Cécile Waligora

  • Bousiers dans un crottin de cheval Tarpan
  • Détails du couvert d'été : sorgho, tournesol, radis chinois et colza
  • Perchoir en bord de route
  • Petit îlot de graminées indésirables dans une orge cultivée en semis direct (photo : C. Waligora)
12
janvier
2016

600 000 euros avec vue sur la ferme !

Agri-quartier aux Etats-Unis

Les américains seraient-ils en train de virer au vert ? Au pays de la démesure, du fastfood et des méga centres commerciaux, une folle envie de retour à la nature et à une nourriture « saine » se fait sentir… Mais pas pour monsieur et madame tout le monde ! Non, pour vivre à côté d’une ferme et bénéficier de ses produits, il vous faudra débourser une moyenne de 600 000 euros !
C’est ainsi l’histoire de Serenbe, petite communauté à 30 minutes d’Atlanta, dans le sud-est des Etats-Unis, Etat de Georgie. Il n’y avait rien. Dans ce coin de verdure, l’idée a été de monter de toute pièce une ferme et de construire, tout autour, des résidences pour citadins en mal de nature. La ferme est conduite en bio et tous ses produits sont redistribués à chaque maison de cet « agri-quartier ». Un agri-quartier de luxe puisque, comme je le disais en introduction, ce style de vie n’est pas à la portée de tout le monde mais plutôt de familles aux revenus conséquents. Toujours est-il que les ¾ de la nourriture de chaque ménage proviennent de la ferme !
Celle-ci compte quand même 10 hectares et produit ses légumes, ses volailles, ses œufs et son bétail. 3 salariés y travaillent, encadrés par une responsable de la ferme, leurs salaires étant versés par la communauté. En parfaite autonomie. Même les maisons sont construites pour être les plus autonomes possibles en énergie avec panneaux salaires et géothermie.
Ce n’est pas tout puisque fort de sa réussite, Serenbe possède sa propre école, son épicerie, son marché hebdomadaire et ses 3 restaurants. Cette communauté de Georgie ne serait plus la seule puisque dans tous les Etats-Unis, on compterait aujourd’hui environ 200 agri-quartiers de ce type.
Bref, c’est juste un retour à ce qui prévalait au siècle passé, n’est-ce pas ? Avec les techniques d’aujourd’hui. Certains ont flairé le bon filon, à l’instar de ces promoteurs immobiliers d’un petit coin de nature en Georgie…
Une petite vidéo faite par un équipe de France TV il y a peu...


9
septembre
2015

L’homme, un « super prédateur » au comportement aberrant

Dans la vie, il y a les proies et les prédateurs. Une espèce peut être prédatrice d’une ou plusieurs proies mais peut elle-même, être la proie d’un ou plusieurs prédateurs. Par exemple, le moineau est prédateur d’insectes mais est lui-même la proie de l’épervier ou du chat ! Il y a donc ce qu’on appelle des chaînes alimentaires dites aussi chaînes trophiques avec plus ou moins de maillons. Il est aussi convenu que la prédation a un rôle crucial dans l’équilibre des populations, dans leur régulation et que, dans la nature, les prédateurs prélèvent de préférence des individus plus faibles comme des jeunes, des blessés ou des malades. La prédation permet ainsi de maintenir des populations fortes. Et la dynamique des populations prédatrices est directement influencée par celle de leurs proies. Un exemple en agriculture : le niveau des populations de campagnol des champs qui influe directement sur celui de la belette, de l’hermine ou de la chouette effraie. Un super prédateur ou prédateur alpha est alors une espèce située tout en haut d’une chaîne alimentaire qui, à l’état adulte, n’a aucun prédateur lui-même. Si on enlève le fait que ce super prédateur peut néanmoins être sensible à des bactéries, des virus etc. comme toute autre espèce.

Danger pour l’équilibre de tous les écosystèmes

Si, à ses débuts sur Terre, l’être humain a été la proie d’autres espèces prédatrices, il est devenu depuis un super prédateur mais un super prédateur à l’impact aujourd’hui, hautement dangereux pour l’équilibre général des écosystèmes. Ce n’est pas nouveau que des études tirent la sonnette d’alarme mais celle dont je voudrais ici vous donner les grandes lignes est quelque peu différente des précédentes. Il s’agit des travaux de l’équipe canadienne de Chris Darimont, publiés en août de cette année dans la célèbre revue Science. Cette étude a eu l’originalité de comparer l’impact de la prédation humaine à celui d’autres prédateurs animaux. Plus de 300 études ont été passées au crible, portant sur 2 125 cas de prédation sur des espèces sauvages (mammifères et poissons), sur chaque continent et océan, exception faite de l’Antarctique. Je vous laisse imaginer les résultats… L’être humain a un impact de prédation sur les poissons, en moyenne 14 fois supérieur à celui d’autres prédateurs marins. L’homme tue aussi des grands carnivores comme les lions, les loups ou les ours à un niveau 9 fois supérieur à celui qui voit ces prédateurs s’entre-tuer dans la nature. Un exemple parmi tant d’autres : chaque année, l’être humain tue 32 % de pumas américains alors que naturellement, seulement 1 % seraient tués par leurs congénères.

Les carnivores sont plus impactés que les herbivores

Il y a aussi des différences selon les continents. Ainsi, les chasseurs européens ou nord-américains prélèvent 7 à 12 fois plus d’herbivores que leurs homologues africains. Autre constat : la pêche a un impact 3 fois supérieur dans l’Atlantique que dans le Pacifique. Dans cette étude, les taux de prédation selon les niveaux trophiques ont aussi été comparés. Encore un résultat peu honorable pour l’être humain puisque celui-ci exerce une pression terrestre bien plus forte sur les grands carnivores que sur les herbivores, alors même qu’il n’en a pas besoin pour son alimentation ! Dans les océans, il n’y a pas de différence : les autres prédateurs comme leurs proies sont autant impactés par l’homme et ses surpêches.

Trophée de chasse en Afrique Ainsi, pour en revenir à ce que nous disions en introduction, l’homme a un comportement de prédation aberrant. Contrairement aux autres prédateurs dont les populations sont régulées par celles de leurs proies, l’être humain subsiste grâce à beaucoup d’espèces à la fois. Les populations de proies ne cessent de diminuer (excès de prélèvements) et pour autant, nous ne relâchons pas notre pression. Autre différence majeure : contrairement encore une fois aux autres prédateurs, l’homme prélève surtout des proies adultes, en bonne santé et capables de se reproduire et non des individus plus faibles ou des jeunes.

Conclusion : il faudrait totalement revoir nos manières de chasser ou de pêcher en s’inspirant beaucoup plus de ce qui se fait dans la nature.


29
juillet
2015

SD de colza oui mais accompagné !

Colza associé biomaxSuite des suivis haut-marnais comparant différentes techniques d’implantation du colza ; suivi relaté dans différents numéros de la revue TCS, notamment le 78 de l’été 2014... Antonio Pereira de la Chambre d’agriculture et responsable de ce suivi, nous a relayé les résultats 2015 de rendements du colza de la parcelle de Vignory où sont comparés 4 modalités : labour, TCS (chisel), SD et SD + plantes compagnes (résultats aux normes).
- labour : 44.2 q/ha
- chisel : 45.3 q/ha
- SD : 42.5 q/ha
- SD + plantes compagnes : 46.1 q/ha Ce qui corrobore des résultats précédents... Si le SD d’un colza seul a tendance à décrocher, il suffit de lui associer quelques plantes compagnes (un Biomax) et le rendement décolle ! A condition (notamment), d’avoir pu semer le plus tôt possible... Règle de base...


7
juillet
2015

Quand les pucerons manipulent les plantes...

Puceron du poisLes relations prédateur-proie, parasite-hôte, phytophage-plante… ne cessent de nous surprendre chaque jour. Cette fois-ci, on découvre que le puceron est un manipulateur ! Il manipule les plantes dont il se nourrit de la sève grâce à un mécanisme inhibant les défenses immunitaires de celle-ci. Ainsi, lorsqu’elle se défend vis-à-vis d’une attaque de phytophage, la plante renforce en premier lieu sa paroi végétale par addition d’un polymère polysacharridique nommé callose. Lorsqu’il vient perforer la paroi végétale, le puceron émet en même temps que sa salive, une catégorie de protéines, les MIF. Ce sont des facteurs d’inhibition de la migration de cellules macrophages et ce sont ces protéines qui inhibent donc les défenses immunitaires de la plante. Ce qui permet tout simplement au puceron de pouvoir se nourrir. Ce sont ces MIF que des équipes de l’Inra et du CNRS ont découvert en étudiant deux espèces de pucerons : le puceron du pois (Acyrthosiphon pisum) ici en photo, et le puceron du pêcher (Myzus persicae). Jusqu’à présent, ces MIF étaient connues dans la modulation des réponses immunitaires chez les vertébrés. Preuve est du rôle des MIF dans l’alimentation (et surtout d’une MIF, la 1, retrouvée dans les glandes salivaires des deux pucerons étudiés) : les pucerons chez lesquels l’expression de la protéine MIF 1 a été désactivée ne peuvent plus correctement s’alimenter, ne pouvant plus manipuler les défenses du végétal. Ces travaux ont été publiés dans la revue Current biology du 25 juin 2015.


29
juin
2015

Moisson : si on changeait un peu nos habitudes ?

Moisson céréaleLes moissons ont déjà commencé dans certains secteurs. Lors de cette étape cruciale, il y a un peu plus d’effervescence que d’habitude, on est encore un peu plus accro à la météo, il faut gérer une équipe qui compte sur votre encadrement… Alors, les habitudes, c’est toujours rassurant. Pourtant, la récolte est aussi une dure période pour la biodiversité de vos parcelles. Le passage des machines a un impact direct par écrasement ou broyage de la faune qui gîte au sol : lièvres, faisans, perdrix, busards, chevreuils. Ce sont surtout les jeunes qui payent un très lourd tribu à cette époque charnière où, trop jeunes, ils n’ont aucune échappatoire. Le busard a un peu la chance d’être suivi par la LPO (Ligue de la Protection des Oiseaux) qui, chaque année, essaye de localiser le maximum de nids afin de les signaler et les protéger par un grillage adapté. Alors que faire ? Prenez si possible le temps de préparer le chantier en sensibilisant votre équipe et, pourquoi pas, juste avant de faucher, en effarouchant la zone où, potentiellement, il y a une forte présence animale. Lors du chantier, pensez à régler votre barre de coupe assez haut (15 cm au moins) et utilisez une barre d’envol de la largeur de la coupe mais positionnée sur le côté de la machine afin d’effaroucher la bande à récolter suivante. Cette barre d’envol sera positionnée devant le tracteur s’il s’agit d’une récolte de fourrage. Changez aussi votre sens de coupe  ! Détourez puis commencez par le centre de la parcelle, permettant à la faune qui le peut, de fuir vers l’extérieur et non pas de se retrouver piégée au milieu. Pensez d’ailleurs à laisser une couverture herbacée non broyée autour des parcelles à moissonner afin de laisser un gîte pour la faune sauvage. Enfin, pensez à broyer la paille soit en même temps que la moisson, soit au plus près. En attendant plusieurs jours, des animaux (notamment les lièvres) vont revenir gîter sous les amas et peuvent être donc potentiellement à la merci des machines.


22
juin
2015

Campagnols : pics et crash

Campagnol des champsVous l’avez tous remarqué : il y a des années à campagnols et des années « sans ». Nous sommes plutôt dans une année avec… Le campagnol est une espèce très prolifique, en particulier le campagnol des champs. A un mois seulement, la femelle est capable d’avoir des petits. La gestation ne dure que 3 semaines avec, à la clé, une portée de 5 à 6 jeunes. Bilan : 1 couple peut engendrer, en une saison, une 100aine d’individus. La période la plus favorable à la reproduction va de mars à septembre-octobre, suivant les conditions. En hiver, on assiste à un déclin : la reproduction diminue, voire s’arrête et il y a plus de mortalité. Chaque année, on assiste donc à un creux de population en hiver et un pic à l’automne. Mais dès lors qu’il y a beaucoup de campagnols, les prédateurs sont favorisés et, en premier lieu, les prédateurs spécialistes du campagnol comme les petits mustélidés type belette ou hermine. Leur nourriture étant à profusion, elles en profitent et se reproduisent en conséquence. Mais il y a automatiquement un décalage et le temps que la population de spécialistes augmente, il peut se passer 2 ou 3 ans. Une fois le niveau de population suffisant, ces prédateurs impactent très fortement sur la population de leur proie dont le niveau s’effondre. C’est le crash du campagnol. Et inévitablement, cette chute entraîne celle de ses spécialistes, qui disparaissent aussi (pour faire simple) et le cycle recommence. Pour autant, une autre catégorie d’acteurs intervient : les prédateurs généralistes, le renard notamment. Ce type de prédateur est plus opportuniste, il ne se nourrit pas que de rongeurs : sa population ne décline donc pas quand celle de campagnols le fait. Ils sont donc particulièrement intéressants car leur action est permanente. L’idéal est en fait d’avoir un juste équilibre entre spécialistes et généralistes, tout aussi importants les uns comme les autres. Si vous voulez en savoir plus, le TCS de cet été leur consacre son dossier… Il explique les cycles mais surtout pourquoi on est arrivé à de telles situations et expose des pistes d’action.



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