La ferme des 1000 vaches : High-tech ou Low-tech ? (2ème partie)

Document Matthieu Archambeaud

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Opposition à la ferme des 1000 vaches" L’affaire" de la ferme des 1000 vaches est très symptomatique du manque de discernement de nos concitoyens et de certains agriculteurs en ce qui concerne notre avenir agricole.

On nous présente une caricature où on trouve d’un côté les défenseurs des " paysans ", installés sur de petites fermes et pratiquant une agriculture de terroir, alliant respect de l’environnement et qualité ; de l’autre côté on trouve des affreux " capitalisses " qui ne croient qu’au progrès industriel et technique, à une économie basée sur la croissance perpétuelle, tournés vers des lendemains qui chantent et piétinant une Nature exsangue.

Sans rentrer dans les motivations de chacun (riverains mécontents, entrepreneur du bâtiment en reconversion, militants écologistes, citoyens de bonne foi et agriculteurs entreprenants ...), on peut quand même essayer de recentrer le débat.

Le vrai problème n’est pas de savoir si il y a 1000 vaches [1] ou 10 sur la ferme mais si le système d’élevage est cohérent. Le fait de concentrer 1000 vaches nourries à l’ensilage de maïs et au soja n’est pas innovant en soit, même si ça permet d’avoir des ristournes sur l’aliment et de monter une usine à gaz ; on peut également poser la question de l’impact sur le paysage (pire que 10 stabulations de 100 vaches ?).

Pour vous montrer que dans le domaine de la performance " environnementale " ce n’est pas la taille qui compte, regardez cette petite vidéo sur Rhys Williams, agriculteur anglais, tournée par nos amis de PatureSens il y a quelques années. Quelques chiffres sur ce monsieur : 100% herbe (pâturage, ensilage, couverts), 800 vaches, 4 000 à 5 000 litres de lait par vache, plus de 4 vaches/ha, 10 à 12 rotations par an, 16 t/ha de MS consommée, 20 000 L/ha/an de lait, ...

Pour changer d’ambiance :

Bref, il n’y a pas besoin d’opposer les Néo-Babes 2.0 à des agriculteurs hyper-productivistes car c’est bien le système de production qui est important, pas la surface, le look ou l’idéologie (mais c’est vrai que du point de vue de la nostalgie, le Breton et ses bœufs l’emporte sur le Gallois et ses 800 vaches). Comme d’habitude en France on se chamaille sur des problèmes accessoires et on n’aborde jamais les vrais problèmes.

Un autre exemple : robotisation d’un élevage ou comment prendre le problème à l’envers :

Dans cette vidéo sur la robotisation poussée d’un élevage, on comprend que le passage à l’automatisation permet aux éleveurs de vivre mieux (on s’en doute), au troupeau également (pourquoi pas ?) et qu’il permet même de générer quelques économies de fourrages. Ne sont, par contre, pas posées d’autres questions essentielles : combien ça coûte ? quelle stratégie de gestion des sols et des cultures a été mise en place en amont ? quel est la solidité économique d’un système soumis à de fortes charges dans un contexte où le revenu est soumis à fluctuations (climat, prix du lait, prix des aliments, crises financières...).

On est en fait dans une logique de fuite en avant :
1. mon système de production arrive à ses limites car je dois travailler de plus en plus pour gagner ma vie
2. il faut faire des économies d’échelle (concentration des élevages, réduction de la main d’œuvre)
3. il faut des robots pour faire le travail (gain de temps, réduction de la main d’œuvre)
4. il faut continuer à travailler de plus en plus pour payer les traites ...

La vraie question serait : pourquoi est-ce que mon système n’est pas rentable ? dois-je produire plus ? consommer moins ? faire autre chose ? -> Il est nécessaire de se poser les bonnes questions et la gestion holistique est un excellent outil pour cela.

En résumé :
- Le high-tech c’est bien et parfois mieux (s’il peut réellement aider l’agriculteur dans sa vie quotidienne : gain de temps, automatisation, compilation de données, réaction en temps réel, etc.) mais ne ça sert à rien sans le low-tech ;
- Le low-tech performant est souvent synonyme d’individus high-tech (innovants, curieux, pro-actifs, marginaux, etc.) qui peuvent utiliser indifféremment du low-tech (poste à souder, connaissance du sol, intuition) que du high-tech (drone, robots, réseaux sociaux) ;
- Ça n’empêche pas de trouver des " low-tech " très sympathiques mais en dehors du coup et des " high tech " désagréables également à côté de la plaque (l’inverse est tout aussi vrai).

En conclusion :
- Le problème du low-tech c’est qu’il est complexe à diffuser et à mettre en oeuvre puisqu’il est basé sur l’expérience, la connaissance, l’intelligence et le partage ;
- Le hightech est coûteux mais relativement simple à mettre en œuvre (il suffit de lire le mode d’emploi puisque les chercheurs et ingénieurs qui ont créé le procédé ont réfléchi à votre place - parfois brillamment d’ailleurs).



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