AC et AB des approches complémentaires et convergentes

Frédéric Thomas - TCS n°55 ; novembre / décembre 2009 -



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Avec ce numéro de TCS, nous instituons une nouvelle rubrique consacrée à l’agriculture biologique. Si cette ouverture peut surprendre et laisser penser que nous sommes influencés par le discours ambiant, les effets de mode, c’est avant tout le terrain qui guide ce choix. D’une part, de plus en plus de TCSistes s’inspirent et considèrent l’AB comme un prolongement possible de leur démarche. D’autre part, des agriculteurs bio, conscients de l’impact négatif du travail du sol, cherchent à s’en affranchir en incorporant certaines de nos approches. Dans ce monde d’opposition stérile entre ce qui est bon et ce qui est forcément mauvais, l’AC et l’AB semblent ainsi plutôt complémentaires et convergentes sur de nombreux points :

- Les limites de l’agriculture conventionnelle qui, « grâce » au gaspillage d’énergie et d’eau, est en partie responsable de l’effondrement de la fertilité autonome des sols pouvant aller jusqu’à l’érosion et la perte de sols productifs dans des situations extrêmes. Cette même agriculture doit également recourir massivement aux engrais et produits phytosanitaires pour corriger des déséquilibres dont les pratiques culturales sont souvent la cause. Avec le temps, l’ensemble débouche sur l’appauvrissement de la biodiversité au sein des parcelles et des paysages pourtant capables de limiter naturellement et gratuitement bon nombre de ravageurs qui profitent aujourd’hui des desserts « verts » que nous avons développés.
- Concernant les enjeux plus globaux, même s’il existe une différence d’approche relative aux besoins de production, l’AC et l’AB se retrouvent largement dans l’analyse de la situation et dans les solutions potentielles proposées comme la relocalisation des échanges, le recyclage des produits non renouvelables, la limitation de la consommation en énergie : la majorité des grands ingrédients du développement durable.
- La suppression de l’élément jugé le plus nocif est le pilier, le moteur du changement dans chacun des deux systèmes. Si pour l’AC c’est le labour, et en général le travail du sol impactant de manière forte l’activité biologique, le recyclage des matières organiques et la fertilité minérale, qui est abandonné afin de permettre aux sols de retrouver une couverture et se réorganiser à l’abri ; en AB c’est la « chimie ». Considérés comme « poison », ce sont les engrais et les produits de synthèse perturbateurs des chaînes trophiques ; polluants qui sont bannis. À ce niveau, il n’existe pas vraiment d’opposition et les objectifs sont identiques : redonner vie aux sols et limiter l’impact de l’agriculture sur l’environnement. Seulement les premiers concentrent leur action sur le milieu, l’habitat, et les autres sur le vivant et les acteurs. En complément, chaque orientation garde dans sa boîte à outils, et à défaut de mieux, soit les phyto en AC ou le travail du sol en AB comme filet de sécurité tout en en mesurant les limites. C’est pour ces raisons que de nombreux TCSistes cherchent à réduire l’utilisation d’engrais et de phyto, qui au-delà du coût que cela représente, impactent négativement les équilibres qu’ils s’efforcent de retrouver. Et c’est pour les mêmes raisons que des agriculteurs bio envisagent de s’affranchir du travail agressif du sol.
- Le développement d’une approche système et le retour au bon sens agronomique sont les principaux ingrédients de l’agriculture biologique et de la simplification du travail du sol. Comme il ne suffit pas de supprimer de manière simpliste herbicides et fertilisants de synthèse pour réussir en AB, le seul abandon du labour, stricto sensu, est plutôt synonyme de compaction, d’enherbement et d’échec en AC. Quel que soit l’axe d’entrée, la réussite passe avant tout par l’observation, l’accompagnement, l’expérimentation, l’acquisition de nouvelles connaissances et l’échange au travers de réseaux très ouverts et dynamiques. L’AC et l’AB sont de vraies agricultures de terrain et de paysans avec la mise en oeuvre de stratégies globales intégrant un maximum de diversité dans les cultures et rotations, des couverts végétaux performants et promoteurs de fertilité, une approche plus organique et l’encouragement de la biodiversité pour maîtriser et enrayer ravageurs et maladies sans vraiment les éradiquer.
- L’innovation technique est en train de devenir un axe d’échange nouveau et le point de ralliement entre l’AB et l’AC. L’expertise en matière de couverts de type « biomax » et la destruction par roulage sont des ingrédients de l’AC qui sont progressivement transférés dans les itinéraires AB. Il en est de même des techniques de non-retournement du sol et de non-déchaumage pour zoner et faire évoluer très rapidement les stocks de graines d’adventices et ainsi réduire significativement l’enherbement. De son côté, l’AB nous a apporté les mélanges variétaux et les associations de cultures qui ont été très rapidement intégrés par certains TCSistes. Des orientations qui débouchent comme pour le colza sur des modes d’implantations qui permettent de réduire drastiquement les coûts d’implantation, de phyto, d’engrais avec en prime des améliorations de rendements significatives voire une seconde récolte.

Ainsi, et face à l’urgence économique et environnementale, il est grand temps d’abattre les barrières et de décloisonner l’AC et l’AB sans porter de jugement. À chacun sa sensibilité, ses goûts et ses orientations mais si la diversité est une règle fondamentale en agronomie, elle doit également prévaloir entre les acteurs et des formes d’agricultures dont les objectifs fondamentaux sont en fait très proches. Tout n’est que dosage et c’est ce type de passerelles, en débouchant sur d’autres réseaux, pratiques et connaissances, qui permettront d’apporter plus d’idées et d’émulation afin d’avancer tous ensemble vers des formes diverses d’agriculture écologiquement intensive.

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