Lundi 13 septembre 2021
José Martin

Cirad_ien, quasiment en pré-retraite à Montpellier, José Martin a bossé sur coton, arachide et canne à sucre en Afrique, Amérique du Sud et à La Réunion, sans abandonner le contrôle des adventices à l’intendance des projets de R-D et sans occulter le problème de l’érosion des sols, trop souvent relégué en angle mort de nos approches.

COUVERTS VEGETAUX et adventices pluvio-estivales : coup franc direct pour obstruction massive !

A grosses pluies en début d’été, comme cette année, abondance de levées d’adventices dans les chaumes. Ainsi, le 19 juillet, Alain Duphil, un condisciple agrotoulousain agriculteur à Tramesaygues 31550 Cintegabelle dans la confluence Garonne-Ariège, m’écrivait :
« Les moissons se sont bien passées. Comme nous avons notre propre moissonneuse, on y va dès que c’est prêt, et on passe immédiatement dans les créneaux que la météo nous laisse. Un glypho sur le chaume de blé dur est maintenant nécessaire pour éliminer la verdure levée avec ce début d’été humide. Sinon, comment semer un couvert dans des adventices déjà levées ? On devrait semer notre mélange sorgho fourrager-trèfles semaine prochaine ».
Cette dernière interrogation me fait penser à Corneille dans le Cid lorsqu’il concède :
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes,
ils peuvent se tromper comme les autres hommes

Pour rapides et couvrants que soient les couverts
ils sont ce que sont les cultures semées,
ils peuvent être insolemment dépassés et défaits
si des adventices levées en masse ont au départ pris trop d’avance.

C’est bien ce qu’avec nos collègues canniers à la Réunion, nous avions retenu de nos séries d’essais canne à sucre x plantes de service : les couverts brident les adventices sur précédent propre, mais tel n’est plus le cas sur sol sale ou sur précédent infesté : les adventices s’y emballent et la bride que leur prétendent leur opposer les couverts ne tient pas ...
Dans ces cas-là, et en attendant les jours sans doute pas si lointains où davantage de semis de couverts pourront être anticipés par voie aérienne (drones ou autres artifices) à travers les cultures à récolter (sursemis), la flexibilité à moindre perturbation permise pas un ‘ti’glypho’ n’a guère d’équivalent, sans compter l’économie de carburant et l’évitement de nouvelles levées d’adventices. Tout cela au service de l’installation d’un couvert qui dans ces conditions, oui, pourra prétendre à l’éclatante et écrasante grandeur des plus grands rois !
Petit aparté sémantique : une analyse des correspondances ne ferait-elle pas correspondre préférentiellement couverts avec praticiens et plantes de service avec chercheurs ? J’ai l’impression qu’en recherche académique, en vue de publications en journaux scientifiques jugées par des pairs souvent trop éloignés des réalités agricoles, on s’attache trop à la virtualité des plantes de service à partir de certains de leurs traits (caractéristiques), sans s’attacher suffisamment aux subtiles et multiples interactions découlant des manières de les agencer « in situ et in chrono » pour conformer des peuplements couvrants dans des temporalités diversifiées.

"Tit’herbi"

Cimetière St Lazare, Montpellier, le 24/08/2021
Cimetière St Lazare, Montpellier, le 24/08/2021

Faire le ménage des champs par le manège de cultures (Olivier de Serres, seigneur du Pradel) et des couverts est parfois plus facile et moins nocif pour l’environnement et le climat avec un tit’herbi rimant avec parcimonie ! Pouvait-on en ce début d’été ignorer ce verdissement spontané au pied des chaumes et sa vitalité menaçante pour les couverts à y semer ? Notamment à Tramesaygues, où les eaux pluviales ont tramé avec les adventices un complot bien réel qui sans ce tit’herbi aurait pu faire obstruction et s’avérer ainsi bien hostile à l’agriculture régénérative en marche chez Alain Duphil. Celle qui nourrit et bonifie les sols ainsi revivifiés par les couverts, sans les livrer à vindicte (quasi activiste, militante et idéologique !) des adventices toujours prêtes à lancer de nouveaux assauts pour à terme, récupérer les soles agricoles qu’elles veulent rendre à la vivacité herbeuse et la pérennité ligneuse des friches forestières au long cours. Car en « advenant » à la moindre occasion, ces opportunistes ne tendent-elles pas à reconquérir leur « concession à perpète » comme dans cette chapelle de cimetière au toit colonisé par la végétation spontanée malgré l’inhospitalité du substrat tout en pierre de taille : trouver la faille, s’installer et garder la place pour la relève, toujours plus vivace et pérenne, telle apparaît toujours et partout leur stratégie globale. A perpétuité ! Urbi et orbi, in saecula saeculorum !

Pardon pour cette dernière tirade un tantinet anthropomorphique, mais tout ne se passe-t-il pas ainsi, avec cette sorte d’anxiété omni-prégnante et illico-agissante de la Nature dans sa quête incessante pour un retour à la spontanéité et l’authenticité de la végétation climacique, toujours actualisée (avec souvent des infidélités à celle d’antan) ? L’agriculture, activité humano-imposée déployée sur de grandes largeurs, activité relevant donc des arts et métiers mais sous haute interdépendance naturelle et météorologique, reste pour moderne qu’elle soit hyper-astreignante pour les agriculteurs dans leur lutte pour garder - par les cultures, les pâtures et les couverts fussent-ils agro-forestiers - la maîtrise d’un espace agricole toujours soumis dès la moindre brèche aux contre-attaques de la végétation spontanée forte de ses multiples ressources ô combien diversifiées et opportunistes.

Climatiquement nécessaire...

A Tramesaygues, été 2021 chez Alain Duphil. Le 29 juillet (photo de gauche), les adventices traitées au glypho le 26 commencent à décliner dans ces chaumes de blé dur, à l’exception des ronces plus coriaces, donc nihil obstat semeatur le mélange sorgho fourrager + trèfle (28 ha les 30 et 31 juillet) ; le 18 août (photo de droite), le sorgho velléitaire est en passe de l’emporter face aux seules ronces bien tassées par le glypho ; par contre, la faible levée des trèfles sera sans doute insuffisante pour prendre pleinement la relève du sorgho en hiver.

Photo du 29 juillet 2021 chez A. Duphil
Photo du 29 juillet 2021 chez A. Duphil
Photo du 18 août 2021 chez A. Duphil
Photo du 18 août 2021 chez A. Duphil

Par ailleurs, Alain Duphil contribue régulièrement à La France agricole depuis qu’il a entrepris d’élever la vie et la fertilité de ses sols avec des cultures de couverts, véritables nourriceries à vers de terre (avec auto-incorporation de leur fumier, faiseur d’humus) en alternance avec ses cultures marchandes. Sa dernière contribution publiée le 30 juin in extenso pour les abonnés en ligne et en condensé dans le courrier des lecteurs du 2 juillet, est une motion d’encouragement à l’édito du 11 juin de Philippe Pavart sur l’agriculture « réparatrice ». Motion illustrée avec un excellent dessin humoristique de Gab intitulé COUVERT VEGETAL… où les points de suspension limités par convention à 3 pourraient conformer un chapelet de 30 ou davantage tellement l’introduction de couverts abondants et diversifiés en agriculture alliée à la conservation et la régénération de la vitalité des sols est CLIMATiquement - et alimentairement - nécessaire pour préserver notre avenir dans cette planète. Quitte pour cela aux phases charnières d’installation /désinstallation les cultures marchandes et des couverts d’élevage des sols à continuer d’utiliser à bon escient et avec parcimonie des solutions herbicides, fussent-elles encore chimiques. Car les coquelicots ne semblent nullement en danger, omniprésents chez nous ils fleuriront bientôt en Laponie ou au Groenland : les prohibitionnistes anti-herbicides ne seraient-ils pas en retard d’un combat ? Celui sinon pour plus d’aménité climatique (désormais impossible), du moins POUR RALENTIR LA CROISSANCE DU DESORDRE ET DE LA BRUTALITE CLIMATIQUES (encore possible, sans pour autant ralentir la croissance de l’emploi) : excusez du peu !

Dessin de Gab, La France agricole, 2 juillet 2021
Dessin de Gab, La France agricole, 2 juillet 2021

Liens :
L’agriculture réparatrice en chantier :
https://www.lafranceagricole.fr/editorial/lagriculture-reparatrice-en-chantier-1,0,2847896717.html
 
‘Oui, l’agriculture de régénération est une voie d’avenir
https://www.lafranceagricole.fr/cest-son-avis/oui-lagriculture-de-regenerationestune-voie-davenir-1,0,2655094114.html