Victor Leforestier

  • Prétraçage avant semis de maïs au Québec
  • Roue Guttler et poid additionnel sur élément de semis John Deere
ÇA TWITTE !
12
juin
2017

Depuis le 15 mars je travaille sur la ferme...

Depuis le 15 mars je travaille sur la ferme familiale en Seine-Maritime. Un strip-till Stripcat est arrivé sur la ferme l’année dernière et comme j’étais en voyage (lien) c’est seulement cette année que j’ai moi même strip-tillé.
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Après 15ha semés, dans 3 champs différents et 3 conduites différentes, j’ai compris beaucoup de choses :

  • L’importance de « la petite poussière » dont parle Jocelyn Michon, Phil Oberli et Phil Pastoureau : quand il y a la petite poussière sur l’outil c’est que les conditions sont extra. En début de saison il faut savoir être patient et accepter de voir semer les voisins en tradi, qui eux « forcent » pour semer. Faire de la poussière fin mars ce n’est pas gagné d’avance…
  • Pourquoi Jean-Philippe Lecaron a semé ses betteraves en TCS cette année. Avec de l’eau juste avant de démarrer les semis il fallait être patient et confiant en la météo à venir pour attendre et rentrer dans les champs avec le strip-till. En betteraves, semer une semaine plus tard c’est perdre quelques tonnes potentielles. De plus préparer ses terres en 3m à 8km/h (un strip-till en 6 rangs à 50cm) au lieu de 4m c’est vrai que ça va moins vite, et pour un résultat moins sécurisant en strip-till c’est vrai. Comme me l’a dit Jean Philippe « Cette année j’ai préfèré préparer en TCS et semer tôt je dors beaucoup mieux ! » la tranquillité d’esprit ça compte aussi ! J’ai beau être convaincu de la technique strip-till je dois dire que j’étais assez soulagé une fois nos betteraves levées ! Le strip-till est une idée « simple » qui comme toute les idées simples nécessite beaucoup de réflexion !
  • Pourquoi Antoine Chédru s’est fait un strip-till rotatif sur la base d’une fraise Kuhn : la betterave est une graine chère et qui n’accepte pas l’à peu près. Il faut un lit de semence nivelé, affiné, et rappuyé pour semer à 1,5cm. Antoine passe une première fois son strip-till maison à 15cm et 10km/h puis laisse blanchir le temps de semer son lin. Il revient ensuite avec la fraise localisée combinée au semoir.

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Pour l’instant avec un strip-till « classique » deux passages me sont nécessaires pour affiner la bande, et ensuite je reviens semer avec le semoir seul ce qui me fait 3 passages.

  • Pourquoi Damien Brunelle a demandé la construction d’un « condor line » aux établissement Religieux. Dés sa première année en strip-till il me parle de la difficulté à obtenir une levée homogène : la terre fine faisait défaut, ainsi que le rappuis. Il s’est approché des établissements Religieux pour leur expertise en matière d’outils de travail du sol. Sa réflexion a aboutit au Comdor line désormais commercialisé. C’est un outil qui reproduit sur la bande le travail des outils classiques de préparation betterave. Par rapport a un deuxième passage de strip-till, le Comdor Line apporte du rappui avec des croskilettes localisées et surtout un flux de terre bien canalisé dans la bande ce qui évite toute projection qui dénivelle le terrain et donne des caches aux limaces. En plus le Condor Line lui permet de travailler 6m de large avec un tracteur de 120ch, pour un débit de chantier et une conso de gazoil ridicule ! Sa démarche en agriculture de conservation a d’ailleurs été reconnue car Damien a été élu « betteravier de l’année » ce printemps.
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  • Pourquoi Philippe Oberli fait 3 passages de strip-till : 1 à l’automne puis 1 premier au printemps (pour ouvrir, accélérer le ressuyage), puis un deuxième pour affiner le lit de semence et localiser du 18-46 à 5cm. Chaque passage lui permet de localiser de l’engrais : la potasse à l’automne, l’azote à 15cm au premier passage de printemps puis le dernier passage permet de soulager la logistique du semis (le semoir n’est pas ralenti par les remplissages d’engrais) et d’obtenir un lit de semence proche de la perfection. Quand je l’ai visité cette automne je suis reparti avec l’idée qu’il en faisait peut être un peu trop … mais finalement il n’y a pas de surprise, il faut reproduire sur la bande ce qui se fait en plein en traditionnel. Et au regard de la levée et de l’homogénéité des champs, il n’a pas à le regretter !

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Tout ça pour dire qu’au RTK à 4,5 à l’heure en semant des betteraves on a le temps de réfléchir …
Merci à ceux qui ouvrent la trace et qui partagent leur expérience : j’ai beaucoup apprécié être « colporteur » d’info et d’expériences alors que je travaillais chez Sly, désormais faire « chez moi » est à la fois un challenge et un grand plaisir.


6
octobre
2015

Animaux composteurs

Dans cet article Romain Loiseau nous présentait la ferme "Polyface" de la famille Salatin :
Entre les deux couches de paille ou de plaquette de bois et de déjections, du mais et de l’orge sont semés et laissés à fermenter.” “Après que les vaches soient retournées au pâturage à la belle saison, viennent les cochons qui occupent l’étable pour une quarantaine de jours. Ils remuent donc cette litière compactée qui peut aller jusqu’à 1,20 m de haut pour y trouver le maïs fermenté (dont ils raffolent). La litière anaérobie s’oxygène et le compostage peut alors commencer.

Lorsqu’ils sont à l’étable les cochons se nourrissent exclusivement des grains fermentés dans le fumier. Le maïs marche très bien, mais d’autres céréales peuvent être utilisées.

Afin de transformer le fumier en compost, ils utilisent le comportement fouisseur du cochon pour remplacer l’énergie fossile d’un tracteur et d’un retourneur d’andain. JPEG - 294.3 koJPEG - 310.9 ko

Dans le même style, Karl Hammer dirige Vermont Compost Company, une station de compostage qui utilise des poules pour retourner les tas ! Karl Hammer est producteur de compost et souhaitait produire des oeufs, sans avoir à acheter de grains pour nourrir les poules. Son compost consiste en un mélange de fumiers, de déchets verts, et de poubelles organiques. Le compost est déposé en andains et retourné lorsque nécessaires. Les poules interviennent au début de la phase de composte et se nourissent exclusivement de ce qu’elles trouvent en grattant et retournant les andains, et cela même en plein hiver tant que le tas dégage assez de chaleur pour faire fondre la neige. Les poules n’ont pas accès aux tas de composts matures, elle doivent rester travailler au début du compostage. L’action des poules est également bénéfique lorsque les matières premières du compost sont très carbonées, les fientes des poules au C/N faible participent à l’équilibrer. D’après K.Hammer ce n’est qu’à l’arrivée de la mécanisation en agriculture que l’on a commencé à cultiver du grain pour les volailles, les céréales récoltées à la main l’étaient principalement pour la consommation humaine, la volaille se nourrissant des déchets et de ce qu’elle trouvait elle même. Ses poules sont peut être moins productives que des "formules 1" en poulailler mais la qualité des oeufs et de la viande serait bien supérieure. (Les sous-titres en français sont disponibles : cliquer sur "sous titres" puis dans "paramètres" -> "sous-titres" sélectionnez "français")

Grâce à leur régime alimentaire, leur fouissage, leur grattage et leur "picorage", les poules de Karl Hammer et les cochons de Joel Salatin sont devenues des membre de l’équipe de compostage, presque des collègues de travail ! En tout cas ce sont des exemple de bien être animal et d’élevage low-cost où la production n’est pas seule responsable de la rentabilité d’un atelier mais également son service rendu à l’entreprise globale.


23
juillet
2015

Tour du monde du trafic contrôlé

Les 18 et 19 Juin dernier se sont déroulées à Prague les rencontres internationales du trafic controlé ou CTF. Des agriculteurs, chercheurs, et techniciens du monde entier étaient réunis pour échanger sur le sujet. Les présentations de ces journées sont disponibles sur la plate forme "Smart Agri System" de CTF Europe : http://smartagriplatform.com/CTF201... Il est intéressant de voir que malgré la diversité des situations, des grandes plaines du Canada aux champs de canne à sucre australiens, les observations vont dans le même sens !

Josef Ula de l’Université Tchèque a testé un système en CTF de 6m sur une parcelle de 10ha pendant 5 ans. JPEG - 130.2 ko Les tracteurs sont en voie classique de 1,80 à 2,20m mais grâce à la largeur des pneumatiques et à un peu de "jugeote" la surface non roulée est de 68%. Il a constaté une meilleure inflitration de l’eau (comparativement à une parcelle non CTF), une baisse de l’érosion et une amélioration de la portance dans les passages de roue. Comme quoi il n’est pas forcément nécessaire d’être en voie de 3m avec des outils très larges pour récolter les bénéfices du trafic controlé.

Il n’y avait pas encore de français à cette conférence, peut être à la prochaine ?


1er
octobre
2014

Strip-till d’automne : c’est maintenant !

Les colzas lèvent et les semis de céréales vont bientôt commencer, c’est le moment de tracer vos bandes pour les cultures de printemps 2015.

Tracer tôt

C’est l’état de ressuyage du sol qui dicte la période à laquelle vous pouvez travailler. En ce mois de septembre, et contrairement au mois d’août, les sols sont ressuyés plus en profondeur, aidés par la pousse des couverts. Ne vous attachez pas trop au stade du couvert car si vous attendez que le couvert ait finit de se développer (fin novembre par exemple), les conditions de sol sont souvent trop humides pour intervenir en profondeur.

L’avantage de tracer dans un couvert en pousse " active " c’est que ses racines vont revenir tenir le passage de la dent, et qu’il est plus facile de régler la machine.

Strip-till d'automneStrip-till au 11 septembre 2013 dans une plate forme de couverts, coopérative AGORA (60). Environ 12% d’argile dans cette parcelle. Les rouleaux ont été levés pour laisser une butte.

JPEG - 692.7 ko Vue de dessus en février.

JPEG - 103 ko Voici le profil. L’avoine a "tenu" la bande, qui est croûtée en surface mais pas reprise en masse. En poussant le couvert a relié l’inter-rang à la bande travaillée. Plus le couvert est développé, plus la bande a été facile à reprendre.

Faire une butte

Lorsqu’on strip-till à l’automne, on recherche un aspect de surface nivelé, motteux et butté :
- Nivelé car on viendra ressemer au même endroit, donc il ne faut pas de trous ou de bosses (qui peuvent se former si le sol est trop sec)
- Motteux car il faut passer l’hiver sans reprise en masse de la surface
- Butté pour améliorer le ressuyage de la bande au printemps, et faciliter la reprise éventuelle. Cela s’obtient en escamotant les rouleaux du strip-till, et en pinçant les disques vers l’arrière pour monter la terre.

Strip-till stripcat automne Les rouleaux sont bloqués en position haute

Dans la mesure où vous tracez dans un couvert, il n’y a pas de risque à passer tôt. Si vous attendez de finir vos semis de blé, il y a des chances que ce soit trop humide !

Travail en buttes Travail avant betteraves chez Vincent Michotte (Belgique).

Bon strip-tillage !


29
août
2014

La bergère urbaine des temps modernes

Au début du mois se tenait à Londres la conférence internationale de l’Institut Savory. Alan Savory c’est l’homme qui promeut la restauration de la fertilité des grands espaces herbeux de notre planète grâce une gestion approprié du pâturage des ruminants pour. VOIR ICI SA VIDEO. L’institut qu’il a créé avait réuni un panel très large de producteurs, de cuisiniers, ou encore de médecins sur le thème "Quel modèle agricole proposer pour alimenter les populations, en améliorant l’environnement et les connexions entre tous ?". Loin de l’ensauvagement forcé qui reste dans l’idée de beaucoup de scientifiques la meilleure forme de protection, de conservation, l’esprit du Holistic Management est d’utiliser les savoirs disponibles pour régénérer les écosystèmes, c’est à dire lutter contre la désertification, l’érosion des sols, retrouver une eau de qualité, capter du carbone dans les sols, etc. Cela peut sembler un peu « hippie » comme philosophie : retourner à la « nature », faire pousser des légumes bio, et élever des animaux à l’herbe … la différence c’est qu’aujourd’hui ce sont des hippies éclairés, leur connaissance des processus écologiques et agronomique est grande, et que si ils sont respectueux des traditions, la technologie est ici au service de l’intensification écologique.

J’aimerai vous présenter plusieurs personnes que j’ai rencontré, avec qui j’ai discuté et à côté desquelles je me suis senti tout petit.

La première est Brittany Cole Bush. Titulaire d’un master « design durable et développement des communauté » de l’Université de Santa Cruz c’est une bergère californienne, autodidacte, artiste, créatrice, et passionnée d’élevage. C’est alors qu’elle voyageait en Afrique et au Mexique qu’elle a été attiré par l’élevage et c’est en rentrant en Californie qu’un éleveur lui a donné sa chance et l’a formé.Aujourd’hui elle vole de ses propres ailes et aidé de 3 bergers elle gère aujourd’hui 4 troupeaux d’un total de 1600 chèvres et moutons en zone péri urbaine. JPEG - 195.4 ko Elle pratique le pâturage environnemental en pâturant les bandes « coupe feu » du comté de Santa-Cruz en Californie. Elle a répondu à 4 appels d’offre pour l’entretien de ces zones qui appartiennent au comté et a monté sa troupe en conséquence. C’est un peu comme si la commune de Marseille lançait un appel d’offre pour entretenir les friches et sous bois qui entourent la ville pour empêcher les feux de forêt, à travers cités, échangeurs et zones pavillonnaires.

Elle utilise son troupeau pour réduire la quantité d’herbe potentiellement inflammable, lutter contre l’envahissement de plantes comme la cigüe ou les ronces (hé oui il faut que la « nature » soit entretenue quand les citadins courent ou font du vélo), et régénérer les peuplement de séquoia dans les forêts. JPEG - 193.1 ko Les moutons et les chèvres consomment l’herbe inflammable JPEG - 203.8 ko Ils consomment également les espèces invasives JPEG - 195.5 ko Préférez vous les chèvres ou les épareuses, et autres broyeurs ?

Selon les contrats, elle est payé de 400 à 1000$/jour de pâturage avec un chargement de 560 animaux/ha/jour. Le pâturage de ces terrains publics se fait 6 mois de l’année selon un planning établi à l’avance. L’anticipation est essentielle car pour transporter 1600animaux d’un endroit à un autre il faut parfois faire de nombreux kilomètres, louer un semi remorque (400 moutons/semi) ou emprunter des remorque des voisins (180 animaux par remorque). Imaginer bloquer des routes pour faire marcher 500 moutons d’un quartier à un autre ! Tout l’élevage se fait en plein air, il n’y a qu’en hiver que les animaux sont abrités, les brebis agnellent sur des chaumes de luzerne chez des agriculteurs.

La plupart des animaux sont commercialisés dans le circuit conventionnel mais il existe un débouché pour des animaux nourris à l’herbe et Brittany développe petit à petit une filière courte. Je vous invite à parcourir son site internet, si vous ne parlez pas anglais, cliquer sur l’onglet « gallery » vous verrez ces débrousailleuses sur pattes en action.

Brittany m’a fait penser que les agriculteurs ne devaient pas forcément voir les "services environnementaux" d’un mauvais oeil, il peut y avoir de nouvelles opportunités. En créant un système léger, sans grosse infrastructure, Brittany produit de la viande de qualité, gagne sa vie et celle de 3 salariés, en restaurant la biodiversité d’espaces qui était auparavant débroussaillés à l’énergie fossile. Voir que l’agriculture peut attirer des gens entreprenants et passionnés qui ne sont pas originaires du milieu agricole ça fait aussi très plaisir !

Aux bergers qui lisent ce poste, écrivez lui elle rêve de découvrir les pyrénées !


21
mai
2013

GPS : la tête dans les étoiles

Grâce à la mise en place des réseaux, et aussi des prix rémunérateurs, l’auto guidage par GPS commence à se démocratiser en France. Côté travail du sol plus le nombre de passages est élevé plus la technologie est rentable, alors qu’en est-il en AC ou par définition le nombre de passages est réduit ?! En quoi la technologie est-elle intéressante ? Si dans un système traditionnel l’économie se fait plus sur le recoupement entre passages, en AC elle se fera plus sur la qualité du travail. Il n’y a parfois qu’un passage de préparation, donc en proportion l’équipement de guidage coûte plus cher par passage ! Retours d’expériences et tour d’horizon de l’usage de l’auto guidage en agriculture de conservation ...

Strip-till Le strip-till est probablement la technique qui valorise le mieux l’auto guidage dans un système en TCS. Des passages rectilignes permettent un semis de qualité exactement au milieu de la bande, ce qui sera le gage d’une levée homogène, premier critère de réussite pour les cultures en ligne. Si en écartements larges l’autoguidage n’est pas indispensable, en écartements réduits comme à 45 ou 50, il l’est quasiment. De l’aveu même des agriculteurs la conduite au semis est très fatigante. Regardez cette présentation de l’Université de Purdue, à partir de la diapo 19.

Graph p.23, de gauche à droite :
- 135q pour le semis sur strip-till guidé par RTK
- 131.5q pour le semis sur strip-till sans guidage soit -4q ! A l’Université du Minnesota Jodi DeJong-Hughes a mesuré une perte de rendement qui peut aller jusque 5% ! Pour un rendement de 100q/ha et avec du maïs à 200€/T, ça donne Alors l’auto guidage n’est pas indispensable pour démarrer et réussir en strip-till, mais peut être que sans, la technique n’est pas valorisée à son maximum.

Colza strip-till semé hors du rang

Colza semé au bord de la bande, la différence de levée est nette A quoi ça sert d’affiner le travail du strip-till si c’est pour semer à côté ? ...

Valoriser le guidage au maximum Pouvoir se guider même en pleine nuit ou dans le brouillard et la poussière peut être un avantage. Ainsi ce printemps la CUMA du Rosay dans la Sarthe a pu préparer et semer 250ha en 6jours grâce à l’autoguidage. Nicolas Denieul le reconnaît, sans cet équipement ce printemps, impossible de semer les maïs à temps et de profiter des courtes fenêtres météo. La CUMA est équipée d’un Stripcat 5 rangs à 75 tirée par un tracteur en voies de 2.20 guidé par un signal RTK (comme ça le tracteur ne roule pas sur les rangs strip-tillés) et d’un semoir en 6rangs lui guidée par un signal précis à 10cm, mais qui est recalé régulièrement. Ce type de configuration où le nombre de rangs de strip-till et de semoir ne sont pas égaux semble risqué, mais lorsque le signal RTK est bon, et qu’il n’y a pas trop de dévers, cela comporte plusieurs avantages. Cela permet d’être facilement à voie pour le tracteur qui trace et de modérer l’investissement sur le strip-till (un élément en moins et pas de repliage), qui est reporté sur de l’auto guidage mais qui est lui, valorisé sur toute la ferme.

Lors de ce printemps assez difficile pour les semis sur strip-till d’automne/hiver, on a clairement vu qu’il était bien plus facile de reprendre des bandes grâce au guidage. L’outil reprend exactement les lignes du strip-till, c’est une grande sécurité et ça aide à avoir un travail impeccable.

Betteraves sucrières En betteraves, où les agriculteurs sont souvent habitué à semer en 12 rangs, le passage au strip-till n’est pas forcément facile. Une machine 12 rangs est cher, et demande beaucoup de puissance. L’auto guidage avec une précision centimétrique permet de travailler en 6 rangs, et de semer en 12. Cela nécessite un bon paramétrage de l’équipement de guidage mais c’est tout à fait faisable.

Pour finir ces histoires de correspondance nb de rangs strip-till/nb de rangs semoirs, pour les gros producteurs cela permet aussi d’essayer une nouvelle technique à moindre frais. Ainsi dans nos clients nous avons plusieurs gros producteurs de maïs qui se sont fait la main avec des machines de 4 ou 6 rangs (alors qu’ils sèment en 12) avant de repartir sur des machines plus larges.

Monoculture de maïs et strip-till Toujours en strip-till, et en mono- culture de maïs, le guidage peut permettre d’affiner le travail en choisissant exactement ou travailler. A l’automne lorsque les conditions sont difficiles avec beaucoup de résidus, les tiges de maïs encore bien raides, et parfois des batteuses qui ont marqués, il peut être judicieux de tracer au bord de l’ancien rang de maïs. Ainsi on profite du couscous de surface et de la structure créée par les racines du maïs. Dans un cas comme celui là le guidage est vraiment valorisé car si on compare à un passage en milieu d’inter rang, il permet de faire un très bon travail, et plus régulier au long de la parcelle. Là encore le guidage permet un travail de qualité qui va permettre de sécuriser l’implantation du maïs suivant dans de meilleures conditions.

Strip-till avant maïs Strip-till dans des chaumes de maïs en Alsace

Les bandes tracées proche de l’ancien rang de maïs sont très souvent les plus belles, car l’outil travaille dans une terre structurée par les racines.

Bio strip-till En strip-till végétal, nos collègues d’outre atlantique font très fort. Plusieurs « no-tillers » et strip-tiller américains sèment des couverts différents sur le futur rang du maïs et dans l’entre rang, au semoir de précisions. Au printemps suivant les conditions et les espèces utilisées ils ressèment au dessus ou bien juste à côté. Voici un article qui résume bien leurs pratiques. Les graminées sont reléguées en inter-rang, alors que le radis et les légumineuses sont privilégiés sur le rang. Au printemps si les radis ont laissés de gros trous, il est possible de semer juste à côté pour ne pas semer dans les trous, mais ça sans auto guidage c’est quasiment impossible. Jocelyn Michon pratique également le le strip-till végétal depuis quelques années :

Couvert localisé au Québec Couvert de radis et de seigle au Québec

De gauche à droite : Bandes de seigle pour le futur inter-rang du maïs. "J’ai ajouté avec le Monosem Twin-row un rang de féverole et un rang de tillage radish décalés de 4 cm dans le but de semer le maïs juste à côté. Un gain en 2012 de 700 kg/ha de maïs comparé au témoin n’ayant pas eu ce traitement. Une variante : une bande d’un mélange de 4 légumineuses semées en même temps que le blé de printemps, suivi d’un semis de féverole et tillage radish. Le résultat en 2013…" Jocelyn confirme que sans GPS "c’est quasiment impossible"

Astuce Jocelyn Michon a aussi choisi de laisser des bandes non semées dans son couvert de seigle. Il le reprend ainsi facilement au printemps avec son « strip-till light » avant de semer son maïs. Ainsi il peut laisser le couvert de seigle plus longtemps sans être embêté par la couverture et le chevelu racinaire du couvert et ainsi avoir une qualité de semis irréprochable en « Twin-row »

Prétraçage avant semis de maïs au Québec Prétraceuse avant maïs au Québec Semis de maïs sur passage de strip-till au Québec

Sous nos latitudes cette idée pourrait être appliquée au ray-grass en dérobée ! Avec les strip-till non animés travailler dans des ray-grass est souvent compliqué : grâce au chevelu racinaire dense le travail en profondeur est bon, mais en surface le feutrage racinaire empêche la fabrication d’un lit de semence et peut compliquer le semis. Si on laissait des bandes non semées à l’emplacement du futur rang de maïs, on arriverait à un bon travail avec des outils simples, le chevelu racinaire dans les premiers centimètres étant inexistant.

Semis dans les inter-rangs Au Canada ou en Australie les agriculteurs pratiquants le SD pratiquent le semis en inter-rangs.. Cela consiste à semer entre les rangs de la culture précédente pour gérer facilement les pailles avec des semoirs à dents, et de profiter du micro climat présent entre les chaumes. Pour des petites graines comme le canola (colza de printemps) ou bien la lentille, cela permet de les protéger du froid lors de leurs premières semaines de pousse. Dans leurs cas avec leurs semoirs de grande largeur, des crochets suiveurs avec palpeurs complètent le guidage du tracteur. Semis chez Steve Larocque : trafic contrôlé et semis dans l’inter rang : du billard !

Dans sa vidéo Steve explique que dans un inter rang de 30cm, il sème du blé, puis du canola (colza de printemps), puis de nouveaux du blé, en localisant à chaque fois du Phosphore. Le pois semé cette année le sera donc dans un inter rang avec les reliquats de Phosphore des années précédentes. En plus de gérer les résidus, le semis en inter rang permet de valoriser au maximum la fertilité : pour S.Larocque le semis dans les inter-rangs est une évidence ! Bien que les inter rangs que nous utilisons sont souvent inférieur à 30cm, peut être que cette technique pourrait être mise à profit en semis direct pour semer les colzas après les pailles par exemple.

Lin semé en direct dans la paille

Semis de lin dans un couvert de seigle vivant, détruit après le semis. Chez Yvan, paysan Québecois, alias "Lulu" sur agricool. Décidemment ces Québecois !

La technologie peut donc aussi être valorisée dans des systèmes très simples comme en SD. Elle peut également permettre de semer la nuit ou dans des conditions difficiles pour profiter des fenêtres météo favorables : moins il y a de passages, moins on a le droit à l’erreur ! Philippe Pastoureau confirme qu’on peut semer dans des conditions où la visibilité est quasi nul, "c’est ce qui nous arrive souvent lorsque l’on sème au compil sur des fanes de maïs grain. Cela nous est très utile également pour les épandages de lisier avec une rampe, on ne saurait s’en passer."

Dans ces trois derniers exemples, le recours à la technologie permet de résoudre des problèmes !

Trafic contrôlé A force de se guider dans les mêmes traces, on se rapproche du "trafic contrôlé" ... Largement répandu en Australie et à ses débuts en Europe grâce au réseau "CTF Europe", la technique permet de confiner les différentes machines toujours sur les mêmes passages, et ainsi maximiser la qualité de sol là où ne roule pas. Cette technique peut permettre de faciliter le passage au travail réduit voir au semis direct, car entre les voies la structure sera préservée et pourra évoluer plus rapidement :
- on passe toujours au même endroit
- idéal pour les TCS et le semis direct
- meilleur drainage
- diminution de la consommation de carburant (la bande où on roule est plus ferme, et la sol où travaille l’outil est plus meuble)
- la structure globale du sol est améliorée : meilleure efficience de l’eau et des engrais.
- de 5 à 10% de rendement en + (là où on ne roule pas, et toutes les cultures ne montrent pas cette augmentation de rendement)

Voici la présentation de Nicolas Dubuc, qui explique de manière simple le trafic contrôlé. Je vous redirige vers cet article du Bulletin des agriculteurs qui explique l’expérience de Clay Mitchell dans le domaine, et comment il repousse les limites de l’agriculture de précision.

Voici le témoignage de Julian Gold (avec un accent so british), qui pratique le CTF en Angleterre en 10m de large.

Si la technique est plus répandue en culture, elle est aussi valable pour les fourrages :

La portance est préservée, l’herbe n’est pas abîmée, et si il faut réparer les dégâts, ils sont localisés à un endroit... Avec la météo de ce printemps (et de l’automne dernier !), ce genre de système fait rêver, et n’est peut être pas si difficile à mettre en place. Finalement si il ne doit plus rester qu’un semoir (ou deux !) sur la ferme, est-il si compliqué, et si cher de faire correspondre leurs largeurs avec la batteuse et le pulvérisateur ?

Vous l’aurez compris, le but de cet article n’est pas de vendre du GPS, on peut faire sans ! Mais une fois qu’on est équipé on peut aller loin ! Au delà des économies de passage (bien relatives dans un système en TCS) le recours à la technologie sera toujours plus valorisé si il permet de faciliter la mise en place de l’AC et faire des choses qu’il n’était pas possible de faire auparavant. Les réseaux AC étant très dynamiques, on peut s’attendre à des applications qui restent encore à inventer...semis de trèfle entre les rangs de blé, relay-cropping, décompactage localisé aux roues du matériel de récolte, traitements localisés, cartographie de sols ... L’auto guidage est une technique qui est amené à se développer, il serait dommage de ne pas y penser lors de votre prochain investissement tracteur !

Et puis, quand le tracteur se conduit tout seul ... on peut lire le dernier TCS !!!

Merci aux fous qui m’ont permis de compléter cet article !



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