Opaline Lysiak

  • "Roulage" du couvert de vesce velue avec une palette
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13
novembre
2019

Le plein d’agroécologie en Bretagne

Un petit groupe d’irréductibles bretons férus d’agriculture de conservation - j’ai nommé, l’association BASE Bretagne - met en place des expérimentations vraiment sympa : semis de maïs en direct dans la féverole, sarrasin en couvert d’été, semis direct de prairie ou encore essais de maïs semé à 154 cm d’écartement.


La Région Bretagne dans le cadre du projet Agriculture Ecologiquement Performante (AEP), les soutient pour qu’ils valorisent ces essais.

Nos paysans sont à différents niveaux de la transition agroécologique et de différentes générations, ils ont donc des histoires et perceptions des pratiques « agroécologiques » très diverses et riches.

Le problème, c’est qu’ils n’ont ni le temps ni les compétences pour :
- suivre leurs essais sur le long terme
- mieux comprendre quelles sont les clés de décision qu’ils utilisent au quotidien au sein du groupe
- communiquer à l’extérieur du groupe, vers la communauté agricole et la société en général.
- aller chercher dans les écoles des étudiants qui pourraient les aider à mener ces missions

Mon rêve : une armée d’étudiants pour aider les agriculteurs

En face, dans les écoles d’ingénieur et les lycées agricoles, beaucoup de jeunes se demandent comment apprendre l’agroécologie par l’expérience. Ils souhaitent des expériences pratiques, impliqués dans des projets. Et plus que tout, ils souhaitent être utiles. C’est l’essence du projet les Agron’Hommes.

Alors j’ai commencé à capitaliser leurs essais dans l’application Landfiles et sur la chaîne Youtube Les Agron’Hommes.

Les essais des 8 agriculteurs sont tous dans Landfiles. Voici ce que permet l’application :

✿ Plutôt qu’un suivi d’essai réalisé sur une année par un technicien, dans ce cas l’utilisateur peut publier des photos légendées avec les données de l’essai. Les informations sont capitalisées par ferme, par parcelle, et peuvent ensuite être publiées au sein de groupes d’agriculteurs. Les utilisateurs peuvent être : l’agriculteur qui réalise l’essai, le technicien ou conseiller et les étudiants qui réalisent leur stage dans la ferme. Toutes les personnes invitées sur la ferme et ayant besoin de ces données pour prendre une décision ou pour mieux comprendre les pratiques agroécologiques peuvent y accéder.

✿ Le groupe peut créer un formulaire de collecte de données selon ses besoins et ensuite extraire les données pour en faire des graphiques, ou comparer les données à d’autres groupes d’agriculteurs présents sur Landfiles, dans d’autres régions par exemple.

✿ Avec cette méthode, la prise de décision est facilitée car l’utilisateur a d’une part accès à tout l’historique de la parcelle et d’autre part peut se mettre en réseau avec des agriculteurs se posant le même type de questions via un moteur de recherche. 


C’est en fait un WhatsApp agricole où tout est organisé par ferme, par parcelle, et où les groupes peuvent être jumelés entre eux !

Voilà ce que ça donne sur l’application :

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Si vous les souhaitez vous pouvez télécharger l’application, gratuite pour les agriculteurs, créer votre ferme et commencer à publier.

Les vidéos qui suivent, que j’ai réalisées, ont également été intégrées dans Landfiles. La vidéo permet un autre regard sur l’essai et une plongée dans l’univers de l’agriculteurs.

✿ Seigle sous couvert de sarrasin chez Patrice Le Callonec :

✿ Maïs semé à 150 cm d’écartement chez Bertrand Paumier :

✿ Blé semé en août chez Pierre Henri Hamon :

✿ Couvert d’été multi-espèces pâturé avant méteil chez Dominique Luherne

✿ Olivier Launay donne un retour d’expérience de l’AC :

WANTED : étudiant ingénieur passionné d’agroécologie !

Le projet les Agron’Hommes a pour mission d’incuber les talents de demain. Nous cherchons pour un stage ou une césure démarrant en février 2020 un étudiant d’école d’ingénieur passionné d’agroécologie, souhaitant apprendre au contact des agriculteurs, aimant à la fois le terrain, la communication visuelle et l’ingénierie de projet.

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Voici les différentes missions proposées à cet étudiant :

Mission « glomaline » : souder le groupe

✿ Les agriculteurs sont accompagnés par l’étudiant sur le suivi des essais et le partage au sein du groupe. Il consolide les échanges entre les agriculteurs, en orientant les thématiques d’échanges.
✿ L’étudiant apprend parl’expérience au contact des professionnels.
✿ L’étudiant sera un « pont » entre les agriculteurs et les étudiants plus jeunes, des lycées agricoles, qui doivent être en contact avec les agriculteurs et qui manquent de situations pédagogiques innovantes.

Mission « Holistique » : accompagner à la prise de décision
✿Dans une perspective de transition agroécologique, les clés de décision sont bien plus utiles qu’une recette type. Le rôle de l’étudiant sera de repérer et classer ces clés de décision chez les agriculteurs innovants.
✿ Pour être accompagné et inspirer les agriculteurs, le stagiaire pourra faire appel à des intervenants sur la thématique de la prise de décision.

Mission « Mycorhize » : communiquer
✿ Réalisation (ou délégation à des étudiants de lycées agricoles) de photos de qualité / proposer des lieux (réels ou virtuels) où valoriser ces photos.
✿ Réalisation de vidéos (ou délégation à des étudiants de lycées agricoles) et valorisation de ces vidéos sur des réseaux agricoles et grand public.
✿ Le stagiaire ingénieur réalisera des articles pour la presse locale et en ligne relayé ensuite sur les réseaux sociaux.

Mission "Collembole" : animer des ateliers
✿ Les étudiants pourront animer, lors d’évènements comme les 20 ans de BASE en mai 2020, des ateliers intergénérationnels pour discuter, autour des essais sur Landfiles, de protocoles participatifs de prise de décision dans une situation agronomique donnée.

Mission "Ver de Terre" : déploiement du prototype
✿ Le projet réalisé avec BASE Bretagne et 8 agriculteurs peut être déployé dans d’autres territoires. D’une part pour multiplier certains essais et valider leur viabilité entre contextes, et d’autre part pour multiplier les projets d’incubateurs.

Si vous êtes intéressé, envoyez un mail avec votre lettre de motivation à opalinelysiak gmail.com


26
septembre
2019

Une belle association maïs + Lab Lab

Quand on écrit un article dans TCS, c’est intéressant de pouvoir faire un suivi du sujet sur le terrain, en vidéo.

Après l’article du TCS 103 sur les associations maïs + légumineuses visant l’autonomie fourragère, j’ai eu la chance de pouvoir passer une matinée sur le terrain avec Jeremy Bonte, de chez Semental, entreprise semencière spécialisée dans les fourrages et proposant la légumineuse Lab lab de variété Rongaï en association avec le maïs pour viser l’autonomie fourragère des élevages laitiers.

Ici, nous sommes chez Philippe Alix, dans le Nord de l’Ille-et-Vilaine. Philippe est en TCS depuis 10 ans et teste pour la première fois cette année un mélange composé de 80 000 graines à l’hectare pour le maïs et 80 000 graines pour le Lab Lab.

Proche du sol, la feuille du Lab Lab est plus large

"La réussite repose souvent sur la densité et la date de semis, et sur la fertilisation" Jeremy Bonte, Semental

L’une des clés de la réussite est la date de semis - le lab lab doit être semé dans un sol réchauffé qui ne subira plus d’écarts de température trop importants - et la fertilisation puisque pour le moment il n’existe pas d’inoculum pour le lab lab et que la plante ne produit pas d’azote. Elle va consommer 40 à 50 unités d’azote de plus qu’un maïs seul.
Au final, le résultat compensera sûrement l’investissement dans la semence et la fertilisation (ici, fumier et lisier). Ensilage prévu le 3 octobre. On attend les résultats de valeurs alimentaires !


23
août
2019

Maraîchage : produire la fertilité sur place

Peu de bâches plastiques à l’horizon... c’est bien pour les photos. Comme beaucoup de maraîchers, Maxime Barbier a utilisé et utilise encore (en 2019) la paille pour couvrir le sol. Mais face à une baisse de fertilité (la prairie sur laquelle il a démarré la production n’a plus d’arrière effet) et avec le désir de produire sur place la matière organique, il se lance dans une incroyable aventure : celle des couverts relais !

Maxime dans sa planche de courges + vesce velue fauchée

De retour de Sologne, je m’arrête (ça devient une routine) chez Maxime Barbier dans la Sarthe.

Objectif : faire une nouvelle vidéo, après celle, tournée en 2018, qui a fait près de 50 000 vues sur la chaîne Les Agron’Hommes en un an.

En fait, les maraîchers sont à la recherche d’itinéraires techniques pour couvrir le sol, le régénérer, produire de beaux légumes, et limiter le temps de travail.
Installé depuis 2017 sur 4000 m2 puis 7000 m2 aujourd’hui (une partie des légumes est produite dans la ferme de sa maman, où il a accès aux outils),

Maxime m’épate toujours par sa capacité à expérimenter et prendre des risques, tout en assurant une magnifique récolte, qui rend fertile les sols, les cuisines, et l’économie de la ferme.
Journaliste ultra-curieux, Maxime va chercher des itinéraires techniques de "grosses fermes" pour les adapter à des planches de 25 m2. Il s’inspire beaucoup des agriculteurs ACistes des Etats-Unis, où il a fait plusieurs voyages-reportages.

Un beau jour de septembre 2018, alors que je cherche à me poser quelque part entre la Bretagne et la Sologne, Frédéric Thomas me propose de m’arrêter chez Maxime.

J’y reste 4 jours pour lui donner un coup de main, et on finit par faire cette vidéo :

Prendre des risques sur 5% des surfaces

Salades dans luzerne fauchée
Salades dans luzerne fauchée

Les saisons s’enchaînent, et Maxime apprend des ses essais/erreurs/succès. Il n’arrête pas l’expérimentation. En fait, chaque planche de légumes est une expérimentation en tant que tel, mais avec un degré de risque plus ou moins grand.

« Je dirais que j’ai 5% de pratiques à haut risque. C’est surtout les essais sous couvert permanent, comme avec la luzerne, où il peut y avoir beaucoup de compétition ». Sur 150 planches, il estime qu’il y a eu, du fait des expérimentations, une baisse de production sur environ 10 planches, et 3 planches "ratées".

"Roulage" du couvert de vesce velue avec une palette

Ces expérimentations lui permettent de toujours progresser, pour produire des légumes sains, avec des charges en intrants limitées, en construisant l’auto-fertilité des sols. J’envie beaucoup Camille, son apprenti maraîcher, qui vit ces expérimentations au quotidien.

  • Féverole, radis, lupin, trèfle ont été semés en même temps (...)
  • Le couvert s'est développé après le ramassage des (...)
  • Maxime et sa fille, au milieu d'un couvert seigle + (...)

Le pouvoir de la vidéo : MSV et les autres

Dans le TCS n°100, Maxime Barbier faisait le point avec son article "Les carottes ne sont pas cuites" sur les expériences du réseau MSV - Maraîchage sur Sol Vivant, très dynamique sur Youtube. La preuve, en appelant ma vidéo "Maraîchage sur Sol Vivant", j’ai probablement attisé l’intérêt de tous ceux qui veulent produire des légumes sans créer des cimetières de vers de terre.

Face au succès énorme de cette vidéo, je décide de renouveler l’expérience de l’interview 1 an plus tard. Maxime a choisi d’expérimenter à fond les couverts végétaux, et en particulier les couverts relais.

L’un des plus grands défis actuellement est de réussir à produire le couvert en même temps que la culture. Dans la vidéo réalisée cette année, il présente la planche où il a récolté les radis glaçons, qui ont été semés en même temps que le couvert. Cela devrait inspirer certains céréaliers qui cueillent leurs radis pour l’apéro dans leurs couverts biomax.

Radis glaçon semés en même temps qu'un couvert multi-espèces

Seigle + vesce velue... le paillage du futur ?

Sur la partie mécanisée de la production, un peu façon Steve Groff, Maxime a produit des courges sur un épais couvert de seigle. Les courges ont manqué de fertilité et certaines se sont faites manger par les limaces.

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Des résultats de recherche par Steven Mirsky aux USA ont montré que le relarguage d’azote d’un mélange seigle + vesce velue après sa destruction en situation de non-travail du sol est plus lent qu’en situation de travail du sol, ce qui correspond mieux au pic de besoins de la culture en place, fournissant au total environ 100 unités.

Pour valider ces hypothèses, il fera, la prochaine fois, un mélange vesce velue / seigle.

  • Roulage du seigle avant la plantation des courges
  • Rouleau faca sur seigle
  • Strip-till dans le seigle pour ouvrir le sillon
  • Développement des courges dans le seigle roulé au rouleau (...)

Pâturage tournant dynamique pour micro-ferme ?

JPEG - 250.5 ko Au final, la réflexion holistique est la même pour une "grande" et une "micro" ferme : comment produire de la fertilité sur place ?

Maxime est équipé d’un âne et deux moutons, qu’il fait pâturer sur les couverts végétaux à l’automne, encadrés par une clôture mobile.
Le système doit être amélioré, et toutes les idées sont les bienvenues. Ensemble, construisons une vision pour des fermes agroécologiques, qu’elles fassent 0,1 ou 1000 hectares !

Des micro-semoirs et des micro-rouleaux pour les micro-fermes

Maxime est extrêmement enthousiaste à l’idée de faire avancer le schmilblick du maraichage agroécologique, car finalement le web est assez pauvre en vidéos techniques sur le thème des couverts végétaux sur micro-fermes.

A la fin de la vidéo, j’échange avec Maxime sur le projet d’Ecole d’Agroécologie Voyageuse : comment des étudiants peuvent l’aider à progresser dans ses techniques tout en apprenant avec lui ? Voici quelques pistes pour ceux qui voudraient s’impliquer à ses côtés (dans le cadre du projet Les Agron’Hommes ou non) :
> Imaginer un rouleau faca d’un mètre de large
> Imaginer un semoir SD d’un mètre de large
> Venir le filmer régulièrement, pour que peu à peu ce ne soit plus mon travail

Remerciements :

Il m’aura fallu 3 bonnes heures pour écrire cet article (et 5 de plus pour les 2 vidéos), parce que pour moi, partager le superbe travail de Maxime, c’est créer de la fertilité pour les futurs agriculteurs. Si vous avez une grande ferme et que vous voulez installer des jeunes en maraîchage agroécologique, faites moi signe.

Opaline et Maxime, en interview dans la serreJe tiens à remercier :
- Maxime et sa super famille pour son accueil
- Tout l’écosystème de la ferme (y compris l’âne Gérard)
- La caravane des années 70 dans laquelle on dort si bien
- Frédéric Thomas qui m’a proposé de "m’arrêter" chez Maxime sur la route entre la Sologne et la Bretagne
- Ma petite soeur qui m’a refilé les musiques de son vieux jeu vidéo Monstres et Compagnie, que j’utilise librement sur Youtube

Pour toute question ou pour faire part de vos idées à Maxime : opalinelysiak gmail.com


9
août
2019

Retrouver l’Inspiration ?

Est-il possible de stopper la désertification des paysages ?
Et quelles méthodes mettre en place pour y arriver ?

Cet article explique comment l’inspiration, les jeunes, une vision globale et l’agriculture régénérative peuvent sauver le monde.

On peut penser que la désertification est encore loin pour nous, dans nos paysages français encore verdoyants.

Personnellement, les années climatiques comme 2018 et 2019, me font penser qu’il faut s’attendre à tout, travailler ensemble avec ouverture d’esprit, en observant et en apprenant des "success stories" des agriculteurs partout dans le monde.

Stopper les déserts en Espagne

Quand Frédéric Thomas m’a envoyé la vidéo "Stopper le désert avec la permaculture" réalisée dans cette région aride d’Espagne, j’étais ravie et j’ai tout de suite fait le lien avec le projet de Commonland, cette organisation hollandaise qui épaule des agriculteurs aux Pays-Bas, en Espagne, en Afrique du Sud et en Australie, à recréer des paysages vivants et résilient.

Dans le cadre de l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse du projet Les Agron’Hommes, je travaille avec Commonland pour répliquer le projet en France, et en m’aidant des étudiants partant en stage dans les projets étrangers comme "messagers" qui valoriseront leur expérience dans les paysages français.

Retrouver l’inspiration en Afrique du Sud

Louise, Guillaume et Jacques, étudiants agronomes, sont durant l’été 2019 en Afrique du Sud et développent un projet d’agriculture régénérative et pâturage holistique, avec Living Lands (ou "Paysages Vivants"), une organisation épaulée par Commonland.

La région où ils travaillent est réellement à un stade critique de désertification des sols, avec 230 mm de précipitations par an et moins d’1% de matière organique. Comment mettre en oeuvre des pratiques qui régénèrent les sols ?

Dans cette vidéo, j’interviewais Pieter Kruger, agriculteur-moteur du projet de régénération des paysages :

Cet article, que j’ai rédigé en janvier 2018, décrit le projet du Baviaanskloof dans sa globalité. La vision de Commonland "the 4 returns" est développée sur 10 000 hectares dans 4 pays.

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Commonland a compris que le retour du capital économique, de la Nature et de la santé sociale ne pouvait être possible que si on travaille aussi sur le retour de l’inspiration, ce qui est expliqué dans cette vidéo (vous pouvez mettre la traduction automatique de Youtube pour les non-anglophones) :

Les 3 étudiants qui vivent cette expérience sud-africaine ne sont pas de simples "stagiaires" : ils ont un rôle de catalyseur et de messager.

Ils s’immergent dans un paysage où la situation est critique mais où 10 années de facilitation humaine a permis de souder les agriculteurs pour qu’ils retrouvent de l’inspiration au quotidien. Ils développent leurs talents et apportent une aide précieuse sur place. De retour en France, ils pourront valoriser leur expérience au sein de leur propre territoire.

Dans cet article, Guillaume, étudiant à Bordeaux Sciences Agro, décrit son expérience. Et ici, Louise décrit ce qu’elle vit avec beaucoup de poésie.

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Commonland en France ?

Commonland et Les Agron’Hommes souhaitent collaborer pour développer un projet en France.

Pour le moment, la Bretagne serait le territoire "visé" pour mettre en place la philosophie des "4 retours" et construire la résilience des territoires. Pour cela, nous avons besoin d’agriculteurs qui souhaitent partager leurs problématiques avec des jeunes, et qui n’ont pas peur d’être filmés pour partager, toujours plus. Vous voulez participer ?

>Donnez votre avis ici : https://lesagronhommes.com/impliquez-vous-1


15
juillet
2019

Les étudiants catalysent le partage de données

Cet article a été écrit par les étudiants de BTS APV avec l’aide de leur enseignante d’agronomie Charlotte Grare, dans le cadre de l’école d’agroécologie Les Agron’Hommes en partenariat avec le lycée agro-environnemental d’Arras, l’exploitation du lycée et le CFA.
Plus d’infos sur cette séquence pédagogique avec ce lien.

A la fin de l’article, des questions de réflexion sont proposées par Opaline Lysiak, pour les agriculteurs, enseignants et étudiants qui souhaitent aller plus loin à la fois sur les aspects techniques et pédagogiques de l’agroécologie

Si vous souhaitez vous impliquer dans le projet Les Agron’Hommes en tant qu’agriculteur, étudiant, enseignant : https://lesagronhommes.com/impliquez-vous-1

Les étudiants catalysent le partage de données - phase 2 : Réflexion sur la pomme de terre en AC

Le 26 mars 2019, les étudiants de 1ère année en BTS Agronomie Productions Végétales du lycée agro-environnemental d’Arras ont passé une grande partie de leur journée avec des intervenants extérieurs.
Leur journée fut divisée en trois temps forts : la découverte d’une application sur Smartphone de partage de données, le principe de la culture de la pomme de terre en agriculture de conservation et pour finir un débat avec les intervenants extérieurs.

Le partage de données

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Nous avons pu découvrir une toute nouvelle application lancée par Nicolas MINARY, ingénieur informatique et fils d’agriculteur : Landfiles.
Cette application vise à améliorer l’échange des pratiques agricoles entre des agriculteurs, des étudiants ou juste à permettre à un agriculteur de suivre ses parcelles sur plusieurs années. Cela se concrétise par la création de sa ferme sur l’application. Puis par la création de différents groupes à thème : élevage, grande culture, polyculture, viticulture... Après cela, des publications peuvent être postées sur la page de l’exploitation ou dans les groupes. Le modérateur choisit ce qu’il souhaite partager et à qui car il a besoin de l’adresse e-mail de la personne concernée pour l’ajouter au groupe. Cette nouvelle application vise aussi à pouvoir situer son exploitation agricole parmi d’autres en contexte similaire ou différent. Ce qui permet un échange de pratiques enrichissant. (Source : Landfiles)
En globalité, l’application à suscité de l’intérêt de tous.

Comment cultiver la pomme de terre en agriculture de conservation ?

PNG - 385 koEtat du sol : à gauche, PDT avec travail du sol classique / à droite, prébuttage et couverts à l’automne

Depuis plus de 20 ans, la surface de pomme de terre française a augmenté de 20%. En 2017, 97 320 ha de pomme de terre ont été cultivés dans la région des Hauts de France, c’est un peu plus de 61% de la surface de pomme de terre de France.
Aujourd’hui, les agriculteurs veulent répondre à une attente sociale des consommateurs qui est de plus en plus exigeante. L’attente sociale passe notamment par la réduction des apports phytosanitaires sur les cultures mais aussi par un mode de production beaucoup plus respectueux de l’environnement.
Afin de limiter les problèmes liés à l’érosion hydrique ou éolienne, les agriculteurs se tournent de plus en plus vers l’agriculture de conservation. Les méthodes sont connues depuis de nombreuses années mais la pomme de terre n’avait jamais été liée à ce mode de production car la pomme de terre est une culture qui exige un travail du sol important. En revanche, depuis peu quelques essais sont mis en place pour développer ce type de culture.

Les principes de la pomme de terre en A2C

Le principe de la culture de pomme de terre en agriculture de conservation est de planter le tubercule de pomme de terre directement dans la terre sans travailler le sol, le tubercule de pomme de terre est déposé dans la butte qui a été formé avant l’hiver. Cette année, l’exploitation du lycée agro-environnemental d’Arras, en partenariat avec le CFA et le CFPPA, a mis en place un essai de couvert sur pré-buttage d’automne pour la culture de pommes de terre. Cet essai a pu être réalisé grâce à Hugues Celerse, formateur au CFA, qui a assemblé un buttoir avec un semoir pour l’implantation du couvert (photo ci-dessous)

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L’implantation du couvert a eu lieu mi-septembre avec un mélange composé de 5% de phacélie, 24% d’avoine rude, 19% de trèfle d’Alexandrie, 26% de pois fourrager et 26% de féverole.

Nous nous sommes rendus sur la parcelle d’essai avec Baptiste Maître, spécialiste des couverts végétaux pour les pommes de terre. L’intérêt de ce tour de plaine est d’observer l’état des buttes et du couvert avant l’implantation des pommes de terre.
Avec Baptiste, nous avons pu étudier l’état général du couvert visuellement puis l’état du sol (structure et activité biologique). Ensemble, ils ont pu remarquer que le couvert ne semblait pas suffisamment efficace : la densité de peuplement était très faible. En effet, il est recommandé d’avoir 250 pieds par m² alors qu’ici il y en avait à peine 100 par m². Cela a eu un impact sur la structure du sol qui était très compacte.
Malgré cela, la répercussion du couvert avait un effet visible sur le sol. Pour l’affirmer, nous avons comparé le sol sous couvert et le sol habituel de la parcelle (photo ci contre)

Un avenir prometteur pour la pomme de terre sous couverts…

Suite à la journée du mardi 26 mars dernier sur la mise en place de pomme de terre sous couvert nous avons été inspirés et souhaitons proposer des pistes d’amélioration à cet essai :

> Nous proposons d’améliorer le semis des couverts notamment au niveau de la densité, qui était très faible lors de la visite du 26/03. En effet, on voyait parfaitement les manques présents dans la parcelle et une couverture très hétérogène des buttes de pomme de terre. Nous conseillons donc de revoir la quantité de plantes et la proportion de chaque espèce du mélange pour favoriser une levée homogène à l’échelle de la parcelle et viser un objectif proche de 250 plantes/m².

> Nous proposons également d’essayer de faire une préparation de sol moins fine en amont pour éviter une prise en masse de la butte, de ce fait un seul passage profond de déchaumeur est conseillé pour éviter ce phénomène.

> Nous conseillons aussi de mettre en place un second essai en non labour avec un couvert présent au moins un mois minimum avant la plantation. Cela permettrait de laisser le couvert travailler en profondeur et superficiellement et ne pas le broyer une semaine avant la plantation car le couvert ne profitera pas suffisamment aux sols. D’autres essais pourraient aussi être réalisés, comme l’essai ci-joint :
- Couvert de radis dans le creux de la butte, qui décompacteront le sol en profondeur et permettront une meilleure infiltration de l’eau dans le sol.
- Trèfle sur le haut de la butte, pour permettre de stabiliser la butte et d’empêcher l’écoulement de la butte ainsi + apport d’azote à la pomme de terre.

Le schéma ci-dessous présente les 3 modes de plantation que nous avons discuté : plantation conventionnelle, plantation en pré-buttage d’automne avec couvert, plantation sous paille.

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Questions de réflexion :

> Cet article a été écrit par un groupe d’étudiants. Que proposez vous pour valoriser au maximum leur travail de rédaction, pour qu’ils sentent qu’ils font partie à leur niveau du développement de l’agroécologie ?

> Au delà de la thématique de la pomme de terre en AC, pensez-vous pouvoir intégrer l’utilisation de Landfiles dans votre ferme, vos études ou vos séquences pédagogiques ?

> Selon vous cette séquence pédagogique fait appel à quelles disciplines du programme de BTS ? Quelles disciplines pourraient s’intégrer à l’avenir, pour une pédagogie de projet encore plus transversale ?


4
juillet
2019

L’agriculture syntropique n’est pas que pour les tropiques

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« Les environnementalistes vivent dans une photo alors que la forêt est un film » c’est Joã Pereira qui parle. Créateur de Sitio Semente, ferme référence en agriculture syntropique, il utilise ces mots pour décrire le noeud du problème en ce qui concerne la relation Homme-Nature. Pour lui, on doit admettre que l’homme a un impact énorme sur la nature puisqu’il FAIT partie de l’environnement. Mais Joã fait le choix d’avoir un impact positif comme catalyseur des processus naturels. L’aventure commence il y a 15 ans lorsqu’il rencontre Ernst Götsch, créateur de l’agriculture syntropique :

« Ernst n’a pas créé de recette. Il rend simplement disponible aux être humains la recette de la forêt par une traduction simple. Et en plus, il propose une manière d’accélérer de 10 à 20 fois ces processus pour régénérer les sols rapidement ». Parce qu’il y a urgence en fait, si on veut rester sur cette planète un peu plus longtemps que « prévu ».

« L’eucalyptus est une plante merveilleuse, qui a créé des écosystèmes humides dans son environnement originel, l’Australie. Le problème, c’est QUI plante l’eucalyptus, et ce que cette personne en fait ». L’eucalyptus, plante de croissance rapide, est un formidable fournisseur de matière organique. Taillé chaque année de manière intensive, il relâche dans le sol des giberrélines, hormones de croissance qui stimulent le sol en maintenant le système sol-plante jeune, retardant le processus de sénescence. « On dit que le bananier est la maman et l’eucalyptus le papa. Deux plantes qui poussent vite et qui ont comme premier rôle de nourrir l’écosystème - préparer le terrain pour des plantes plus exigeantes - et comme second rôle de nous nourrir et de produire du bois ou de l’huile essentielle » explique Nathalia, la femme de Juã. Deux piliers essentiels des systèmes syntropiques sont la taille des arbres pour produire de la matière organique sur place et relarguer les hormones de croissance dans le sol. Les autres sont la succession des espèces dans le temps, et l’organisation dans l’espace.

Nathalie a concentré son attention sur la création de systèmes agroforestiers aromatiques et médicinaux :

Sur la photo ci-dessous, une volontaire a coupé les eucalyptus présents sur la ligne de droite pour répartir la matière organique (bois et feuilles) sur le sol entre les lignes de maraîchage.

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Le modèle développé par Juã vise à prouver qu’il est possible de produire des légumes en quantité dans un système agroforestier successionnel. Il démarre par la plantation d’une trentaine d’espèces ensemble, réparties sur 3 lignes de maraichage encadrées par deux lignes incluant les arbres.
Le système ci-dessous a été planté il y a une semaine. Toutes les plantes de la succession ont été implantées ensemble. Parmi les espèces présentes : fraisier, laitues, roquette, radis, moutarde, betterave, oignons, ciboulette, persil, bananier, eucalyptus et un mélange de graines d’une quinzaine d’essences d’arbres natifs de la région.

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La photo suivante présente le système 8 mois plus tard. Les plantes annuelles de cycle court ont déjà été récoltées et remplacées par des plantes de cycle plus long : tomate, maïs, choux. Au pied du maïs, du feijão de porco, un haricot produisant une forte biomasse, destiné ici à couvrir et nourrir le sol.
La ferme est aussi une école où ont lieu de nombreux cours. J’ai pu participer à un cours de transformation et valorisation des aliments agroforestiers, que j’ai résumé avec cette vidéo :

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Quand les Brésiliens me demandent s’il y a de l’agroforestier en France, je leur dis que oui, beaucoup, mais que notre nature est différente : climat, sol, espèces. Au delà du fait que notre société s’est aussi développée différemment avec une relation à la forêt spécifique, les forêts françaises sont moins abondantes en termes de biodiversité et de biomasse. Tous ces facteurs influencent le développement de l’agroforesterie.

La ferme Sitio Semente est clé dans l’itinéraire possible de l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse Les Agron’Hommes :
- Par le niveau de connaissances et d’expériences en systèmes agroforestiers syntropiques
- Par l’expérience de Nathalie en transformation des produits agroforestiers (huiles essentielles, thés, cosmétiques)
- Par leur souhait d’apprendre avec les jeunes français, notamment sur la valorisation des plantes aromatiques et médicinales.

Les étudiants participant au projet Les Agron’Hommes pourront catalyser le développement de l’agriculture syntropique en France, en apprenant avec les Brésiliens et en comprenant bien les éléments du contexte du Brésil à réadapter dans leur contexte régional.

Si vous souhaitez prendre part à la communauté Les Agron’Hommes pour créer ensemble une Ecole Agroécologique Voyageuse, inscrivez vous ici !



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