Shane Bailey

  • Chardon s'installant dans une prairie surpâturée
  • Pâturage et adventices
  • Communauté microbienne du sol (photo : Uffe Nielsen)
7
novembre
2016

Kévin Morel, Marne : histoire d’une transition vers le tout à l’herbe

JPEG - 216.8 koKévin est un jeune agriculteur passionné par l’agronomie. Une fois son BTS spécialité agronomie en poche, Kévin se lance dans l’aventure. Il y a deux ans, il reprend une ferme de 140 ha dans la Marne, limite Meuse. L’exploitation se divise en deux activités principales : les grandes cultures en semis direct sous couvert et un élevage bovin allaitant. Son prédécesseur travaillait en système bâtiment, au printemps les vaches se partageaient 70 ha de prairies. Très rapidement Kévin décide de limiter ses frais sur l’atelier élevage, il se tourne alors vers un système herbagé. Le parcellaire très divisé l’oblige à conserver plusieurs lots pour éviter les déplacements de troupeau par la route.

Récolte des excédents avec le matériel à dispositionLa saison de pâturage dans la marne s’étend de mars à fin octobre. Malgré des sols de limons hydromorphes, Kévin pense gagner un à deux mois de pâturage en fin d’automne et finir la saison en novembre-décembre. Le but est de favoriser la production à l’herbe pour limiter le temps en bâtiment. Son potentiel de production est estimé entre 16 et 18 tonnes de matière sèche par hectare, assez bien réparti sur l’année malgré un faible creux estival. Les flores endémiques sont majoritairement composées de ray-grass anglais et de trèfle blanc. L’alimentation hivernale est basée sur les foins réalisés au printemps dans les parcelles débrayées ainsi que par les couverts végétaux enrubannés (Avoine brésilienne, vesce, trèfle d’Alexandrie, pois fourrager…) sur les parcelles en semis direct.

Dans un premier temps Kévin décide de mettre en place un système « couloir » sur 17 ha. La parcelle est découpée en 8 couloirs dans le sens de la largeur, pour avoir les couloirs les plus long possibles. Les objectifs sont multiples : engraisser les animaux avec de l’herbe d’une qualité optimale grâce à une taille de parcelle toujours adaptée tout en apprenant à gérer le pâturage à l’aide du fil avant fil arrière.

Le système de couloir est très pédagogue, il permet un enseignement simple et rapide du pâturage tournant. En effet, la taille variable des parcelles permet d’allouer plus ou moins de ressources en fonction de la taille et des besoins du lot. Au changement de parcelle le jour suivant, en fonction de la hauteur des résiduels et du comportement animal, l’éleveur juge son travail. Il lui suffit de modifier la taille des parcelles les jours suivants en fonction de ses observations afin de répondre au plus juste aux besoins de ses animaux. Une pesée régulière permettrait de juger au plus près les performances. Les couloirs ont une largeur de 40m. Dans le sens de la longueur les piquets sont placés tous les 25m. Les mesures de surface sont donc simples, un carré entre 4 piquets représente 1000m². La dimension des parcelles à dessiner est simple, il suffit de compter le bon nombre de piquets et le tour est joué !

Le couloir d'engraissement : les engraissées à gauche, les taries à droitePour un engraissement optimal des génisses de 2 ans à l’herbe, Kévin utilise deux lots d’animaux : les « engraissées » et les « nettoyeuses / esclaves ». Les deux lots se suivent dans un même couloir avec un jour d’intervalle. Les lots sont conduits en 24h. Le premier lot profite de la qualité dans une parcelle de grande taille, le deuxième mange les restes et prend soin de la flore. Dans cette situation, les animaux du premier lot ne sont pas en concurrence pour la nourriture de qualité. En revanche, le deuxième lot doit consommer l’ensemble des refus des « engraissées ». La taille des parcelles est définie pour répondre aux besoins des deux lots. Le lot de « nettoyeuses » est composé soit des vaches taries, soit par les jeunes d’un an. Le cas échéant, des jeunes génisses de 18 mois nettoyaient les parcelles. La phase de transition nécessite toujours quelques concessions.

Un des objectifs du troupeau dans les années à venir est le vêlage à 24 mois. Les animaux doivent donc croître rapidement, la conduite en couloir est adaptée à ce type de conduite. Elle permet d’obtenir une croissance exceptionnelle grâce à de l’herbe de qualité tout au long de la saison de pâturage. Pour obtenir un vêlage à 2 ans, la saillie doit avoir lieu à 15 mois lorsque 60% du poids adulte est atteint. Si ce critère n’est pas respecté, la croissance des génisses est compromise. Le vêlage est effectué à 90% du poids adulte. La génétique est un atout important pour atteindre ces objectifs : la race Aubrac, grâce à son faible gabarit est adaptée à cette conduite. Le sevrage doit avoir lieu vers le 15 juin lorsque la pousse diminue. Les animaux sevrés sont alors conduits sur les parcelles d’engraissement en couloir.

La conduite du troupeau est simple, le troupeau est actuellement composé exclusivement de charolaises. Trois taureaux sont présents pour 70 vêlages par an : deux charolais et un limousin. La race limousine apporte une facilité aux vêlages sur les génisses, un atout non négligeable pour limiter les interventions humaines. Aussi Kévin observe que les veaux croisés sont plus vifs et plus autonomes dès la naissance.L’éleveur préfère les saillies naturelles aux inséminations, elles lui permettent de gagner du temps et limitent les sorties de trésorerie.

Le jeune éleveur souhaite adapter sa troupe au pâturage, il a pour cela investi dans une petite dizaine de vaches Aubrac. « Leur gabarit est plus petit, elles sont mieux adaptées à l’herbe…  » Kévin espère également profiter des qualités maternelles de la race Aubrac.Cette année encore, il a dû aider un veau à téter, une opération qu’il qualifie de « perte de temps ; faire boire un veau, ça me tue ! ». A l’avenir Kévin a prévu d’acheter un taureau Aubrac pour son nouveau troupeau. Le faible gabarit de la race Aubrac lui confère des qualités supplémentaires : une facilité de pâturage sur des prairies peu portantes à l’aide d’un poids plus faible, une croissance rapide à l’herbe et bon instinct maternelle. La différence de conformation entre les deux races ne pénalise pas l’Aubrac. En effet, ces dernières années le marché porteur se tourne vers la viande hachée, il n’est donc pas nécessaire de s’obstiner à produire des bêtes parfaitement conformées dont la valorisation (des quartiers arrières notamment) ne paierait pas les dépenses liées à ce type de finition. Le taux de renouvellement est de 30%, soit 20 génisses par an. Le nombre est élevé selon Kévin, mais l’adaptation du troupeau à ses critères nécessite un renouvellement important.

JPEG - 137.7 koEngraisser les broutards. Grâces aux économies de surface réalisées, Kévin pense dorénavant engraisser une partie, voir l’intégralité des mâles. Pour accomplir cet objectif, cette année, un mélange à base de chicorée, plantain, et trèfles associés a été implanté. L’objectif de se mélange est de produire de la nourriture de qualité durant tout l’été soit à partir du 15 juin. Les flores conventionnelles commencent à ralentir leur pousse à partir de cette date. Les broutards de l’année seront engraissés sur deux printemps pour une période totale de 18 mois. Après le sevrage au 15 juin, les veaux mâles seront conduits sur les couloirs de chicorée. Les changements de parcelle seront effectués toutes les 24h jusqu’à l’automne. L’hiver sera passé en bâtiment avec une ration simple composée majoritairement de foin et de couverts enrubannés. Dès le printemps suivant, les animaux seront finis sur la chicorée jusqu’à l’âge de 18 mois (fin juin de l’année suivante). Les parcelles ainsi libérées seront utilisées pour les veaux de l’année. L’essai doit commencer ces jours-ci avec une dizaine de mâles, si les clôtures sont posées à temps…

Les flores présentent sur la majorité des surfaces sont des flores endémiques. Les espèces dominantes sont ray-grass, trèfle blanc, fétuques. L’exploitation de Kévin était composée de prairies permanentes avant la reprise. Sur des parcelles dégradées, le jeune agriculteur décide de détruire la flore existante pour implanter un nouveau mélange. Après 1 an d’implantation, l’éleveur qualifie cette opération comme « la plus grosse connerie que j’ai faite depuis que je me suis installé  ». En effet, les parcelles sont aujourd’hui envahies de rumex alors que cette plante n’était pas présente avant. La portance a été perdu car il a fallu travailler légèrement le sol après un semis direct échoué. Le printemps pluvieux de cette année n’a pas non plus favorisé cette portance. Un désherbage a été réalisé début juin sur ces parcelles pour limiter l’invasion d’adventices ce qui retarde d’autant plus le pâturage de plusieurs mois, la qualité alimentaire de la prairie sera perdue bien avant cette date. Kévin pense dorénavant conserver toutes ses parcelles de prairie naturelle et améliorer la flore directement à l’aide du pâturage.

(Les objectifs de flores)

Pour le moment Kévin ne possède pas de parc de contention, mais il a accès à une bascule chez un de ses voisins. Cet outil lui permet de peser ses lots en début et en fin de saison. Une pesée plus régulière permettrait un meilleur suivi des performances animales, mais la distance entre les ilots complique le lieu d’implantation d’un parc de contention en dur. Un parc mobile équipé d’une pesée serait un atout pout notre éleveur.

Après seulement un printemps de pâturage tournant Kévin est déjà satisfait. Il souhaite étendre son système « couloir » sur une majorité de ses ilots, les 17 ha sont aujourd’hui insuffisant pour l’ensemble du troupeau « je regrette de ne pas avoir clôturer toute la propriété dès cette année » répète Kévin. Affaire à suivre !

écrit par Guillaume Tant


3
octobre
2016

Bertrand Patenôtre : valoriser les couverts végétaux grâce à l’élevage ovin

JPEG - 168.5 koBertrand est céréalier dans l’Aube sur 175 ha. Il pratique le semis direct avec couverts végétaux depuis près de 20 ans. Pour valoriser la biomasse produite avec les couverts l’agriculteur décide de se lancer dans l’élevage ovin. Il achète 500 brebis romanes et construit une bergerie pour les accueillir. Le système est très intensif 3 agnelages en 2 ans, tous les agneaux sont engraissés en bâtiments. Les mères sortent juste en automne pour consommer les couverts. L’élevage est chronophage. En 2014, après le départ de son ouvrier, Bertrand décide de simplifier son système de production ovine.

Pour limiter le temps de travail, lié au bâtiment et au 3 en 2 Bertrand passe à un agnelage par an. Il implante par la même occasion 15,3 ha de prairie. La prairie permet d’accueillir la troupe durant les ¾ de l’année, les brebis paissent les couverts végétaux le reste du temps. L’ilot est découpé en 24 parcelles de 60 ares. Un couloir central permet de conduire les animaux d’une parcelle à l’autre. Les animaux sont déplacés tous les 3 jours de janvier à août. L’agnelage à lieu en août juste avant l’exploitation des couverts. La troupe évolue donc à contre sens d’un système ovin classique, le pic de production à lieu à l’automne. Les 100ha de couverts produisent 2 à 10 tonnes de matière sèche à l’hectare, ils couvrent l’intégralité des besoins de la troupe en automne.

JPEG - 113.6 koLes parcelles de prairie ne sont jamais débrayées, l’agriculteur ne souhaite pas réaliser de frais sur le troupeau. L’herbe est souvent pâturée bien trop tard, au stade épiaison. L’éleveur n’est pas inquiet à la vue de ses parcelles, en effet, les animaux sont en période d’entretien, les besoins sont donc faibles. Le gaspillage fait partie du système : « le gaspillage va au sol ». Effectivement, les parcelles en prairies font partie d’une rotation céréalière. Tous les 4 ans, le système complet est déplacé vers un autre ilot. La matière organique gaspillée va enrichir le sol. La fertilité sera retrouvée dans les cultures suivantes (blé, orge, betterave…). La saillie se tient sur les flores riches de printemps en avril, elle n’est pas pénalisée par le stade des plantes au pâturage. (Vue d’ensemble du parcellaire)

JPEG - 128.4 koBertrand utilise des clôtures fixes sur l’extérieur de l’ilot et sur le couloir central, les divisions parcellaires sont réalisées à l’aide de clôtures mobiles pour faciliter le démontage du système. Les divisions KiwiTech 3 fils sont alimentés par un poste de 15 joules. L’extérieur de l’ilot, composé de 4 fils galvanisés, est électrifié en permanence, en revanche les divisons sont électrifiées selon les besoins. Pour faciliter l’électrification Bertrand a fabriqué un crochet à l’aide de deux plaques d’inox soudées et reliées par un câble. Il suffit de poser la pièce sur le fil à électrifier pour alimenter la portion choisie. L’investissement dans les clôtures fixes est faible, Bertrand estime le montant à 0,41€ par mètre linéaire. Les clôtures mobiles sont plus onéreuses, mais la mobilité du système oblige l’investissement. Pour limiter la charge, Bertrand pense à l’avenir utiliser des poulies pour n’avoir qu’une bobine de fil synthétique par division et ainsi diviser l’achat de bobines par 3. (Connecteur « maison »)

La conduite en rotation permet d’allonger la période de pâturage en été. L’éleveur ne craint pas la sècheresse estivale contrairement à ses voisins : « j’ai tenu un mois et demi de plus que les voisins ». Les espèces telles que la chicorée l’aide à combler le manque d’herbe estivale. Contrairement à ce que l’on peut penser, le changement de parcelle deux fois par semaine n’est pas chronophage. Les clôtures sont déjà en place, il suffit d’ouvrir la porte. Le changement prend 20 secondes ! « J’ai plus de temps pour aller dans la parcelle que pour changer les animaux ». (Vidéo changement de parcelles Shane ?)

Les romanes sont prolifiques (2,6), mais l’agriculteur manque de données depuis l’installation du système tout herbe. Son troupeau à subit de nombreux problèmes sanitaires ces deux dernières années. Le piétin a notamment pénalisé les mères en limitant leurs déplacements. Pour lutter contre ce fléau, l’agriculteur vaccine, pare ses brebis 3 fois par an et pratique des pédiluves réguliers. L’année 2016 sera la première année de référence pour l’éleveur.

JPEG - 206.7 koL’agnelage à lieu juste avant l’utilisation des couverts. Les brebis agnellent en extérieur. Elles sont conduites sur les couverts 10 jours plus tard, lorsque les agneaux sont bien vifs. L’éleveur ne souhaite pas perdre d’agneaux dans des couverts de plus d’un mètre de haut. Les agneaux sont sevrés à 90j puis le troupeau est conduit en deux lots à l’image des systèmes d’engraissement. Les agneaux mangent la nourriture de qualité sur une parcelle dessinée pour accueillir les deux lots, suivis par les mères, quelques jours après, qui nettoient la parcelle. Cette méthode permet de maximiser les performances des agneaux tout en consommant le couvert végétal présent dans son intégralité. (Pâturage des couverts végétaux)

Les praires permettent d’introduire une culture pérenne dans la rotation. Les retours de biomasse au sol sont importants ce qui a un impact positif sur l’ensemble de la rotation. Le mélange implanté est varié afin de produire toute l’année. Les espèces principales sont ray-grass, fétuque, trèfle blanc, violet, sainfoin, lotier et chicorée. La chicorée permet une production estivale importante, néanmoins, le cycle d’exploitation lent entraine souvent une consommation à l’état de tige. La tige n’est pas mangée par les brebis, ce qui nuit à l’esthétique des parcelles, cependant, la chicorée forme de nouvelles feuilles à chaque nœud. Il est possible que des génisses soient ajoutées au système afin de nettoyer les parcelles après le passage des brebis. L’élimination de la matière morte stimulera les pousses suivantes. Les vaches permettront d’une part d’améliorer les performances ovines en jouant sur la qualité prairial, et d’autre part d’augmenter la quantité de viande/hectare produite.

Les couverts sont l’alimentation principale des brebis durant les périodes de besoins importants (agnelage et lactation). La flore des couverts est variée, la qualité est au rendez-vous. Le mélange biomax composé d’avoine brésilienne, fèverole, radis, navette, tournesol, pois fourrager, vesce, phacélie est vert tout l’hiver. Cependant, Bertrand craint un gel précoce, celui-ci anéantirait toute la production. Dans le cas d’un hiver rigoureux, l’agriculteur n’envisage pour le moment qu’une seule solution : le nourrissage en bâtiment. Une alimentation en extérieur sur des parcelles portantes peut également être envisager. Elle permettrait de réduire les coûts de productions, de bénéficier d’avantage agronomiques intenses (retour de gros volumes de biomasse au sol), tout en s’affranchissant d’un bâtiment vide depuis 2 ans...

L’exploitation vient de retrouver son état sanitaire, les résultats ne seront plus pénalisés. Bertrand est dans la première année complète de son système. Il ne lui reste plus que la méthode d’engraissement sur couvert végétal à caler. Nous attendons les résultats avec impatience !

article écrit par Guillaume Tant


17
juillet
2015

Tout sur le plantain Ceres Tonic

Le plantain lancéolé (Plantago lanceolata L.), utilisé comme fourrage secondaire en Europe au XVIIIème siècle, a été oublié par l’agriculture moderne. Cependant l’appétence de ce fourrage et son implantation large et facile dans les prairies sous des climats tempérés font qu’il a été reconsidéré ultérieurement. Dans les années 1990, le cultivar Ceres Tonic est breveté par PGG Ltd, un semencier néo-zélandais. Cette variété de plantain lancéolé, originaire du Nord du Portugal, a été sélectionnée initialement pour son port dressé et ses larges feuilles, le rendant intéressant pour le pâturage. Il s’est avéré que le cultivar Ceres Tonic présente bien d’autres avantages. Cet article est l’occasion de faire un bilan sur les caractéristiques et l’utilisation du cultivar Ceres Tonic. Aujourd’hui en France il n’existe à notre connaissance qu’un seul moyen de se procurer des semences de CERES TONIC, Dominique Mary de la société VG SOL dans les Deux-Sèvres à réussi à obtenir quelques tonnes de ce cultivar Néo-Zélandais. Les quantités de Ceres Tonic sont relativement faibles de part un engouement général en Nouvelle-Zélande, ils ne produisent pas suffisamment pour le marché intérieur ! Pour obtenir davantage d’information, n’hésitez pas à contacter Dominique Mary : vgsol orange.fr Plantain Ceres Tonic
Figure 1 : Prairie multi-espèces contenant du plantain Ceres Tonic


Quels sont les avantages du plantain Ceres Tonic ?

Les avantages de ce cultivar sont multiples. Ils sont déclinés ci-dessous.
Une morphologie adaptée au pâturage  : il se caractérise par son port dressé qu’il conserve même dans des conditions de pâturage intensif. Il se différencie ainsi des autres cultivars qui ont tendance à s’affaisser sous ces conditions. C’est pour cette caractéristique qu’il avait initialement été sélectionné.
Une tolérance à la sécheresse  : sa racine pivotante soutenue par un système racinaire fibreux lui confère une bonne tolérance aux épisodes de sécheresse. Durant ces périodes, sa stratégie de survie est de réduire drastiquement sa production. Mais dès le retour d’une légère humidité, sa réponse est très rapide et sa croissance redémarre sans délai.

Plantain Ceres Tonic 1
Figure 2 : La qualité du plantain est conservée alors que celle des graminées diminue pendant les mois les plus secs

Une croissance précoce au début de printemps  : le plantain Ceres Tonic se démarque de nombreuses plantes fourragères par le fait qu’il reste actif pendant les mois les plus froids. En effet d’autres cultivars de plantain sont en dormance pendant l’hiver, c’est à dire que leur croissance et développement sont arrêtés pendant la période froide. Leur métabolisme tourne au ralenti. À la sortie de l’hiver, quand la dormance est levée, le démarrage de la croissance pour ces autres plantains est dans un premier temps lent, alors que la croissance du plantain Ceres Tonic démarre plus rapidement au retour de conditions climatiques plus clémentes.
Une source intéressante d’oligo-éléments  : le plantain Ceres Tonic contient une grande quantité de minéraux comparativement au ray-grass. L’accumulation de minéraux tels que le cuivre et le sélénium par le plantain Ceres Tonic est probablement due à son système racinaire profond plus efficace pour prélever les minéraux du sol. Cette concentration plus élevée dans la plante se répercute sur les ruminants qui la pâturent. La concentration en cuivre dans le foie d’agneaux ayant pâturé du plantain Ceres Tonic pur est trois fois plus élevée que celle d’agneaux ayant pâturé du ray-grass pur. Pour le sélénium, cette concentration est doublée.
Une consommation importante de matière sèche : les ruminants qui pâturent du plantain Ceres Tonic consomment plus de matière sèche que ceux qui pâturent du ray-grass. Comparativement au ray-grass, le plantain contient une plus faible concentration de fibres (28,3% contre 48,7 %) et une forte concentration de protéines brutes (24,7 % contre 15,5 %). Pour le plantain, la vitesse de dégradation des protéines dans le rumen est rapide, les ruminants augmentent donc leurs prises alimentaires pour remplir de nouveau le rumen.
Des propriétés antiparasitaires : il est observé que les ruminants pâturant des prairies contenant du plantain ont moins de parasites internes. Une expérimentation a chiffré qu’à contamination égale 7 jours avant l’agnelage avec des strongles (Teladorsadagia circumcincta au stade larvaire), les brebis pâturant du plantain Ceres Tonic après agnelage ont 48 % moins d’œuf de strongles dans les fèces que les brebis pâturant du ray-grass. À la fin de l’expérimentation, 11 semaines après l’agnelage, les brebis pâturant le ray-grass ont une concentration parasitaire 3 à 4 fois plus importante que celles pâturant le plantain Ceres Tonic. Le mécanisme impliqué n’est pas exactement connu. Différentes recherches se sont intéressées à la possibilité que l’aucubine, une molécule que contient le plantain, soit impliquée. L’aucubine est un hétéroside iridoïde, c’est à dire un métabolite secondaire synthétisé par le plantain grâce à la condensation d’un sucre et d’une substance non glucidique. Une première analyse in vitro conclut qu’à forte concentration, l’aucubine inhibe la mobilité de la larve de stade 3 de strongles (Trichostrongylus colubriformis) mais qu’à faible concentration, comme celle qu’on peut trouver dans le plantain, aucun impact antiparasitaire n’est mis en évidence. Une autre analyse a montré, toujours in vitro, que l’aucubine réduit l’activité de larves de strongles (Ostertagiaostertagi) au 2ème jour mais que cette activité reprend le 3ème jour. Ainsi, même si le plantain contient de l’aucubine et que celle-ci a des propriétés antiparasitaires dans certaines conditions, il semble qu’elle ne soit pas présente en quantité suffisante pour expliquer les propriétés antiparasitaires du plantain.
Des performances animales améliorées : de nombreuses études montrent l’amélioration des performances des ruminants pâturant les prairies contenant du plantain, sans réellement expliquer le mécanisme qui engendre ces meilleures performances. Pendant la lactation, la production de lait des brebis, le GMQ des agneaux et l’état corporel des brebis sont meilleurs que sur des prairies de ray-grass. Les performances sont également meilleures pour les agneaux sevrés, qui présentent un GMQ supérieur et donc atteignent le poids d’abattage plus précocement que des agneaux pâturant du ray-grass. Des expérimentations sont actuellement en cours de réalisation à Massey University (Palmerston North, Nouvelle Zélande) pour observer les performances de veaux laitiers mâles sur des prairies contenant du plantain. Les premiers résultats montrent une amélioration du GMQ par rapport à des bovins pâturant des prairies sans plantain. Ces résultats sont similaires aux observations faites pour les ovins.
Pâturage plantain Ceres Tonic
Figure 3 : Expérimentation sur le GMQ de taureaux laitiers sur mélange plantain, chicorée, trèfles et sur les prairies classiques de ray-grass, trèfle blanc

Comment l’implanter ?

Semis d’automne ou de printemps Des semenciers néo-zélandais annoncent que l’établissement du plantain Ceres Tonic est similaire à celui du ray-grass, que ce soit par un semis de printemps ou d’automne. Des expérimentations apportent cependant des renseignements. Quelles que soient les variétés de plantain, 40 jours après un semis au printemps les plantes comptent entre 3 et 4 feuilles, alors que celles semées en automne n’en comptent que 2. Hors, pour que le plantain résiste aux conditions hivernales, il doit avoir atteint le stade crucial des 3-4 feuilles. Pour assurer la survie des plantes, il faut obtenir un développement rapide. Au printemps le pourcentage de levée le plus élevé est atteint entre 5 et 8 jours après le semis alors qu’à l’automne il faut attendre 15 jours pour atteindre le taux de levée le plus élevé, ce qui retarde le stade 3-4 feuilles nécessaire à la survie en conditions hivernales.

Comment semer le plantain Ceres Tonic ?

Le semis peut aussi bien se faire en ligne après une préparation du lit de semence qu’en semis direct ou à la volée. Une fois encore des recherches scientifiques permettent de connaître la meilleure méthode. Il est préférable de semer le plantain Ceres Tonic en ligne s’il n’est pas en association plutôt qu’à la volée, pour réduire le taux de perte et améliorer le rendement de la première saison. Il est toujours préférable de semer une prairie multi-espèce à la volée afin de favoriser la colonisation du trèfle blanc. La profondeur optimale de semis est de 1 cm. En effet, le taux de levée diminue quand la profondeur de semis augmente davantage.
Plantain Ceres Tonic semé à la volée
Figure 4 : Plantain semé à la volée par hélicoptère au printemps 2014 (prise de vue fin d’automne 2015)

Les recommandations de densité de semis de plantain au semis sont entre 2 et 4 kg/ha quand il fait partie d’un mélange (ray-grass, trèfle blanc, ou ray-grass, trèfles blanc et violet, chicorée). En monoculture, il est recommandé de semer à une densité comprise entre 10 et 14 kg/ha, en deux passages de semis croisés qui permettent de maximiser la couverture du sol.

Productivité annuelle

Il existe peu de données sur la productivité du plantain Ceres Tonic. On peut cependant citer quelques expérimentations menées en Nouvelle Zélande indiquant les rendements intéressants de ce cultivar. La productivité annuelle en monoculture avec une densité de semis de 10 kg/ha a été mesurée entre 15 et 19 TMS/ha/an à Hamilton (Nouvelle Zélande, île du Nord, Sud d’Auckland) et à 17 TMS/ha/an à Palmerston North (Nouvelle Zélande, île du Nord, Nord de Wellington).

Monoculture ou mélanges ?

Le plantain peut être cultivé pur ou en association. En association, il devient souvent une espèce minoritaire, et représente seulement 20 % des plantes après 2 ou 3 ans. Si la fertilisation est importante, ce pourcentage peut être encore plus faible puisque les espèces majoritaires sont davantage favorisées.
Plantain Ceres Tonic et trèfle
Figure 5 : Plantain en association avec du trèfle

Son utilisation en monoculture est relativement récente. C’est un fourrage très intéressant dans les zones sèches. Quand il est pâturé en été, il permet un meilleur GMQ des agneaux sevrés et supporte un chargement plus important que le ray-grass. S’il est pâturé en début de printemps, il améliore la lactation des brebis grâce à son activité pendant l’hiver et début de printemps. Ceci se répercute sur le poids des agneaux au sevrage entre 10 et 34 % supérieur par rapport au pâturage de ray-grass, et sur le poids des brebis plus élevé de 14kg en moyenne. Dans des prairies multi-espèces  : le plantain Ceres Tonic a d’abord été pensé pour être intégré dans des prairies multi-espèces. Il permet d’améliorer la qualité de la prairie en été de par sa capacité à continuer à produire des feuilles pendant la fructification. Pendant la période de fructification et pendant le pâturage, le plantain peut être composé de plus de 70 % de feuilles. Cependant sa présence dans les mélanges rend la gestion des adventices plus délicate puisqu’il est sensible à la majorité des produits phytosanitaires. Associé aux trèfles : il est de plus en plus utilisé à la place du ray-grass en association avec le trèfle blanc. C’est actuellement le moyen le plus fréquent d’utiliser le plantain Ceres Tonic en Nouvelle-Zélande. Le trèfle fournit l’azote nécessaire pour une meilleure productivité du plantain Ceres Tonic, ce qui permet aux prairies de supporter un chargement élevé et d’obtenir des performances animales élevées. Associé à la luzerne : la luzerne présente une excellente croissance estivale en particulier sous un climat chaud et sec. Cependant les systèmes avec luzerne doivent être associés à des espèces actives en hiver pour pouvoir couvrir les besoins en début de printemps. Le plantain Ceres Tonic le permet grâce à son activité hivernale. En association, le plantain permet d’augmenter la durée de vie de la luzerne de 2 ou 3 ans.

À retenir !

Pour maximiser l’établissement du plantain Ceres Tonic, il est préférable de le semer au printemps. Un semis en ligne à une profondeur de 1 cm semble être l’itinéraire technique le plus approprié, si possible en deux passages croisés. La densité de semis pour une prairie multi-espèces est comprise entre 2 et 4 kg/ha alors qu’en monoculture la densité est comprise entre 10 et 14 kg/ha. Le plantain Ceres Tonic peut être utilisé en monoculture ou en association. Dans une prairie multi-espèces il ne représentera pas plus de 20 % des espèces. Associé à des légumineuses, il bénéficie de la fixation de l’azote de ces dernières et soutient la production des prairies aux périodes où les légumineuses sont moins productives. Peu de données sont disponibles sur le rendement produit par le plantain Ceres Tonic. Les quelques informations disponibles annoncent des rendements entre 15 et 19 TMS/ha/an dans un contexte néo-zélandais, pour du plantain semé seul. En France, selon les circonstances pédoclimatiques nous observons des rendements entre 9 et 12 TMS/ha/an dans les zones séchantes et au-dessus de 15 TMS/ha/an dans les zones à plus forte pluviométrie. Les avantages du plantain Ceres Tonic sont multiples. Initialement sélectionné pour sa morphologie adaptée au pâturage, il est également avantageux car sa croissance reprend rapidement après un épisode de sécheresse ou des températures basses. Une consommation de matière sèche plus importante par les ruminants engendre des performances animales intéressantes. Plusieurs expériences démontrent que le plantain permet d’obtenir des performances animales supérieures par rapport au ray-grass, et son utilisation est très développée en Nouvelle-Zélande. Il présente de plus des propriétés antiparasitaires, dont on ne connaît pas exactement l’origine. Sa richesse en oligo-éléments est démontrée : les ruminants qui le pâturent présentent une bonne concentration en sélénium et cuivre dans le foie.


9
mars
2015

Le Low Tech de l’élevage laitier : 20 000 L de lait/ha à l’herbe – 1200 vaches laitières

JPEG - 39.3 koJe viens avec joie complémenter l’article écrit il y a peu par Matthieu dans sa tribune. Le Low Tech est effectivement basé sur l’expérience, la connaissance et le partage. Basé sur les principes éco-systémiques, sur l’observation du modèle naturel. La nature à mis des millions d’années à faire évoluer les ruminants avec les espèces prairiales ainsi que les parasites. Aujourd’hui, grâce à des forces commerciales très puissantes, nous avons oublié certaines subtilités (les ruminants mangent de l’herbe, avant les bâtiments ils vivaient à l’extérieur).

Guillaume Baloche, ingénieur issu du milieu laitier normand intègre PâtureSens début avril suite à une année sur l’exploitation de Rhys William et David Wynne-Finch au Pays de Galles. Alors responsable de l’élevage des génisses en début de saison (800 vêlages sur 12 semaines), il a ensuite consacré son temps à la gestion des pâturages (planification, feed budget) tout en étant impliqué dans le quotidien de cette ferme « Low Tech ».

Fort de cette expérience enrichissante, il nous présente le fonctionnement de cette structure. Une journée technique sera proposée en Normandie le 3 avril. Cette journée est l’occasion d’échanger et de partager nos expériences sur le pâturage. Alors n’hésitez pas à venir nombreux ! Pour vous inscrire rendez vous sur notre site internet

1200 Kiwi Cross sur 300 hectares de pâturage

Rys et David sont associés sur une exploitation, installés dans la Péninsule de Llyn au Pays de Galles. Ils bénéficient d’un climat océanique similaire à la Normandie ou la Bretagne avec 900 mm de pluviométrie en moyenne par an. L’exploitation est basée sur 300 hectares de pâturage, l’objectif étant de valoriser chaque kilo de matière sèche produit et de le transformer en produit vendable. Pour ce faire, un plan de gestion est mis en place pour offrir de la précision et de la flexibilité. La première étape consiste à établir une courbe de production de référence (figure 1) basé sur les conditions climatiques, les plantes ainsi que sur le sol. L’exploitation à un potentiel de production de 16 tonnes de matières sèches par an (figure ci-dessous).

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Une fois le potentiel de l’exploitation connu, la prochaine étape est de savoir organiser sa production pour valoriser chaque kilo de MS. Dans le cas de Rhys et David la production doit rester simple (productivité du travail) et efficace. Ils ont donc mis en place un système à la Néo-Zélandaise, c’est-à-dire :
- Vêlages groupés sur le printemps (début le 1er février), environ 10 semaines de vêlages (17 par jour).
- Le pic de lactation qui est le moment où les besoins alimentaires sont les plus élevés doivent concordés avec le pic de pousse de l’herbe (mai chez eux).
- Tarissement hivernal groupé (fin novembre) alors que la quantité de MS disponible est réduite le besoin alimentaire est au plus faible. La figure ci-dessous montre le besoin alimentaire tout au long de l’année.

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La prochaine étape du plan de gestion consiste à définir des objectifs de production, de définir la Capacité de Charge de l’exploitation et de corréler la demande et la ressource alimentaire. Rhys et David ont donc optés pour des vaches légères avec des besoins alimentaires faibles. Il existe en effet une contradiction naturelle dans tous les systèmes de production : dois-je privilégier la production par animale ou alors par hectare ? Des vaches à 12 000 litres ou des vaches à 5000 litres ? La stratégie de Rhys et David est de travailler avec des Kiwi Cross qui vont produire entre 4600 et 5500 litres de lait, cependant grâce à une faible demande alimentaire le chargement à l’hectare peut être plus élevé. Il y a une autre raison qui justifie ce choix, comme la production individuelle est réfléchie, la longévité des vaches (le bien être !) et également augmenté. Rhys et David ont donc un chargement de 4 vaches hectares, produisant ainsi 20 000 litres de lait / ha. Soit sur la surface disponible, ils produisent 6 millions de litres de lait. Le taux de renouvellement est de 15%. Ci-dessous la corrélation des besoins alimentaires (en rouge), contre la production de MS (en vert) pour l’année 2014.

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Investir dans l’outil de gestion, quels sont les investissements réalisés ?

JPEG - 68.7 ko- L’outil parcellaire qui permet de gérer les pâturages (carte ci-dessous) est l’outil le plus important de cette production. Construit pour valoriser les pâturages, il est basé sur des calculs très précis qui vont permettre de faire face aux fluctuations saisonnières tout en maîtrisant les besoins alimentaires. Cet outil demande de la matière grise et des connaissances solides en production animale, des clôtures, un système d’abreuvement cohérent et des chemins de qualité.
- Une salle de traite
- 1 Tracteur pour 1200 VL
- Tous les travaux des champs sont externalisés
- 1 salarié pour 1 million de litres de lait produit Figure – Plan parcellaire Guillaume Baloche

Et l’élevage des génisses dans ce système ?

- Pour augmenter la rentabilité de la plateforme, Rhys et David externalise l’élevage des génisses sur une autre exploitation.
- R.Williams « Les génisses seront nos vaches dans 2 ans ». Toutefois pour résumer un peu, toutes les génisses reçoivent du colostrum de qualité moins de 6 heures après vêlage, sevrage à 8-10 semaines. Mise à l’herbe et transition alimentaire avant 3 mois. Elles sont mises à la reproduction à 60% du poids adulte, pour un vêlage à 2 ans (97% des gestantes en 6 semaines).

Et le résultat économique ?

Pour résumer, un système autonome uniquement basé sur la gestion des pâturages. 1 tracteur pour récolter l’excès au printemps qui couvre le besoin pendant le tarissement. Une salle de traite, des chemins, et de la clôture. Pas de bâtiment d’élevage pour les vaches, et 1200 VL qui produisent 6 millions de litres de lait. Travail simplifié par le vêlage groupé et le tarissement, donc 1 salarié pour 1 million de litres de lait. Tout le travail des champs externalisé à des sociétés spécialisés. Des coûts vétérinaires très faibles (-75€ par vache/par an). Une exploitation qui dégage beaucoup de cash, Ils ne m’autorisent pas à donner les chiffres exactes en euro mais pour vous donner une idée, le résultat net avant impôt est de 40 % du CA HT. Ce système permet également de dégager du temps et de bien vivre en production laitière. Ne croyez pas que le High Tech soit moins bien, c’est juste une agriculture de plus en plus loin de la nature de l’écosystème, promu par un système dans lequel les agriculteurs travaillent pour rémunérer des vendeurs d’aliments, de bâtiments, de tracteur… Et à la fin ce qui est important c’est combien de temps et d’argent il vous reste pour vivre ! Venez nous rencontrer le 3 avril en Normandie pour parler de la gestion des pâturages et de la production animale. En savoir plus : Journée Technique – Pâturage en système laitier et engraissement – Normandie


4
mars
2015

Est-ce que la gestion du pâturage doit être axée sur ce qui est mieux pour la plante ou pour l’animal ?

Voici un débat fort intéressant ! Pour répondre à cette question, avant tout il convient de comprendre les différents composants de l’écosystème.

De quoi est composé l’écosystème ?

L’écosystème est un système complexe qui est dépendant d’une multitude de fonctions qui influent les unes sur les autres. Les composants majeurs de l’écosystème sont : Schéma S. Bailey composantes agroécosystème

Les producteurs Les plantes sont les producteurs de l’écosystème. Elles transforment l’énergie du soleil en énergie et d’autres nutriments nécessaires pour les animaux. Les plantes peuvent être comparées à un générateur électrique. Elles ont besoin d’une production maximale d’énergie, et souffrent si ce n’est pas le cas. Le générateur est une agrégation des espèces végétales formant la végétation. La quantité d’énergie produite et mise à la disposition des autres éléments vivants de l’écosystème qui dépendent de la composition et la santé de la végétation. La végétation peut être manipulée et être plus ou moins efficace dans la production brute d’énergie en fonction des réponses physiologiques et écologiques qui dépendent des manipulateurs.

Les convertisseurs Les animaux sont convertisseurs et non producteurs, contrairement aux croyances de beaucoup, y compris les agriculteurs. Les animaux convertissent l’énergie et d’autres éléments nutritifs produits par les plantes. Les ruminants peuvent être gérés et l’impact qu’ils ont sur le reste de l’écosystème peut être important. L’impact peut améliorer ou altérer le fonctionnement global du système. Le fait que l’impact de l’élevage sur l’écosystème peut être contrôlé est très significatif. Ici se trouve la racine du rôle de l’élevage sur le contrôle de l’écosystème. Un générateur défectueux peut être réparé par les convertisseurs.

Le sol Un sol est l’élément porteur de l’écosystème. Il sert de maison pour les racines et certains organes de reproduction végétative et comme un entrepôt pour l’air, l’eau et les minéraux... Les quatre fractions de sol sont des matières minérales, des matières organiques, d’eau et de l’air. L’air et l’eau dans un sol sont variables et leur contenu détermine l’aptitude à la croissance des plantes. La facilité avec laquelle l’air et l’eau pénètrent dans le sol dépend de l’état du sol, ou le degré de porosité, l’agrégation... La matière organique, l’humus et les racines jouent un rôle majeur dans la formation de ces derniers. La matière organique est transitoire, ainsi elle exige un renouvellement constant donc plus le système est intensif (temps d’occupation court et période sans animaux longue), plus le renouvellement est important. Les producteurs doivent soit approvisionner directement ou indirectement de la matière organique pour ce renouvellement. Ne pas le faire entraîne dans le sol état de détérioration qui empêche la pénétration de l’air et l’eau et accroît le risque d’érosion des sols. L’efficacité globale du système est réduite. Les racines peuvent être assimilées à des tubes qui transportent l’eau et des minéraux au générateur. Ce transport nécessite de l’énergie fournie par le générateur. Un approvisionnement énergétique inadéquat en raison d’un générateur inefficace ne fait qu’ajouter à son inefficacité. Encore une fois, la fonction globale de l’écosystème est compromise. Attention le sol et l’élément capital de votre production !

Les recycleurs et les micro-consommateurs Il s’agit de bactéries, champignons, protozoaires, nématodes, les termites, les sauterelles… Ils décomposent des matières végétales ou animales contribuant à la composition organique et de l’humus des sols. Ils sont également une composante essentielle dans le cycle nutritionnel. Un écosystème utilise les mêmes nutriments, encore et encore et la gestion de ce cycle assure un approvisionnement adéquat. Les micro-consommateurs influencent la capacité du générateur à produire de l’énergie.

Les manipulateurs Ce sont les gens qui manipulent l’écosystème par le contrôle des convertisseurs. Les agriculteurs modernes sont les grands manipulateurs et les animaux domestiques sont leur principal outil. Ils peuvent manipuler le pâturage pour détruire, améliorer ou maintenir un écosystème. L’amélioration et l’entretien doivent être les objectifs. Ceci peut-être réalisé, en appliquant des principes et des pratiques de gestion des pâturages cohérente dans le respect des flux naturels.

Conclusion L’agriculture est un univers extraordinaire dans lequel nous devons nous efforcer de manipuler à l’échelle dune exploitation les interactions complexes de l’écosystème. Pour être productif est générer des marges conséquentes, il faut comprendre le fonctionnement de cet écosystème. Les plantes sont les producteurs, elles fournissent l’énergie nécessaire aux autres composants, et elles constituent votre capital le plus important. Retirer les plantes du schéma et la vie s’arrête très rapidement. Apprendre à gérer les plantes est l’investissement le plus rentable que vous pouvez réaliser, ce n’est pas le dernier tracteur ou un bâtiment qui aura le plus grand impact sur votre rentabilité. Vous pouvez dépenser autant d’argent que vous le souhaitez en mécanisation, dans la génétique, dans la chimie des sols mais tant que vous ne gérez pas les plantes correctement, l’impact sera très limité (voire néfaste) et artificiel. Alors devons-nous gérer les plantes ou les animaux ? Nous devons utiliser les animaux pour gérer les plantes ; ce faisant, la production des deux augmentera car vous produirez plus de matière sèche de meilleure qualité… Schéma S. Bailey gestion pâturage


27
octobre
2014

Légumineuse, fixation d’azote et transfert

En pâturage, avons-nous réellement besoin d’engrais azotés ?

La première grande qualité des légumineuses est la capacité de production de biomasse de très haute qualité, sans nécessiter d’apport d’azote. JPEG - 79.1 koLe second avantage est l’aptitude à fixer de l’azote, ce qui permet de soutenir leur croissance, ainsi que celle des autres plantes des pâturages. Les bactéries rhizobium trouvés dans les nodules racinaires des légumineuses peuvent fixer une grande quantité d’azote à partir de l’air, ce qui réduit la nécessité d’apporter des engrais dans des prairies ayant une légumineuse présente.

L’azote est l’un des facteurs les plus limitant pour la croissance des plantes. La capacité d’une légumineuse à utiliser l’azote de l’air est l’avantage le plus connu de la légumineuse, mais pour autant la moins comprise. La plante ne fixe pas l’azote directement, mais elle s’associe à des bactéries Rhizobium qui vivent dans de petites structures appelées nodules sur les racines des légumineuses. Ces bactéries vont prendre l’azote gazeux de l’air dans le sol, et le transformer afin qu’il puisse être utilisé par la plante.

Le processus de fixation de l’azote entre la légumineuse et les bactéries est une relation symbiotique qui est bénéfique pour ces deux organismes. Chaque organisme reçoit quelque chose de l’autre en retour. Les bactéries Rhizobium fournissent de l’azote à la légumineuse et en contrepartie la plante fournit des hydrates de carbone (d’énergie de la plante). Cet échange est donc sujet à un échange équilibré, si je donne 10 centimes à la boulangère, me donnera-t-elle une baguette entière en retour ? Non certainement pas, tout ce qui réduit la croissance des plantes telle que la réduction de la masse foliaire résiduelle après le pâturage réduira également la quantité d’énergie échangée avec la bactérie, en conséquence ceci limitera la capacité de fixation de la légumineuse. J’insiste à nouveau, il est très important de ne jamais surpâturer les plantes ! Maintenir une surface foliaire suffisant afin de maximiser l’efficience de la photosynthèse est crucial pour obtenir un taux de fixation élevé.

Les facteurs qui vont influencer la fixation sont divers, notamment la photosynthèse ou la croissance de la plante, la longueur de la saison… Mais si elle a le choix, la légumineuse va d’abord éliminer l’azote dans le sol avant d’obtenir de l’azote de l’air, une légumineuse qui pousse sur un sol très pauvre en azote, obtiendra plus d’azote de l’air. Autrement dit, la capacité de fixer de l’azote est tributaire de son environnement mais aussi de la gestion des pâturages. Il faut garder à l’esprit que la légumineuse fixe l’azote pour sa croissance dans un premier temps et que cette dernière peut être fainéante si on apporte des solutions « miracles ».

Le transfert de l’azote aux autres plantes

JPEG - 81.8 koLes légumineuses sont généralement cultivées avec des graminées dans l’espoir que la légumineuse fournisse de l’azote aux autres plantes prairiales et ainsi éliminer ou réduire l’engrais azoté commercial. Il convient dans un premier temps à comprendre que les graminées ont des systèmes racinaires plus fibreux qui sont plus efficaces pour extraire les nutriments et l’humidité du sol que les légumineuses qui elles ont un système racinaire pivotant. Par conséquent, dans une association légumineuse / graminée, la graminée utilisera l’azote dans le sol plus efficacement. Comme le niveau d’azote dans le sol diminue, les légumineuses obtiendront plus d’azote de l’air.

Il est communément admis que les légumineuses libèrent de l’azote dans le sol par leurs racines et donc que le simple fait d’avoir des trèfles par exemple réduira la nécessité d’apporter des engrais ; ceci est une idée fausse. Il existe en effet une libération de certains composés azotés solubles à partir des racines et des nodules de légumineuses, mais dans une quantité négligeable. Les principales voies de transfert de l’azote dans le sol sont par l’action de pâturage ainsi que par la décomposition de la végétation (piétinement…). La plus grande partie de l’azote est entreposé dans les parties aériennes de la plante, le restant est stocké dans la couronne, les racines et les nodosités. Les estimations montrent qu’environ 75-80% de l’azote est retenu dans les parties aériennes de la plante. Lorsque la légumineuse est consommée par les animaux, 80 à 90% de l’azote contenu dans les parties aériennes des légumineuses passe à travers l’animal et est excrétée dans l’urine et les fèces. L’un des problèmes qui peut limiter la valorisation de l’azote à ce stade est la distribution des matières fécales et des urines, avec un pâturage qui n’est pas sous pression animale et non géré la plupart des déjections animales sont concentrées autour de la source d’eau et les zones d’ombrage. La distribution des excréments est améliorée par la mise en place d’un parcellaire cohérent ainsi que la gestion des pâturages, et de l’eau dans chaque parcelle. Il faut respecter la capacité de charge de l’exploitation.

La valorisation de l’azote est soumise à d’autres conditions. Il est capital d’avoir un sol sain et vivant permettant à la vie du sol de prospérer, car ces étapes ne sont que le début du cycle de transformation et de transfert de l’azote.

Pour résumer : l’autonomie en N n’est pas une utopie, en revanche cela dépend principalement de la gestion des plantes, et donc de la gestion du pâturage. Pour valoriser et utiliser la capacité des légumineuses à fixer et rendre disponible de l’azote aux autres plantes prairiales, il faut :
- favoriser l’efficience de la photosynthèse par une gestion des pâturages à travers les résiduels (quantité de biomasse restant après le pâturage).
- adapter le parcellaire et la gestion des pâturages pour favoriser une distribution homogène des urines et fèces.
- maintenir au moins 30% de légumineuse dans la prairie.
- favoriser par la gestion des plantes le développement de la vie dans vos sols.

Sur le même sujet : Est-ce que les légumineuses cèdent beaucoup d’azotes aux plantes compagnes pendant leur croissance ?

Images : Évaluation Visuelle du Sol, édition française, PâtureSens et Graham Shepherd.

Référence :
- S.F. LEDGARD et K.W. STEELE – Ruakura Agriculture Center – Nouvelle-Zélande
- Baird KJ – Australian Agricutural Research
- Woodfield D, Clark D – Irish Agricultural and Food Research
- Texas A&M University –
- M. G. Lambert – Grasslands Division – Nouvelle-Zélande
- DR. John Jennings - University of Arkansas, USA departement of agriculture
- Graham Shepherd – BioAgrinomics – Nouvelle-Zélande


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