champs de vision en tenant compte d’où nous venons, où nous sommes et où nous devrions aller.
George Bernard Shaw ne disait-il pas : Vous voyez les choses et vous dites : pourquoi ? Moi, je rêve de choses qui n’ont jamais existé et je dis : pourquoi pas ?


2
juin
2017

La relève est bien là

Au sein du potager collectif, je suis souvent en dialogue sur l’AC avec un étudiant en agronomie à l’ISLa de Huy en Wallonie.
Il s’appelle Axel Dumoulin, il a 23 ans, et comme moi, il a décidé de faire de la parcelle qu’il occupe un terrain d’expérimentation.
Par ailleurs, au mois de juin de l’année prochaine, il se rend pendant 3 mois au Burkina pour son travail de fin d’étude et pendant son absence, je m’occuperai de sa parcelle.

PDF - 1.5 Mo
En attaché, je vous fait part d’un travail qu’il a réalisé avec un collège de l’ISLa sur la quantité disponible et la gestion de la MO en Wallonie ; les professeurs les ont félicité en mettant en évidence l’importance de la bibliographie. Ils ont considéré que cette étude valait un travail de fin d’étude.
Je ne sais pas ce que vous en penserez mais des jeunes possédant de tels talents et en plus désireux de s’occuper d’agriculture doivent d’une manière ou d’une autre être aidés. Je pense que c’est encore un challenge que l’AC devra relever ; il est trop facile de se plaindre qu’il n’y a pas de relève au niveau des agriculteurs alors que des potentiels existent.

Tas de compost de fientes de poules
De toutes façons nous devrons aller vers une agriculture que les jeunes apprécierons et qui est encore à créer ou nous continuerons vers encore plus de gigantisme industriel (peut-être les 100 000 vaches) sans tenir compte de la composante vivante du sol.


20
mars
2017

Chutes d’arbres, deuil et inondations

Chute d'arbre à Warsage, BelgiqueJe voudrais vous relater un fait qui serait divers s’il n’y avait eu la mort d’un couple de la quarantaine.
Ce dernier s’est trouvé dans le village de Warsage, en Belgique, au mauvais endroit au mauvais moment, écrasé à bord de leur voiture par un arbre de plus d’un mètre de diamètre qui était vermoulu à sa base ; des vents de 50 à 100km/h ont eu raison de lui. https://www.rtc.be/article/info/faits-divers/la-tempete-fait-deux-morts-a-dalhem_1494204_325.html
On peut comprendre la colère des habitants de la région et leur critique à l’égard du Gouvernement Régional Wallon d’avoir classé ces arbres. Avec le temps, entourés de cultures industrielles et d’asphalte qui n’ont pas facilité leur vie, ils ont été fragilisés par l’attaque de gui et de champignons et sont devenus de véritables dangers publiques. Les arbres sont des êtres vivants qui naissent, qui grandissent, qui s’épanouissent, qui déclinent et meurent comme tout être vivant. On pourrait dire qu’ils suivent leur intention en se fichant pas mal de nous.

Les arbres sont inclassables

Dès lors, une question vient à l’esprit, pourquoi classe-t-on des arbres ? Trop de gens pensent encore que la préservation de la nature consiste à créer des sanctuaires comme les réserves naturelles ; les choses ne sont pas aussi simples et il ne sert à rien d’avoir quelques îlots de nature préservée entourés de déserts biologiques. A mes yeux, les arbres sont inclassables par le simple fait qu’il évoluent ; ce n’est pas par un classement qu’on résoudra le problème de la dégradation de la biosphère.
Il faut créer une dynamique agricole et sylvicole qui considère tous les arbres sous leurs dimensions écologique, sociologique et économique, l’essentiel étant qu’ils deviennent un outil de développement. On peut comprendre que les arbres remarquables soient répertoriés par un organisme local qui suit leur développement, qui les soigne, qui en limite la dangerosité et qui accompagne leur fin de vie vers une utilisation la plus noble possible. On ne risque qu’une chose : en apprendre beaucoup. Mais il n’y a pas que les arbres de cultures à visée économique ou remarquable, il y a toute cette forêt qui n’est plus entretenue, des arbres au bord des routes ou des bosquets abandonnés.

Arbres non entretenus
Acacias qui, perchés sur un talus le long d’une route à grande circulation, sont attaqués par le lierre et le gui. Gros risques...

La deuxième image montre des acacias qui, perchés sur un talus le long d’une route à grande circulation, sont attaqués par le lierre et le gui. Les pompiers ont abattu deux d’entre eux qui se sont fort heureusement écroulés sur leur voisin ; les pompiers ont également mis en évidence la dangerosité des derniers. Ils doivent être abattus mais jusqu’à présent, aucun organisme n’a réagi. Ces arbres sont considérés comme un coût plutôt qu’une ressource, et si la Wallonie se trouvait dans une zone méditerranéenne, elle serait sujette à de graves incendies de forêt par manque d’entretien. L’intention de cet article n’est pas d’accuser qui que ce soit mais de mettre en évidence des problèmes qui doivent être résolus.

Manque de matières organiques

Agroforesterie
Moisson en parcelle agroforestière, autre forme de considération de l’arbre.
BRF
Création de BRF ; un autre rapport avec l’arbre...

L’agroforesterie sous toutes ses formes, le brf peuvent constituer des bases sur lesquelles peuvent s’appuyer une métamorphose de la considération qu’on peut avoir à l’égard des arbres. Ce projet récent dans la région d’une agriculture citoyenne va également dans cette direction. https://www.cdlt.be/2017/02/20/des-enfants-de-lecole-de-bolland-ont-plante-leurs-arbres/

Inondations à Warsage, Belgique
Inondation et coulées de boue dans le village de Warsage, Belgique

D’autre part, il y a cinq ans, dans le même village de Warsage, des habitants ont été victimes d’inondation et de coulées de boue.
Si vous prenez le temps d’étudier le site A2C, vous comprendrez que cette situation est principalement due au manque de matière organique dans le sol des cultures qui se situent en amont. Il faut savoir que le village de Warsage se situe dans un bassin versant qui récolte les eaux de centaines d’hectares si ceux-ci ne peuvent les absorber.
http://agriculture-de-conservation.com/sites/agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/tcs-91dossier.pdf
Devant nous, nous avons un paradoxe qui veut que nous avons de la matière organique à travers la gestion silvicole, et d’un autre, un manque de matière organique dans des cultures qui occasionne des inondations. Je pense que c’est le paradoxe de notre système industriel moderne qui séquence les choses, qui spécialise, qui maximalise et peu de monde voit ce qui relie ces catastrophes tant il est figé par les
impératifs de sa spécialité.
Partout des arbres menacent de tomber, partout les bosquets ne sont pas entretenus et pourtant ils constituent un patrimoine, des matières premières qu’on pourrait valoriser. Partout la pluie risque des inondations sur des terrains nus manquant de matière organique. Pourtant en couvrant le sol en permanence, on peut résoudre ces problèmes, tout en précisant que les rémanents non encore valorisés ne peuvent résoudre à eux seuls les problèmes d’érosion. C’est à ce niveau que l’agriculture de conservation est nécessaire. Autrement dit, les rémanents forestiers ne peuvent être qu’un apport complémentaire à l’agroécologie qui organisera une terre couverte de plantes vivantes le plus possible dans l’année.

En admettant qu’on veuille créer une synergie entre les bûcherons élagueurs, entreprise de parc et jardin, agriculture, scieries etc. le banquier nous demandera d’abord quel est notre business plan et quelles sont nos garanties. En fait, on ne pourra pas les connaître sans avoir essayé.
On peut aussi envisager cette synergie dans le cadre d’une humification des terres agricoles à grande échelle en mettant en « humification » pendant plusieurs années des terres qui ne seraient pas utilisées pour la production. Ce temps serait mis à profit pour la capitalisation de l’humus et la gestion des adventices au travers de la culture de couverts et épandage de BRF.
Puissent ces quelques modestes réflexions aider les familles des deux victimes à surmonter leur peine.


22
février
2017

Ce que nous pouvons faire en tant que simple jardinier pour sensibiliser les citoyens à l’agroécologie

Comme l’explique très bien Frédéric Thomas dans « Semis direct, agriculture durable, et agroécologie », la définition de cette dernière n’admet aucune concession.

On pourrait d’une certaine manière l’élargir à la thermodynamique qui est la science qui étudie les transformations dues à la manifestation de l’énergie.

La biosphère est une structure dissipative d’énergie qui doit dissiper le plus possible, le plus vite possible et le mieux possible l’énergie solaire. En considérant le système atmosphère, plante, sol, nous nous trouvons là face à une structure dissipative d’énergie solaire par structuration de la charpente de la plante, l’évapotranspiration et la sécrétion de sucre dans le sol pour y nourrir la vie.

Le labour, les interventions mécaniques ou chimiques de n’importe quelle nature portent préjudice à ce système que le vivant a mis des millions d’années à mettre au point.

Tout au long de son article, Frédéric Thomas nous parle de l’énergie utilisée sur les exploitations. Nous comprenons parfaitement que le revenu de l’agriculteur comme la récolte de tous ceux qui veulent cultiver, ne serait-ce que les légumes pour eux-mêmes, passe par une meilleure utilisation des ressources ; l’agroécologie y contribue.

Ce faisant, nous les jardiniers du Coin de terre de Jupille en Belgique http://coindeterrejupille.be/ avons décider de cultiver le plus possible en agroécologie.

Quand j’écris le plus possible, il faut savoir que nous sommes 25 jardiniers et qu’il est difficile de convaincre autant de personnes d’un coup, cela ne peut se faire que par l’exemplarité dans la durée. C’est ce que j’ai fait et nous en récoltons aujourd’hui les fruits, je pense que machine arrière est impossible mais nous ne sommes encore qu’au tout début de l’implantation de l’agroécologie dans nos habitudes culturales.

Couvert de fève des marais radis chinois et trèfle blancSur la parcelle que je cultive, après une culture d’oignons et carottes, j’ai implanté un couvert de fève des marais, radis chinois et trèfle blanc en plus quelques scaroles et devant à gauche (voir photo), une plantule de bourrache spontanée, cette dernière me paraissant intéressante comme couvert.

(Au fond pourquoi pas ?)
Ce couvert qui a gelé cet hiver servira de base pour la culture de tomates en serre, je déplacerai la serre en arrière plan de la photo sur une largeur de 3 planches .
Il est très difficile d’obtenir des tomates dans notre région humide sans couverture d’une serre.
Cette parcelle est organisée en planches de 80 cm séparées de sentiers de 40 cm couvert de brf.
Ce brf sert aussi bien d’amendement que d’appuis propre pour le jardinier.

Potager Jupille : essai de couverture potagère hivernale gélive et non gélive
Potager Jupille : essai de couverture potagère hivernale gélive et non gélive

La deuxième photo montre que malgré le gel des planches restent encore vertes d’épinards d’hiver, de mâche, de trèfle blanc, les autres planches montrant des plantes gélives en humification. De la même manière, dans un autre endroit du potager, nous avons décidé d’organiser un jardin communautaire où les jardiniers pourront échanger leur expérience et leur connaissance.
Le 10 et 11 juin 2017, nous ouvrons les barrières pour une journée « Parcs et jardins de Wallonie nature admise ». http://www.jardins.tourismewallonie.be/week_end_des_parcs_et_jardins_2017
Durant ce week-end, notre objectif est de sensibiliser le public et les autorités à l’indispensable développement de l’agroécologie qui nous semble être la seule alternative pérenne de l’agriculture.
C’est une modeste contribution qui j’espère, pourra aider les agriculteurs et ce faisant, aider à mieux nourrir les gens.



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