23
août

Opaline Lysiak

Maraîchage : produire la fertilité sur place

Peu de bâches plastiques à l’horizon... c’est bien pour les photos. Comme beaucoup de maraîchers, Maxime Barbier a utilisé et utilise encore (en 2019) la paille pour couvrir le sol. Mais face à une baisse de fertilité (la prairie sur laquelle il a démarré la production n’a plus d’arrière effet) et avec le désir de produire sur place la matière organique, il se lance dans une incroyable aventure : celle des couverts relais !

Maxime dans sa planche de courges + vesce velue fauchée

De retour de Sologne, je m’arrête (ça devient une routine) chez Maxime Barbier dans la Sarthe.

Objectif : faire une nouvelle vidéo, après celle, tournée en 2018, qui a fait près de 50 000 vues sur la chaîne Les Agron’Hommes en un an.

En fait, les maraîchers sont à la recherche d’itinéraires techniques pour couvrir le sol, le régénérer, produire de beaux légumes, et limiter le temps de travail.
Installé depuis 2017 sur 4000 m2 puis 7000 m2 aujourd’hui (une partie des légumes est produite dans la ferme de sa maman, où il a accès aux outils),

Maxime m’épate toujours par sa capacité à expérimenter et prendre des risques, tout en assurant une magnifique récolte, qui rend fertile les sols, les cuisines, et l’économie de la ferme.
Journaliste ultra-curieux, Maxime va chercher des itinéraires techniques de "grosses fermes" pour les adapter à des planches de 25 m2. Il s’inspire beaucoup des agriculteurs ACistes des Etats-Unis, où il a fait plusieurs voyages-reportages.

Un beau jour de septembre 2018, alors que je cherche à me poser quelque part entre la Bretagne et la Sologne, Frédéric Thomas me propose de m’arrêter chez Maxime.

J’y reste 4 jours pour lui donner un coup de main, et on finit par faire cette vidéo :

Prendre des risques sur 5% des surfaces

Salades dans luzerne fauchée
Salades dans luzerne fauchée

Les saisons s’enchaînent, et Maxime apprend des ses essais/erreurs/succès. Il n’arrête pas l’expérimentation. En fait, chaque planche de légumes est une expérimentation en tant que tel, mais avec un degré de risque plus ou moins grand.

« Je dirais que j’ai 5% de pratiques à haut risque. C’est surtout les essais sous couvert permanent, comme avec la luzerne, où il peut y avoir beaucoup de compétition ». Sur 150 planches, il estime qu’il y a eu, du fait des expérimentations, une baisse de production sur environ 10 planches, et 3 planches "ratées".

"Roulage" du couvert de vesce velue avec une palette

Ces expérimentations lui permettent de toujours progresser, pour produire des légumes sains, avec des charges en intrants limitées, en construisant l’auto-fertilité des sols. J’envie beaucoup Camille, son apprenti maraîcher, qui vit ces expérimentations au quotidien.

  • Féverole, radis, lupin, trèfle ont été semés en même temps (...)
  • Le couvert s'est développé après le ramassage des (...)
  • Maxime et sa fille, au milieu d'un couvert seigle + (...)

Le pouvoir de la vidéo : MSV et les autres

Dans le TCS n°100, Maxime Barbier faisait le point avec son article "Les carottes ne sont pas cuites" sur les expériences du réseau MSV - Maraîchage sur Sol Vivant, très dynamique sur Youtube. La preuve, en appelant ma vidéo "Maraîchage sur Sol Vivant", j’ai probablement attisé l’intérêt de tous ceux qui veulent produire des légumes sans créer des cimetières de vers de terre.

Face au succès énorme de cette vidéo, je décide de renouveler l’expérience de l’interview 1 an plus tard. Maxime a choisi d’expérimenter à fond les couverts végétaux, et en particulier les couverts relais.

L’un des plus grands défis actuellement est de réussir à produire le couvert en même temps que la culture. Dans la vidéo réalisée cette année, il présente la planche où il a récolté les radis glaçons, qui ont été semés en même temps que le couvert. Cela devrait inspirer certains céréaliers qui cueillent leurs radis pour l’apéro dans leurs couverts biomax.

Radis glaçon semés en même temps qu'un couvert multi-espèces

Seigle + vesce velue... le paillage du futur ?

Sur la partie mécanisée de la production, un peu façon Steve Groff, Maxime a produit des courges sur un épais couvert de seigle. Les courges ont manqué de fertilité et certaines se sont faites manger par les limaces.

PNG - 210.1 ko

Des résultats de recherche par Steven Mirsky aux USA ont montré que le relarguage d’azote d’un mélange seigle + vesce velue après sa destruction en situation de non-travail du sol est plus lent qu’en situation de travail du sol, ce qui correspond mieux au pic de besoins de la culture en place, fournissant au total environ 100 unités.

Pour valider ces hypothèses, il fera, la prochaine fois, un mélange vesce velue / seigle.

  • Roulage du seigle avant la plantation des courges
  • Rouleau faca sur seigle
  • Strip-till dans le seigle pour ouvrir le sillon
  • Développement des courges dans le seigle roulé au rouleau (...)

Pâturage tournant dynamique pour micro-ferme ?

JPEG - 250.5 ko Au final, la réflexion holistique est la même pour une "grande" et une "micro" ferme : comment produire de la fertilité sur place ?

Maxime est équipé d’un âne et deux moutons, qu’il fait pâturer sur les couverts végétaux à l’automne, encadrés par une clôture mobile.
Le système doit être amélioré, et toutes les idées sont les bienvenues. Ensemble, construisons une vision pour des fermes agroécologiques, qu’elles fassent 0,1 ou 1000 hectares !

Des micro-semoirs et des micro-rouleaux pour les micro-fermes

Maxime est extrêmement enthousiaste à l’idée de faire avancer le schmilblick du maraichage agroécologique, car finalement le web est assez pauvre en vidéos techniques sur le thème des couverts végétaux sur micro-fermes.

A la fin de la vidéo, j’échange avec Maxime sur le projet d’Ecole d’Agroécologie Voyageuse : comment des étudiants peuvent l’aider à progresser dans ses techniques tout en apprenant avec lui ? Voici quelques pistes pour ceux qui voudraient s’impliquer à ses côtés (dans le cadre du projet Les Agron’Hommes ou non) :
> Imaginer un rouleau faca d’un mètre de large
> Imaginer un semoir SD d’un mètre de large
> Venir le filmer régulièrement, pour que peu à peu ce ne soit plus mon travail

Remerciements :

Il m’aura fallu 3 bonnes heures pour écrire cet article (et 5 de plus pour les 2 vidéos), parce que pour moi, partager le superbe travail de Maxime, c’est créer de la fertilité pour les futurs agriculteurs. Si vous avez une grande ferme et que vous voulez installer des jeunes en maraîchage agroécologique, faites moi signe.

Opaline et Maxime, en interview dans la serreJe tiens à remercier :
- Maxime et sa super famille pour son accueil
- Tout l’écosystème de la ferme (y compris l’âne Gérard)
- La caravane des années 70 dans laquelle on dort si bien
- Frédéric Thomas qui m’a proposé de "m’arrêter" chez Maxime sur la route entre la Sologne et la Bretagne
- Ma petite soeur qui m’a refilé les musiques de son vieux jeu vidéo Monstres et Compagnie, que j’utilise librement sur Youtube

Pour toute question ou pour faire part de vos idées à Maxime : opalinelysiak gmail.com

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DU MÊME AUTEUR : Opaline Lysiak


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