Dégradation des sols

Matthieu Archambeaud, octobre 2008

La dégradation accélérée des terres arables et des ressources en eau, la forte demande en énergie fossile de l’agriculture des pays du Nord, soulèvent des problèmes de durabilité dans un contexte de réchauffement climatique et de pollution, d’explosion de la demande en eau destinée à l’irrigation, et de réduction de la biodiversité.

carte dégradation sols
C’est clair ! La dégradation des sols s’accélère et touche l’ensemble des zones, à l’exception... des zones non cultivées !

La dégradation accélérée des terres arables et des ressources en eau, la forte demande en énergie fossile de l’agriculture des pays du Nord, soulèvent des problèmes de durabilité dans un contexte de réchauffement climatique et de pollution, d’explosion de la demande en eau destinée à l’irrigation, et de réduction de la biodiversité. Dans un avenir proche, l’agriculture aura des difficultés pour assurer l’alimentation des 10 milliards d’êtres humains prévus pour 2070. Les pratiques agricoles traditionnelles des pays du Sud parviennent difficilement à nourrir des populations croissantes, et l’agriculture des pays industrialisés, en dégradant l’environnement, arrive à ses limites.

Labour en France

En France, c’est essentiellement après la seconde guerre mondiale que l’agriculture industrielle se développe. La mécanisation et la chimie, le drainage et les amendements calcaires permettent de mettre en valeur des terrains jusque-là non cultivés ; les parcelles sont agrandies et le territoire remembré, pour permettre de rentabiliser des engins de plus en plus puissants et encombrants. Dans les années 70-80 commencent alors à être mis en évidence de graves problèmes environnementaux (pollution des eaux, érosion, déséquilibre écologique), alors que se développe parallèlement une crise agricole.

PROCESSUS DE DÉGRADATION DE LA RESSOURCE

Perturbation de la vie du sol

Les organismes vivant dans le sol (2 tonnes à 5 tonnes d’organismes vivants par ha) assurent sa structuration, le recyclage des éléments minéraux et la nutrition des plantes. Avec l’accroissement de la profondeur des labours, la répétition des interventions mécaniques sur le sol et l’emploi d’outils rotatifs, les plus gros individus sont éliminés. La structuration dynamique, les cycles de fabrication de l’humus et de contrôle naturel des ravageurs sont perturbés : l’homme est obligé de compenser par davantage de travail du sol, de fertilisants et de produits phytosanitaires.

Minéralisation de la matière organique

Parallèlement, l’aération et la fragmentation de l’horizon superficiel induisent une minéralisation de l’humus supérieure à sa capacité de formation. Ce phénomène est amplifié par l’absence de couvert en interculture, l’exportation ou le brûlage des résidus de culture, ainsi que par la pauvreté des rotations culturales. Or le complexe organo-minéral, composé de matière organique évoluée (l’humus) et de minéraux, est la clé de voûte de la stabilité et de la fertilité du sol : il lui confère une architecture résistante aux agressions climatiques, améliore la capacité de circulation et de stockage de l’eau, la rétention et la redistribution des éléments minéraux nécessaires aux cultures. Même si la minéralisation des matières organiques par le travail du sol est un moyen efficace de fertiliser les cultures, cette libération d’éléments est devenue trop importante et le taux de matière organique des sols diminue.

Stratification des sols

Avec la disparition de l’humus et la perturbation de la vie du sol, la stabilité structurale diminue, et les sols agricole deviennent plus sensibles à la battance et aux compactions. Progressivement, le sol se stratifie horizontalement, réduisant la réserve utile potentielle et le volume exploitable par les racines.

Pollutions, inondations

La stratification du sol conduit à des transferts d’eau et de matières hors des parcelles cultivées. Ces eaux drainées et/ou ruisselées sont chargées de matières en suspension, de fertilisants et de produits phytosanitaires. Cette réduction de l’infiltration des eaux contribue à l’aggravation du ruissellement, des inondations, des coulées de boue et donc des coûts pour la collectivité (dépollution, aménagements, pompage, assurances…). À court terme, les pertes d’éléments minéraux, d’eau et de pesticides conduisent en amont à une augmentation de la fertilisation chimique, de l’irrigation et des traitements phytosanitaires, et en aval à des pollutions. À plus long terme, la perte de terre entraîne une érosion physique, chimique et biologique du " capital sol ".

Face à ces enjeux économiques et environnementaux majeurs, et au-delà des solutions ponctuelles, il est nécessaire de revenir à une agronomie opérationnelle et de concevoir de nouveaux systèmes de production. L’Agriculture de Conservation vise à préserver et développer le sol et donc la vie qui lui est associée. En associant production, économie et environnement, elle est une piste intéressante vers la durabilité des systèmes agricoles.



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