Opaline Lysiak

  • "Roulage" du couvert de vesce velue avec une palette
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9
mars
2020

Pour régénérer, il faut de la pérennité dans nos systèmes

Mettre en place des plantes pérennes demande de régénérer aussi notre vision de l’agriculture, de la société et de la façon dont nous mangeons.

J’aime beaucoup ce lapsus de l’agriculture de "CONVERSATION". Et quand les discussions avec mes amis continuent sur l’AC, on se dit souvent que cette agriculture aura émergé justement grâce à des conversations profondes qui n’avaient pas lieu avant. Je crois à l’AC, j’ai tout appris sur les sols vivants grâce à ceux qui m’ont emmené dans leurs parcelles pour observer le sol à l’aide d’une bêche. C’est pour cela qu’aujourd’hui je crois que le mot CONSERVATION a fait son temps. Certains ACistes sont véritablement conservateurs dans leurs pratiques et leur mentalité. D’autres ACistes au contraire, souhaitent évoluer en permanence, sortent de leur zone de confort pour expérimenter, prennent des risques, et ont souvent des résultats qui régénèrent les sols plutôt que de les conserver. Ces ACistes là aiment partager et évoluer dans leur système de prise de décision. Ils ont une vision holistique. Alors oui bien sûr, la BASE c’est de CONSERVER nos sols, puisque le SOL c’est la BASE. Préserver ce capital sans lequel les sociétés humaines disparaîtraient. Mais beaucoup d’entre vous régénèrent déjà leurs sols. Mettent en place les conditions pour retrouver une auto-fertilité et peu à peu se passer de la chimie.

Sortir de sa zone de confort pour évoluer

Certains d’entre vous ont fait le choix de réintégrer des plantes pérennes dans leur système, pour réduire encore plus le nombre de passages et maintenir le sol intact, avec ses racines et toute sa vie, sans aucune perturbation. Faire appel à l’élevage pour valoriser ces plantes pérennes est une superbe initiative, qui permet aussi de recréer des écosystèmes humains et de belles collaborations. Je pense à Franck Baechler, qui se dit "éleveur de sols et d’animaux". Elever un animal, c’est littéralement l’amener vers le haut, lui donner les conditions de vie idéales pour qu’il développe toutes ses capacités. C’est pareil pour un sol.

Couvert Biomax chez Bertrand Paumier, pionnier de l'AC en Bretagne

Mais alors pourquoi cet article ?

C’est le livre de Mark Shepard "Agriculture de Régénération" (en anglais "Restoration agriculture") qui a déclenché l’envie de saisir le clavier. Mark Shepard a transformé, en 20 ans, 42 hectares de terres labourées en un oasis de productivité et de biodiversité.

Agriculture de Régénération, Mark Shepard

Voilà ce que Mark écrit : « Nous partageons tous la meme crise dont les racines plongent dans les méthodes de production de notre nourriture. Ce que l’on mange est indirectement responsable de toutes les crises auxquelles l’humanité est confrontée aujourd’hui »

Mark Shepard part du fait que toutes les civilisations ont disparu parce qu’elles ont échoué à faire évoluer leurs systèmes agricoles. Et toutes ces civilisations - Mésopotamie, Egypte, Perse, Inde, Chine, Grèce, Rome, Amérique centrale et du Sud - dépendaient de cultures annuelles pour leur alimentation. La plupart des habitants de notre planète dépendent d’une « agriculture annuelle ». Le riz dans nos bols, le blé dans nos pains, les céréales du petit déjeuner, les pâtes, le maïs, le soja qui permet de nourrir une grande partie des animaux pour la production de viande et de laitages. De par leur nature, les annuelles ont besoin de pousser sur des sols dénudés. " C’est dans l’ordre naturel des choses, elles sont partis les premières à coloniser un site après une perturbation des sols. Etant donné qu’elle sont à la base de notre alimentation, on peut dire que « ça a toujours été comme ça » mais en fait, dans l’histoire de l’humanité, les humains dépendent d’elles depuis environ 10 000 ans. Les cultures annuelles peuvent être récoltées si rapidement qu’une grande partie de la population fut « libérée » de la corvée de recherche de nourriture. Les céréales, pouvant être stockées et livrées à un endroit donné, ont favorisé le développement de peuplements. Les villes résultent directement de la culture de plantes annuelles"

Agroforesterie chez Pierre Pujos, Gers

Pour une grande majorité des cultivateurs, qui dit plante annuelle dit labeur intense pour les humaines, leurs machines et tout le système économique qui les maintient en activité. D’où la malédiction biblique « C’est à la sueur de ton front que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3:19).

Citation tirée de "Agriculture de Régénération" Mark Shepard

Les ACistes vivent un peu moins cette malédiction puisqu’ils transforment la poussière en sol fertile, mais le système économique n’a pas évolué pour remercier leur travail. La dépendance à la chimie des systèmes en AC avec semis direct pur montre bien que les plantes annuelles ont en effet, besoin de sols nus, ou en tout cas avec une compétition éliminée - pour bien pousser puisque ce sont des plantes pionnières par nature. J’en suis convaincue : il n’y aura pas d’ABC sans intégration de l’arbre dans les agrosystèmes (« tout sol tend vers la forêt » Ernst Zürcher) et sans élevage (n’en déplaise aux vegans qui eux, dépendent fortement des cultures annuelles aujourd’hui) Alors comment intégrer les plantes pérennes dans vos systèmes ? Puisque ces plantes sont « pérennes » - qu’elles soient plantes de prairie, arbres ou arbustes - elles n’impliquent qu’une perturbation du sol, à l’implantation. Alors comment pourraient-elles vont donner du fil à retordre si vous organisez bien le travail dans votre écosystème ?

La Ferme Écosystème (Opaline Lysiak)

Créer des fermes écosystème, la nouvelle frontière des agriculteurs

En une génération, la France a perdu 1 million de fermes. Il nous reste moins de 440 000 fermes en France et dans les 10 prochaines années, la moitié des agriculteurs part en retraite. Alors oui, de plus en plus de jeunes sont attirés par le « retour à la terre » mais quel modèle de ferme peut-on imaginer avec eux ? Comment transmettre une ferme de 50 ha gérée par une seule personne avec un modèle tout de même « monoculturel », à des jeunes qui n’ont pas envie de travailler seul, 60 heures par semaine avec un salaire rikiki ? Le modèle de Mark Shepard est viable, il demande simplement qu’on s’y mette : création d’un modèle de ferme écosystème pour installer des jeunes en agroécologie, formation d’une armée de paysans sur petites et grandes surfaces qui arrivent à travailler ensemble et entre générations, comme le fait Les Agron’Hommes (je fais ma pub) ou Fermes d’Avenir. Attention, je vais utiliser un gros mot : Mark Shepard fait de la permaculture sur 42 ha.

Les ACistes ont l’ADN pour créer des fermes écosystèmes

Depuis que vous prenez soin des sols, n’avez vous pas une furieuse envie de partager votre expérience au fur et à mesure de votre évolution ? Ne rencontrez vous pas des jeunes qui aimeraient s’installer ? Vous vous demandez comment créer de la valeur et de l’emploi sur une ferme céréalière ? Une fois que l’étape de la remise en route des sols a été franchie (et je vous admire sincèrement pour cela !) comment créer de la valeur ajoutée pour que l’économie de la ferme et du territoire soit reboostée ? Comment créer une ferme écosystème avec chacun son petit business (façon Joël Salatin - Polyface Farm) ou avec la vision de Frédéric Thomas ? Comment créer un paysage abondant de nourriture, de biodiversité et de vers de terre, qui donne envie à une flopée de citoyens de soutenir votre travail ? Si vous avez une centaine d’hectares, c’est un sacré terrain de jeux et je serai curieuse de récolter vos idées pour installer des jeunes à l’avenir.

Bertrand Paumier me présente son essai d'orge précoce

L’autre jour sur la page Facebook Les Agron’Hommes, un internaute a critiqué le fait qu’une plantation d’arbres soit faite par 15 bénévoles, et que "s’il avait fallu payer tous ces gens, ça aurait couté cher". Le fait est qu’aujourd’hui, on ne peut pas payer ces gens et que le monde est plein de jeunes et moins jeunes qui ont envie de décoller leurs fesses de leur chaise et aller aider les agriculteurs à créer des paysages nourriciers.

Faites vous partie de ceux qui critiquent les fermes qui ont un modèle économique en partie basé sur la formation ?
Ou peut-être critiquez vous les néo-ruraux qui ont gagné de l’argent pendant une partie de leur vie et qui utilisent cet argent pour démarrer une ferme agroécologique ?
Puisque la France ne compte quasiment plus de paysans, où trouver les gens et l’argent puisqu’il n’est plus dans le monde agricole ? Avez-vous oublié qu’une ferme céréalière dépend en grande partie d’aides de la PAC, alors que beaucoup de fermes en permaculture n’y ont pas droit ? Vous avez des connaissances précieuses à partager. Je vous encourage sincèrement a développer le partage de votre expérience par la pédagogie, et à y gagner de l’argent - en restant transparent sur vos chiffres - que vous réinvestirez dans votre transition agroécologique et votre bien-être. Personnellement, quand je me regarde dans la glace tous les matins, je n’ai aucun problème de conscience à me dire que des entreprises privées financeront en partie les 5000 arbres que je vais planter sur ma ferme.

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Pour découvrir et soutenir le projet d’Ecole d’Agroécologie Voyageuse des Agron’Hommes : https://lesagronhommes.com

Pour participer à l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse en tant que ferme : https://lesagronhommes.typeform.com/to/P1Zd5s


13
novembre
2019

Le plein d’agroécologie en Bretagne

Un petit groupe d’irréductibles bretons férus d’agriculture de conservation - j’ai nommé, l’association BASE Bretagne - met en place des expérimentations vraiment sympa : semis de maïs en direct dans la féverole, sarrasin en couvert d’été, semis direct de prairie ou encore essais de maïs semé à 154 cm d’écartement.


La Région Bretagne dans le cadre du projet Agriculture Ecologiquement Performante (AEP), les soutient pour qu’ils valorisent ces essais.

Nos paysans sont à différents niveaux de la transition agroécologique et de différentes générations, ils ont donc des histoires et perceptions des pratiques « agroécologiques » très diverses et riches.

Le problème, c’est qu’ils n’ont ni le temps ni les compétences pour :
- suivre leurs essais sur le long terme
- mieux comprendre quelles sont les clés de décision qu’ils utilisent au quotidien au sein du groupe
- communiquer à l’extérieur du groupe, vers la communauté agricole et la société en général.
- aller chercher dans les écoles des étudiants qui pourraient les aider à mener ces missions

Mon rêve : une armée d’étudiants pour aider les agriculteurs

En face, dans les écoles d’ingénieur et les lycées agricoles, beaucoup de jeunes se demandent comment apprendre l’agroécologie par l’expérience. Ils souhaitent des expériences pratiques, impliqués dans des projets. Et plus que tout, ils souhaitent être utiles. C’est l’essence du projet les Agron’Hommes.

Alors j’ai commencé à capitaliser leurs essais dans l’application Landfiles et sur la chaîne Youtube Les Agron’Hommes.

Les essais des 8 agriculteurs sont tous dans Landfiles. Voici ce que permet l’application :

✿ Plutôt qu’un suivi d’essai réalisé sur une année par un technicien, dans ce cas l’utilisateur peut publier des photos légendées avec les données de l’essai. Les informations sont capitalisées par ferme, par parcelle, et peuvent ensuite être publiées au sein de groupes d’agriculteurs. Les utilisateurs peuvent être : l’agriculteur qui réalise l’essai, le technicien ou conseiller et les étudiants qui réalisent leur stage dans la ferme. Toutes les personnes invitées sur la ferme et ayant besoin de ces données pour prendre une décision ou pour mieux comprendre les pratiques agroécologiques peuvent y accéder.

✿ Le groupe peut créer un formulaire de collecte de données selon ses besoins et ensuite extraire les données pour en faire des graphiques, ou comparer les données à d’autres groupes d’agriculteurs présents sur Landfiles, dans d’autres régions par exemple.

✿ Avec cette méthode, la prise de décision est facilitée car l’utilisateur a d’une part accès à tout l’historique de la parcelle et d’autre part peut se mettre en réseau avec des agriculteurs se posant le même type de questions via un moteur de recherche. 


C’est en fait un WhatsApp agricole où tout est organisé par ferme, par parcelle, et où les groupes peuvent être jumelés entre eux !

Voilà ce que ça donne sur l’application :

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Si vous les souhaitez vous pouvez télécharger l’application, gratuite pour les agriculteurs, créer votre ferme et commencer à publier.

Les vidéos qui suivent, que j’ai réalisées, ont également été intégrées dans Landfiles. La vidéo permet un autre regard sur l’essai et une plongée dans l’univers de l’agriculteurs.

✿ Seigle sous couvert de sarrasin chez Patrice Le Callonec :

✿ Maïs semé à 150 cm d’écartement chez Bertrand Paumier :

✿ Blé semé en août chez Pierre Henri Hamon :

✿ Couvert d’été multi-espèces pâturé avant méteil chez Dominique Luherne

✿ Olivier Launay donne un retour d’expérience de l’AC :

WANTED : étudiant ingénieur passionné d’agroécologie !

Le projet les Agron’Hommes a pour mission d’incuber les talents de demain. Nous cherchons pour un stage ou une césure démarrant en février 2020 un étudiant d’école d’ingénieur passionné d’agroécologie, souhaitant apprendre au contact des agriculteurs, aimant à la fois le terrain, la communication visuelle et l’ingénierie de projet.

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Voici les différentes missions proposées à cet étudiant :

Mission « glomaline » : souder le groupe

✿ Les agriculteurs sont accompagnés par l’étudiant sur le suivi des essais et le partage au sein du groupe. Il consolide les échanges entre les agriculteurs, en orientant les thématiques d’échanges.
✿ L’étudiant apprend parl’expérience au contact des professionnels.
✿ L’étudiant sera un « pont » entre les agriculteurs et les étudiants plus jeunes, des lycées agricoles, qui doivent être en contact avec les agriculteurs et qui manquent de situations pédagogiques innovantes.

Mission « Holistique » : accompagner à la prise de décision
✿Dans une perspective de transition agroécologique, les clés de décision sont bien plus utiles qu’une recette type. Le rôle de l’étudiant sera de repérer et classer ces clés de décision chez les agriculteurs innovants.
✿ Pour être accompagné et inspirer les agriculteurs, le stagiaire pourra faire appel à des intervenants sur la thématique de la prise de décision.

Mission « Mycorhize » : communiquer
✿ Réalisation (ou délégation à des étudiants de lycées agricoles) de photos de qualité / proposer des lieux (réels ou virtuels) où valoriser ces photos.
✿ Réalisation de vidéos (ou délégation à des étudiants de lycées agricoles) et valorisation de ces vidéos sur des réseaux agricoles et grand public.
✿ Le stagiaire ingénieur réalisera des articles pour la presse locale et en ligne relayé ensuite sur les réseaux sociaux.

Mission "Collembole" : animer des ateliers
✿ Les étudiants pourront animer, lors d’évènements comme les 20 ans de BASE en mai 2020, des ateliers intergénérationnels pour discuter, autour des essais sur Landfiles, de protocoles participatifs de prise de décision dans une situation agronomique donnée.

Mission "Ver de Terre" : déploiement du prototype
✿ Le projet réalisé avec BASE Bretagne et 8 agriculteurs peut être déployé dans d’autres territoires. D’une part pour multiplier certains essais et valider leur viabilité entre contextes, et d’autre part pour multiplier les projets d’incubateurs.

Si vous êtes intéressé, envoyez un mail avec votre lettre de motivation à opalinelysiak gmail.com


26
septembre
2019

Une belle association maïs + Lab Lab

Quand on écrit un article dans TCS, c’est intéressant de pouvoir faire un suivi du sujet sur le terrain, en vidéo.

Après l’article du TCS 103 sur les associations maïs + légumineuses visant l’autonomie fourragère, j’ai eu la chance de pouvoir passer une matinée sur le terrain avec Jeremy Bonte, de chez Semental, entreprise semencière spécialisée dans les fourrages et proposant la légumineuse Lab lab de variété Rongaï en association avec le maïs pour viser l’autonomie fourragère des élevages laitiers.

Ici, nous sommes chez Philippe Alix, dans le Nord de l’Ille-et-Vilaine. Philippe est en TCS depuis 10 ans et teste pour la première fois cette année un mélange composé de 80 000 graines à l’hectare pour le maïs et 80 000 graines pour le Lab Lab.

Proche du sol, la feuille du Lab Lab est plus large

"La réussite repose souvent sur la densité et la date de semis, et sur la fertilisation" Jeremy Bonte, Semental

L’une des clés de la réussite est la date de semis - le lab lab doit être semé dans un sol réchauffé qui ne subira plus d’écarts de température trop importants - et la fertilisation puisque pour le moment il n’existe pas d’inoculum pour le lab lab et que la plante ne produit pas d’azote. Elle va consommer 40 à 50 unités d’azote de plus qu’un maïs seul.
Au final, le résultat compensera sûrement l’investissement dans la semence et la fertilisation (ici, fumier et lisier). Ensilage prévu le 3 octobre. On attend les résultats de valeurs alimentaires !


23
août
2019

Maraîchage : produire la fertilité sur place

Peu de bâches plastiques à l’horizon... c’est bien pour les photos. Comme beaucoup de maraîchers, Maxime Barbier a utilisé et utilise encore (en 2019) la paille pour couvrir le sol. Mais face à une baisse de fertilité (la prairie sur laquelle il a démarré la production n’a plus d’arrière effet) et avec le désir de produire sur place la matière organique, il se lance dans une incroyable aventure : celle des couverts relais !

Maxime dans sa planche de courges + vesce velue fauchée

De retour de Sologne, je m’arrête (ça devient une routine) chez Maxime Barbier dans la Sarthe.

Objectif : faire une nouvelle vidéo, après celle, tournée en 2018, qui a fait près de 50 000 vues sur la chaîne Les Agron’Hommes en un an.

En fait, les maraîchers sont à la recherche d’itinéraires techniques pour couvrir le sol, le régénérer, produire de beaux légumes, et limiter le temps de travail.
Installé depuis 2017 sur 4000 m2 puis 7000 m2 aujourd’hui (une partie des légumes est produite dans la ferme de sa maman, où il a accès aux outils),

Maxime m’épate toujours par sa capacité à expérimenter et prendre des risques, tout en assurant une magnifique récolte, qui rend fertile les sols, les cuisines, et l’économie de la ferme.
Journaliste ultra-curieux, Maxime va chercher des itinéraires techniques de "grosses fermes" pour les adapter à des planches de 25 m2. Il s’inspire beaucoup des agriculteurs ACistes des Etats-Unis, où il a fait plusieurs voyages-reportages.

Un beau jour de septembre 2018, alors que je cherche à me poser quelque part entre la Bretagne et la Sologne, Frédéric Thomas me propose de m’arrêter chez Maxime.

J’y reste 4 jours pour lui donner un coup de main, et on finit par faire cette vidéo :

Prendre des risques sur 5% des surfaces

Salades dans luzerne fauchée
Salades dans luzerne fauchée

Les saisons s’enchaînent, et Maxime apprend des ses essais/erreurs/succès. Il n’arrête pas l’expérimentation. En fait, chaque planche de légumes est une expérimentation en tant que tel, mais avec un degré de risque plus ou moins grand.

« Je dirais que j’ai 5% de pratiques à haut risque. C’est surtout les essais sous couvert permanent, comme avec la luzerne, où il peut y avoir beaucoup de compétition ». Sur 150 planches, il estime qu’il y a eu, du fait des expérimentations, une baisse de production sur environ 10 planches, et 3 planches "ratées".

"Roulage" du couvert de vesce velue avec une palette

Ces expérimentations lui permettent de toujours progresser, pour produire des légumes sains, avec des charges en intrants limitées, en construisant l’auto-fertilité des sols. J’envie beaucoup Camille, son apprenti maraîcher, qui vit ces expérimentations au quotidien.

  • Féverole, radis, lupin, trèfle ont été semés en même temps (...)
  • Le couvert s'est développé après le ramassage des (...)
  • Maxime et sa fille, au milieu d'un couvert seigle + (...)

Le pouvoir de la vidéo : MSV et les autres

Dans le TCS n°100, Maxime Barbier faisait le point avec son article "Les carottes ne sont pas cuites" sur les expériences du réseau MSV - Maraîchage sur Sol Vivant, très dynamique sur Youtube. La preuve, en appelant ma vidéo "Maraîchage sur Sol Vivant", j’ai probablement attisé l’intérêt de tous ceux qui veulent produire des légumes sans créer des cimetières de vers de terre.

Face au succès énorme de cette vidéo, je décide de renouveler l’expérience de l’interview 1 an plus tard. Maxime a choisi d’expérimenter à fond les couverts végétaux, et en particulier les couverts relais.

L’un des plus grands défis actuellement est de réussir à produire le couvert en même temps que la culture. Dans la vidéo réalisée cette année, il présente la planche où il a récolté les radis glaçons, qui ont été semés en même temps que le couvert. Cela devrait inspirer certains céréaliers qui cueillent leurs radis pour l’apéro dans leurs couverts biomax.

Radis glaçon semés en même temps qu'un couvert multi-espèces

Seigle + vesce velue... le paillage du futur ?

Sur la partie mécanisée de la production, un peu façon Steve Groff, Maxime a produit des courges sur un épais couvert de seigle. Les courges ont manqué de fertilité et certaines se sont faites manger par les limaces.

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Des résultats de recherche par Steven Mirsky aux USA ont montré que le relarguage d’azote d’un mélange seigle + vesce velue après sa destruction en situation de non-travail du sol est plus lent qu’en situation de travail du sol, ce qui correspond mieux au pic de besoins de la culture en place, fournissant au total environ 100 unités.

Pour valider ces hypothèses, il fera, la prochaine fois, un mélange vesce velue / seigle.

  • Roulage du seigle avant la plantation des courges
  • Rouleau faca sur seigle
  • Strip-till dans le seigle pour ouvrir le sillon
  • Développement des courges dans le seigle roulé au rouleau (...)

Pâturage tournant dynamique pour micro-ferme ?

JPEG - 250.5 ko Au final, la réflexion holistique est la même pour une "grande" et une "micro" ferme : comment produire de la fertilité sur place ?

Maxime est équipé d’un âne et deux moutons, qu’il fait pâturer sur les couverts végétaux à l’automne, encadrés par une clôture mobile.
Le système doit être amélioré, et toutes les idées sont les bienvenues. Ensemble, construisons une vision pour des fermes agroécologiques, qu’elles fassent 0,1 ou 1000 hectares !

Des micro-semoirs et des micro-rouleaux pour les micro-fermes

Maxime est extrêmement enthousiaste à l’idée de faire avancer le schmilblick du maraichage agroécologique, car finalement le web est assez pauvre en vidéos techniques sur le thème des couverts végétaux sur micro-fermes.

A la fin de la vidéo, j’échange avec Maxime sur le projet d’Ecole d’Agroécologie Voyageuse : comment des étudiants peuvent l’aider à progresser dans ses techniques tout en apprenant avec lui ? Voici quelques pistes pour ceux qui voudraient s’impliquer à ses côtés (dans le cadre du projet Les Agron’Hommes ou non) :
> Imaginer un rouleau faca d’un mètre de large
> Imaginer un semoir SD d’un mètre de large
> Venir le filmer régulièrement, pour que peu à peu ce ne soit plus mon travail

Remerciements :

Il m’aura fallu 3 bonnes heures pour écrire cet article (et 5 de plus pour les 2 vidéos), parce que pour moi, partager le superbe travail de Maxime, c’est créer de la fertilité pour les futurs agriculteurs. Si vous avez une grande ferme et que vous voulez installer des jeunes en maraîchage agroécologique, faites moi signe.

Opaline et Maxime, en interview dans la serreJe tiens à remercier :
- Maxime et sa super famille pour son accueil
- Tout l’écosystème de la ferme (y compris l’âne Gérard)
- La caravane des années 70 dans laquelle on dort si bien
- Frédéric Thomas qui m’a proposé de "m’arrêter" chez Maxime sur la route entre la Sologne et la Bretagne
- Ma petite soeur qui m’a refilé les musiques de son vieux jeu vidéo Monstres et Compagnie, que j’utilise librement sur Youtube

Pour toute question ou pour faire part de vos idées à Maxime : opalinelysiak gmail.com


9
août
2019

Retrouver l’Inspiration ?

Est-il possible de stopper la désertification des paysages ?
Et quelles méthodes mettre en place pour y arriver ?

Cet article explique comment l’inspiration, les jeunes, une vision globale et l’agriculture régénérative peuvent sauver le monde.

On peut penser que la désertification est encore loin pour nous, dans nos paysages français encore verdoyants.

Personnellement, les années climatiques comme 2018 et 2019, me font penser qu’il faut s’attendre à tout, travailler ensemble avec ouverture d’esprit, en observant et en apprenant des "success stories" des agriculteurs partout dans le monde.

Stopper les déserts en Espagne

Quand Frédéric Thomas m’a envoyé la vidéo "Stopper le désert avec la permaculture" réalisée dans cette région aride d’Espagne, j’étais ravie et j’ai tout de suite fait le lien avec le projet de Commonland, cette organisation hollandaise qui épaule des agriculteurs aux Pays-Bas, en Espagne, en Afrique du Sud et en Australie, à recréer des paysages vivants et résilient.

Dans le cadre de l’Ecole d’Agroécologie Voyageuse du projet Les Agron’Hommes, je travaille avec Commonland pour répliquer le projet en France, et en m’aidant des étudiants partant en stage dans les projets étrangers comme "messagers" qui valoriseront leur expérience dans les paysages français.

Retrouver l’inspiration en Afrique du Sud

Louise, Guillaume et Jacques, étudiants agronomes, sont durant l’été 2019 en Afrique du Sud et développent un projet d’agriculture régénérative et pâturage holistique, avec Living Lands (ou "Paysages Vivants"), une organisation épaulée par Commonland.

La région où ils travaillent est réellement à un stade critique de désertification des sols, avec 230 mm de précipitations par an et moins d’1% de matière organique. Comment mettre en oeuvre des pratiques qui régénèrent les sols ?

Dans cette vidéo, j’interviewais Pieter Kruger, agriculteur-moteur du projet de régénération des paysages :

Cet article, que j’ai rédigé en janvier 2018, décrit le projet du Baviaanskloof dans sa globalité. La vision de Commonland "the 4 returns" est développée sur 10 000 hectares dans 4 pays.

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Commonland a compris que le retour du capital économique, de la Nature et de la santé sociale ne pouvait être possible que si on travaille aussi sur le retour de l’inspiration, ce qui est expliqué dans cette vidéo (vous pouvez mettre la traduction automatique de Youtube pour les non-anglophones) :

Les 3 étudiants qui vivent cette expérience sud-africaine ne sont pas de simples "stagiaires" : ils ont un rôle de catalyseur et de messager.

Ils s’immergent dans un paysage où la situation est critique mais où 10 années de facilitation humaine a permis de souder les agriculteurs pour qu’ils retrouvent de l’inspiration au quotidien. Ils développent leurs talents et apportent une aide précieuse sur place. De retour en France, ils pourront valoriser leur expérience au sein de leur propre territoire.

Dans cet article, Guillaume, étudiant à Bordeaux Sciences Agro, décrit son expérience. Et ici, Louise décrit ce qu’elle vit avec beaucoup de poésie.

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Commonland en France ?

Commonland et Les Agron’Hommes souhaitent collaborer pour développer un projet en France.

Pour le moment, la Bretagne serait le territoire "visé" pour mettre en place la philosophie des "4 retours" et construire la résilience des territoires. Pour cela, nous avons besoin d’agriculteurs qui souhaitent partager leurs problématiques avec des jeunes, et qui n’ont pas peur d’être filmés pour partager, toujours plus. Vous voulez participer ?

>Donnez votre avis ici : https://lesagronhommes.com/impliquez-vous-1


15
juillet
2019

Les étudiants catalysent le partage de données

Cet article a été écrit par les étudiants de BTS APV avec l’aide de leur enseignante d’agronomie Charlotte Grare, dans le cadre de l’école d’agroécologie Les Agron’Hommes en partenariat avec le lycée agro-environnemental d’Arras, l’exploitation du lycée et le CFA.
Plus d’infos sur cette séquence pédagogique avec ce lien.

A la fin de l’article, des questions de réflexion sont proposées par Opaline Lysiak, pour les agriculteurs, enseignants et étudiants qui souhaitent aller plus loin à la fois sur les aspects techniques et pédagogiques de l’agroécologie

Si vous souhaitez vous impliquer dans le projet Les Agron’Hommes en tant qu’agriculteur, étudiant, enseignant : https://lesagronhommes.com/impliquez-vous-1

Les étudiants catalysent le partage de données - phase 2 : Réflexion sur la pomme de terre en AC

Le 26 mars 2019, les étudiants de 1ère année en BTS Agronomie Productions Végétales du lycée agro-environnemental d’Arras ont passé une grande partie de leur journée avec des intervenants extérieurs.
Leur journée fut divisée en trois temps forts : la découverte d’une application sur Smartphone de partage de données, le principe de la culture de la pomme de terre en agriculture de conservation et pour finir un débat avec les intervenants extérieurs.

Le partage de données

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Nous avons pu découvrir une toute nouvelle application lancée par Nicolas MINARY, ingénieur informatique et fils d’agriculteur : Landfiles.
Cette application vise à améliorer l’échange des pratiques agricoles entre des agriculteurs, des étudiants ou juste à permettre à un agriculteur de suivre ses parcelles sur plusieurs années. Cela se concrétise par la création de sa ferme sur l’application. Puis par la création de différents groupes à thème : élevage, grande culture, polyculture, viticulture... Après cela, des publications peuvent être postées sur la page de l’exploitation ou dans les groupes. Le modérateur choisit ce qu’il souhaite partager et à qui car il a besoin de l’adresse e-mail de la personne concernée pour l’ajouter au groupe. Cette nouvelle application vise aussi à pouvoir situer son exploitation agricole parmi d’autres en contexte similaire ou différent. Ce qui permet un échange de pratiques enrichissant. (Source : Landfiles)
En globalité, l’application à suscité de l’intérêt de tous.

Comment cultiver la pomme de terre en agriculture de conservation ?

PNG - 385 koEtat du sol : à gauche, PDT avec travail du sol classique / à droite, prébuttage et couverts à l’automne

Depuis plus de 20 ans, la surface de pomme de terre française a augmenté de 20%. En 2017, 97 320 ha de pomme de terre ont été cultivés dans la région des Hauts de France, c’est un peu plus de 61% de la surface de pomme de terre de France.
Aujourd’hui, les agriculteurs veulent répondre à une attente sociale des consommateurs qui est de plus en plus exigeante. L’attente sociale passe notamment par la réduction des apports phytosanitaires sur les cultures mais aussi par un mode de production beaucoup plus respectueux de l’environnement.
Afin de limiter les problèmes liés à l’érosion hydrique ou éolienne, les agriculteurs se tournent de plus en plus vers l’agriculture de conservation. Les méthodes sont connues depuis de nombreuses années mais la pomme de terre n’avait jamais été liée à ce mode de production car la pomme de terre est une culture qui exige un travail du sol important. En revanche, depuis peu quelques essais sont mis en place pour développer ce type de culture.

Les principes de la pomme de terre en A2C

Le principe de la culture de pomme de terre en agriculture de conservation est de planter le tubercule de pomme de terre directement dans la terre sans travailler le sol, le tubercule de pomme de terre est déposé dans la butte qui a été formé avant l’hiver. Cette année, l’exploitation du lycée agro-environnemental d’Arras, en partenariat avec le CFA et le CFPPA, a mis en place un essai de couvert sur pré-buttage d’automne pour la culture de pommes de terre. Cet essai a pu être réalisé grâce à Hugues Celerse, formateur au CFA, qui a assemblé un buttoir avec un semoir pour l’implantation du couvert (photo ci-dessous)

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L’implantation du couvert a eu lieu mi-septembre avec un mélange composé de 5% de phacélie, 24% d’avoine rude, 19% de trèfle d’Alexandrie, 26% de pois fourrager et 26% de féverole.

Nous nous sommes rendus sur la parcelle d’essai avec Baptiste Maître, spécialiste des couverts végétaux pour les pommes de terre. L’intérêt de ce tour de plaine est d’observer l’état des buttes et du couvert avant l’implantation des pommes de terre.
Avec Baptiste, nous avons pu étudier l’état général du couvert visuellement puis l’état du sol (structure et activité biologique). Ensemble, ils ont pu remarquer que le couvert ne semblait pas suffisamment efficace : la densité de peuplement était très faible. En effet, il est recommandé d’avoir 250 pieds par m² alors qu’ici il y en avait à peine 100 par m². Cela a eu un impact sur la structure du sol qui était très compacte.
Malgré cela, la répercussion du couvert avait un effet visible sur le sol. Pour l’affirmer, nous avons comparé le sol sous couvert et le sol habituel de la parcelle (photo ci contre)

Un avenir prometteur pour la pomme de terre sous couverts…

Suite à la journée du mardi 26 mars dernier sur la mise en place de pomme de terre sous couvert nous avons été inspirés et souhaitons proposer des pistes d’amélioration à cet essai :

> Nous proposons d’améliorer le semis des couverts notamment au niveau de la densité, qui était très faible lors de la visite du 26/03. En effet, on voyait parfaitement les manques présents dans la parcelle et une couverture très hétérogène des buttes de pomme de terre. Nous conseillons donc de revoir la quantité de plantes et la proportion de chaque espèce du mélange pour favoriser une levée homogène à l’échelle de la parcelle et viser un objectif proche de 250 plantes/m².

> Nous proposons également d’essayer de faire une préparation de sol moins fine en amont pour éviter une prise en masse de la butte, de ce fait un seul passage profond de déchaumeur est conseillé pour éviter ce phénomène.

> Nous conseillons aussi de mettre en place un second essai en non labour avec un couvert présent au moins un mois minimum avant la plantation. Cela permettrait de laisser le couvert travailler en profondeur et superficiellement et ne pas le broyer une semaine avant la plantation car le couvert ne profitera pas suffisamment aux sols. D’autres essais pourraient aussi être réalisés, comme l’essai ci-joint :
- Couvert de radis dans le creux de la butte, qui décompacteront le sol en profondeur et permettront une meilleure infiltration de l’eau dans le sol.
- Trèfle sur le haut de la butte, pour permettre de stabiliser la butte et d’empêcher l’écoulement de la butte ainsi + apport d’azote à la pomme de terre.

Le schéma ci-dessous présente les 3 modes de plantation que nous avons discuté : plantation conventionnelle, plantation en pré-buttage d’automne avec couvert, plantation sous paille.

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Questions de réflexion :

> Cet article a été écrit par un groupe d’étudiants. Que proposez vous pour valoriser au maximum leur travail de rédaction, pour qu’ils sentent qu’ils font partie à leur niveau du développement de l’agroécologie ?

> Au delà de la thématique de la pomme de terre en AC, pensez-vous pouvoir intégrer l’utilisation de Landfiles dans votre ferme, vos études ou vos séquences pédagogiques ?

> Selon vous cette séquence pédagogique fait appel à quelles disciplines du programme de BTS ? Quelles disciplines pourraient s’intégrer à l’avenir, pour une pédagogie de projet encore plus transversale ?



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