Semis direct sous couverture végétale permanente, des petits agriculteurs malgaches donnent l’exemple

Stéphane Brélivet - Le Sillon - hiver 2008 -

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Dans les situations difficiles, adopter telle ou telle stratégie agronomique peut changer la vie d’un agriculteur, le réduire à la misère ou, au contraire, le propulser vers le succès. À Madagascar, le semis direct sur couverture végétale permanente, ou SCV, peut mener vers une existence plus confortable, comme pour Monsieur Richard. Si sa belle histoire n’est évidemment pas transposable telle quelle en Europe, elle met néanmoins en valeur une technique prometteuse, chez nous aussi.

Monsieur Richard est un migrant économique. En quête d’une vie meilleure, il s’installe, dans les années 1990, sur les Hauts Plateaux du centre de l’île rouge, qui doit son nom à la couleur de ses sols ferralitiques et à sa luminosité particulière. Il acquiert d’abord 1 ha de terre. Innovateur par nécessité. “Labourer cette surface à l’angady (la bêche malgache traditionnelle) représentait 100 jours de travail. Je n’avais ni le temps pour le faire moi-même, ni l’argent pour embaucher de la main-d’oeuvre, j’ai adopté le semis direct par nécessité, raconte l’agriculteur. Et pour fertiliser mes pommes de terre, comme je ne pouvais pas acheter d’engrais, je me suis tourné vers l’écobuage. J’ai coupé les végétaux qui couvraient le champ et les ai enfouis dans des tranchées, où ils ont brûlés pendant deux jours, en libérant dans la terre beaucoup d’éléments nutritifs. Ma première récolte a été extraordinaire.” Stimulé par ce succès, Monsieur Richard poursuit sur la voie de l’innovation. Il adopte le “voly rakotra”, le nom malgache du semis direct sur couverture végétale permanente. Haricot sur paillage d’avoine, maïs sur trèfle vif, etc. : le SCV n’est pas réservé à quelques cultures, il offre, au contraire, une étonnante diversité de solutions, qui peuvent être adaptées à n’importe quel contexte cultural.

Laboureurs et pompes biologiques. Pour Monsieur Richard, chaque plante de couverture a son intérêt. La vache qu’il a pu acheter grâce à ses bonnes récoltes peut manger une partie de l’avoine. Bien sûr, l’agriculteur prend soin qu’il reste assez de chaume sur le champ pour constituer un paillage efficace pour la culture suivante. Le cynodon, une graminée utilisée pour certaines pelouses européennes, effectue, quant à lui, un véritable labour biologique. Il forme, en surface, une couche organique, parfois appelée “feutre”, où se mélangent végétaux morts et vivants, un milieu propice pour de nombreux microorganismes, dont la multiplication va renforcer le travail des racines, en améliorant encore la structure du sol. “Après cette couverture, je peux implanter une dolique”, témoigne Monsieur Richard. Cette légumineuse joue le rôle de pompe biologique. Elle enrichit le substrat, non seulement de l’azote qu’elle prélève dans l’atmosphère, mais encore d’autres éléments nutritifs, qu’elle puise en profondeur grâce à son système racinaire développé. Effet rendement. “Toutes les conditions sont alors réunies pour cultiver du riz”, dit l’agriculteur malgache, en arborant un grand sourire. Une satisfaction compréhensible au vu des résultats : avec ces choix agronomiques, il obtient, en général, 2,5 t/ha, soit le double du rendement habituel du riz pluvial en système classique avec labour. Grâce à la répétition de succès comme celui-ci, Monsieur Richard a fait “fortune” : aujourd’hui, il possède 2,3 ha, et, tout récemment, il a ouvert une épicerie dans son village. Ses collègues paysans, pourtant conservateurs, commencent à copier ses techniques !

Quid de l’Europe ? Ici, les résultats du SCV ne sont pas aussi spectaculaires qu’à Madagascar, mais c’est peut-être seulement parce que cette technique est encore nouvelle en agriculture intensive et mécanisée. En tous les cas, les recherches publiques sur le sujet sont prometteuses. Par exemple, à Grignon, près de Paris, les tests de l’Inra montrent des rendement intéressants pour le blé associé à du lotier corniculé, en semis direct.


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