Cécile Waligora

  • Bousiers dans un crottin de cheval Tarpan
  • Détails du couvert d'été : sorgho, tournesol, radis chinois et colza
  • Perchoir en bord de route
  • Petit îlot de graminées indésirables dans une orge cultivée en semis direct (photo : C. Waligora)
9
juin
2010

La presse technique agricole il y a 30 ans

J’ai eu l’opportunité de consulter de vieilles archives d’un mensuel agricole. Il s’agissait de numéros datant de 1980 et 1981, soit 30 ans d’âge !!! Rien que çà… Je n’avais même pas 10 ans, étais encore en École Primaire et ne possédais encore aucune notion agricole…On en était aux numéros 131 à 136 !!!

Ce qui m’a de prime abord marqué c’est l’épaisseur de la revue (déformation professionnelle, sans doute…) : pas moins de 163 pages tous les mois ! Le papier ensuite, de type papier journal et puis les photos… en noir et blanc. La qualité technique du support et même, parfois, la prise de position des auteurs. J’ai feuilleté la revue pour voir quels sujets étaient abordés. Sans surprise, d’une manière générale, la presse technique agricole de cette époque avait pour but d’aider l’agriculteur à l’amélioration de la productivité de ses cultures en se basant sur les dernières avancées en matière de produits phytos, fertilisants et autres substances de croissance. Il fallait faire du rendement et on y mettait le paquet, si je puis dire. A aucun moment dans les articles, on évoquait le sol ou l’environnement. Alors que de progrès réalisés depuis ? C’est tout de même satisfaisant de se rendre compte à quel point l’agriculture a évolué.

Pour autant, et bien que ma lecture ait été un peu rapide, en diagonale comme on dit, j’ai eu la surprise de tomber sur quelques paragraphes qui parlaient de… légumineuses et… de non labour… Là, j’ai lu de manière plus attentionnée (déformation « TCS » oblige…). Les légumineuses étaient mentionnées dans un article intitulé : « L’azote : une fertilisation plus performante ». À l’époque déjà, le prix des engrais avait augmenté. Dans ce papier, on mettait alors en avant des formes d’engrais plus performantes, à libération retardée. Et c’est ensuite que je suis tombée sur quelques phrases concernant les rotations de légumineuses. On y évoquait l’expérience dans le Corn-Belt américain avec l’introduction d’une légumineuse, le soja pour des rotations maïs/soja. En faisant bien attention de mentionner aussi que cette introduction était bien connue en Europe depuis l’antiquité… Résultat : en maïs, + 5 à 6 q/ha tout en réduisant la fertilisation minérale. On évoquait aussi la rotation luzerne/maïs où la légumineuse apportait la plus grande partie des besoins en azote du maïs…

Plus loin dans la revue, autre découverte…Sous le titre : « Limite aux simplifications des façons culturales ». Dans cet article, l’auteur, ingénieur agronome, mentionnait notamment, l’arrêt du labour afin de réaliser des économies de carburant. Sauf, bien entendu, je cite : « dans les parcelles trop humides, trop sales, trop battantes ou trop dégradées par une compaction due à des travaux précédents de récoltes ou des charrois ». Et, plus loin, il y avait un « Oui, mais… » et : « Avant toute simplification, il convient de réfléchir sur les conséquences qu’elle pourrait avoir ». Là, l’auteur mettait en avant les problèmes de pailles (à cette époque, rappelons qu’on simplifiait aussi les successions culturales avec de plus en plus de blé sur blé). Il mettait aussi en avant les problèmes de désherbage en l’absence de labour…Quand à la conclusion, elle disait ceci : « S’il faut absolument rechercher la simplification dans les façons culturales, il est des limites raisonnables, variables selon les circonstances, qu’il ne conviendra pas à dépasser »… Et bien aujourd’hui, 30 ans plus tard, je suis particulièrement fière que ces « limites » aient pu être dépassées et que l’heure, pour certains, soit même à l’agriculture écologiquement intensive. Que de chemin parcouru, certes parsemé d’embûches mais nous y sommes ! Mais alors, que lirons-nous dans 30 ans ???


1er
juin
2010

Çà « phosphorise » toujours !

J’aime, au travers de ce carnet, vous livrer, tel quel, certains écrits. Celui-ci, ci-dessous, a pour source Univers-Nature, un portail internet touchant à tout sujet relatif à la Nature. Ses bases sont, à mon avis, sérieuses. Et surtout, ce portail n’est pas, non plus, écolo au sens péjoratif du terme. Lisez donc cet article sur le phosphore. Ma propre conclusion est la suivante : dommage que son auteur n’en soit resté qu’à « l’agriculture raisonnée » et à « l’amélioration des pratiques agricoles » et ne connaisse pas notre agriculture de conservation. Un défaut d’information auquel il faudra bien remédier…
Ah ! les lessives sans phosphate… on se souvient des produits ménagers pionniers dans la lutte contre la pollution et de leur cocasse campagne publicitaire dont Coluche aurait bien pu se repaître. Mais alors que dans les années quatre-vingt on entendit beaucoup parler de l’eutrophisation, de la pollution des eaux par le phosphore, où en est-on aujourd’hui ?
Ce mois-ci, le service de l’observation et des statistiques (SOeS) du ministère de l’écologie, publie un point sur le phosphore dans les sols, sous-titré « nécessité agronomique, préoccupation environnementale », en d’autres termes, un mal nécessaire (?). Car les apports en phosphore dans les sols français et, par voie de ruissellement, dans les eaux, ne viennent pas seulement des activités domestiques, et loin de là. Les effluents urbains ne représentent que 5 % des apports totaux. La majorité des apports se trouve sous forme d’engrais minéraux de l’agriculture.

Dans les conditions naturelles, le phosphore qui, avec l’azote et le potassium, est un des trois nutriments indispensables aux plantes, est issu de la décomposition des végétaux morts. Mais en milieu agricole, toute la biomasse végétale étant récoltée, le phosphore des organismes ne retourne pas au sol et des apports en fertilisants sont nécessaires. En 2001, près de 775 000 tonnes de phosphore étaient apportées aux sols français, par les engrais, les déjections animales (pour 40 %) et les effluents domestiques et industriels (8 %). Selon une estimation relayée par l’IFEN, 9 % de ce phosphore serait rejeté dans les eaux chaque année en moyenne. Il en résulte, pour la pollution phosphatée des cours d’eau, que 6 % des quelque 2 000 points de mesures des Agences de l’Eau, sont de qualité mauvaise à médiocre.

Les teneurs en phosphore toujours en augmentation Les chiffres de l’Union des industries de la fertilisation (Unifa) révèlent une baisse généralisée de l’utilisation des engrais phosphatés sur les 35 dernières années. Là encore, une tendance moyenne, puisque dans le détail de la chronologie, les livraisons d’engrais ont connu des hausses entre 1978 et 1980 et entre 1988 et 1990, suivant le prix des céréales qui stimula la course au rendement sur ces périodes. L’évolution des quantités d’engrais utilisées est également très contrastée selon les régions. Par exemple, les régions d’élevage extensif, comme le Limousin ou l’Auvergne, ont des besoins moindres en engrais et ont toujours eu des apports inférieurs à la moyenne nationale. D’autres régions, céréalières, l’Ile-de-France ou la Champagne-Ardenne, ont connu des baisses mais restent encore supérieures à la moyenne nationale. En Bretagne, depuis 1972, les livraisons d’engrais phosphatés de synthèse ont diminué de plus de 75 %. Mais cette baisse s’explique seulement par une augmentation de l’usage des effluents d’élevage pour l’enrichissement des sols agricoles. Ainsi, si les industriels observent une diminution des livraisons d’engrais, le SOeS note qu’il « n’y a pas de diminution concomitante dans les sols ». Dans 43 % des cantons étudiés par l’observatoire, la teneur en phosphore des sols continue d’augmenter. Les régions concernées sont la Bretagne, les Pays-de-Loire, la Champagne-Ardenne et l’Aquitaine. Alors bien joli le discours sur « l’agriculture raisonnée » ou « l’amélioration des pratiques agricoles » car les conclusions de Véronique Antoni du service de l’observation et des statistiques sont assez édifiantes. L’auteur nous explique tout simplement que les teneurs en phosphore « peuvent être interprétées en tenant compte des caractéristiques des sols et de l’exigence des plantes ». Ainsi en Bretagne, dans le Nord-Pas-de-Calais, ou en Alsace, « la plupart des sols sembleraient disposer des teneurs en phosphore suffisantes » quelle que soit l’exigence des plantes. Les apports, notamment issus de l’élevage intensif dans le cas de la Bretagne, seraient donc complètement surdimensionnés. Seuls moyens pour réduire la pollution des sols et des milieux aquatiques, le bilan du phosphore dans les sols et une fertilisation ajustée au strict besoin des plantes sont donc toujours au programme. Et nous sommes en 2009… Elisabeth Leciak


9
mars
2010

La symbiose mutualiste, summum de l’évolution

Dans le cadre d’un enquête pour le compte de TCS, je me suis procurée un ouvrage très intéressant intitulé : « Les Mycorhizes, la nouvelle révolution verte », de J. André Fortin, Christian Plenchette et Yves Piché. Cet ouvrage, édité en 2008, vous est peut-être et sans doute connu. A mes yeux, il est intéressant à deux points de vue. Le premier tient à ce que des chercheurs reconnus internationalement aient compris qu’il fallait quitter leur sacro sainte bulle scientifique pour transmettre, de manière simple et compréhensible, le fruit de leurs recherches aux personnes concernées, en l’occurrence, vous et moi. Le deuxième tient à la nature même du sujet : les mycorhizes. Je pense qu’on n’imagine pas bien encore à quel point ils sont importants dans nos agro-écosystèmes… Un futur dossier dans TCS s’impose…

Bref, dans cet ouvrage, je suis notamment tombée sur le schéma suivant, réalisé par un autre chercheur du nom de Robert Whittaker. J’aimerais ainsi vous faire partager ces quelques réflexions sur l’évolution…

Ce schéma simple explique les diverses relations qui existent lorsque deux organismes se retrouvent ensemble, dans le même habitat. La compétition est la relation primaire ou primitive, sans aucun bénéfice ni pour l’un, ni pour l’autre des deux organismes. C’est l’exemple de deux plantes qui, dans un même pot, entrent en compétition pour les mêmes éléments nutritifs. Elles finissent par se nuire mutuellement. Il s’agit d’une relation perdant/perdant. Mais au cours de l’évolution des espèces, cette forme de relation a évolué avec un bénéfice naissant de cette relation mais seulement pour l’un des deux partenaires ; histoire de sortir de l’impasse de la compétition. C’est ce qui est noté, dans le schéma, amensalisme ou antibiose. C’est l’exemple de plantes ou d’animaux émettant des substances allélopathiques ou antibiotiques, toxiques pour leur voisin. C’est aussi le cas d’une plante faisant de l’ombre à sa voisine…Cette nouvelle forme de relation évolue ensuite vers plus d’agressivité avec la prédation et le parasitisme : il y a, alors, une « volonté » d’éliminer l’autre ! Comme l’indique l’auteur, à la limite, le parasitisme est comme un cul-de-sac puisque le parasite élimine son propre hôte !

Il arrive néanmoins que certains organismes réussissent à cohabiter ensemble, sans agression envers leur « associé ». On parle alors de commensalisme. C’est l’exemple du héron garde-bœufs qui se nourrit sur le dos des bovins…Et au sommet de l’évolution des relations, on arrive à la symbiose, où les deux acteurs retirent de réels bénéfices de leur association. Parfois même, ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. C’est l’exemple de la symbiose mycorhizienne…

Ainsi et pour conclure ce petit cours d’évolution, toujours selon l’auteur, R. Whittaker, la prédation et le parasitisme sont « nés » pour échapper à la compétition mais le summum de l’évolution revient à la symbiose mutualiste.


16
octobre
2009

Piqûre de rappel

Hier soir, le programme TV, une fois n’est pas coutume, affichait une bonne surprise : la première diffusion, sur petit écran, du fameux film d’Al Gore : « Une vérité qui dérange ». Ce film a, si ma mémoire ne me trompe pas, à peu près trois ans. Déjà trois ans…

A sa sortie, au delà du tapage médiatique (qui, pour une fois, était bienfondé), ce film a réellement marqué les esprits. Mais qu’en est-il aujourd’hui, trois petites années après ? Où en sont les fameuses courbes montrées par Al Gore, la teneur mondiale en CO2 et de la température moyenne du globe ? Souvenez-vous si vous avez eu la chance de voir ce film : Al Gore, pour marquer encore mieux son public, devait monter sur un monte charge pour montrer, sur écran géant, là où les courbes s’élevaient en 2005…En quelques décennies à peine, elles avaient amorcé une ascension plus que fulgurante.

Depuis, il y a eu le film de Yann Artus-Bertrand puis, depuis la semaine passée, celui de Nicolas Hulot, « Le Syndrome du Titanic ». Et puis, il y a toutes ces actualités, ces annonces qu’on voit chaque jour dans les médias. Il y a aussi le sommet de Copenhague, en décembre prochain, suite du fameux Kyoto…Tout cela noyé dans les nouvelles quotidiennes, les remues ménage politiques…dont on a que faire, vraiment ! Mais que font-ils, justement, ces politiques face au réchauffement climatique ? Des mesurettes, pas plus. De simples mesurettes… Aucun courage là dedans, tous bords confondus.

Navrée de dire cela mais la société globale est bien triste. Heureusement et en espérant que cela suffise, certains se sont réveillés et tous les jours, d’autres se réveillent. Des hommes et des femmes, devant l’incapacité des dirigeants, œuvrent dans leur coin, dans leur quotidien. Mais comment réveiller ceux qui sont censés nous diriger ? Copenhague sera-t-il, enfin, à la mesure de ce que la planète doit en attendre ? Le doute est permis…mais l’espoir aussi !


25
août
2009

On brûle et on ramasse encore les cailloux

Hier, traversant le plateau de Langres, je pestais contre cette étouffante chaleur. A quand une pluie bienfaitrice ? A quand cette pluie qui éteindra cette fumée dense que je vois au loin ? Me rapprochant et alors que quelques jours plus tôt, fin juillet, j’étais en rogne contre les agriculteurs qui, dans mon secteur, brûlaient encore leurs chaumes, cette fumée-là était différente. Dans une parcelle immense, sans rien pour arrêter le regard, un vrai désert de terre, un tracteur charriait les cailloux, remontés à la surface par les passages répétés de déchaumeur. Et comme il faisait très sec depuis quelque temps, on ne voyait qu’un épais nuage de poussière à l’arrière de l’engin. Je n’avais jamais vu çà !

Oui, çà me met en rogne car je sais, maintenant et après plusieurs années de contribution TCS, ce qu’il faut faire pour ne plus voir çà : ne plus voir de désert, ne plus voir de nuage de poussière, de cailloux remontés et, surtout, de parcelles moissonnées sur lesquelles on gratte une allumette…alors qu’il fait plus de 30°C à l’ombre… Alors que toute la maigre vie présente en surface va y passer…alors que la végétation de bords de parcelle va roussir…

Je me détourne de ces visions, plongeant dans l’espoir que bientôt, même ici, je verrais à cette époque, des parcelles verdir de couverts, de nouveau des corridors écologiques, et des paysans fiers de ce qu’il mettent en œuvre. Des paysans acteurs de leur destin et pas de simples figurants.


14
juillet
2009

La réintroduction d’une espèce ne garantit pas son maintien

crédit : André Künzelmann / UFZ

L’azuré du serpolet (Maculinea arion), petit papillon aux tons bleutés, a disparu de Grande-Bretagne à la fin des années 70. Il a été réintroduit ces dernières années après que des chercheurs aient identifié les causes de sa disparition. Il s’agissait d’une baisse de température du sol de quelques degrés, provoquée, vraisemblablement et selon une étude allemande, par le moindre pâturage des prairies outre Manche. Le sol, plus froid, a privilégié une nouvelle population de fourmis, au détriment de Mymica sabuleti, une espèce de fourmi qui favorise, par parasitisme, le développement de la chenille du fameux papillon. Pour permettre de bonnes conditions de réintroduction sur environ 80 sites, les prairies ont dû être régulièrement fauchées pour avoir une température suffisante du sol.

On voit là toute la complexité des écosystèmes, même en agriculture. Il ne suffit pas de réintroduire une espèce disparue. Il est fondamental de trouver les causes de sa disparition et d’y remédier avant d’envisager une quelconque réintroduction. On voit aussi, à travers cet exemple, l’importance, même indirecte, de l’élevage pour la biodiversité des agro-écosystèmes.

S’appuyant sur les travaux de l’université d’Oxford, les chercheurs du centre Helmotz de recherche en environnement en Allemagne prévoient une modification des stratégies de conservation causée par les changements climatiques. En l’occurrence, le réchauffement du climat pourrait entraîner une fauche plus haute des prairies, afin de maintenir le sol à la température actuelle.



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