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SCEA Tassot - A chaque problématique son outil

Cécile Waligora - TCS n°55 ; novembre / décembre 2009 -


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Avec Dominique Tassot, TCSiste bio dans les Ardennes, nous entamons une nouvelle rubrique que vous retrouverez désormais régulièrement dans TCS. Il nous a paru en effet de plus en plus nécessaire de mettre aussi en avant des TCSistes en conduite biologique. Les bio, et de surcroît en TCS, doivent faire preuve d’une grande ingéniosité. Ils ont des problématiques difficiles à gérer parmi lesquelles, le désherbage. Dans son cas, D. Tassot est en bio sur une partie de son exploitation. Il est d’abord passé en bio avant d’être en non-labour. S’il utilise le même semoir en conventionnel et en bio, ce n’est pas le cas des outils de travail de sol et de gestion des adventices. Car à chaque problématique, son outil.

Dominique Tassot exploite deux sites distants d’une quinzaine de kilomètres, sur Annelles, dans les Ardennes. L’ensemble fait quasiment 300 hectares, dont une soixantaine en vallée de l’Aisne (terres plus argileuses) et le reste en Champagne crayeuse. Trois personnes, dont lui, travaillent à plein-temps, ainsi qu’un temps partiel (la SCEA fait un peu d’entreprise). Plus du tiers de l’ensemble est aujourd’hui en conduite biologique, sur des îlots d’un seul tenant. À la question, « pourquoi pas la totalité de l’exploitation ? », l’agriculteur répond : « à cause du quota de betteraves, menées en conventionnel, que je souhaite, pour le moment, conserver ».

La conversion de l’exploitation a débuté en 1987, de manière progressive. « J’avais trois motivations  : produire les aliments de santé dont j’étais déjà moi-même consommateur, aller vers des circuits de commercialisation plus courts et préserver la fécondité du sol », explique-t-il. C’est ce troisième aspect qui le fait d’ailleurs abandonner, en 1992, l’apport chimique de fertilisation N, P, K (excepté pour la partie azote sur les parcelles conventionnelles). Sa fertilisation se fait ainsi à base de fumiers de bovins et de volailles compostés qu’il échange ou achète, en local. L’étape suivante est le passage, en 1994, au bas volume puis deux ans plus tard, au non-labour. « C’était une évolution tout à fait naturelle, toujours dans le but de maintenir des sols fertiles et biologiquement actifs », indique Dominique.

Le non-labour se traduit seulement par l’abandon du non-retournement du sol. « À mes yeux, en bio, faire du semis direct relève de l’impossible. Je suis donc en TCS, avec un travail du sol qu’on peut considérer comme intensif », explique-t-il. Un travail de sol basé, en grande partie, sur des déchaumages et des faux-semis pour maîtriser le salissement. Pour autant, D. Tassot insiste : « l’approche désherbage commence par la rotation. Sur mes îlots en bio, j’essaye d’alterner cultures d’hiver et cultures de printemps ». Si, en conventionnel, la rotation est à base de blé-orge de printemps luzerne- betterave-colza (plus du maïs dans les terres de vallée et, parfois, un peu de tournesol), en bio, on retrouve les mêmes bases exceptés la betterave, le colza et le tournesol mais avec, en plus, de l’avoine, un mélange fourrager triticale + pois et des lentillons de la Champagne.

Au début des couverts

Que ce soit en bio ou en conventionnel, D. Tassot sème des couverts en interculture longue. Dans les parties en bio, les terres argileuses peuvent ne pas en recevoir. L’agriculteur estime que la présence de résidus de couvert, au printemps et dans ces terres, peut pénaliser les faux-semis. La moutarde est le couvert principalement semé. Elle est parfois associée avec de l’avoine. Mais en bio, un couvert représente pour l’agriculteur aussi une contrainte. « Les couverts que je sème, ne diminuent pas le stock de graines d’adventices. Je dois toujours recourir aux fauxsemis et pour cela, il me faut du temps entre la récolte et la future implantation. Cela laisse peu de temps pour un bon développement de couvert. Il me faut des espèces qui puissent s’installer très rapidement. » Mais D. Tassot l’avoue : il a encore beaucoup à faire sur ce sujet.

Côté outils, le passage du labour au non-labour a débuté avec l’achat d’un ameublisseur original, une charrue Express Perrein et, peu de temps après, par celui d’une fouilleuse Cybelle de chez Actisol, laquelle permet de réaliser à la fois du travail profond et superficiel. Il se sert encore aujourd’hui, de ces deux outils, selon les circonstances, principalement pour ameublir et décompacter le sol. Pour le travail très superficiel, un déchaumeur Morris est aussi présent sur l’exploitation.

Houe, herse puis bineuse

Pour D. Tassot, les faux-semis sont une chose, mais en bio, le désherbage précoce, de postsemis, est tout aussi important. C’est là qu’une autre gamme d’outils entre en jeu. Le TCSiste les décline en fonction de leur degré d’agressivité sur les plantules, du moins vers le plus : la houe rotative, la herse étrille et la bineuse. « La bineuse est avant tout un outil de rattrapage, lorsque les précédents n’ont pas suffi », indique-t- il. En prévision de son éventuelle utilisation, D. Tassot sème d’ailleurs ses céréales à un écartement plus important. Entre la houe et la herse, l’agriculteur a d’abord débuté avec la seconde. Maintenant, il utilise l’une ou l’autre. « La houe permet de désherber en prélevée dans une culture dont les graines sont peu enterrées. Elle convient bien aux céréales, par exemple. La herse, c’est le contraire : elle convient mieux aux graines enterrées plus profond, telles que le maïs ou la féverole. » D’une manière générale, D. Tassot admet que les conditions de désherbage mécanique, en bio, sont plus contraignantes qu’en désherbage conventionnel, sous forme chimique. « Il faut être plus minutieux quant aux conditions de ressuyage du sol, de tassement ou de présence de croûte en surface. La houe rotative permet de travailler dans des conditions plus humides que la herse. Quoi qu’il en soit, pour faire du bon travail, il doit faire sec juste après l’intervention. L’idéal, c’est de herser en début d’après-midi par vent d’Est », explique-t-il. À une époque, lorsqu’il faisait un peu de soja, D. Tassot a aussi essayé le désherbage thermique.

L’écimeuse, aussi

« En bio, le désherbage mécanique du soja n’était pas suffisant. C’est une culture qui se sème tard, à une époque où les adventices lèvent rapidement. Il fallait donc trouver autre chose. Outre son coût, cette forme de désherbage est très pointilleuse, notamment au niveau des heures d’intervention. Il faut que l’écart entre la température de la flamme qui vient frôler l’adventice et la température extérieure soit le plus important. C’est une technique qui marche bien tôt le matin ou tard le soir. Face à ces contraintes, j’ai opté pour l’abandon du soja », explique-t-il. Cette expérience lui a aussi donné envie d’acquérir une écimeuse. Cet outil est équipé de lames légères qui tournent vite, coupant la cime des adventices, évitant leur montée à graines. « Je l’utilise sur le chardon et sur la folle-avoine, voir sur sanve dans des pois protéagineux ou dans une orge courte. C’est efficace surtout avant la maturité des graines ou pour épuiser les plantes. Disons qu’après la bineuse, c’est l’outil de rattrapage ultime », indique l’agriculteur.

L’agriculteur ardennais a conscience aussi des effets négatifs du travail du sol de ses parcelles, dont les usages, en agriculture biologique, sont répétés. « C’est un coût énergétique élevé et c’est aussi un coût pour le sol », admet-il. C’est pourquoi, il réfléchit à une autre piste de désherbage, qui n’utiliserait pas le travail du sol. Cette piste lui a été soufflée par un autre TCSiste bio, Gilles Guillet, exploitant à proximité. Celui-ci expérimente des préparations à base de plantes qu’il dynamise, selon les principes de l’homéopathie. Par exemple, contre le développement de telle adventice, il va préparer un traitement à partir de la même plante. Les plantes, récoltées puis séchées, sont, avant usage, diluées plusieurs fois. C’est ainsi que D. Tassot a essayé, pour la première fois cette année, une préparation de colza qu’il a appliqué... sur des repousses de colza. « Il faut être prudent et cela demande un peu de recul. Néanmoins, j’ai observé, après ce traitement, un arrêt du développement des repousses », observet- il. Cette première expérience étant plutôt positive, il compte poursuivre ses investigations. De là, un jour, à devoir se passer de travail de sol, rien n’est moins sûr. Pour le moment, son collègue Gilles n’y est pas encore parvenu.