Echos du terrain, TCS n°72

Stéphane Billotte, Cécile WALIGORA et Frédéric THOMAS - TCS n°72 ; mars-avril-mai 2013 -

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EXTRAITS FERMENTÉS DE PLANTES DES VERTUS À NE PAS NÉGLIGER

Suite à quelques essais plus ou moins réussis dans le jardin de quelques membres du groupe Envisol (groupe d’agriculteurs de Côte-d’Or et de l’Yonne, créé en 2012, soucieux de réduire l’empreinte de l’activité agricole sur l’environnement), l’idée a très vite germé d’intégrer une modalité de purin d’ortie dans un essai de réduction de dose fongicide en 2010 sur orge de printemps. L’effet groupe nous a très vite permis de progresser sur l’élaboration des extraits. Des résultats très prometteurs nous ont amenés à reconduire de nouveaux essais dont voici les différents résultats.

Ces résultats sont toutefois à prendre avec un certain recul car ils ont intégré une démarche globale d’agriculture de conservation avec une forte motivation de réduction d’intrant extérieurs. Ces réductions interviennent à différents niveaux : travail du sol, chimie, engrais et la génétique à travers l’adaptabilité et le mélange variétal. L’envie d’en comprendre davantage nous a amenés à suivre une formation spécifique (Soigner les plantes par les plantes d’Éric Petiot)  : bien que ces techniques soient davantage développées dans d’autres types de cultures, notamment vigne et maraîchage, nous avons beaucoup appris sur la macération et l’application de nos extraits.

Jusque-là, nous remplacions purement et simplement un traitement fongicide par une application d’extraits, à tort car un extrait agit plus comme un stimulateur des défenses naturelles. Il convient donc d’intervenir en préventif et de manière répétitive. De nouveaux essais seront donc mis en place pour la récolte 2013, sur plusieurs cultures, avec d’autres extraits et d’autres conditions pédoclimatiques, afin de multiplier nos résultats et de mieux comprendre les SDN.

On sait que la chimie s’inspire des molécules naturelles  : pourquoi pas nous ? En ce qui concerne les résistances, la démonstration est faite que la nature contourne facilement une ou plusieurs molécules chimiques, elle aura certainement plus de mal à en contourner 200 à 300 (même si celles-ci sont naturelles). La plante, le sol, l’utilisateur et par voie de conséquence, le consommateur ne s’en porteront pas plus mal.

POMMES DE TERRE ROYALES SOUS LA PAILLE

À Versailles, il y a certes un château bien connu mais qui n’aurait pas sa valeur sans ses célèbres jardins. Et son potager ! Jusqu’au XIXe siècle, on n’imaginait pas de château sans potager. C’est donc tout naturellement que Louis XIV eu droit au sien, digne de son rang. Sa création fut confiée à Jean-Baptiste de la Quintinie, avocat et agronome du XVIIe siècle. Le Potager du Roi fut et est encore un véritable laboratoire expérimental où la Quintinie testa différents procédés de taille, de traitement ou de multiplication. Il abrite aujourd’hui encore une école, l’École nationale supérieure de paysage. On y donne également nombre de formations pour les amateurs et les productions sont vendues sur place. Environ 400 variétés fruitières et autant de variétés légumières récentes et anciennes sont cultivées au Potager du Roi. Et que découvre-t-on ? En l’honneur des 20 ans de France Plants1 en 2011, un essai sur la culture des pommes de terre sans labour et sous paillage a été mis en place. Ce fut plutôt une réussite comme nous l’explique la jardinière en chef du Potager du Roi, Christine Dufour : « Cet essai comprenait une multitude de variétés et de répétitions. Le précédent était un maïs puisque nous avions, sur le site, un labyrinthe en maïs. Après arrachage, les cannes ont été broyées, laissées sur place avec ajout de paille. Le matelas ainsi constitué faisant environ 10 cm d’épaisseur et, au fur et à mesure de sa dégradation, nous en avons rajouté. Cette année-là, la plantation a été tardive, en juin. Nous avons juste ouvert la paille pour y déposer les plants et refermé derrière. Les opérations suivantes se sont résumées à rajouter à nouveau de la paille au fur et à mesure de son évolution. La récolte s’est faite en septembre dans un sol agréable, bien meuble grâce au paillage. Il y avait un peu de verdissement là où il manquait un peu de paille mais pas de manière à remettre en question la technique. Si la période n’avait pas été propice à une attaque de mildiou, cela aurait été très positif. » Suite à ce premier essai, le Potager du Roi a réitéré l’expérience en 2012 (lui seul). « L’essai était plus modeste, indique la spécialiste, nous avons planté plus tôt, en mai mais malheureusement, encore une fois et de façon beaucoup plus importante, le mildiou nous a joué de mauvais tours. » Convaincue néanmoins par l’intérêt du paillage (protection du sol, de sa vie et, surtout, non-travail du sol fastidieux et coûteux), l’équipe du Potager a décidé de réessayer cette année. Son seul frein est en fait, extérieur : « nous n’avons pas de paille et il faut l’acheter », résume C. Dufour. Avis aux éventuels exploitants qui seraient proches de Versailles !

Et si l’association était le moyen de développer la culture du soja en France ?

Plante intéressante pour la production de protéine, pour l’azote qu’il est censé fournir mais aussi pour la diversité qu’il apporte dans les rotations, le soja n’en est pas moins une plante « dépressive  » pour le sol par le faible niveau de retour de biomasse laissé à l’entrée de l’hiver. Peu de biomasse est aussi synonyme de peu de couverture en végétation avec un risque salissement beaucoup plus important que d’autres cultures d’été comme le maïs. Enfin, comme cette culture est une légumineuse qui possède une certaine autonomie concernant ses besoins en azote, il semble donc plus facile et surtout envisageable de l’associer afin de compenser ses défauts. Plusieurs plantes de « service » ont été envisagées mais pour l’instant seuls le sarrasin et la caméline ont été retenus avec pour objectif de récolter les deux, voire les trois cultures en même temps. Par la suite, le triage ne devrait pas être trop compliqué au vu de la différence de taille des graines. De plus, ce type d’association permet de continuer d’utiliser un antigraminées si nécessaire. Enfin, cette approche pourrait être tout particulièrement envisageable et sécurisante dans le cadre de dérobée. B. Hyais (45), SDiste et aussi producteur de soja a réalisé les premiers tests en 2012. Si la caméline a disparu, le soja s’est bien comporté avec le sarrasin qui a maintenu la parcelle propre en exerçant une concurrence aussi sur le soja. Au vu des difficultés climatiques à la récolte, aucune pesée n’a été réalisée. Cependant le comportement de l’association et le résultat final sont suffisamment concluants pour pousser l’agriculteur à renouveler l’essai cette année. Cette fois-ci, les doses de sarrasin seront modulées afin de mieux cerner les bons équilibres, sachant qu’il souhaite garder le soja comme culture principale. Un mix des deux est aussi envisageable.

SEMEATO PASSE DU ROUGE AU BLEU

Depuis plus d’un an maintenant, les semoirs de la marque Semeato sont distribués sur le continent sud-américain en trois coloris : rouge Semeato, rouge Case et bleu New Holland. Il ne s’agit pas d’une acquisition de Semeato par le groupe Case New Holland (CNH), mais d’un accord commercial. Les deux marques mettent en fait leurs réseaux de distribution en commun. En ce qui concerne l’Europe où la France est le second marché pour les semoirs brésiliens après l’Ukraine (un pays beaucoup plus vaste et engagé dans la simplification du travail du sol), loin devant l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, les machines seront distribuées, à partir de 2013, par le réseau de concessionnaires New Holland et ce uniquement en bleu. Il n’y a pas que la couleur qui change, les semoirs pourront aussi être équipés de la double trémie et distribution pneumatique Semeato d’origine. Il sera ainsi possible de semer plusieurs graines ou de positionner une fertilisation starter sachant que les deux descentes arrivent au même endroit du disque semeur. Si les versions 3 m et 4, 5 m vont continuer d’exister, ce regroupement de compétences donnera certainement le jour à un semoir de 6 m assez attendu. Un autre effort va également être mis en oeuvre au niveau de l’homologation routière afin de proposer des machines correspondant à l’ensemble de la réglementation européenne. Pour ce qui est d’Alfred Gässler, jusqu’à présent unique distributeur des semoirs Semeato en France, il n’assurera plus directement cette activité. Fort d’une expérience de près de 15 ans dans le semis direct, il se focalise désormais sur le conseil et la consultation en agronomie. Il est cependant en charge de former les concessionnaires CNH sur les nouveaux produits destinés au semis direct et il assurera le suivi des nouveaux et anciens clients, afin de garantir une mise en oeuvre et une maîtrise du système du semis direct sous couvert végétal chez les utilisateurs. Ainsi, les événements et les rassemblements organisés annuellement par Gässler SARL tels que les journées aux champs lors du printemps et les réunions utilisateurs en hiver seront maintenus. N’oubliez pas de consulter l’agenda d’Agriculture de Conservation pour organiser vos déplacements et visites. Enfin, plus libre, Alfred Gässler propose aujourd’hui ses services en matière de conseils et formations sur l’application du semis direct, pour des groupes d’agriculteurs mais également aux personnes individuelles. Plus qu’un changement de couleur, cet accord montre que les grands du machinisme agricole commencent peut-être à considérer le développement des TCS et SD en Europe et en France plus sérieusement et anticipent un changement progressif des pratiques et donc de marché.


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