26
août

Cécile Waligora

Des plantes, des insectes et... des chauves-souris

Avez-vous déjà remarqué, au sol, des ailes de papillons ? Juste les ailes, pas de corps… Il s’agit là, du résultat de la chasse d’un chiroptère, autrement dit, d’une chauve-souris. Celle-ci s’est repue du corps bien protéiné d’un papillon de nuit.

Insectivores stricts

JPEG - 126.6 koIl existe, dans l’Hexagone, 34 espèces de chauves-souris. Les unes ont une tête de… souris ; les autres arborent un museau un peu ragoutant, d’autres ont des oreilles surdimensionnées. Toutes, absolument toutes, sont insectivores. Ce qui signifie qu’en saison froide, quand l’automne laisse place à l’hiver, ces petits prédateurs prennent congés, faute de nourriture et s’endorment, bien à l’abri au fond d’une grotte, d’une cave, voire d’un tronc d’arbre. Là, leur température corporelle s’abaisse considérablement jusqu’à être proche de zéro. Toutes les fonctions vitales sont maintenues à un niveau minimal. Je pourrais vous en dire plus mais cela fera l’objet d’un nouveau carnet…
Revenons à aujourd’hui, à l’approche de septembre. Malgré des températures toujours très élevées dans la journée, nous nous dirigeons peu à peu vers l’automne. Les températures matinales nous le rappellent parfois ! Les jeunes de l’année (un par femelle) sont désormais élevés et l’heure va être à la période d’accouplement qui peut commencer à partir de la mi-août. Les chauves-souris sont dotées d’une fécondation différée, c’est-à-dire que même si l’accouplement a lieu à partir de la fin de l’été et en automne, la fécondation n’a lieu qu’au printemps suivant. Les femelles conservent la semence des mâles, maintenue viable grâce aux substances nutritives délivrées par la paroi utérine. Chez certaines espèces, l’accouplement a lieu au plein cœur de l’hiver et donc en pleine période d’hibernation, ce qui sous-entend que les individus sortent alors momentanément de leur léthargie.
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Faire des provisions

Les besoins actuels en nourriture sont élevés. Les chauves-souris ont besoin de se gaver afin de commencer à faire leurs réserves de graisse qui leur permettront de passer la mauvaise saison. Elle vont en effet devoir vivre sur leurs tissus graisseux pendant plusieurs mois ! Le territoire de chasse doit donc être particulièrement fourni en insectes de tous genres. En une nuit, un individu peut consommer l’équivalent du quart ou tiers de son poids. Grosso modo, les petites espèces de chauves-souris se nourrissent, un peu comme les hirondelles le jour, de « plancton aérien » fait de petits insectes ailés type moucherons et les plus grosse chauves-souris, de proies plus corpulentes comme de gros lépidoptères ou des coléoptères (certaines espèces chassent même à terre). Qui dit proies variées, dit végétation variée. Pour avoir des chauves-souris, capables de faire pression sur des populations de ravageurs potentiels de cultures (exemple des pyrales en maïs, des Eudémis et Cochylis en vigne et bien d’autres), il faut un territoire de chasse composés d’essences végétales variées et cela jusqu’en entrée de période d’hibernation. En cela, les double cultures, les couverts végétaux d’interculture sont une ressource grandement appréciée.

Paysage diversifié

Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi que les bords de champs comprennent suffisamment d’essences végétales variées, hébergeant beaucoup d’insectes et donc entretenus qu’en saison de moindre activité (automne, hiver). L’agroécosystème doit en outre, présenter des essences arbustives et arborées, notamment en lignes et en corridor, que les chauves-souris vont prendre comme références géographiques, mémoriser et longer. Elles vont notamment les utiliser pour passer d’un de leurs gîtes à leur territoire de chasse. Les haies sont donc particulièrement importantes, tout comme les bosquets et les lisières de bois.
L’eau aussi est nécessaire car elle attire bon nombre d’insectes qu’elle soit sous forme de rivière, de mare ou d’étang. En bref, pour bénéficier des services écosystémiques des chauves-souris, il faut un paysage diversifié. Cela va donc au-delà de la seule échelle parcellaire.

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DU MÊME AUTEUR : Cécile Waligora


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