Nous allons faire de la France un leader de l’agroécologie

Frédéric Thomas - magazine TCS n°78 ; juin/juillet/août 2014 -



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Ce sont les propos de Stéphane Le Foll, lors de sa conférence de presse le 17 juin dernier qui fait suite à la remise du rapport de Catherine Geslain-Lanéelle. Même si nous supportions cette idée depuis de nombreuses années, cet engagement venant directement du ministre de l’Agriculture est un message fort et très encourageant qui démontre sa très bonne connaissance du terrain comme des différents réseaux qui animent le sujet. Il est d’autant plus pertinent qu’il repose sur l’audition de toutes les strates de l’agriculture et s’appuie sur un vrai projet global. « Enclencher une dynamique globale et systémique sur l’ensemble des exploitations et du territoire. » En mettant en avant l’agroécologie et la triple performance (économique, sociale et environnementale), S. Le Foll sort du rafistolage et tente de donner un vrai cap à l’agriculture française. Ce projet ambitieux mais réaliste est plutôt rassembleur de toutes les tendances qui peuvent revendiquer une certaine durabilité de leurs approches. De ce fait, il s’éloigne de la gestion de crise et des mesures séquentielles qui ne sont pas remises en cause mais deviennent les ingrédients d’une démarche systémique globale.

« S’appuyer sur les réseaux de terrain et les 35 000 exploitations qui intègrent déjà au quotidien des approches agroécologiques. » Sans remettre en cause l’importance de tous les acteurs et en particulier la recherche, la formation mais aussi les chambres d’agriculture, le ministre, et c’est bien la première fois, met en avant le rôle clé que jouent aussi les agriculteurs des différents réseaux qui sont déjà engagés et développent des pratiques agroécologiques. C’est le début de la fin de l’approche « top- down », le développement vertical, où ceux qui possèdent les connaissances et le savoir décident de la façon dont les producteurs doivent opérer. À ce titre, le ministre a même évoqué une dynamique la plus horizontale possible avec moins de normes et de papiers et l’ambition de remettre en mouvement l’ensemble des acteurs.

« La couverture des sols est primordiale pour la conservation et la microbiologie des sols, la production mais aussi pour accroître la biodiversité au sein des exploitations agricoles.  » Nous aurions pu écrire mot pour mot ce passage important de son discours où il aborde des aspects agronomiques. S. Le Foll affirme, ici, sa parfaite connaissance du terrain et la place assez prédominante qu’il donne à l’AC et surtout à ses réseaux pour être l’un des moteurs dans ce projet de mutation profonde.

« Objectif : plus de 50 % des exploitations françaises engagées dans une démarche d’agroécologie à l’horizon 2025. » La rupture n’est pas que dans les termes ou la forme mais aussi dans le fond. Ce n’est pas le « non » travail du sol ou la « non » utilisation de produits de synthèse qui sont mis en avant comme modèles mais toutes les approches « pro » qualité des sols, « pro » diversité biologique, « pro » productivité, « pro » efficacité énergétique… Même si certains risquent de relever le manque de définition de moyens, il s’agit avant tout d’une politique d’objectifs positifs laissant du champ à tous les acteurs pour évoluer en fonction de leurs situations, de leurs objectifs personnels et de leurs environnements. Il n’existe pas de modèles d’agriculture durable mais c’est la diversité des approches et des actions individuelles entraînée par une dynamique globale qui emmènera vers beaucoup plus de durabilité au sein du territoire.

« La France veut affirmer son engagement au travers d’un grand colloque international à la FAO prévu à Rome à la fin de l’année.  » Il ne semble pas qu’il s’agisse d’un effet d’annonce mais d’un objectif bien réel qui s’appuie sur un plan d’action en train de se construire. S’il est nécessaire de faire bouger les lignes sur le terrain, il est aussi très stratégique d’entraîner dans la même démarche au moins nos partenaires européens afin d’obtenir une certaine liberté d’opérer. En septembre, nous aurons plus de détails sur les mesures d’accompagnement et à la fin 2014 sera dressé le bilan de l’année 1. À ce titre, nous espérons que l’Agriculture de Conservation sera soutenue et encouragée un peu comme le font nos collègues suisses. Nous souhaitons également que, pour la gestion de la qualité de l’eau, soit promue l’approche APL (Azote potentiellement lessivable) mise au point par nos amis belges plutôt que la réglementation nitrate. Enfin, nous pensons que le système SARE (Sustainable Agriculture Research and Education) qui soutient et finance, aux USA, des projets de recherche terrain déposés et menés par des agriculteurs sur leurs fermes, serait un dispositif extrêmement judicieux pour stimuler et entretenir la dynamique mise en place. Bien entendu, il ne s’agit ici que de quelques propositions qui reflètent cependant l’attitude positive et proactive des réseaux TCS qui sont disposés à fournir leurs idées et leurs énergies pour accompagner ce vrai changement de cap.

Quoi qu’il arrive, ce discours apporte enfin une certaine reconnaissance pour ceux qui se sont déjà engagés sur les voies de l’agroécologie et risque de donner une impulsion forte à ceux qui observent et hésitent encore. Même si nous aurions souhaité cet engagement politique bien plus tôt, il arrive à point nommé. Aujourd’hui, l’agroécologie n’est plus une idée mais une réalité dans beaucoup d’exploitations avec des connaissances et un savoir-faire. La réussite sur le terrain et l’interconnexion des réseaux stimulent la créativité et des idées d’association de cultures, de couverture permanente, d’introduction des arbres et/ou des animaux fusent dans tous les sens et sont déjà aujourd’hui couramment testées. De réelles compétences au niveau de la recherche comme de l’accompagnement émergent et sont aussi en train de se mettre en place. Enfin et grâce au travail de communication des différentes associations, malgré encore de nombreuses réticences et c’est normal, l’agroécologie est globalement bien acceptée par beaucoup des acteurs. Si nous écrivions dans TCS, il y quelque temps, que nous n’étions pas loin du point de basculement, le discours et l’engagement de S. Le Foll risquent d’être l’élément déterminant.

Cette rupture en matière de politique agricole avec la définition d’un cap ambitieux mais rassembleur, en accord avec les grands enjeux de notre société, est une première. Dans l’attente des mesures d’accompagnement qui, nous l’espérons, seront à la hauteur des objectifs, c’est certainement une vraie possibilité de changement et une chance à saisir pour l’agriculture en France : nous pouvons et nous avons vraiment les moyens de devenir les leaders de l’agroécologie.

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