Agriculture biodynamique

Aurélie Belleil et Aude Coulombel - Alter Agri ; mai/juin 2014 -

recommander cette page



Télécharger le document
(PDF - 2.8 Mo)

La biodynamie, une agriculture en synergie avec les forces de la nature

Initiée dans les années 20, l’agriculture biodynamique est pratiquée aujourd’hui par environ 5 000 agriculteurs, grossistes et transformateurs dans le monde. Fournir une alimentation de qualité à l’homme est un objectif au cœur des préoccupations des biodynamistes. Pour cela, ils utilisent des méthodes spécifiques, comme les préparations biodynamiques, mais se doivent aussi de respecter les bonnes pratiques agronomiques et biologiques.

Au début des années 20, des agriculteurs se sont inquiétés de devoir faire face à des phénomènes de dégénérescence sur les plantes cultivées, de pertes de fécondité dans les troupeaux, d’épidémies de fièvre aphteuse… L’emploi croissant de substances chimiques de synthèse a également amené certains à s’interroger sur ces nouvelles pratiques agricoles et leurs effets. C’est pour répondre à ces agriculteurs que Rudolf Steiner, philosophe et scientifique d’origine autrichienne, a mis en place, en 1924, une série de huit conférences, réunies sous le terme de « Cours aux agriculteurs ». À travers ces conférences, les fondements de l’agriculture biodynamique ont été posés. Par la suite, d’autres ont participé activement au développement de la biodynamie dans le monde, mais aussi en France, avec Claude Monziès, Xavier Florin, François Bouchet, Nicolas Joly, Pierre Masson, Jacques Mell, ou encore Alex Podolinsky, dont les conférences ont apporté une professionnalisation de ces pratiques. En 2012, on comptait environ 400 producteurs et 65 transformateurs et grossistes certifiés dans l’hexagone (soit 10 000 hectares) (chiffres 2012 ; opérateurs associés à la marque Demeter).

L’organisme agricole, un tout indissociable

Pour le biodynamiste, l’organisme agricole est un ensemble, englobant des éléments interactifs et interdépendants : du sol aux humains qui y travaillent, des espèces sauvages aux animaux domestiques, des pratiques agricoles mises en place aux influences du climat, des saisons, et des autres rythmes de la nature. Cette entité, par sa diversité, doit être capable d’atteindre une autonomie quasi-totale. Pour Steiner, « tous les fertilisants et autres produits similaires introduits de l’extérieur devraient être considérés, dans un domaine où l’organisation serait idéale, comme des remèdes pour une ferme tombée malade ». L’application de l’agriculture biodynamique représente donc un travail de fond, dont l’objectif est de créer un état de santé de l’organisme agricole suffisant pour ne pas avoir besoin de le compenser par des apports extérieurs.

Des objectifs communs avec l’agriculture biologique…

L’agriculture biodynamique vise à promouvoir des pratiques agricoles avant tout respectueuses de l’environnement, englobant l’Homme et la nature, et en adéquation avec les bonnes pratiques agronomiques, comme en AB. Celles-ci sont tournées vers la production de produits de qualité, la fertilité des sols, l’entretien des paysages, l’approche du vivant et du rôle du paysan, et les perspectives sociales, notamment pour développer les liens entre producteurs et consommateurs. Ainsi, le travail du sol doit être raisonné : outils légers, nombre de passages limité… L’objectif est de respecter au maximum la structure du sol et sa vie biologique. En termes de fertilisation, les apports doivent être d’origine organique. Ils sont destinés à nourrir le sol, maintenir la teneur en humus, entretenir la structure grumeleuse… La diversité les cultures doit s’appliquer dans l’espace (assolement diversifié), mais aussi dans le temps, avec la mise en place de rotations longues et permettant l’alternance d’espèces végétales variées, avec des besoins différents. Les animaux d’élevage sont considérés comme des partenaires et non pas comme des machines à produire. De ce fait, l’éleveur se doit de respecter leur intégrité (pas de mutilations comme l’écornage par exemple) et leurs modes de vie, en leur fournissant des conditions de vie (bâtiments, accès à l’extérieur…) et une alimentation en adéquation avec leurs besoins.

…et des pratiques spécifiques

Comme l’explique Stéphane Cozon, agriculteur installé à Cobonne (26) (voir p. 15), « l’agriculture biodynamique n’est pas une méthode qui se met à la place du reste, c’est quelque chose qu’on ajoute, qui vient en plus des bonnes pratiques agricoles de base et de l’AB ». En pratique, l’agriculture biodynamique s’appuie sur l’utilisation de préparations, dont le mode d’élaboration a été décrit très précisément par Rudolf Steiner. Les principales sont au nombre de huit. Les deux premières sont des préparations à pulvériser :

  • La bouse de corne (préparation 500) est le résultat de la maturation de bouse de vache dans une corne de vache, enterrée dans le sol, pendant toute la période hivernale. Destinée au sol, cette préparation en favorise la vie et amplifie la constitution d’une structure grumeleuse. Elle favorise la croissance des racines en profondeur et en un fin et dense chevelu racinaire (force de croissance). Elle favorise également le lien entre la plante et le sol (forces de sensibilité). Les cultures deviennent ainsi plus résistantes aux périodes sèches et se lient fortement à leur « terroir » ;
  • La silice de corne (préparation 501) s’adresse plus particulièrement à la partie aérienne des plantes (force de différenciation). Elle est obtenue par une longue maturation de poudre de silice dans une corne de vache, enterrée dans le sol durant la période estivale. La pulvérisation de silice de corne agit comme un surplus de lumière solaire pour les plantes. Elle rend les plantes plus sensibles aux influences subtiles du cosmos, favorise la photosynthèse et a un effet positif sur les couleurs, saveurs et arômes. Elle freine une trop grande luxuriance et favorise la structure des plantes qui deviennent plus résistantes aux maladies, particulièrement aux maladies cryptogamiques. Elle améliore également la maturation des fruits et légumes, et leur conservation.
  • Alex Podolinsky a expérimenté et développé une autre préparation à pulvériser : la bouse de corne préparée (500P). Elle contient la préparation bouse de corne ainsi que les six préparations destinées au compost (voir ci-dessous). Appliquée en lieu et place de la préparation 500, elle permet d’épandre les préparations du compost là où cet amendement est peu utilisé. Avant lui, Maria Thun avait mis au point son compost de bouse (CBMT), particulièrement indiqué lorsque l’on souhaite favoriser une bonne décomposition des matières organiques fraîches. Six autres préparations sont destinées au compost. Leurs propriétés favorisent une évolution optimale et équilibrée du phénomène de compostage (température, perte de substance…). Elaborées à partir de plantes médicinales ou d’écorce, choisies pour leur représentativité de qualités particulières (tableau), elles subissent un processus fermentaire dans des organes animaux. Dans les régions du monde où ces plantes ne sont pas disponibles, on peut utiliser des plantes pouvant remplir un rôle analogue à celles proposées initialement par Steiner.

En France, il existe au moins une quarantaine de groupes locaux d’élaboration de préparations en commun. Ainsi, chaque membre, qu’il soit agriculteur ou jardinier amateur, peut apporter sa contribution, qu’il s’agisse de connaissances ou de matières premières. Régulièrement, ces groupes d’élaboration de préparations se retrouvent pour travailler sur la compréhension fondamentale des préparations et leur amélioration. Outre l’utilisation de ces préparations, Rudolf Steiner a souligné, dans son Cours, l’influence des rythmes cosmiques sur les plantes et les animaux. L’application la plus connue en est le calendrier de semis, élaboré par Maria Thun. À partir de ses observations personnelles sur son jardin biodynamique, et pendant plus de cinquante ans, elle a pu établir des liens entre les périodes de semis, de plantation, ou de travail du sol, avec le rendement et la qualité des produits agricoles. Ainsi, c’est à Maria Thun que l’on doit le principe des jours favorables aux feuilles, aux fruits, aux racines ou aux fleurs en fonction de la position de la Lune devant les constellations du zodiaque, principe repris aujourd’hui, entre autres, dans le Calendrier des semis édité tous les ans par le MABD. « La biodynamie préconise d’agir en synergie avec ces forces, au lieu de les ignorer et de s’y opposer », précise Stéphane Cozon.

L’emploi de tisanes, de décoctions, de badigeons, ou encore de cendres de nuisibles, plantes ou animaux, est également pratiqué afin de renforcer l’immunité des végétaux, et ainsi de leur permettre de mieux faire face aux maladies et ravageurs. Les préparations représentent une des clés de l’agriculture biodynamique, et sont ce qui la distingue le plus de toute autre forme de production agricole. Le biodynamiste doit aussi travailler selon les bonnes pratiques agronomiques et biologiques, dont les résultats des méthodes biodynamiques sont indissociables. L’adéquation des travaux avec les rythmes cosmiques vient généralement en troisième lieu.

Remerciements

L’auteur remercie l’ensemble des personnes qui ont contribué à l’élaboration de ce dossier : Vincent Masson de BioDynamie Services, Ulrich Schreier de la société Ecodyn, Soazig Cornu et Martin Quantin du MABD, Catherine Mazollier du Grab, Amélie Gouez, conseillère technique en AB et en biodynamie, Baptiste Lucas du Gaec Saint-Laurent, Stéphane Cozon de la Ferme de Baume Rousse.


Contact - Mentions Légales - Problème technique ?