Lundi 20 avril 2026
Djamel Belaid

Après plusieurs années de terrain et d’enseignement à l’université de Batna (Algérie) puis de conseil agricole en grandes cultures au niveau de la Chambre d’agriculture de l’Oise, Djamel BELAID collabore à différents médias algériens. Préoccupé par les questions de développement agricole en milieu semi-aride, il s’intéresse plus particulièrement aux questions de non-labour et d’échanges entre agricultures des deux rives.

Progression du semis direct au Sahara algérien

A 1200 km au sud-ouest d’Alger, à Timimoun, le semis direct fait une percée remarquable. Les ingénieurs du groupe italien Bonifiche Ferraresi (BF) ont emblavé 2 000 hectares de blé dur sans labour sur les 36 000 prévus dans la région.
Jusque là, seuls quelques investisseurs algériens s’étaient équipés de semoirs pneumatiques de grande taille pour semis direct à l’image du Gigante de Gaspardo.
C’est en juillet 2024 qu’a été signé à Alger un accord entre BF et le Fonds national d’investissement (FNI) algérien prévoyant la culture de blé dur à Timimoun.

Tracteurs et semoirs Rapid de marque Väderstad à Timimoun
Tracteurs et semoirs Rapid de marque Väderstad à Timimoun

Comme pour l’exploration pétrolière, le consortium algéro-italien a installé une base de vie avec des hangars où les charrues et les outils à disques (cover-crop) utilisés partout en Algérie sont absents. A leur place, 4 semoirs du modèle Rapid du constructeur Vädertsad. Des engins d’une largeur de 12 mètres jamais vus en Algérie et qui permettent selon le constructeur, d’effectuer en un seul passage «  la préparation du lit de semences, le nivellement, le semis et la reconsolidation  ».

Une vue aérienne de l’exploitation montre un alignement de champs circulaires de 40 hectares irrigués par des rampes pivots. Les lignes de semis sont parfaitement régulières et tranchent avec les parcelles voisines semées de façon conventionnelle.

Champs irrigués de céréales en Algérie
Champs irrigués de céréales en Algérie
Des champs circulaires de 40 hectares à Timimoun emblavés en 2025 dans le cadre du projet BF

Un semis optimal, même à grande vitesse

Vädertsad vante la réalisation d’un semis optimal, «  même à grande vitesse  », et une réduction des coûts d’utilisation. Bien que le semoir Rapid soit décliné en mode semis direct, travail simplifié ou labour traditionnel, en Algérie, BF a préféré la première modalité  : le semis direct.

Grâce à une attache en parallélogramme, les deux disques de chaque élément semeur sont associés à une roue de rappui qui permet au semoir de «  suivre le profil du sol  » selon le constructeur. Dans le contexte sec algérien, cette roue permet un meilleur contact sol-graine, ce qui assure de meilleures conditions de germination.

Le choix d’un semoir à disques présente un réel avantage dans le cas des rotations maïs-blé, notamment dans le cas du maïs grain. Un type de rotation qui permet de réaliser 2 cultures par an. Certains investisseurs récoltent les débris de cannes sous forme de bottes de petite taille au prix de 200 DA quand le prix du quintal de maïs grain est de 5 000 DA. Une pratique intéressante dans la mesure où durant l’interculture, la faible humidité du milieu saharien ne facilite pas la décomposition des résidus de récolte, ce qui pose des problèmes lors du semis du blé.

Semoir Rapid de marque Väderstad utilisé à Timimoun, Algérie
Semoir Rapid de marque Väderstad utilisé à Timimoun, Algérie

Le parti pris de BF pour le semis direct implique l’utilisation de Round Up ou la pratique de rotations diversifiées à même de venir à bout des adventices dont le ray-grass et le brome. Celles-ci auparavant absentes dans les contrées du sud, sont aujourd’hui très présentes après qu’elles aient été importées avec des semences de blé imparfaitement triées.

Outre le blé dur, le projet italo-algérien vise la production de légumes secs (pois-chiche et lentilles). Les possibilités de rotations culturales restent cependant limitées, ce qui pourrait compliquer la lutte contre les mauvaises herbes.

Autre option, la culture de maïs ensilage après récolte de blé pour tenter d’éliminer ray-grass et brome par un faux-semis.

Au nord, le dilemme des semis en sec

Au nord, les agriculteurs rechignent à pratiquer des semis en conditions sèches. Dans un entretien dans la presse locale fin mars, Abdelghani Benali, le secrétaire général du conseil interprofessionnel de la filière céréales (CNIFC) a souligné l’excellente pluviométrie hivernale  : «  C’est une année agricole exceptionnelle surtout concernant les régions Ouest du pays après plusieurs années de sécheresse ». Il a ainsi regretté que les superficies emblavées n’aient pas suivi, estimant qu’on aurait pu atteindre jusqu’à un million d’hectares. En cause, la crainte de sécheresse. «  Personne ne savait que nous aurions une année aussi favorable  », a-t-il fait remarquer ajoutant que «  les agriculteurs regrettent de ne pas avoir semé plus de terres  ».

Les techniques de semis comportant une roue de rappui – roue plombeuse – mises en œuvre par BF, pourraient inciter les décideurs et les agriculteurs du nord de l’Algérie à se tourner vers ce nouveau mode d’implantation des céréales.

L’un des problèmes de fond en Algérie concerne le retard chronique des semis de céréales. En cause des pluies automnales irrégulières dont les premières sont parfois qualifiées de «  pluies parasites  ». Elles permettent la germination du blé mais sont insuffisantes pour assurer la survie des plantules en cas de retard des pluies suivantes.

Or, les semoirs fabriqués en Algérie par l’entreprise d’Etat Construction de Matériel Agricole (CMA) sous licence Sola ou Nardi ne possèdent pas de roues plombeuses. Selon les experts de l’ICARDA, celles-ci permettent pourtant un taux de levée supérieur de 30%.

La solution viendra-t-elle du matériel utilisé par les Italiens de BF  ?