Cécile Waligora

  • Plantation d'une haie avec une planteuse forestière
5
décembre
2016

L’homme, l’agriculture, le chien

Berger et son chienLe chien, quelle que soit sa race (environ 400 à ce jour), est issu du loup gris. Les premières domestications ont eu lieu, au minimum, vers 15 000 ans avant JC.
Les dernières recherches en la matière évoquent deux grandes aires géographiques de domestication du loup gris : l’Asie et l’Europe, engendrant deux types d’ancêtres de chiens. A la faveur des migrations humaines, les chiens « asiatiques » auraient ensuite pris le dessus sur les chiens de type européen. Ces trouvailles sont aujourd’hui permises grâce à l’analyse de l’ADN où il est possible de comparer l’ADN de nos chiens actuels avec celui de loups actuels, de loups anciens et de chiens anciens, à partir de leurs fossiles.

La sélection de loups capables de digérer l’amidon...

C’est ainsi qu’on a fait la découverte suivante : une partie du génome du chien diffère de celui du loup par sa capacité à fabriquer des protéines rendant l’amidon plus assimilable (plus digeste). C’est alors qu’on a fait le lien avec l’agriculture. Au fur et à mesure du développement de l’agriculture et de formes de nourriture qui y sont liées (productions de céréales, de féculents), l’homme a progressivement sélectionné des loups puis des chiens s’adaptant à cette variante dans leur alimentation à l’origine quasi exclusivement carnée. Quant à la manière dont les premières domestications de loup gris se sont faites, il y a plusieurs pistes, l’une n’excluant pas l’autre : la récupération de louveteaux ou, tout bonnement, des loups s’approchant des camps humains, attirés par les restes de repas. La sélection a fait le reste ! Seuls les individus les plus à même de digérer des ressources riches en amidon ont perduré et, à la faveur d’évolutions de leur génome, ont engendré les chiens.

La domestication du loup qui a donné le chien est donc, semble-t-il, étroitement lié, au développement de l’agriculture.


31
octobre
2016

L’agroécologie en mode équine

Vous qui êtes particulièrement attentionné à votre sol, avez sans aucun doute remarqué l’état souvent déplorable des paddocks renfermant des chevaux : tassement des sols, présence récurrente des mêmes plantes qui sont délaissées (appelées refus), herbage de piètre qualité, perte de biodiversité etc.

Dégradation des sols par les chevaux
Le tassement des sols est l’une des conséquences d’une surexploitation des espaces dédiés aux chevaux

Les « pâtures » pour chevaux sont utilisées de deux façons par les propriétaires ou hébergeurs d’équidés :
  Soit en pâture toute l’année. Un adage dit qu’il faut au minimum 1 ha par cheval pour couvrir ses besoins alimentaires, sachant qu’en hiver ou même autrement, un apport de foin sera en général nécessaire.
  Soit en paddock de détente. C’est en général le cas pour des structures type centres équestres, écuries de travail où le pré n’a plus de fonction alimentaire puisque les chevaux sont nourris en intérieur mais une fonction de « défouloir – détente – plaisir » et maintien d’un minimum d’activité de pâturage s’il reste quelques touffes d’herbes.
Par défaut de connaissances agronomiques, de manque d’espace ou tout simplement parce que ce n’est pas une préoccupation majeure, les hébergeurs de chevaux se retrouvent donc avec des pâtures aux sols complètement déstructurés à force de surexploitation (surpâturage, piétinement, manque d’entretien). On ne prend pas le temps ou on ne peut tout simplement pas mettre cet espace au repos. Et pour les chevaux qui restent à l’année dehors, les espaces proposés ne sont même plus à même de leur fournir une nourriture de qualité et en quantité.

Il est possible d’arranger les choses, même si on ne peut pas, un temps, interdire l’accès aux chevaux pour refaire une structure et resemer. Dans la nature, lorsqu’ils ont l’espace suffisant pour assouvir tous leurs besoins (alimentation, déplacement, repos, abri contre les insectes ou les intempéries, grattage…), les chevaux ne « piétinent » pas 100 % de leur espace. Au contraire, ils utilisent des parcours pour se déplacer d’un endroit à un autre et donc d’une occupation à une autre. Ils ont ainsi des aires pour se nourrir, d’autres pour se reposer, d’autres encore pour se protéger etc. De ces observations est né un nouveau « concept », venu d’outre-Atlantique : le paddock paradise. Dans ce type de paddock, on propose ainsi aux pensionnaires équins des distributions de nourriture comme le foin à différents endroits répartis dans l’espace, un ou des abris également répartis, un approvisionnement en eau à un autre endroit etc. Les distributions de nourriture se font en petites quantités afin que les chevaux ne stagnent pas trop longtemps au même endroit. En général, on se base sur l’existence d’éléments naturels (arbres, haies, bosquets, bois, cours d’eau, dénivelé…) et on organise son paddock paradise en fonction.

Exemple de paddock paradise
Schéma d’un projet de paddock paradise conçu par l’une des spécialistes de l’agroécologie équine en France, Marie-Laure Guénot. A partir des éléments naturels déjà présents sur l’espace dédié aux chevaux, les parcours sont aménagés (clôtures), menant aux différents points d’attraction : nourrissage, eau, abri etc.

Cela a plusieurs conséquences :
  « forcer » les chevaux à se déplacer d’un point à un autre comme ils le feraient au naturel, ce qui, psychiquement et physiquement, est très positif.
  Eviter de « défoncer » les sols sur de trop grandes surfaces. Une sorte de control traffic pour chevaux !!! Seuls les chemins de parcours et les quelques aires dédiées à certaines fonctions sont « sacrifiées ». Il s’agit de développer un espace plus durable aussi pour les chevaux qui, en retour, doivent agir positivement sur celui-ci.

Paddock paradise
Seuls les parcours menant d’un point d’intérêt à une autre sont dégradés, laissant le reste de la pâture mieux s’épanouir et se régénérer.

Cette approche qui commence à faire des émules en Europe, a aujourd’hui son vocable, au-delà de la seule approche du paddock paradise : l’agroécologie équine où le cheval ne devient plus un élément détériorant de son environnement mais au contraire, un acteur de son agroécosystème, ce dernier devenant beaucoup accueillant pour lui et profitable.


7
octobre
2016

Action citoyenne pour les sols

PNG - 15.2 kioEn dépit de leur importance primordiale, les sols ne sont toujours pas officiellement protégés au niveau national et européen. Même si beaucoup, sur le terrain, œuvrent depuis de nombreuses années à leur protection (on pense évidemment au développement de l’agriculture de conservation), trop de sols continuent à pâtir de pratiques agricoles délétères. Trop de sols disparaissent aussi ! Au profit, notamment, de l’asphalte. En France, les derniers chiffres Agreste révèlent l’artificialisation de 48 900 ha en moyenne et par an entre 2010 et 2015.
People4Soil, un réseau européen réunissant plus de 350 organisations (ONG, instituts de recherche, associations d’agriculteurs et groupes environnementaux), a donc décidé d’impliquer les citoyens européens dans une vaste collecte de signatures destinées à la Commission européenne afin qu’elle donne enfin un cadre de protection aux sols. Lancée en septembre 2016, la collecte de signatures est ouverte jusqu’au 11 septembre 2017, sur le site officiel www.people4soil.eu, et sur les sites des organisations membres. Objectif : réunir 1 million de signatures !


26
juillet
2016

Ça chauffe pour les corneilles !

Dans le Canton de Vaud, en Suisse, une nouvelle silhouette se dessine parfois dans le ciel à l’heure des semis. Il s’agit d’une buse de Harris, grande amatrice de corvidés, corneilles noires et corbeaux freux. Il faut dire qu’au moment des semis et levées de cultures, maïs en premier lieu, ces corvidés sont devenus la bête noire des agriculteurs, notamment les bios. Et oui, les volatiles ne sont pas fous : ils savent très bien cibler les parcelles où les semences ne sont pas traitées. Ce sont surtout les jeunes corneilles encore célibataires qui commettent le plus de dégâts, les adultes nicheurs prélevant d’autres nourritures telles que des vers de terre, limaces, insectes et petits mammifères (campagnols) pour leurs nichées.

Lutte contre les corvidés
Utilisation d’une buse de Harris par un fauconnier professionnel dans le Canton de Vaud au printemps 2016 afin de protéger les semis et levées de maïs (surtout bio) des corneilles noires. Ici, il s’agit d’une buse de Harris mais chaque fauconnier peut travailler avec d’autres espèces.

La Suisse compte ainsi 300 000 corneilles noires sur son territoire et les oiseaux commencent sérieusement à se sentir à l’étroit. A l’instar de ce qui est déjà fait sur Genève, le Canton de Vaud a donc demandé l’aide d’un fauconnier. Celui-ci est ainsi rémunéré 1000 Fr CH par jour pour environ 25 ha couverts (12 exploitations). En période sensible, il circule ainsi sur le territoire et passe environ deux fois par jour sur chaque parcelle, lâchant son oiseau qui fond sur les jeunes corneilles. Et cela semble porter ses fruits, à la satisfaction des producteurs. Même si le rapace n’attrape pas de corneille à chaque lâcher, il fait acte de présence et en cela, c’est déjà très important pour perturber les volatiles ; complétant ainsi efficacement les autres techniques d’effarouchement. La lutte contre les « ailes noires » réside en effet en l’alternance et la combinaison de plusieurs techniques car ces oiseaux apprennent vite. Et voir le rapace à l’œuvre est quand même moins choquant pour la population que de découvrir des corneilles mortes se balancer au bout d’un piquet comme on peut encore le voir parfois.


6
juin
2016

Couverts : quelques clics et Arvalis fait le reste...

Couvert Biomax
L’institut Arvalis vient de développer un outil pertinent qui va vous faciliter la tâche dans le choix de vos couverts d’interculture.
Très simplement, il est baptisé « Choix des couverts » et est accessible en libre accès sur Internet (sur PC, tablette ou smartphone) à l’adresse suivante : www.choix-des-couverts.arvalis-infos.fr
A partir de là, rien de compliqué et c’est rapide. Il vous faut, en premier lieu, indiquer ce que vous recherchez comme type de couvert : mono-espèce, mélange ou indifférent. Il vous est ensuite demandé de mentionner votre code postal (ce qui permet à l’outil de cibler la station météo la plus proche), la période où vous comptez semer votre couvert, la culture qui suit et les espèces qui composent votre rotation. Une petite précision vous est demandée quant à la fréquence de retour du colza (s’il y en a) dans la rotation. Vous passez alors à la deuxième page et là, on vous questionne sur une possible valorisation fourragère du couvert, votre mode de semis, si vous souhaitez un couvert gélif ou non et, bien sûr, le type de destruction envisagé. Enfin, et c’est intéressant, on vous questionne aussi sur les caractéristiques que vous recherchez dans ce couvert avec possibilité de cocher plusieurs critères (couvert à moindre coût, effet fertilisant sur la culture suivante, couvert peu appétant pour les limaces, couvert mellifère etc.)
En fonction de ce que vous aurez répondu, l’outil Arvalis vous conseille alors tel ou tel couvert, choisi parmi la plupart des intercultures trouvées dans le commerce. Il ne se contente pas de vous donner des noms. Il donne un score à chaque couvert proposé et son adéquation à chaque critère préalablement sélectionné, du « très peu adapté » à « très bien adapté » (systèmes de plus et de moins avec colorations du rouge au vert). Chaque couvert obtient alors un score qui lui est propre et permet à l’outil de le hiérarchiser. Si vous cliquez enfin sur chaque couvert proposé, vous obtenez sa fiche descriptive détaillée où on vous conseille, par exemple, sur les densités de semis ou encore le niveau d’adaptation du couvert à la culture suivante.
Pour l’avoir testé, cet outil offre à chaque question, un choix exhaustif de réponses, toutes justifiées et pratiquées. Cet outil n’est donc pas proposé à la légère et apparaît comme une aide tout à fait utile. Si vos choix sont déjà faits, il peut tout aussi bien venir vous conforter (ou pas) dans vos décisions.


14
avril
2016

Hiver trop doux = désynchronisation des cycles des espèces

Le 21 février 2016 serait, (avis d’experts), le jour de début du printemps… Un démarrage très précoce, conséquence d’un hiver trop doux avec une température nationale moyenne de 7.9°C, soit + 2.3°C au-dessus des « normales » saisonnières… qui n’ont donc plus rien de « normales »…
Des insectes aux mammifères, en passant par les oiseaux (souvent les premiers à subir les variations climatiques), tous voient leurs cycles plus ou moins désynchronisés. Qui n’a pas entendu certains oiseaux cette année chanter plus tôt que d’habitude ? Certains ont débuté leur reproduction en mars au lieu d’avril…

Les chauves-souris touchées de plein fouet

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Cela a forcément des conséquences puisque au sein des écosystèmes (les agroécosystèmes n’échappent pas à la règle), tout est en interaction. Quelques exemples qui touchent les milieux agricoles…. Les chauves-souris subissent de plein fouet le réchauffement hivernal. Habituellement à cette période, elles sont en hibernation, attendant des jours meilleurs où elles pourront de nouveau avoir accès à leur nourriture : les insectes. Or, un hiver trop doux peut en réveiller certaines. En général, c’est la mort assurée car sortir d’hibernation équivaut à une très forte dépense énergétique qu’il faut combler rapidement par la prise de nourriture. Or, il n’y a pas encore d’insectes…

Hiver doux = MOINS d’insectes

Les insectes sont, eux-aussi, impactés par une trop grande douceur hivernale. Il existe d’ailleurs un malentendu à ce niveau. On pense ainsi que s’il n’y a pas eu d’hiver, on va se retrouver, à la belle saison, avec beaucoup plus d’insectes. En réalité, on risque bien d’en avoir moins car la douceur des températures agit aussi sur les organismes pathogènes des œufs, larves et nymphes d’insectes, formes sous lesquelles les insectes passent en général « la mauvaise saison ». Il y a ainsi plus de parasitisme du fait d’un hiver plus doux. D’emblée, on peut se dire « chouette » ! Détrompez-vous, la nouvelle n’est pas si bonne que cela car des insectes, dépendent énormément d’autres espèces : oiseaux, chauves-souris etc. garants de l’équilibre des écosystèmes. Et puis, parmi les insectes, il n’y a pas que des ravageurs…
On a encore beaucoup à découvrir des conséquences du réchauffement climatique, surtout dans nos pays dits tempérés où, les cycles de beaucoup d’espèces sont synchronisés avec une saisonnalité marquée.