GPS : la tête dans les étoiles

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Grâce à la mise en place des réseaux, et aussi des prix rémunérateurs, l’auto guidage par GPS commence à se démocratiser en France. Côté travail du sol plus le nombre de passages est élevé plus la technologie est rentable, alors qu’en est-il en AC ou par définition le nombre de passages est réduit ?! En quoi la technologie est-elle intéressante ? Si dans un système traditionnel l’économie se fait plus sur le recoupement entre passages, en AC elle se fera plus sur la qualité du travail. Il n’y a parfois qu’un passage de préparation, donc en proportion l’équipement de guidage coûte plus cher par passage ! Retours d’expériences et tour d’horizon de l’usage de l’auto guidage en agriculture de conservation ...

Strip-till Le strip-till est probablement la technique qui valorise le mieux l’auto guidage dans un système en TCS. Des passages rectilignes permettent un semis de qualité exactement au milieu de la bande, ce qui sera le gage d’une levée homogène, premier critère de réussite pour les cultures en ligne. Si en écartements larges l’autoguidage n’est pas indispensable, en écartements réduits comme à 45 ou 50, il l’est quasiment. De l’aveu même des agriculteurs la conduite au semis est très fatigante. Regardez cette présentation de l’Université de Purdue, à partir de la diapo 19.

Graph p.23, de gauche à droite :
- 135q pour le semis sur strip-till guidé par RTK
- 131.5q pour le semis sur strip-till sans guidage soit -4q ! A l’Université du Minnesota Jodi DeJong-Hughes a mesuré une perte de rendement qui peut aller jusque 5% ! Pour un rendement de 100q/ha et avec du maïs à 200€/T, ça donne Alors l’auto guidage n’est pas indispensable pour démarrer et réussir en strip-till, mais peut être que sans, la technique n’est pas valorisée à son maximum.

Colza strip-till semé hors du rang

Colza semé au bord de la bande, la différence de levée est nette A quoi ça sert d’affiner le travail du strip-till si c’est pour semer à côté ? ...

Valoriser le guidage au maximum Pouvoir se guider même en pleine nuit ou dans le brouillard et la poussière peut être un avantage. Ainsi ce printemps la CUMA du Rosay dans la Sarthe a pu préparer et semer 250ha en 6jours grâce à l’autoguidage. Nicolas Denieul le reconnaît, sans cet équipement ce printemps, impossible de semer les maïs à temps et de profiter des courtes fenêtres météo. La CUMA est équipée d’un Stripcat 5 rangs à 75 tirée par un tracteur en voies de 2.20 guidé par un signal RTK (comme ça le tracteur ne roule pas sur les rangs strip-tillés) et d’un semoir en 6rangs lui guidée par un signal précis à 10cm, mais qui est recalé régulièrement. Ce type de configuration où le nombre de rangs de strip-till et de semoir ne sont pas égaux semble risqué, mais lorsque le signal RTK est bon, et qu’il n’y a pas trop de dévers, cela comporte plusieurs avantages. Cela permet d’être facilement à voie pour le tracteur qui trace et de modérer l’investissement sur le strip-till (un élément en moins et pas de repliage), qui est reporté sur de l’auto guidage mais qui est lui, valorisé sur toute la ferme.

Lors de ce printemps assez difficile pour les semis sur strip-till d’automne/hiver, on a clairement vu qu’il était bien plus facile de reprendre des bandes grâce au guidage. L’outil reprend exactement les lignes du strip-till, c’est une grande sécurité et ça aide à avoir un travail impeccable.

Betteraves sucrières En betteraves, où les agriculteurs sont souvent habitué à semer en 12 rangs, le passage au strip-till n’est pas forcément facile. Une machine 12 rangs est cher, et demande beaucoup de puissance. L’auto guidage avec une précision centimétrique permet de travailler en 6 rangs, et de semer en 12. Cela nécessite un bon paramétrage de l’équipement de guidage mais c’est tout à fait faisable.

Pour finir ces histoires de correspondance nb de rangs strip-till/nb de rangs semoirs, pour les gros producteurs cela permet aussi d’essayer une nouvelle technique à moindre frais. Ainsi dans nos clients nous avons plusieurs gros producteurs de maïs qui se sont fait la main avec des machines de 4 ou 6 rangs (alors qu’ils sèment en 12) avant de repartir sur des machines plus larges.

Monoculture de maïs et strip-till Toujours en strip-till, et en mono- culture de maïs, le guidage peut permettre d’affiner le travail en choisissant exactement ou travailler. A l’automne lorsque les conditions sont difficiles avec beaucoup de résidus, les tiges de maïs encore bien raides, et parfois des batteuses qui ont marqués, il peut être judicieux de tracer au bord de l’ancien rang de maïs. Ainsi on profite du couscous de surface et de la structure créée par les racines du maïs. Dans un cas comme celui là le guidage est vraiment valorisé car si on compare à un passage en milieu d’inter rang, il permet de faire un très bon travail, et plus régulier au long de la parcelle. Là encore le guidage permet un travail de qualité qui va permettre de sécuriser l’implantation du maïs suivant dans de meilleures conditions.

Strip-till avant maïs Strip-till dans des chaumes de maïs en Alsace

Les bandes tracées proche de l’ancien rang de maïs sont très souvent les plus belles, car l’outil travaille dans une terre structurée par les racines.

Bio strip-till En strip-till végétal, nos collègues d’outre atlantique font très fort. Plusieurs « no-tillers » et strip-tiller américains sèment des couverts différents sur le futur rang du maïs et dans l’entre rang, au semoir de précisions. Au printemps suivant les conditions et les espèces utilisées ils ressèment au dessus ou bien juste à côté. Voici un article qui résume bien leurs pratiques. Les graminées sont reléguées en inter-rang, alors que le radis et les légumineuses sont privilégiés sur le rang. Au printemps si les radis ont laissés de gros trous, il est possible de semer juste à côté pour ne pas semer dans les trous, mais ça sans auto guidage c’est quasiment impossible. Jocelyn Michon pratique également le le strip-till végétal depuis quelques années :

Couvert localisé au Québec Couvert de radis et de seigle au Québec

De gauche à droite : Bandes de seigle pour le futur inter-rang du maïs. "J’ai ajouté avec le Monosem Twin-row un rang de féverole et un rang de tillage radish décalés de 4 cm dans le but de semer le maïs juste à côté. Un gain en 2012 de 700 kg/ha de maïs comparé au témoin n’ayant pas eu ce traitement. Une variante : une bande d’un mélange de 4 légumineuses semées en même temps que le blé de printemps, suivi d’un semis de féverole et tillage radish. Le résultat en 2013…" Jocelyn confirme que sans GPS "c’est quasiment impossible"

Astuce Jocelyn Michon a aussi choisi de laisser des bandes non semées dans son couvert de seigle. Il le reprend ainsi facilement au printemps avec son « strip-till light » avant de semer son maïs. Ainsi il peut laisser le couvert de seigle plus longtemps sans être embêté par la couverture et le chevelu racinaire du couvert et ainsi avoir une qualité de semis irréprochable en « Twin-row »

Prétraçage avant semis de maïs au Québec Prétraceuse avant maïs au Québec Semis de maïs sur passage de strip-till au Québec

Sous nos latitudes cette idée pourrait être appliquée au ray-grass en dérobée ! Avec les strip-till non animés travailler dans des ray-grass est souvent compliqué : grâce au chevelu racinaire dense le travail en profondeur est bon, mais en surface le feutrage racinaire empêche la fabrication d’un lit de semence et peut compliquer le semis. Si on laissait des bandes non semées à l’emplacement du futur rang de maïs, on arriverait à un bon travail avec des outils simples, le chevelu racinaire dans les premiers centimètres étant inexistant.

Semis dans les inter-rangs Au Canada ou en Australie les agriculteurs pratiquants le SD pratiquent le semis en inter-rangs.. Cela consiste à semer entre les rangs de la culture précédente pour gérer facilement les pailles avec des semoirs à dents, et de profiter du micro climat présent entre les chaumes. Pour des petites graines comme le canola (colza de printemps) ou bien la lentille, cela permet de les protéger du froid lors de leurs premières semaines de pousse. Dans leurs cas avec leurs semoirs de grande largeur, des crochets suiveurs avec palpeurs complètent le guidage du tracteur. Semis chez Steve Larocque : trafic contrôlé et semis dans l’inter rang : du billard !

Dans sa vidéo Steve explique que dans un inter rang de 30cm, il sème du blé, puis du canola (colza de printemps), puis de nouveaux du blé, en localisant à chaque fois du Phosphore. Le pois semé cette année le sera donc dans un inter rang avec les reliquats de Phosphore des années précédentes. En plus de gérer les résidus, le semis en inter rang permet de valoriser au maximum la fertilité : pour S.Larocque le semis dans les inter-rangs est une évidence ! Bien que les inter rangs que nous utilisons sont souvent inférieur à 30cm, peut être que cette technique pourrait être mise à profit en semis direct pour semer les colzas après les pailles par exemple.

Lin semé en direct dans la paille

Semis de lin dans un couvert de seigle vivant, détruit après le semis. Chez Yvan, paysan Québecois, alias "Lulu" sur agricool. Décidemment ces Québecois !

La technologie peut donc aussi être valorisée dans des systèmes très simples comme en SD. Elle peut également permettre de semer la nuit ou dans des conditions difficiles pour profiter des fenêtres météo favorables : moins il y a de passages, moins on a le droit à l’erreur ! Philippe Pastoureau confirme qu’on peut semer dans des conditions où la visibilité est quasi nul, "c’est ce qui nous arrive souvent lorsque l’on sème au compil sur des fanes de maïs grain. Cela nous est très utile également pour les épandages de lisier avec une rampe, on ne saurait s’en passer."

Dans ces trois derniers exemples, le recours à la technologie permet de résoudre des problèmes !

Trafic contrôlé A force de se guider dans les mêmes traces, on se rapproche du "trafic contrôlé" ... Largement répandu en Australie et à ses débuts en Europe grâce au réseau "CTF Europe", la technique permet de confiner les différentes machines toujours sur les mêmes passages, et ainsi maximiser la qualité de sol là où ne roule pas. Cette technique peut permettre de faciliter le passage au travail réduit voir au semis direct, car entre les voies la structure sera préservée et pourra évoluer plus rapidement :
- on passe toujours au même endroit
- idéal pour les TCS et le semis direct
- meilleur drainage
- diminution de la consommation de carburant (la bande où on roule est plus ferme, et la sol où travaille l’outil est plus meuble)
- la structure globale du sol est améliorée : meilleure efficience de l’eau et des engrais.
- de 5 à 10% de rendement en + (là où on ne roule pas, et toutes les cultures ne montrent pas cette augmentation de rendement)

Voici la présentation de Nicolas Dubuc, qui explique de manière simple le trafic contrôlé. Je vous redirige vers cet article du Bulletin des agriculteurs qui explique l’expérience de Clay Mitchell dans le domaine, et comment il repousse les limites de l’agriculture de précision.

Voici le témoignage de Julian Gold (avec un accent so british), qui pratique le CTF en Angleterre en 10m de large.

Si la technique est plus répandue en culture, elle est aussi valable pour les fourrages :

La portance est préservée, l’herbe n’est pas abîmée, et si il faut réparer les dégâts, ils sont localisés à un endroit... Avec la météo de ce printemps (et de l’automne dernier !), ce genre de système fait rêver, et n’est peut être pas si difficile à mettre en place. Finalement si il ne doit plus rester qu’un semoir (ou deux !) sur la ferme, est-il si compliqué, et si cher de faire correspondre leurs largeurs avec la batteuse et le pulvérisateur ?

Vous l’aurez compris, le but de cet article n’est pas de vendre du GPS, on peut faire sans ! Mais une fois qu’on est équipé on peut aller loin ! Au delà des économies de passage (bien relatives dans un système en TCS) le recours à la technologie sera toujours plus valorisé si il permet de faciliter la mise en place de l’AC et faire des choses qu’il n’était pas possible de faire auparavant. Les réseaux AC étant très dynamiques, on peut s’attendre à des applications qui restent encore à inventer...semis de trèfle entre les rangs de blé, relay-cropping, décompactage localisé aux roues du matériel de récolte, traitements localisés, cartographie de sols ... L’auto guidage est une technique qui est amené à se développer, il serait dommage de ne pas y penser lors de votre prochain investissement tracteur !

Et puis, quand le tracteur se conduit tout seul ... on peut lire le dernier TCS !!!

Merci aux fous qui m’ont permis de compléter cet article !



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