Voici un mois que Michel Griffon est décédé et voici quelques jours que le Cirad a publié dans son intranet un bel hommage à celui qui fut aussi un authentique architecte de politiques de recherche, avec un retentissement international.
Un pionnier marquant
Michel Griffon n’avait nullement la prétention d’être un praticien de l’agriculture, mais son talent d’analyste prospectif en fit un très marquant pionnier : il devint le plaideur français de l’agriculture écologiquement cohérente, pour reprendre l’expression actuelle retenue par TCS, celle qui fait suite en les complétant aux expressions agriculture régénérative ou agriculture de conservation (des sols, vivants, plus ultra, quantita_ et qualita_tivement) !
L’hommage intranet du Cirad contient une vidéo datant du Salon de l’agriculture 2013 au stand Cirad avec Erik Orsenna. Vidéo que je trouve assez remarquable et que j’ai souhaité partager avec les lecteurs de TCS et d’A2C en cette tribune, sans doute ma dernière, pour cause de départ à la retraite à brève échéance.
Dans cette vidéo disponible tout public, tant Eric Orsenna que Michel Griffon citent leurs rencontres déterminantes avec Lucien Séguy (minutes 5 à 7), lui aussi excellent plaideur (chargé de plaidoyer dirait-on aujourd’hui) mais avant tout praticien novateur, pourfendeur des excès du travail du sol (alors qu’il fut lui-même excellent laboureur !) : Lucien, les ACSistes français le savent bien, fut avant tout un très convaincant chargé de démonstration, ayant fait significativement et durablement bouger les lignes en matière de gestion des sols et des cultures.
Morceaux de bravoure
Cette vidéo est riche de plusieurs morceaux de bravoure. Dont une perle, quand Michel Griffon raconte sa rencontre avec Jean-Louis Borloo (minutes 8 à 10), vaillant ministre organisateur du Grenelle de l’environnement, rencontre en forme de joute verbale avec mise au défi de trouver l’expression juste pour la communication gouvernementale : ni révolution doublement verte, ni agriculture à haute valeur environnentale ne convenaient au bouillant ministre, alors Michel Griffon s’étant griffonné les méninges lui proposa : Agriculture écologiquement intensive. Bingo ! Expression pleine et dense, qui eut pour effet de consolider et consacrer dans ses différentes acceptions l’agro-écologie alors encore quelque peu marginale, elle qui de nos jours, se passe aisément de trait d’union, l’union nécessaire entre agriculture et écologie étant généralement admise avec l’adoption, au moins terminologique, de l’agroécologie. Comme quoi, la formulation des concepts, le choix de mots, ont aussi leur importance.
Lien vers le livre Qu’est-ce que l’agriculture écologiquement intensive ?
L’agrobiodiversité
Cette vidéo est parsemée, ou complantée, d’évocations brèves largement développées dans TCS ou A2C, d’abord et surtout les déficits de photosynthèse, avec la dénonciation de ces longs intervalles de sols nus entre deux cultures, à mettre à profit pour faire de la phytomasse avec des couverts d’interculture, et ainsi nourrir les sols, réactiver les équilibres biologiques, les bactéries fixatrices d’azote atmosphérique, les réseaux mycorhiziens augmentateurs des systèmes racinaires. Sans oublier la diversité des cultures et des couverts…
Bref, ça vaut leur pesant de cacahuètes, fruits souterrains des belles fleurs jaunes de l’arachide, cette remarquable légumineuse tant vertueuse et tant nutritive, parmi tant d’autres ressources de l’agrobiodiversité.