Patate et Probiotie : une pierre de plus à l’édifice


La pomme de terre a de sérieux problèmes de ravageurs. Les principaux vivent dans le sol. Néanmoins ils ont tous des prédateurs naturels. Voici l’histoire d’un trio qui montre l’intérêt de la probiotie en pomme de terre. Ou, en d’autres mots : comment la vie du sol peut aider à la production de pomme de terre.

Pour commencer, un rapide rappel sur les notions d’Abiotie et de Probiotie en agriculture. L’Abiotie est l’idée de nettoyer toute la parcelle de vie à l’exception de la plante cultivée. C’est donc un champ labouré et désinfecté où la plante est seule dans un espace vide de vie. La Probiotie est l’idée de positionner la plante dans un espace plein de vie à la condition que la "vie associée" maintienne ou augmente les performances de la culture. L’objectif est que la "vie associée" occupe l’espace qu’un ravageur pourrait éventuellement prendre. L’exemple le plus connu de Probiotie est le colza associé. Un second exemple est l’arrêt du travail du sol pour favoriser les mycorhizes bénéfiques et leur association avec les racines. La Probiotie est l’un des outils de l’agroécologie.

Un trio intéressant de micro-organismes du sol est Rhizoctonia solani, Pseudomonas AD21 et Pedobacter V48. Le premier est un champignon pathogène de la pomme de terre. Et les deux dernières sont des bactéries vivant dans le sol et qui, ensemble, ont un effet fongique sur Rhizoctonia solani. En effet, lorsque les bactéries se rencontrent, elles travaillent ensemble pour limiter le développement du champignon. D’abord, il est intéressant d’observer les résultats et ensuite de les expliquer.
Développement R.solani en boites de Pétri
Dans la figure 1, il y a 8 boîtes de Petri toutes différentes et l’objectif est d’observer le développement de Rhizoctonia solani. Pour commencer, il y a 2 supports de culture différents. Les 4 du haut ont un support de culture différent des 4 du bas. Ensuite, de gauche à droite, les boîtes ont été ensemencées de différentes manières. Les deux de gauche ont seulement été ensemencées de Rhizoctonia solani. La deuxième colonne a été ensemencée de Rhizoctonia solani et de Pedobacter V48 (voir les 4 taches entre les deux traits rouges). Dans la troisième, les chercheurs ont placé des souches de Rhizoctonia solani et de Pseudomonas AD21 (ces derniers également placés entre les deux traits rouges). Et complètement à droite, ils ont combiné les trois êtres vivants en suivant toujours le même protocole.
Dans ces essais, Rhizoctonia solani s’est bien développé partout sauf dans les 2 boîtes de droite où il est resté cantonné au-dessus du trait rouge supérieur. En effet, en observant les 4 boîtes du haut, il est possible de voir les différences de développement du champignon dans un même substrat de culture. La boîte la plus à gauche est le témoin. Il montre la capacité de développement du champignon dans ce substrat de culture. Dans les 2 boîtes du milieu, le développement de Rhizoctonia solani est équivalent au témoin. La présence isolée de Pedobacter V48 ou de Pseudomonas AD21 ne pose aucun problème au champignon. Par contre dans la boîte de droite, la présence des 2 bactéries a significativement réduit le développement du champignon. Les mêmes observations et résultats valent pour les 4 boîtes du bas.
Attaque de R. solani par 2 bactéries
Observer un tel phénomène est intéressant mais le comprendre permet de l’utiliser/le favoriser dans la pratique. La figure 2 illustre le phénomène. En effet, Pseudomonas AD21 est capable de détecter la présence de Rhizoctonia solani et de communiquer mais pas de l’attaquer. Par contre Pedobacter V48 ne « voit » pas Rhizoctonia solani mais « écoute » Pseudomonas AD21 et, suite à ces messages d’alertes, émet des composés volatiles fongiques très efficaces contre Rhizocotnia solani.
L’explication n’est pas complète car il manque le leitmotiv des deux bactéries. En effet, les scientifiques ne savent pas pourquoi les bactéries attaquent le champignon. Il y a différentes hypothèses mais il faut encore les vérifier.
Dans la pratique, il est intéressant de stimuler un tel mécanisme à grande échelle pour pouvoir l’appliquer aux cultures. Aujourd’hui, il y a une seule méthode pour assurer l’effet fongique désiré : stimuler ces bactéries dans le sol directement. En effet, ces bactéries ne s’achètent pas mais elles sont présentes dans le sol. Si l’agriculteur stimule les bactéries, il risque d’avoir l’effet désiré.
Mais comment faire ? L’idée est d’avoir des bactéries en nombre suffisant et en bonne santé. Il faut donc les stimuler. Et, aujourd’hui, il y a une seule méthode : stimuler la vie du sol en général : couverts végétaux, réduction du travail du sol, plantes associées, …

En toute honnêteté, personne ne sait quelle technique est la plus appropriée. Personne ne sait s’il vaut mieux réduire le travail du sol ou semer des plantes compagnes pour arriver au résultat voulu. Il faut essayer, observer et apprendre.
La probiotie permet de lutter contre le Rhizoctonia en pomme de terre même s’il nous faut découvrir la meilleure méthode. En portant le regard plus loin, il ressort que la probiotie a d’autres qualités que la simple lutte contre le Rhizoctonia et, selon les frères Rockey, patatiers aux Etats-Unis, elle permet de lutter contre un certain nombre d’autres ravageurs également. Enfin, un jeu de mot pour conclure : si les patatiers se mettent à stimuler la vie du sol, on ne mangera plus de pomme-de-terre mais … des pomme-de-sol.

Bonne vie du sol à tous.


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