« Depuis que j’ai vu un peu d’humanité dans le regard d’un ver de terre...

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... je vous avoue avoir repris espoir ». Quelques lignes après cette phrase, Christophe Gatineau laisse au lombric la première partie de son livre « L’éloge du ver de terre ». On connaît l’auteur officiel, mais en fait les droits reviennent au lombric et à l’Humus, sans qui l’Humanité (écrivains inclus) n’existerait pas.

J’ai eu la chance inouïe de pouvoir commencer à lire « L’éloge du ver de terre » avant sa sortie officielle et la rupture de stock chez Amazon (vous avez bien lu, c’est Amazon, sans « e »). Lors du salon Innovagri le 6 septembre, je rencontre le créateur du blog Le Jardin Vivant à l’arrière de son Kangoo sans savoir que c’est lui. Il m’offre une poire de son jardin et nous nous mettons à parler lombrics et labour au beau milieu de la Beauce. Quelques heures plus tard, en échange d’une belle conversation filmée, il me dédicace son bouquin en avant-première.
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Des articles, des émissions, il y en a déjà une belle collection. Mais je devais en faire la critique, de cet éloge, moi, Opaline, prof d’agroécologie globe trotteuse, amoureuse des vers de terre de la planète. Je sais dire ver de terre en 14 langues, c’est vous dire ! Mais je veux juste vous mettre l’eau (ou plutôt l’humus) à la bouche, ne pas tout vous dévoiler de ce livre qui fut un vrai délice pour moi. Au passage, c’est amusant : Christophe Gatineau est passé sur Europe 1 en même temps queles Agron’Hommes sur RFI.

Christophe Gatineau
Christophe Gatineau

Ce livre est un éloge, mais n’est pas une longue liste de bénéfices et d’atouts que le lombric terrestre apporte à l’agriculture. Ça, beaucoup l’ont déjà fait, avec un impact limité au cercle des passionnés d’agroécologie (comme moi). Non, c’est plutôt une discussion pleine d’émotions entre un homme et un ver de terre, qui assument pleinement être en train de faire l’éloge de ce dernier, en s’écartant (mai pas trop, hein) du cœur du sujet pour parler philosophie : comment les hommes ont divisé alors que dans la nature tout est lié (et nous avec), comment les hommes sont gouvernés par leurs croyances alors que le ver de terre lui, a la tête sur les épaules. Quand il plane un peu trop, l’auteur se fait vite rappeler à l’ordre par son pote lombric « Tu te souviens du titre du livre ? [...] j’ai l’impression que tu fais l’éloge de ton cerveau ».

On a parfois l’impression d’être dans un bouquin pour enfants. Je dis parfois, car pendant que le ver de terre se repose dans son terrier, l’auteur en profite pour mettre à nu la sexualité débridée de l’annélide. En choisissant le format d’un roman, Christophe Gatineau rend accessible à tous ceux qui savent lire les bases de géodrilologie (la science du lombric) découverts par Charles Darwin et Marcel Bouché, et justement peu diffusés et oubliés à travers les siècles et les décennies parce que seuls les scientifiques et agronomes pouvaient (et voulaient) les comprendre.

Notre petit ver de terre n’est jamais à cours de phrases choc : « …Cette idée lumineuse qui consistait à abandonner la fertilisation organique pour nourrir la plante uniquement avec NPK n’est pas née du bon sens paysan mais dans le cerveau de vos meilleurs cerveaux agricoles, les ingénieurs agronomes ». Après ces efforts de réflexion et au bout de quelques pages/heures, le lombric n’hésite pas à respecter sa nature et à aller dormir dans son terrier. L’auteur, bien humain, continue son discours, au diable la fatigue, il faut le finir cet éloge !

« A force de croire, vous avez fini par prendre vos croyances par des savoirs ». Voila ce qu’a dit un ver de terre à Christophe Gatineau, à l’occasion d’un coup de fourche dans son jardin. Alors que l’être humain s’amuse à être vegan, végétarien, crudivore ou paléothiquien, le lombric est logique : il est locavorien, il mange « ce qui est dans son environnement direct [...] des plantes fermentées ou crues, parfois faisandées ». La suite est croustillante (et crue), rendez vous page 69.

En fait, ce dialogue Homme-Humus est une stratégie, une opportunité, pour reprendre une par une des idées qui, à force d’être éloignées de la terre ferme sont amenées aux extrêmes. La terre végétale ? La forêt comme modèle ? La charrue, mal absolu ? Ce sont nos idées qui nous font prendre des décisions et qui conditionnent notre survie. Cette survie dépend de l’état de nos sols, dont le ver de terre n’est pas seulement la star et le symbole, mais le garant. On devrait s’inspirer de la sagesse lombricienne, celle qui ne se laisse pas emporter par sa pensée et son ego, celle qui garde toujours les pieds dans la terre. Et je suis 100% d’accord avec Christophe : pour respecter la vie, pour respecter le lombric, il faut qu’il soit reconnu par la loi.

Alors oui, je crois que ce livre est un outil pédagogique pouvant être utilisé de manière interdisciplinaire - « parce qu’il faut penser système, parce que tout est lié » comme l’explique Christophe dans cette interview :

https://www.youtube.com/watch?v=XyBJm8KUw4A&frags=pl%2Cwn

Les profs d’agro, de français, de bio-eco, de philo et d’éducation socio-culturelle devraient l’avoir toujours dans leur sac et on devrait en offrir un exemplaire à tous les jeunes des lycées agricoles. J’y réfléchis sérieusement.

Pour terminer, j’ai pondu une citation, inspirée du Dalaï Lama : « Si on expliquait à tous les jeunes de 8 ans l’importance du ver de terre, en une génération l’érosion disparaîtrait de la planète »*. Citation à reprendre et à diffuser, SVP lors de la journée mondiale du Ver de Terre, le 21 octobre 2018.

(*) « Si on apprenait à tous les jeunes de 8 ans la méditation, en une génération la violence disparaîtrait de la planète »



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