Lundi 25 mai 2026
Frédéric Thomas

Après des séjours aux États-Unis et en Australie, Frédéric THOMAS débute son activité de conseil de terrain et, en 1999, il crée la revue TCS. Il s’appuie aussi sur sa ferme, en Sologne, des terres sableuses hydromorphes à faible potentiel, où il met en œuvre l’AC avec réussite. Il est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs du développement de l’AC en France.

Hommage à Dominique Soltner

Début mai, au milieu du printemps, une saison qu’il chérissait particulièrement, Dominique Soltner nous a quitté à 89 ans. Nous tenons à le saluer, rappeler son riche héritage agronomique et l’homme que nous avons eu la chance de côtoyer.

On lui doit d’abord les guides sur le sol, les grandes cultures, l’élevage, le climat et plein d’autres de sa collection Technique Agricole. Denses mais clairs, superbement bien illustrés, très pédagogiques, ils ont bercé, depuis le milieu des années 70, plusieurs générations d’élèves de lycées agricoles et sont toujours en première place sur les étagères de bureaux d’agriculteurs. Ancré sur des approches agronomiques fondamentales, Dominique n’hésitait pas à investiguer toutes les avancées possibles. Bien qu’ils sentent un peu la poussière, ses ouvrages n’ont pas pris une ride.

Dominique Soltner était un véritable artisan de l’édition, gérant les textes, les photos et même la mise en page, n’hésitant jamais à remettre le travail sur le métier, comme il aimait le souligner, dans son bureau du Clos Lorel à l’ouest d’Angers. Avide de terrain, de connaissances et de vérité, Il se déplaçait dans les fermes, les étables, les champs et dans les laboratoires pour constater lui-même, échanger et surtout comprendre pour transmettre. Il assurait lui-même la vente et les envois grâce à l’aide de sa femme Thérèse.

L’engouement naissant pour la simplification du travail du sol dans les années 90 l’a rapidement intrigué et a permis beaucoup d’échanges et de visites. Avec l’ACS, Dominique nous a semblé avoir trouvé une forme de trait d’union entre ses solides ancrages agronomiques, l’agriculture paysanne qu’il chérissait et une certaine forme de «  modernité  » des modes de production qui l’attiraient. Il a retrouvé dans l’ACS une cohérence qui l’a vraiment passionné. Les Techniques Culturales Simplifiées de D. SoltnerLogiquement, ses nombreuses visites et enquêtes sur le terrain lui ont permis de réaliser un nouveau guide totalement dédié à la simplification du travail du sol, vite devenu une référence. Ce nouvel élément majeur lui a permis de mettre à jour le guide sur le sol, celui sur les grandes cultures et même celui sur le climat en intégrant, déjà à l’époque, le changement climatique et les hypothèses de séquestration du carbone dans les sols par les approches ACS.

Soucieux de tester lui-même ces approches innovantes, il va les mettre en œuvre dans son propre jardin en testant différents mulchs (foin, feuilles, compost) avec un grand savoir-faire. Après quelques années et le développement de quelques astuces, il publie un nouveau guide très personnel  : le jardin sans travail du sol qui aura de l’écho auprès de nombreux jardiniers et maraichers. Quel bonheur lors de visites, de se trouver littéralement tiré du bureau pour aller observer et même gouter salades, tomates et fraises. Je garde précieusement le figuier rapporté du Clos Lorel  !

Nous tenons enfin à saluer l’homme libre comme il devait l’être aux commandes de son planeur. Il a osé quitter le métier de professeur pour écrire, transmettre ses connaissances à un plus grand nombre et même tenter l’aventure de l’édition. Il n’a jamais travesti ses convictions profondes et ses approches agronomiques pour quelques relations mercantiles.
Dominique Soltner et Frédéric Thomas

Nous garderons l’image de ton engagement pour l’agriculture, ton dynamisme, ta joie de vivre et ta clairvoyance toujours intacte malgré l’âge qui avançait.

Tu nous as beaucoup apporté Dominique, techniquement, agronomiquement mais aussi humainement. Tu vas nous manquer mais nous allons essayer d’appliquer et de perpétuer tes enseignements.

On te salut l’agronome  !