La revue TCS et l’agroécologie

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Couverture du TCS 87 mars avril mai 2016Cet article reprend et développe l’édito du TCS n°87.

Si pour beaucoup, l’agroécologie est une nouvelle forme de discours plus écologique et un verdissement habile des modes de production agricole, les réseaux AC, qui déjà cherchent à favoriser et à utiliser des processus agroécologiques, perçoivent beaucoup mieux cette notion. L’idée n’est pas de s’interdire une action jugée trop agressive sur le milieu, ni de supprimer un intrant jugé trop perturbateur sur l’environnement, mais de continuer de produire tout en s’appuyant le plus possible sur les fonctionnalités du vivant. C’est ici que ce concept novateur devient très intéressant et apporte une réelle rupture. Il n’oppose pas deux visions de l’agriculture mais s’appuie sur une approche globale centrée sur la recherche de solutions techniques construites sur l’expérience et le savoir-faire des agriculteurs. Il s’agit donc d’une démarche positive qui, de fait, débouche sur beaucoup moins d’intrants et d’impacts négatifs sur l’environnement mais qui, avant tout, cherche à stimuler la diversité biologique, l’autonomie, l’économie et la responsabilisation des acteurs. Ainsi et par essence, l’agroécologie est très diverse et nous éloigne des modèles. Elle ne peut pas se décréter ni même être labellisée mais, déjà aujourd’hui sur le terrain, elle se construit patiemment.

Chaque pilier de l’AC est un processus agroécologique

- Si la suppression du labour n’est pas de l’agroécologie, l’utilisation des vers de terre et de l’ensemble de l’activité biologique pour structurer et organiser le sol, tout en recyclant les résidus de couverts et de récoltes afin de réduire, voire supprimer le travail du sol, est un processus agroécologique.
- Si la suppression du désherbage chimique n’est pas de l’agroécologie, l’utilisation de couverts d’interculture denses et de plantes compagnes, comme avec le colza, pour contenir et concurrencer le salissement, tout en préservant et nourrissant l’activité biologique, voire en perturbant certains insectes ravageurs, est parfaitement une approche agroécologique.
- Si les déchaumages répétitifs et faux semis pour limiter l’enherbement ne sont pas non plus de l’agroécologie, le développement et la protection de populations de carabes mais aussi de quelques limaces et autres individus gros consommateurs de graines à la surface du sol, grâce à la limitation de l’agression mécanique et chimique associée à une bonne couverture végétale, sont encore une manière agroécologique d’aborder la gestion du salissement.
A ce titre, une étude récente réalisée pour l’INRA par Pierre Fellet (élève ingénieur d’AgroParisTech), seulement centrée sur la partie phyto, démontre l’évolution du rubriquage, des articles et des angles rédactionnels de la revue TCS qui, d’une certaine manière, accompagne les réseaux AC dans cette mutation vers l’agroécologie.

Revue TCS Evolution de la titrailleC’est un fait que l’occurrence des titres et sous titres traitant de la réduction des produits phyto est en croissance dans la revue. Cependant ce graphique, qui ne considère que les aspects « chimie », minimise le renforcement de notre communication dans cette direction mais aussi la réalité des pratiques. L’argument d’économiser en coûts de mécanisation et en carburant, bien qu’il persiste, se retrouve aujourd’hui largement relégué en arrière plan par d’autres avantages agronomiques et techniques beaucoup plus intéressants comme la bien meilleure gestion du salissement. A ce titre, les couverts et le SD sont en train de faire une entrée en force en Allemagne et en Grande Bretagne car les agriculteurs y voient un moyen d’endiguer leurs gros soucis de résistance aux herbicides du ray-grass et du vulpin.

Revue TCS Evolution des témoignagesL’évolution est relativement semblable aux titres d’articles. Cependant ce graphique démontre que le passage de la théorie à la pratique s’opère et que la mise en œuvre se met en place dans les champs. En retour celle-ci fourni même de plus en plus de références qui viennent enrichir et sécuriser les orientations toutes en remontant des modifications, des compléments et des adaptations locales. Cette partie reflète parfaitement le fonctionnement de la revue en tant que pivot des réseaux AC. Contrairement à la recherche classique qui met en place une expérimentation parfaitement calibrée avec des répétitions pour analyser un phénomène ou valider une pratique, notre mode de recherche et développement s’appuie au contraire sur une multitude de situations différentes qui permettent par le nombre et la diversité des contextes d’avoir rapidement une idée sur la pertinence de l’approche tout en se permettant simultanément des adaptations et aménagements pour le bénéfices de tous.

Revue TCS Evolution des publicitésCe troisième graphique qui analyse l’évolution des publicités concernant les produits phyto dans la revue TCS est lui aussi très intéressant. Il montre en fait que les annonceurs (phyto) ont dans un premier temps rapidement déserté la revue, considérant certainement que son contenu devenait trop "écologigeant", voire « anti ». Cependant et avec un peu de temps, ils reviennent progressivement, comprenant certainement notre position non radicale et l’émergence de solutions mixtes mais aussi plus techniques. L’autre point mis en avant par ce dernier graphique est le fort développement d’annonces sur des solutions visant à réduire l’utilisation des phyto. Si la présentation de houes désherbeuses, de rouleaux écraseurs de couverts ou de trieurs de graines sont assez classiques, l’arrivée de propositions basée sur le purin d’ortie et autres stimulants biologiques complète cette ouverture. Cependant, le plus significatif est l’arrivée de propositions de mélanges de semences de plantes compagnes spécifiques pour le colza. Il s’agit ici d’un vrai changement de paradigme. L’agriculteur a maintenant deux stratégies opposées pour gérer le salissement : le vide avec soit les phyto ou le binage ou bien le remplissage biologique avec les plantes compagnes. Ce dernier point démontre enfin que l’industrie commence à trouver son intérêt dans cette orientation : il y a donc de grandes chances pour que le soutien au développement de l’agroécologie continue de grandir.

Réduire la dépendance historique à la chimie

Cette analyse résumée sous forme de graphiques fait ressortir une très forte croissance des sujets qui traitent de solutions visant à réduire l’utilisation des produits phyto. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une position « anti », cette évolution traduit notre recherche de réduction de la dépendance historique à la chimie. Après la qualification du déchaumage, ce sont les couverts et leur roulage qui ont d’abord apporté quelques avancées. La rotation, une meilleure connaissance de l’évolution des stocks grainiers à la surface du sol et le semis direct ont ensuite permis de progresser. Plus récemment, le colza associé a vraiment révolutionné les pratiques en montrant qu’il était possible de déboucher sur des parcelles propres et même s’offrir des impasses, alors que cela nous semblait inconcevable quelques années plus tôt. Parmi les produits phyto, l’emblématique glyphosate a également été abordé à plusieurs reprises avec notamment des ouvertures très intéressantes d’implantation en SD sans herbicide total (TCS 84 et 85 en 2015).
C’est aussi pour compléter cette recherche de solutions alternatives que nous avons ouvert une rubrique AB. Décloisonner les pratiques nous semblait important surtout lorsque les objectifs globaux sont proches. Certains TCSistes sont aujourd’hui assez confiants pour faire le choix du bio mais aussi beaucoup d’agriculteurs AB sont intéressés par nos approches de conservation et de développement de la fertilité des sols ainsi que nos nouveaux modes de gestion du salissement qui peuvent donner des résultats remarquables.

Des phyto devenus outils parmi d’autres

Bien entendu, cet engagement a fait fuir quelques annonceurs nous sentant moins promoteurs de leurs solutions simplistes, bien qu’elles puissent rester nécessaires en fonction des systèmes, des risques, des sensibilités et des niveaux de transition de chacun. Les produits phyto sont simplement relégués au titre d’outil dans une panoplie qui continue de s’étoffer. D’autres annonceurs, par contre, nous ont rejoints, accompagnant eux aussi la démarche de transition avec de nouvelles solutions. A ce titre, l’arrivée d’une publicité, il y a 5 ans, pour des plantes compagnes en colza a été un grand moment qui a vraiment entériné notre basculement vers l’agroécologie : les producteurs avaient enfin le choix entre une solution chimique (désherbant), des solutions mécaniques (travail du sol et/ou binage) et une solution agroécologique (un sac de graines de plantes diverses avec une bonne dose de légumineuses à mélanger avec leur semence de colza).

Un reflet des pratiques dans les réseaux AC

Cette mutation n’est pas que le fait de la revue TCS ; elle reflète aussi très largement l’évolution des pratiques sur le terrain dans les réseaux AC : des changements bien réels qui, avec peu ou prou de soutien, et sans faire beaucoup de bruit, ont cependant débouché sur des innovations et des adaptations très performantes. L’agriculture, les phyto (dont le glyphosate) font trop souvent la Une avec beaucoup d’amalgames qui attisent un matraquage et des débats qui ne font que semer le trouble dans l’opinion sans proposer de solutions concrètes ; il serait plus constructif de présenter, de mettre en avant et de soutenir les démarches agroécologiques. Celles-ci permettront de réduire non seulement l’utilisation des phyto mais aussi toutes les pratiques impactant sur l’environnement tout en encourageant la biodiversité végétale et animale ainsi que la diversité des approches et des idées, pour encore plus d’efficacité et d’agroécologie demain.



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